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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 23:02

Hommage à Andhume Houmadi , interview du Docteur Ahmed-Chamanga Mohamed

Andhum portrait L’intellectuel par excellence à Tsémbéhou,

c’est bien évidemment feu Andhume Houmadi, juriste de formation, auteur de textes littéraires et aussi personnalité politique.

Né en 1952 à Tsémbéhou, il nous quitta brutalement le 23 novembre 2000. Docteur Ahmed-Chamanga Mohamed, linguiste, éditeur et enseignant-chercheur à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) de Paris a été un fidèle ami de feu Andhume. Tsémbéhou Nouvelle Génération l’a rencontré, malgré son emploi du temps très chargé, pour nous parler, en guise d’hommage, de ce regretté.


Tsémbéhou Nouvelle Génération : Dans quelles circonstances avez-vous fait la connaissance de feu Andhume Houmadi ?


J’ai connu Andhume, pour la première fois en 1964. En effet, cette année-là, il avait commencé sa classe de CM1 ou CM2 (je ne m’en souviens plus très bien) à Ouani avant de regagner son village de Tsembéhou, je crois un mois après, quand la classe a été ouverte là-bas. Ensuite, après le concours d’entrée en 6e, nous nous sommes retrouvés au lycée annexe de Mutsamudu en 1965.


TNG : Quel genre d’homme était-il alors ?


 Nous étions de jeunes élèves à l’époque. Andhume était, comme moi, un garçon assez réservé ; mais il était brillant en classe, cela s’était remarqué dès les premiers jours.


 TNG: Pouvez-vous nous parler de son parcours scolaire et universitaire ? 


Après l’école primaire à Mtsimba-Ntsi (Bambao Mtruni) et brièvement à Ouani, Andhume est entré en 6e à Mutsamudu, comme moi. L’internat avait renforcé notre amitié. Nous formions, avec Ali Ben Said, élève originaire de Mohéli aujourd’hui médecin, un trio qui occupait, jusqu’en 3e, les trois premiers rangs aux examens. Nous étions d’ailleurs les trois seuls reçus à l’examen du B.E. (Brevet élémentaire)

d’Anjouan, et parmi les cinq reçus de l’archipel. À partir de la 4e, Andhume était devenu le meilleur élève de notre promotion en français. Ses rédactions étaient très souvent citées et lues en classe. A partir de la seconde à Moroni en 1969, nos chemins se sont quelque peu écartés. Mais, nous sommes toujours restés amis. Après le baccalauréat en 1972, Andhum s’oriente vers des études de droit à Rouen, puis à Paris. Après ses études, il rentre aux Comores, dans les années quatre-vingts (je ne me rappelle plus de la date exacte), où il a occupé différents postes au tribunal et au ministère de la justice. Il a également enseigné à l’école nationale d’administration.


 TNG: Vous avez tous les deux milité au sein de l’ASEC (Association des Stagiaires et Etudiants des Comores) en France. Parlez-nous du militant qu’il a été.


Quand Andhume était à Rouen, on ne peut pas considérer qu’il était militant de l’ASEC. Il l’était devenu après son installation à Paris. Mais au moment où il s’engageait dans le mouvement « asecois », moi j’ai entamé ma sortie, car je ne partageais plus l’orientation prise par la nouvelle direction de l’ASEC : j’estimais qu’on se trompait de combat. Dès lors nos positions politiques ont divergé. Aussi, ne pourrai-je pas vous dire plus sur sa vie militante.


 TNG: L’Asec a publié au début des années 80 un recueil de nouvelles, qui est, de fait, la première publication comorienne d’expression française. Est-ce vrai que feu Andhume a fait partie des auteurs anonymes ? De quoi parle sa nouvelle ? Enfin, quel a été l’objectif d’une telle entreprise ? 

Chamanga5

 

Il semble effectivement qu’Andhume est co-auteur de ce recueil. Mais je n’en sais pas plus, car je ne faisais pratiquement plus partie de l’ASEC et, je n’ai jamais eu de discussion avec lui sur ce sujet. Mais cela ne m’étonne pas car il avait une belle plume.

 

TNG: En tant qu’éditeur, vous avez publié en 2005 un roman posthume de feu Andhume. Il s'intitule AUX PARFUMS DES ÎLES. Honnêtement qu’est-ce qui a motivé ce choix éditorial?


Aux Parfums des IlesComme je vous l’ai dit, j’étais resté ami avec lui, malgré nos « divergences » politiques. Quand, en 1998, je lui ai fait part de mon intention de créer une maison d’édition, il m’avait beaucoup encouragé. Connaissant ses capacités d’écriture, j’en ai profité pour lui demander de me proposer un texte à publier. Un an plus tard, lorsque nous nous sommes revus, il m’avait assuré qu’il avait quelque chose en chantier et qu’il me le remettrait dès que possible.

Quand, en novembre 2000, il est frappé par une brutale et terrible maladie, il a pu, avant de partir, confier à son épouse de me remettre son manuscrit inachevé. Pour des raisons que vous comprendrez bien en pareilles circonstances, je n’ai reçu le document qu’un an plus tard. Pour moi, c’était un devoir moral de sortir son texte et une façon de lui rendre hommage. Certes, le texte n’était pas bien au point. Car c’était un premier jet. Il n’a pas eu le temps de le finir, de le relire et de le reprendre. En même temps, il traitait d’un sujet qui me tenait à cœur : la lutte contre le séparatisme. Sur ce point, nous étions tous les deux totalement en phase. J’ai donc jugé utile de publier son roman, après avoir apporté quelques petites corrections d’orthographe et de forme. Je regrette toutefois de n’avoir pas suffisamment médiatisé ce roman. Mais l’œuvre est là : elle mérite d’être défendue. Avec d’autres, je m’y attellerai.


 TNG: Feu Andhume Houmadi s’est aussi intéressé à la politique. Une activité qui l’a même conduit en prison. Si vous nous parliez d’Andhum, le militant politique ?


 C’était tout naturellement, une fois rentré au pays, qu’Andhume était devenu membre actif du Front démocratique dont il était certainement un des membres fondateurs. C’est à ce titre qu’il a été en prison, suite à la tentative du putsch de 1985 dont le Front a été l’instigateur. Je ne peux pas en dire plus, vu que j’étais assez loin de cette agitation. Nous avions repris contact en 1988, quand je suis allé en vacances. Depuis, je ne manquais pas d’aller lui rendre visite régulièrement à Moroni lors de mes passages au pays tous les ans. Il en était d’ailleurs très sensible à ce geste d’amitié. Nous nous échangions beaucoup, mais j’évitais toute discussion politique, même s’il insistait souvent à ce que je rejoigne le Front Démocratique. Vers la fin de sa vie, il se plaignait beaucoup de l’incompréhension de ses camarades du parti quand il devenait de moins en moins militant du Front démocratique, pour des raisons professionnelles, vu sa position au parquet de Moroni où il était soumis à un devoir de réserve. Je sentais en réalité qu’il commençait à se poser des questions sur son engagement dans un parti dont les méthodes et la pratique devenaient de plus en plus contestables…


 TNG: Un petit mot sur sa carrière professionnelle.


 Dans ce domaine, je suis mal placé pour vous en parler, car je connais peu de chose sur cette carrière. Ce que je sais, c’est qu’il avait gardé un très mauvais souvenir au tribunal de Mutsamudu, dans une île où le clivage social entre « kabaila » et « mmatsaha » demeurait encore très vivace. Son expulsion de sa maison de fonction, avec des méthodes d’un autre âge, l’avait très marqué. A Moroni, capitale des Comores, il se sentait plus à l’aise et, en tout cas, plus épanoui.


Propos recueillis par Oirda Dahilou 

Source (Tsembéhou Nouvelle Génération)

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 12:55

Agence comorienne de Presse (HZK-Presse)

 

Comores /

Interview/ Idriss Mohamed, animateur du comité Maoré :

« Le gouvernement n’a rien entrepris de visible contre la rupéisation de Mayotte »

        

 

Moroni, mardi 26 Juin 2012 (HZK-Presse) La participation de Mayotte aux Jeux des jeunes, la rupéisation de Mayotte, deux questions d’actualité qui alimentent le débat national, surtout les milieux politiques et la société civile. Le gouvernement français a déjà entamé le processus visant à faire de Mayotte une « région ultrapériphérique de l’Union européenne » en demandant que la question soit discutée lors de la réunion du Conseil de l’Europe du 28 juin prochain. Pour éclairer l’opinion, un journaliste de La Gazette des Comores / HZK-Presse s’est entretenu avec Idriss Mohamed, animateur principal du Comité Maoré. Interview.

 

Question : que pensez-vous de la participation de Mayotte dans les Jeux des jeunes de l’Océan Indien qui auront lieu dans deux semaines ?

 

Idriss Mohamed : on a caricaturé notre position. Le Comité Maoré ne s’oppose pas du tout à ce que la jeunesse mahoraise participe aux Jeux. Nous sommes prêts à la concession qui fait que nous sommes d’accord pour que les jeunes de Mayotte prennent part alors que ceux des trois îles n’y vont pas. C’est une concession importante à admettre. Mais nous pensons qu’il y a le côté symbolique fort. La jeunesse mahoraise va défiler en brandissant un panneau où est écrit Mayotte, même s’ils n’ont pas de drapeau français ou d’hymne national français, c’est pareil. C’est quand même une entité Mayotte. C’est le 101ème département français qui est là et qui défile. Il s’agit d’une acceptation du fait accompli. Et c’est ce que nous rejetons. Nous savons que les Comores ont émergé en tant que nation par un processus historique fondé sur les liens entre les échanges. Nous sommes d’accord pour ces échanges.

 

Question : quelle position devait adopter le gouvernement ?

 

I.M : nous avons discuté avec la commission d’organisation des Jeux. Elle nous a dit que ces jeux sont organisés par les gouvernements et non pas les structures olympiques. Ce qui fait que l’Etat comorien pouvait demander que le panneau des jeunes mahorais soit marqué jeunesse de Mayotte. Nous n’avons pas pu faire la proposition aux gouvernants puisqu’ils n’ont pas voulu nous rencontrer. Le Comité Maoré a cherché à rencontrer le Président, mais il ne l’a pas souhaité.

 

Question : pour le Comité Maoré, quelle forme devait revêtir la présence des jeunes mahorais pour ne pas les marginaliser ?

 

I.M : il n’y a pas de marginalisation. Peut-être on pourrait parler de la manière de saisir l’opportunité pour avoir les échanges avec eux. Mais il faut voir que ces jeunes viendront avec un encadrement qui milite pour que Mayotte soit française. Chaque fois qu’il y a des jeux, les mahorais font tout pour se distinguer et montrer qu’ils ne sont pas comoriens. Et ils vont le faire encore plus ici.

 

Question : la question de la rupéisation de Mayotte sera discutée bientôt par la Commission européenne. Que faut-il faire ?

 

I.M : nous devons constater que depuis que cette question est posée, le gouvernement comorien n’a rien entrepris de visible. C’est scandaleux. Les autorités disent qu’ils ont écrit, mais la lettre n’a pas été rendue publique. Le Président de la république a dit au Conseil des sages qu’il pouvait accéder à cette lettre au ministère des relations extérieures. Le conseil n’a pas pu mettre la main sur ledit courrier. On peut douter de son existence. En tout cas le MIREX mène une politique soit disant de discrétion complète. Comme si la diplomatie est uniquement secrète. Je ne sais pas comment la question sera examinée. Je pense qu’elle sera étudiée sans que notre pays ait une influence quelconque. L’attitude du gouvernement est inacceptable.

 

Question : n’est-il pas trop tard pour empêcher ce processus déjà engagé par la France ?

 

I.M : il ne sera jamais trop tard tant que Mayotte ne sera pas intégrée dans l’Etat comorien. Le combat continuera. Même si la France fait de Mayotte un département ou une région ultrapériphérique de l’Europe. En compliquant le combat pour la libération de Mayotte, la France engage le devenir de nos deux peuples. Les français veulent faire croire que nous sommes en conflit territorial avec eux. C’est entre le monde et la France qu’il y a conflit. Cette dernière piétine les lois appliquées dans le monde sur la décolonisation. Celle-ci est incomplète pour les Comores. Il apparait de plus en plus que, les vrais intérêts sur cette question de Mayotte se trouvent dans le canal de Mozambique, qui regorgerait d’un potentiel énergétique considérable notamment du Gaz. Le voile se lève.

 

Question : quelle solution le Comité Maoré suggère aux autorités ?

 

I.M : les autorités ont capitulé. Nous n’avons pas de solution à proposer. Les comoriens doivent comprendre qu’il faut faire pression à l’Etat pour qu’il défende les intérêts de notre pays. La question n’est plus posée à l’ONU. On laisse Mayotte en tant qu’entité, participer aux Jeux. Rien n’a été fait sur la rupéisation. Nous sommes dans une situation où nous ne préservons pas nos intérêts. Il y a une nouvelle théorie qui est née. Le  gouvernement actuel dit que la question de Mayotte est là depuis longtemps.

 

Propos recueillis par Natidja Hamidou

260612/nh/hzkpresse/12h00

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:09

Source :

http://nomansland.mondoblog.org/2011/10/11/%c2%ab-la-parole-est-une-arme-contre-le-silence-lorsque-le-silence-est-lachete-face-a-l%e2%80%99oppression-et-entraine-soumission-et-frustration-%c2%bb/

« La parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration »

SANIA est un livre qui vient à point nommé : à l’heure où des peuples de toute part se soulèvent contre des pouvoirs dictatoriaux. SANIA est une poésie de la révolte, de l’insoumission. Dans ce recueil de poèmes écrit avec une verve hors du commun, le poète Sadani Tsindami, au moyen de vers subversifs, s’est obstiné à ériger au fil des pages un Tour de Babel poétique. Ainsi espère-t-il commettre le déicide ultime : tordre le cou au silence qui hante les Comores depuis des millénaires. A travers un entretien qu’il a accepté de nous accorder, le poète Sadani Tsindami aborde cette poétique et cet imaginaire qui rendent atypique son œuvre et que lui seul connaît le secret.


SANIA de Sadani Tsindami

SANIA de Sadani Tsindami


No Man’s Land : Qui êtes-vous en fait, Sadani ?


Sadani : Je ne suis pas Sadani, justement, « je est un autre »…pour simplifier votre question, en chaque individu, il y a un corps et un esprit. Je comprends que votre question est directement liée à l’état civil, seulement, le poète n’a pas d’identité visible ou ne doit pas en avoir, dès lors qu’il a choisi de la refuser, cette identité. Je suis un esprit sensible qui décrit une réalité palpable au sein d’un peuple. Je suis Comorien, c’est tout…


No Man’s Land : Certains affirment que vous vous cachez, pour ne pas assumer vos prises de position publiques, souvent très dures et emportées….


Sadani : Ils ne me verraient pas si je me cachais, ils ne me connaîtraient pas ou ils ne sauraient jamais qui je suis. Croyez-vous vraiment que le fait de dire que je ne suis pas celui qui écrit, soit un jeu de cache-cache ? Beaucoup de gens savent qui est Sadani, mais pour eux, et je crois qu’ils ont raison, l’essentiel ne se situe pas à une curiosité sans effet. C’est ce qui se trouve sous la plume qui justifie la personne réelle. Vous, vous connaissez mon état civil, ma vie familiale, mes lieux communs et tout le reste…Est-ce pour autant que je ne suis pas Sadani ? Il faut éviter cette question confuse. Puis, je ne suis pas « anonyme » puisque je suis Sadani, un « pseudonyme ».


No Man’s Land : Vous êtes connu pour avoir un moment animé avec vos mots et vos histoires sur les réseaux sociaux (Bangwe), développé une approche d’écriture (qui connut un certain succès) pourriez-vous nous parler un peu de votre poétique ?


Sadani : C’est un regard porté sur les fondements de l’imaginaire comorien dans sa relation aux autres imaginaires. Je crois que Glissant appelle cela, sans prétention de ma part, « poétique de la relation ».Ce que nous sommes, ce que nous avons hérité de l’histoire et ce qui doit entrer dans le mouvement de la renaissance en opposition à une certaine dégénérescence que l’on constate dans le pays Comores. Il n y a rien de particulièrement nouveau dans cette démarche, qui est défendue avec beaucoup de talent par les poéticiens antillais, Chamoiseau et Confiant, par exemple, dans « Eloge de la créolité »… Il y a une certaine radicalité chez ces derniers, mais en fait, entre les « nègritudistes », Glissant et les chantres de la créolité, demeure une continuité revendicative, englobant l’Esthétique comme le politique, à des degrés variables. J’essaie de lier l’utile à l’agréable dans ce que vous appelez, la poétique.

Dans le choix des thèmes, l’écriture est la manière de valoriser mes idées, je me réfère à ce silence obsessionnel d’une appartenance mystique à une réalité opprimée. Le fait d’avoir voulu nous faire croire que Dieu est blanc….Ce qui limiterait toute tentative d’affranchissement de notre part….Vous voyez ce que je veux dire…


No Man’s Land : Comment dans des textes, ce silence obsessionnel, s’exprime-t-il ?


Sadani : Par une fureur instinctive, orale, publique et sans concession. La spontanéité du geste d’écrire est dictée par un instinct qui tire sa raison d’une appartenance à un lieu, une histoire et le désir de dire. Ma poésie est ainsi faite, enrichie par des lectures qui ont colporté cet instinct jusqu’à découvrir qu’en mes îles méconnues, ce frisson de l’impératif de dire avait déjà soulevé les grands hommes, que j’ai cités, des poètes îliens d’origine, ayant raconté l’être dans son universalité la plus incontestable…L’écrit cristallise une reconnaissance intellectuelle, tout simplement. Il affirme et défend l’idée selon laquelle, la parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration. Contrairement à l’adage du silence qui serait d’or- silence peut-être sur un matelas en diamant-, au réveil, à un certain âge, on se rend compte que dans un pays aussi spécial que l’archipel, sous la coupe de pas mal de vérités contestables qui convergent en tous points vers l’oppression sociale, on ne peut pas défendre un art qui tourne le dos à la misère multiforme de la majorité. Je tente d’exprimer cette sensibilité car « le beau n’est pas dégradé pour avoir servi la multitude », disait Victor Hugo. C’est dans ce sens que l’art, la poésie en particulier, se doit d’être engagée. La forme adoptée doit obéir à une certaine beauté et il n y a pas plus beau que le regard d’une vie à travers le prisme matriciel.


No Man’s Land : En est-il ainsi de Sania ?


Sadani : Oui, bien sûr aussi bien dans le fond que dans la forme. Sania peut paraître comme une imitation de l’exacerbation romantique, telle que les Ronsard avec Hélène, Aragon avec Elsa, l’ont chanté…Mais si je vous disais que dans Sania, il y a une volonté de défendre la liberté de choisir sa vie, son homme, sa femme, et que l’on retombe dans une dialectique politique absolue, qui est celle de la révolte. Sania est une révolte. La révolte est consubstantielle à la liberté. Le contexte mercenarial dans « Sania » est un prétexte politico-littéraire, bien sûr. Et bien que tout cela soit ancré dans une vérité testimoniale. Le fond est cette douloureuse obsession d’une femme. La forme est certes moins virulente, mais je l’ai voulue immédiate, des coups de flash, si je puis le dire, correspondants à mes sentiments du moment.


No Man’s Land : Il est vrai que dans la forme de vos écrits connus, vous mélangez les langues et dans Sania, ce n’est pas trop présent…Y a-t-il une raison à ça ?


Sadani : Il y a une raison simple qui est que Sania est un dialogue entre deux personnes. Chacun dispose de son propre registre de langue et ne se doit en aucun cas d’imposer une vision différente de l’histoire commune. Je ne m’approprie pas cette démarche (développé dans un long article, repris dans la revue project-îles, de juillet 2011), car Sania n’est pas supposée adopter ma propre vision littéraire. Si vous voulez, Sania est une parenthèse formelle dans mon approche de l’oralité scripturale. Je compte ajouter aussi le fait que la littérature est une affaire personnelle…


No Man’s Land : Alors, pourquoi, avoir souhaité que l’on écrive d’une manière que vous n’utilisez pas dans votre premier texte vraiment public ?


Sadani : Parce que je vous le dis, Sania, est une identité parmi une somme d’autres. Je me suis adapté à la personne, par le caractère intime, solitaire et unique de la thématique sentimentale.
A d‘autres occasions, dans mon prochain ouvrage (qui est prêt), je me suis fait plaisir à cultiver cette théorie de la poésie qui ose dire son Non, car le point de vue adopté offre un large panorama qui rend favorable la tentative multilingue (je ne suis pas polyglotte, pour un sou).


No Man’s Land : Merci Sadani et au plaisir de pouvoir reparler de cette poésie de l’irrévérence, car on se pose encore beaucoup de questions sur ce concept littéraire.


Sadani : A la prochaine et merci .


Titre du livre : SANIA
Auteur : SADANI Tsindami
Genre : Poésie
Editions : Cœlacanthes
Date de Parution : 12/10/2011

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 12:47
Comores: Ils ont vidé la coquille pour mieux s'y installer

  (De gauche à droite : Ahmed Abdallah Sambi,ancien Président de l'Union des Comores et Anissi Chamsidine, Gouverneur de l'île de Ndzuwani)

  ''l'autonomie des îles est bafouée !''

  

Pour Anissi Chamsidini, gouverneur de l’île d’Anjouan, l’autonomie des îles n’est pas respectée. Cet ancien chef de protocole de Sambi dénonce l’attitude des anciens collaborateurs de Fundi aujourd’hui au pouvoir et parle avec amertume de la marginalisation des îles.

 

 

Monsieur le gouverneur, que dites vous de la hausse des prix de carburant qui a engendré une flambée des prix de tous les produits et notamment  ceux de première nécessité rendant, ainsi, la vie de plus en plus insupportable?

 

C’est vrai, notre pays est en crise mais la hausse était brutale. Nous regrettons que des décisions aussi importantes sur la vie de la population soient prises sans que nous soyons associés.

 

 

Que faire alors ?

 

Je pense que l’Etat doit s’expliquer, sensibiliser la population et s’impliquer pour discuter sur les prix, parce que cela va de la vie de tous les Comoriens.

 

Beaucoup pointent du doigt la mauvaise gestion des sociétés d’Etat, comme étant la source des toutes ces difficultés.

Nous demandons à savoir les responsabilités sur  cette mauvaise gestion. Non, le peuple ne doit payer pour la faute des autres. Il faut que les responsables soient sanctionnés.

 

Justement, au sujet des gestions des sociétés d’Etat, un décret du chef de l’Etat décide que les gouverneurs n’auront qu’un simple avis sur la désignation des directeurs généraux et régionaux. Quelle est votre réaction ?

Je pense que le Président a été mal conseillé. Nous ne sommes pas d’accord. Les textes attribuent aussi des responsabilités aux îles autonomes sur la gestion des sociétés d’Etat. Le président devrait se référer aux lois avant de décréter. Et nous nous réservons le droit de l’attaquer devant la Cour constitutionnelle. Mais j’espère qu’on puisse trouver un terrain d’entente avec le chef de l’Etat.

 

Des incompatibilités ont été relevées dans la constitution. Pensez-vous qu’il faudrait réviser la constitution?

J’estime qu’on ne peut pas continuer à être régi par des textes bâtis sur des dysfonctionnements et des incompatibilités. Face à cela, il faudrait que tout le monde se concerte pour instaurer le débat afin d’aboutir à une vraie constitution au service des tous les Comoriens.

 

Estimez vous que l’autonomie des îles est bien réelle ?

Non, l’autonomie des îles est malmenée voire bafouée. Ceci peut nous ramener dans des difficultés jusqu’à l’ébranlement même du système de la tournante. Il faut équilibrer les pouvoirs et se mettre d’accord sur les compétences des uns et des autres. Moi, j’ai compris que l’Union doit être concepteur et les îles des exécutants. Mais malheureusement, moi, à Anjouan, par exemple, je ne sens pas la présence de l’Union que par quelques voyages des officiels.

 

Comment jugez la gestion du dossier de Madjiriha.

J’estime que le dossier n’avance pas. Beaucoup des familles vivent dans des difficultés énormes. Nous demandons à ce que les victimes soient accompagnées. J’estime que ce qui est fait, notamment par l’Etat, pas n’est pas suffisant.

 

Vous êtes un fidèle du président Sambi. Comment réagissez sur les propos de Mmadi Ali, directeur de cabinet du président Ikililou et sur la plainte de la CRC contre lui ?

Ce sont des propos non réfléchis et déplacés. Et c’est surtout inconcevable quand ces propos viennent d’un ancien compagnon de Sambi et un proche collaborateur de Ikililou. Je condamne donc ses propos. Le président Sambi mérite de tous nos respects parce que c’est grâce à lui que nous sommes ce que nous sommes.

Au sujet de la plainte, je ne vois qu’un acharnement contre l’ancien président. Sinon, pourquoi ne pas porter plainte aussi contre Ikililou et les autres qui sont aujourd’hui au pouvoir. Parce qu’ils ont tous géré avec lui.

 

Quelle est votre position sur le dossier du colonel Mohamed Bacar et ses hommes toujours en exil ?

Cette question me préoccupe. Je veux que la question soit d’actualité et l’Etat doit préciser sa position. Qu’on sache s’il y a poursuite ou pas. Je me considère le gouverneur des tous les anjouanais et je veux aider chacun à vivre une vie paisible pour l’harmonie et la cohésion de l’ile.

 

Qu’attendez-vous du séminaire gouvernemental sur le plan d’action du gouvernement et des lettres de missions consignées aux ministres par le président ?

Je trouve que les îles sont marginalisées et ne sont impliquées en rien sur l’élaboration et le suivi des tous ces plans et missions. Alors que l’exécution devrait revenir aux iles.

 

Vos priorités ?

L’éducation, la santé, l’environnement et la sécurité.  Anjouan a beaucoup souffert par rapport aux autres iles.

 

Propos recueillis par  Mmadi Moidjié

 

Source : Albalad -Moroni du 14 octobre 2011

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 19:14

Agence comorienne de Presse (HZK-Presse)

 

Comores / Interview

 

Nasra Mohamed Issa, Vice-présidente de la Fédération comorienne des consommateurs (FCC) : 

« La fédération des consommateurs est prête à apporter des solutions »

 

 

Moroni, vendredi 07 octobre 2011 (HZK-Presse) La contestation contre la hausse des prix continue. La Fédération des consommateurs et d’autres organisations socioprofessionnelles sont entrain d’auditer les comptes de la société nationale des Hydrocarbures pour comprendre la structure des prix et proposer d’éventuelles solutions palliatives. En attendant, ces organisations préparent un grand rassemblement ce samedi pour dire non à la hausse. Voici une interview que vient de nous accorder Nasra Mohamed Issa, Vice-présidente de la Fédération comorienne des consommateurs (FCC)

 

Question : Où est-ce qu’on en est avec votre protestation contre la hausse des prix du carburant ?

 

Nasra Mohamed Issa : Il y a des études qui sont en cours. On a formé un mouvement uni constitué par la Fédération des consommateurs, Usukani Wa massiwa, l’Opaco, le syndicat des pêcheurs et un mouvement spontané dénommé Wanantsi pour agir, car nous avons un but commun qui est de lutter contre cette hausse des prix. Actuellement, il y a un membre de l’Opaco et un membre du gouvernement qui sont entrain de faire un audit au niveau des Hydrocarbures. Ensemble, ils vont voir si le gouvernement doit revenir sur sa décision ou maintenir la hausse.

 

Question : Et qu’est-ce que vous allez faire, au cas où on maintien la hausse ?

 

N.M.I. : On nous a promis une réponse d’ici samedi. Mais en attendant samedi, on appelle tous les membres et amis de la FCC, Usukani wa massiwa, le syndicat des pêcheurs et un mouvement spontané dénommé Wanantsi de venir attendre cette réponse dans un lieu public dans la matinée du samedi. On a décidé de 9 heures à midi, à la fermeture des bureaux. C’est juste un rassemblement pacifique pour attendre la réponse. Ce n’est qu’après qu’on peut réagir. Mais espérons que la réponse sera bonne.

 

Question : Votre contestation est mal comprise lorsque le gouvernement affirme vous avoir associé dans la fixation de prix…

 

N.M.I. : C’est une erreur de compréhension. On n’a en aucun cas était associé dans les discussions qui ont abouti à la fixation de ces nouveaux prix. Le gouvernement nous a invités à une réunion. On est parti. Mais cette réunion n’était pas faite de discussions. C’était juste pour nous exposer les études déjà réalisées par le gouvernement et des conclusions qu’ils ont tirées comme quoi on va augmenter de 50 frs sur le litre de produit pétrolier.

 

Question : Et quelle est votre proposition quant on sait que la survie de l’entreprise dépend de cette hausse ?

 

N.M.I. On n’est pas resté les bras croisé. Nous avons fait des études et ces études montrent que cette hausse est carrément injustifiée.  C’est d’ailleurs à la suite de ces études que certains membres de nos associations, sont arrivés à repartir aux Hydrocarbures pour vérifier les comptes.

 

Question : Aujourd’hui le problème ce n’est pas uniquement les Hydrocarbures. Qu’est-ce que vous proposez pour sortir de l’impasse de la crise énergétique qui frappe le pays ?

 

N.M.I. On est des consommateurs donc on défend les intérêts des consommateurs. Nous sommes prêts à collaborer avec tout le monde pour chercher des solutions parce qu’on n’est pas prêt à payer pour ne pas avoir de l’électricité, ni à connaitre une hausse des prix alors qu’on a rien en retour. C’est tout ce qui nous amène à revendiquer. Il suffit de nous associer aux négociations et on dira ce qu’on pense.

 

Propos recueillis par A.A. Mguéni

061011/bmg/hzkpresse/18h00

 

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 22:30

 

 

Vous trouverez ci-dessous l’interview de Madame Sittou Raghadat, Présidente de l’ONG FAWECOM et ancienne Ministre accordée le 3 septembre 2011 suite à la tentative de meurtre et à l’escroquerie crapuleuse dont elle a été victime le 29 août 2011 à son domicile de Moroni. 

 

 

 

« Contrairement à mon bourreau, à ses complices et à ses éventuels commanditaires je fais entièrement confiance à la justice de mon pays. La justice à laquelle je crois n’est ni celle de la violence et de la barbarie ni celle de l’arrogance et des voyous »

 Rotation-deweek-end-GALAWA-BEACH-09-09-2007-NEYMAT-050.jpg(Mme Sittou Raghadat / Photo archives Halidi-Blog-Comores)

 

 

Halidi-Blog-Comores -Tu as déclaré, il ya quelques jours, être victime d'une tentative de meurtre et d’escroquerie à ton domicile, comment vas-tu ?

 

Sittou Raghadat Mohamed Je vais bien grâce au soutien de ma famille ainsi que de mes amis(es).Je leur en suis très reconnaissante et compte sur tous pour lutter contre ce genre de pratique.

 

Après le choc, c’est l’indignation et la colère qui m’animent. Jusqu’à ce jour, je me disais que le domicile demeurait un des lieux privilégiés où on devait se sentir le plus en confiance et en sécurité. Ce qui est sur est que je n’accepterai jamais que certains se comportent comme si la justice dans notre pays, c’est le recours à la violence et à l’arrogance.

 

HBC-Qu'est ce qui s'est passé exactement ?

 

SRM -Un accident de notre bus familial de transport de marchandises s’est produit la nuit du vendredi 19 août 2011 à Moroni djomani. Ce bus était en réparation au garage. Le chauffeur est allé le prendre à notre insu et s’en est servi sans notre autorisation. Aux environs de 22h30, alors qu’on dormait, nous recevions un appel téléphonique nous informant l’accident de notre véhicule. Le chauffeur venait d’écraser une jeune fille et il était entre les mains de la police. Nous étions tombés des nues. Imaginez un peu notre surprise et notre incompréhension. Comment un véhicule en réparation dans un garage pouvait-il être accidenté à cette heure ci ? Mais La police avait passé le téléphone au chauffeur lequel nous avait confirmé l’accident !

 

HBC -As-tu pu identifier ton agresseur ou tes agresseurs ?

 

SRM -Bien sur que nous avons identifié mon agresseur. Il s’appelle Hadji Said Oumouri, employé au Conseil de l’île de Ngazidja et originaire de Bangoi Kouni. Je l’avais déjà croisé à maintes reprises à l’hôpital accompagné des gens avec lesquels je m’entretenais sur l’état de la victime de l’accident et les solutions envisageables. Cet individu prétendait être l’oncle paternel de la fille, mais en réalité c’était juste un prétexte pour justifier son acte odieux et crapuleux qu’il comptait accomplir alors qu’il n’aurait aucun lien de parenté avec elle. Quand bien même il serait un proche de la victime, était ce une raison de se comporter en voyou ?

 

En fait, j’ai vite compris que c’est un mercenaire en quelque sorte qui a été envoyé pour attenter à ma vie et m’escroquer. Ce mercenaire a été envoyé par qui et pourquoi moi ? Qui sont ses complices… ? Ce n’est même pas moi qui ai été à l’origine de l’accident. Je compte sur la justice de mon pays pour avoir des réponses à toutes ces questions. Fort heureusement, il y avait des témoins au moment de l’agression qui ont eu le reflexe de me protéger. Sinon, je ne suis pas certaine que j’allais être là aujourd’hui.

 

HBC -As-tu connaissance des motifs de cette tentative de meurtre ?

 

SRM -Le motif n’est autre qu’une escroquerie planifiée et organisée par tous les moyens. L’auteur n’a pas agi seul, je le confirme. Les preuves sont là. Mais laissons mon avocat et la justice faire leur travail.

 

HBC -En fait, comment s'est produit l'accident de circulation ?

 

SRM -Je suis mal placée pour décrire l’accident car je n’étais pas là. C’est la police qui m’a prévenue comme je l’ai souligné. Une enquête est en cours et le chauffeur a été entendu[i].

 

Tout ce que je puis dire c’est que le chauffeur a utilisé le véhicule sans notre autorisation en dehors des heures du travail et à des fins personnelles alors que celui-ci, hors service était censé être au garage pour réparation. Il appartient maintenant à la justice et aux enquêteurs de nous dire ce qui s’est passé exactement cette nuit là[ii].

 

HBC -Qui est la victime de l'accident ?

 

SRM -La victime est une jeune fille de 17 ans originaire de Banda Daweni dans le Badjini à Ngazidja. Je partage sa douleur et celle de sa famille biologique. Qu’elles sachent que leur souffrance est aussi la mienne et que je suis et serai toujours à leurs côtés. Mon souci est que cette jeune fille se rétablisse rapidement et qu’elle ne garde pas de séquelles de cet accident. Inchallah.

 

HBC -Quelles ont été tes démarches dès que tu as pris connaissance de l'accident ?

 

SRM -Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Mon mari et moi)* nous sommes rendus au bureau de la police, ensuite sur le lieu de l’accident et à l’hôpital. La fille était encore au bloc opératoire. Nous avons attendu à l’hôpital jusqu’à 2 heures du matin pour connaitre le sort de la fille. C’est très triste ce qui s’est passé. C’est un être humain qui est victime de cet accident causé suite à l’inconscience, à la bêtise et à une faute très grave d’un chauffeur. J’ai pu m’entretenir le soir même avec le médecin qui s’est occupé de la fille. Il m’a informé sur son état de santé. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale. Le problème qui s’est posé est l’absence de matériel adapté pour tenter de remettre en place une mâchoire déplacée. Ce qui nous a amené à envisager l’hypothèse de son évacuation rapide à Mayotte ou dans un autre pays.

 

HBC -Alors, pourquoi la situation s'est envenimée ?

 

SRM -Franchement c’est la question que je me pose jusqu’à maintenant. Pendant une semaine je me suis fait un devoir d’aller chaque matin rendre visite à la fille à l’hôpital et m’entretenir avec les familles (la famille d’accueil la famille biologique) sur les dispositions à prendre pour l’évacuation rapide de la fille. Quand je me suis aperçue que les choses trainaient, J’ai déboursé immédiatement, de mon propre gré les frais pour le passeport de la fille et engagé des démarches pour que l’évacuation se fasse très rapidement à Madagascar.

 

HBC -Avec qui tu étais en contact pour les négociations ?

 

SRM -J’étais en contact permanent avec les familles (biologique et d’accueil) de la fille. Il n’y a pas eu de négociation directe avec la personne chez qui la fille réside à Moroni car il se trouve en mission à l’Etranger. C’est son frère Farid Nourdine Abodo[iii] qui discutait avec moi, s’exprimait souvent en son nom et nous rapportait ses positions et instructions.

 

Je discutais aussi et surtout avec la famille biologique en l’occurrence l’oncle maternel.

 

J’ai proposé une contribution financière de 400 000fc pour permettre l’évacuation rapide et les soins de la fille. Nous nous sommes compris avec l’oncle de la fille mais la famille d’accueil apparemment ne l’entendait pas de cette oreille. D’après Farid Nourdine Abodo, le « représentant de la famille d’accueil », son frère qui se trouve à l’étranger – considère que la propriétaire du véhicule est la seule responsable de l’accident et exige qu’elle assure toutes les dépenses liées à l’évacuation et aux soins. J’ai répondu que ce sera à la justice de se prononcer sur les responsabilités des uns et des autres et non à une personne d’autres. J’ai même suggéré à la famille d’accueil par le biais de la personne qui discutait avec nous de porter plainte et se constituer partie civile. C’est la chose la plus logique, légale et honnête.

 

Franchement, j’étais loin d’imaginer le sort qu’on m’avait réservé.

Ma priorité était de faire partir rapidement la fille pour aller bénéficier des soins appropriés. D’où ma proposition de contribuer financièrement à hauteur de 400 000 fc avant même que la justice se prononce sur la question de responsabilités et d’indemnisation pour débloquer la situation. Mais j’avais l’impression que certains privilégiaient l’obtention par tous les moyens d’une somme bien précise. D’ailleurs, je me demande sur quoi ils s’étaient fondés pour fixer la somme de 800 000 fc.

 

HBC -Finalement dans quelles conditions est évacuée la victime.

 

SRM -La victime a été evacuée,Dieu merci.je suis contente pour elle et lui souhaite un bon retablissement.Mais son départ, ce jour là a été le prétexte pour venir m’agresser sauvagement à mon domicile, me menacer de mort et m’escroquer la somme de 800 000 fc soit la somme de 400 000 fc que j’avais préparée pour remettre à l’oncle maternel de la victime et une autre somme de 400 000 fc que je n’avais pas mais que j’ai pu rassembler à la hâte grâce à des proches sous forme de prêt, qui avaient eu la gentillesse de réagir suite à mes appels téléphoniques afin d’éviter le pire.

 

HBC - Que comptez-vous faire ?

                                            

SRM -Porter plainte évidemment. Je ne peux pas taire un agissement aussi grave et une injustice pareille. C’est une tentative de meurtre suivie d’une escroquerie flagrante. Contrairement à mon bourreau, à ses complices et à ses éventuels commanditaires je fais entièrement confiance à la justice de mon pays. La justice à laquelle je crois n’est ni celle de la violence et de la barbarie ni celle de l’arrogance et des voyous.

 

HBC -En fait, Comment se sont passées l’agression et l’escroquerie odieuse et crapuleuse?

 

SRM -Le matin du lundi 29 août dernier, j'attendais tranquillement l'oncle maternel de la fille, comme nous nous étions convenus, chez moi pour venir récupérer la somme de 400 000fc,  notre contribution pour l'évacuation de la fille à Madagascar. Comme il tardait à venir, je lui avais téléphoné. C’est là qu’il m'avait répondu que finalement il ne venait pas seul car « les autres tiennent à l'accompagner » c'est-à-dire le « représentant » et frêre  de la personne chez qui la fille réside à Moroni – pour simplifier utilisons le terme  « accueillant de la fille », le frère de la femme de« l’accueillant de la fille » et Hadji Said Oumouri, mon agresseur.

 

J'étais avec un voisin et on discutait calmement quand un groupe de trois personnes (celles que j’ai citées à l’exception du frère de « l’accueillant de la fille ») fit irruption à mon domicile.

 

Immédiatement, mon agresseur s'était précipité sur la terrasse où j'étais assise et m'avait dit ceci : «Si je suis là ce n'est pas pour blaguer ni écouter des discours. Soit tu débourses la somme de 800.000 fc pour l'évacuation de « ma fille », son infirmier et la civière ou tu es une femme morte » et il a pris un fauteuil en bambou et me l'a lancé. Sans mon voisin, il allait me tuer car en même temps il s'était précipité sur moi pour tenter de m’étrangler. C'est là que ses deux compagnons et mon voisin avaient réussi à le maitriser. Juste après Farid Nourdine Abodo[iv], le frère de « l’accueillant de la fille» arrivait à son tour. Menaçant, il exigeait le versement immédiat de la même somme ! Ayant compris que ce groupe était sérieux et déterminé et pour avoir la vie sauve, j’étais contrainte de remettre la somme exigée à Farid Nourdine Abodo[v]

 

Excuse-moi, mais je ne peux pas continuer. Je revois cette horrible scène et je préfère m'arrêter là s'il te plait. J'ai fait trois jours d'insomnie et de cauchemar. Depuis, je suis sous somnifères pour dormir…

 

Entretien réalisé le 3 septembre 2011 par Halidi Allaoui  

 

 * Rectificatif (le 6 octobre à 13heures 10) :  

 

A lire : "Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Ma fille et moi)" au lieu de  " Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Mon époux et moi)".

 

Nous nous excusons pour cette petite erreur

 

Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES)

 




[i] [ii] Depuis, le procès a eu lieu. Le chauffeur du bus est condamné à 4 mois d’emprisonnement ferme. Il purge actuellement sa peine

.

 

[iii]  IV V Farid Nourdine Abodo est un des fils d’un haut magistrat des Comores. Son père Nourdine Abodo est nommé récemment Présent de la nouvelle Cour suprême. Il est aussi le Conseiller juridique du Président de l’Union des Comores (voir aussi notre billet « Quand les doyens du palais de la justice montre le mauvais exemple en cliquant ICI)

 

 

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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 19:39

Agence comorienne de Presse (HZK-Presse)

 

Comores /  

Interview / Anliane Ahmed, ministre de la justice :

« La plainte contre Sambi n’est pas bien fondée »

 

Moroni, lundi 26 septembre 2011 (HZK-Presse) Le Dr Ikililou a fait de la corruption son champ de bataille. Anliane Ahmed qui n’est autre que le ministre de la justice, en est la personne la mieux placée pour nous parler de cette politique. La mise en place de la Cour suprême, et ses conséquences au niveau du fonctionnement de la justice et le procès Combo sont autant de dossiers que les comoriens veulent comprendre. Et le garde des sceaux a accepté volontiers de nous en parler.

 

Question : En tant que ministre de la justice, quelle votre approche sur la lutte contre la corruption ?

 

Anliane Ahmed : Sur le nouveau programme de la politique du gouvernement mis en place par le président de l’Union des Comores, Ikililou Dhoinine, la lutte contre la corruption occupe une grande place. Sur ce, des lettres de mission ont été délivrées et la mise en place de la ladite commission est parachevée. Maintenant, on va faire l’opérationnalisation de la commission. Et cette structure a des objectifs et des missions à accomplir pour bien faire son travail.

 

Question : Par rapport au champ d’action, comment allez-vous procéder ?

 

A.A : La corruption n’a pas d’habitude une chose qui l’empêche mais c’est un système qui évolue. Si la commission anti-corruption trouve un fait qui remonte avant et qui nécessite de revenir en arrière, elle va revenir et le poursuivre. Donc, c’est un système et un système a forcement des antécédents qu’on est obligé de démanteler. 

 

Question : Il y a un vide à la justice après la mise en place de la cour suprême. Comment comptez-vous le combler ?

 

A.A : Nous n’avons pas un vide mais nous avons une insuffisance. C’est différent. Nous avons une insuffisance du personnel et des magistrats et ce n’est pas seulement à la Grande Comore mais Mohéli et Anjouan aussi. C’est ce qui a permis de prendre des juristes et de les verser dans le corps des magistrats pour pallier cette insuffisance. Mais actuellement, nous n’avons pas de vide et nous essayons de faire avec le peu que nous avons en attendant l’arrivée bientôt des magistrats qui sont en formation à l’étranger et qui vont rentrer dans 2 ou 3 mois. Sur ce domaine, nous allons encore une fois renouveler le contrat qui fait partie de nos missions pour pouvoir envoyer des juristes à l’extérieur pour suivre la formation de la magistrature.

 

Question : Et l’idée d’utiliser des magistrats étrangers, qu’en pensez-vous ?

 

A.A : L’idée n’a jamais été mauvaise mais c’est trop cher de payer des magistrats étrangers. C’est beaucoup très rentable d’accélérer les formations de nos magistrats que de faire venir des magistrats étrangers sauf si nous avons un pays qui peut nous aider et nous donner des magistrats gratuitement. Mais là actuellement, nous avons mis en place la Cour suprême et qu’on sait qu’il y a une insuffisance des magistrats même pour le compléter mais on a mis une cour suprême avec un nombre qui peut être opérationnel tout de suite en attendant d’autres magistrats qui vont venir remplacer ce qui sont en bas et faire monter d’autres magistrats anciens pour compléter les places qui manquent.

 

Question : Concernant la plainte contre l’ancien président Sambi, est ce qu’on peut avoir la garantie qu’on peut avoir une justice libre et indépendante pour le juger ?

 

A.A : D’abord cette plainte n’est pas bien fondée. C’est un plainte comme des dires qui apparaissent dans un journal mais il n’y a rien de fondé jusqu’à maintenant. C’est comme une lettre qui a été déposée et il n’y a pas de preuves qui sont amenées ni devant le palais de justice de Moroni, ni devant le procureur de la république. C’est une plainte politique qui voulait faire du bruit mais il n’y a rien de fondée et moi, je ne peux pas parler de plainte.

 

Question : Et par rapport au procès du général Salimou, où en sommes-nous ?

 

A.A : L’affaire est toujours en cours et je pense que le ministère et le parquet se préparent pour les assises qui auront lieu avant la fin de cette année. La date n’est pas encore fixée mais l’organisation est à sa fin. Et maintenant, on se prépare pour voir quels sont les juges qui vont être déplacés et le gouvernement a alloué le budget nécessaire pour bien le préparer.

 

Propos recueillis par Mohamed Youssouf

260911/my/hzkpresse/13h00

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 12:46

I

«Je vais assurer la liaison entre HSS et les autorités comoriennes»
 
DOSSAR PRINCIPAL MANAGER DE LA SOCIETE HSS HOLDING AUX COMORES L'ancien ministre des Finances et ancien conseiller spécial du président Ikililou Dhoinine quitte le cabinet présidentiel pour servir au sein de la société HSS holding  M. Dossar explique ici les principales motivations de cette démarche, faisant de lui le principal manager de cette société aux Comores 

 

La demande émane de vous ou c'est plutôt HSS qui vous a sollicité? 
 
C'est la société qui a fait la demande. Il va y avoir une montée en puissance des activités de HSS. Le PDG de HSS, Essam El Fahim ne pourra pas être présent aux Comores en permanence. Il fallait un Comorien pour assurer les affaires courantes et le suivi des projets.
 
Quel sera alors votre rang au sein de la holding ? Etes-vous actionnaire? 
 
Non, je ne suis pas actionnaire. Je suis le directeur administratif et financier de HSS aux Comores; je suis un employé de la société, chargé du suivi des différents projets. Je serai le numéro 1 de HSS aux Comores. 
 
Quelle sera concrètement votre tâche? 
 
Je vais assurer la liaison entre HSS et les autorités comoriennes. Je vais coordonner les activités de la holding, assurer la supervision du personnel. J'aurai donc un œil sur les projets promis par HSS aux Comores. 
 
Pouvez-vous énumérer ces projets ? 
 
Il est difficile, quand un  programme démarre, de donner une liste des projets. Il serait mieux que les gens les découvrent au fur et à mesure. Le projet visible et sans doute le terminal de ferry de Moroni dont les travaux ont déjà démarré. Je dois préciser qu'il ne s'agit pas d'un simple port mais d'un nouvel espace d'extension de la capitale. Il y aura un centre commercial, un centre de loisirs, bref des activités touristiques... Il ne faut pas voir l'angle du port, même s'il y aura les liaisons maritimes inter iles, Dans certains pays voisins comme Maurice, ces activités existent. 
 
Une polémique sur la démolition du foyer des femmes fait rage à Moroni. Qu'en dites- vous? 
 
Toutes les assurances ont été données que le foyer des femmes ne sera pas démoli. Je ne sais pas ce qu'il faut dire encore. Les travaux ont démarré, le foyer n'a pas été touché, les travaux se feront sur la mer. L'espace sera aménagé sur la mer mais pas là où il y a le foyer des femmes 
 
On reproche à la HSS d'ignorer les conséquences sur l'environnement. Que dites- vous? 
 
Une étude d'impact est en cours, Les travaux seront communiqués très incessamment
 
Quels sont les termes des accords passés entre HSS et le gouvernement comorien à propos de ces projets puisqu'on parle des projets strictement privés? 
 
Ce sont des projets BOT (Build  operate transfer : construction, exploitation et transfert, ndlr) qui ont vocation à revenir à l'Etat comorien après une période d'exploitation qui sera déterminée par les deux parties. Mais, il faut comprendre que ce sont des projets qui devraient être réalisés par le pays. C'est une chance pour les Comores. 
 
Quel est le lien existant entre HSS et la Fondation Fatima ?
 
La fondation Fatima est une ONG qui a pris l'engagement d'aider les Comores, mais elle ne peut pas réaliser les travaux elle-même. HSS va donc exécuter les projets promis par la fondation aux Comores. Les projets en cours sont réalisés sur fonds propres de HSS. Il y a actuellement une centaine de Comoriens recrutés par HSS pour ces travaux et cinq personnes pour assurer l'administration. 
 
A quand le décaissement des 2 milliards d'euros promis par la fondation ? 
 
Les démarches sont en cours entre le gouvernement et les responsables de la fondation. Cela prendra quelques semaines.  
 
On vous prête des relations difficiles avec vos collègues du cabinet du chef de l'Etat...
 
Ce sont des rumeurs infondées. J'ai toujours eu de relations très cordiales avec mes collègues. Je reste d'ailleurs à la disposition du chef de l'Etat et je resterai solidaire à l'action gouvernementale. Il n'y a pas d'antinomies. Les projets de développement auraient pu être réalisés par le gouvernement. Nous avons les mêmes objectifs, celui d'aider le pays à amorcer son décollage économique. 
 
Le président est-il au courant de votre initiative ?
 
J'ai discuté longuement avec lui. Il a été d'ailleurs content car il aura un homme de confiance qui va aider à la concrétisation de ces projets, au profit de la population comorienne. Il ne faut pas voir ces projets sous l'angle de l'entreprise, mais sous l'angle du développement. Les Comoriens seront les premiers à en tirer profit. Si c'était un supermarché, cela serait un cadre strictement privé, mais pour des projets de transports, c'est le pays qui en devient le principal gagnant.
 
A.S.KEMBA
Source : Albalad Comores n°584 du lundi 5 Septembre 2011
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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 13:40

Interview de Salim Hatubou dans la Gazette des Comores/Agence HZK

Comores / Interview

Salim Hatubou, auteur de L’avion de maman a craché :

« Je voulais juste aller voir mon papy des Comores »

Salim-Hatubou.jpgParis, lundi 15 août 2011 (HZK-Presse) Salim Hatubou a sorti ce mois-ci un ensemble de récits regroupés sous le titre L’avion de maman a craché. Cette œuvre a pour trame le drame qu’ont vécu les Comoriens, il y a deux ans, après le crash de l’avion de la Yemenia. L’écrivain a décidé de laisser la parole aux enfants, ceux qui ont pris l’avion et ceux qui ne l’ont pas pris. L’avion de maman a craché se veut être un acte de mémoire pour ne pas qu’on oublie, l’œuvre se révèle être également un réquisitoire contre ceux qui ont la responsabilité d’un peuple et qui le mènent de catastrophes en catastrophes par négligence et par irresponsabilité.

HZK-La Gazette - Pourquoi écrire sur un tel drame aujourd'hui, deux ans après ?

Salim Hatubou – J’ai écrit sur ce drame, cette tragédie nationale, parce que je suis obsédé par la question de la Mémoire. Oui, c’est un devoir de Mémoire, pour qu’on n’oublie pas qu’un 30 juin 2009, à l’aube, des hommes, des femmes, des enfants, des bébés... ont eu leur destin brisé en quelques instants, sans parler des veufs, des veuves, des orphelins... qui sont marqués dans leur chair par la disparition des leurs.

HZK-La Gazette – Vous avez vous-même vécu une situation similaire…

S.H. : Effectivement. Je comprends profondément ce drame parce que moi aussi, il y a 36 ans, alors que j’avais trois ans, je me suis levé un matin et je n'avais plus de maman, emportée par le choléra, une épidémie qui a tué des milliers de Comoriens en 1975 et qui est enfouis dans les entrailles de l’oubli. Oublier les victimes de nos différentes tragédies c’est leur donner une autre mort plus atroce que la première.

HZK-La Gazette - La fiction est-elle le meilleur moyen de parler de ce crash ?

S.H. : Nous devons parler de nos chers disparus par tous les moyens à notre portée. Je suis écrivain, un raconteur d’histoires, alors j’ai voulu parler de cette tragédie en utilisant mon propre art, la littérature. Chaque Comorien doit s'approprier cette tragédie, la restituer à sa manière et l’ancrer dans la Mémoire universelle, mais toujours avec le respect des disparus et de leurs familles, c’est important.

HZK-La Gazette - Pourquoi avoir choisi de donner la parole aux enfants pour raconter ces histoires dramatiques ?

S.H. : Parce que j’écris beaucoup pour les enfants, mais surtout parce que je connaissais personnellement des enfants qui étaient dans cet avion. J’ai croisé certains d’entre eux dans des ateliers d’écriture que j’avais dirigés à Marseille. J’ai voulu qu’on entende la voix de ces innocents qui ont été arrachés à la vie ou qui ont eu des parents disparus, pour que quand les responsables de cette tragédie regarderont leurs propres enfants, quand ils rentreront le soir et les embrasseront, ils n’oublient pas que d’autres n’auront plus jamais cette chance. Moi, à la place de certains responsables politiques, je n’aurais pas la conscience tranquille. Et comme le dit un enfant dans le premier texte « Je voulais juste aller voir mon papy des Comores, je ne demandais rien d'autre ! », mais seulement des hommes en ont décidé autrement en affrétant ou en autorisant des avions poubelles qui nous ont plongés dans un cauchemar.

HZK/La Gazette - Que vous inspire le fait que jusqu'à maintenant les familles des victimes ne savent toujours pas pourquoi et comment leurs proches ont perdu la vie ?

S.H. : Un seul mot : mépris ! Ne pas savoir c’est rajouter de la douleur à la douleur. Non seulement ils ont perdu les leurs et certains ne pourront jamais faire le deuil parce qu’on n’a pas retrouvé les corps de leurs proches et leur donner une sépulture, mais on leur donne un autre coup de massue. C'est inadmissible et cela dépasse l'entendement.

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

150811/mi/hzkpresse/11h00

 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 13:29

Source : HZK Presse du 30 mai 2011

 

 

Azali: ''Un don de 2 milliards? C'est prendre les gens pour des c...''

 

 

 
La tournante est arrivée enfin à Mohéli. Cette étape marque la fin d’un cycle d’une présidence à tour de rôle, après Ngazidja (2002) et Ndzouani (2006), dans l’hypothèse où l’île de Mayotte n’aurait pas rejoint l’Union des Comores en 2015. Une tournante qui est instituée en 2001 sous le régime Azali, pour résoudre la double crise séparatiste et institutionnelle qui a éclaté à Ndzouani en 197. L’ancien président est donc un témoin privilégié de cette histoire récente du pays, en tant que protagoniste et signataire de l’accord de réconciliation nationale signé à Fomboni le 17 février 2001.

 
Le colonel Azali a assisté le 26 mai dernier à l’investiture du Dr Ikililou, en volant la vedette à son successeur de 2006 dont la cérémonie marquait la fin de règne, par les honneurs d’un public qui l’a longuement ovationné. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à La Gazette / HZK-Presse, cet ancien chef d’état-major de l’armée arrivé au pouvoir le 30 avril 1999 par un coup d’état, avant de se faire élire en mai 2002, comme premier président de l’Union, a accepté de porter un regard sur le régime Sambi et surtout nous parler de l’avenir.



COMMENT AVEZ VOUS VECU L'INVESTITURE DU PRÉSIDENT IKILILOU?

Azali Assoumani : Pour moi c’était un moment très intense et très émouvant puisque c’est la continuité d’un système qu’on a mis en ensemble en 2002 à la suite d’une crise profonde du pays. Je me suis dit tant mieux qu’on soit arrivé jusqu’ici, malgré les hauts et les bas. Mais in fine, c’est quand même un bon résultat d’arriver à une alternance qui s’est passé comme tout le monde l’aurait souhaité. Je parle au conditionnel car on aurait voulu que ça se passe mieux. Mais au moins l’investiture a eu lieu. Le nouveau président est investi conformément à la loi. Tout ce qu’on peut espérer pour lui et pour le pays, est qu’il puisse s’atteler au devoir qui l’attend et prie pour qu’il réussisse parce que sa réussite est la réussite de tout un peuple.


CE JOUR LA, VOUS AVEZ ÉTÉ BEAUCOUP APPLAUDI. QUAND ON SE SOUVIENT QU'UNE DATE PAREILLE VOUS AVEZ ÉTÉ HUE, QU'EST-CE QUE ÇA VOUS FAIT ?

Azali Assoumani :  En tant qu’homme, il faut rester modeste et savoir qu’il y a un prédestiné fait pour chaque Homme qui arrive qu’on le veille ou pas, surtout quand on est musulman. Donc ce qui est arrivé en 2006, c’est un événement. J’en ai connu beaucoup. Je ne dirais pas pire car je n’étais pas chef d’Etat, mais durant ma vie j’en ai connu des moments intenses. Mais il faut remarquer qu’en 2006, il y a des gens qui ont comploté et qui ont payé les gens pour venir faire cela. Nous, on l’a su en amont mais on a laissé passer. Et ce qui s’est passé dernièrement, je ne peux dire que merci. Nous pensons que c’est avec sincérité que les gens ont applaudi très fort. En tout cas, ça ne peut pas être autrement et je souhaite autant pour le Dr Ikililou.

  

ET ÇA VOUS FAIT QUOI DE VOIR VOTRE BÉBÉ, LA TRANSITION, TOURNER ?

Azali Assoumani :La tournante tourne, c’est bien car c’est pour cela qu’elle est faite. Mais le débat que tout le monde ne veut pas faire, c’est moi qui ai voulu qu’elle tourne comme ça. Mais la constitution elle-même avait préconisé une autre façon de tourner. J’ai voulu que ça tourne comme cela parce que pour moi c’est une transition qui continue. Pour moi, 12 ans de transition, c’est largement suffisant pour faire un bilan et voir l’avenir. Malheureusement, le pouvoir actuel l’a biaisé parce qu’il a voulu changer la constitution pour des motifs qui ne sont pas évoqués. Il prétexte que 4 ans c’est moins et que 5 ans c’est mieux. Mais quel est la différence en 4 et 5 ans en matière de gestion ? C’était seulement une façon de torpiller le jeu sans dire ce mot. C’est pourquoi nous sommes arrivés que Dr Ikililou aille faire 5 ans. Tant mieux pour lui. Mais j’avais pensé laisser ces 12 ans de transition et s’asseoir à l’échelle nationale pour dire ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Moi j’ai fait 4 ans, Sambi devait faire 4 aussi, mais il a ajouté un an d’illégalité. La cour constitutionnelle, sans pour autant dire que Sambi va faire 5 ans conformément à la nouvelle constitution, lui a permis de faire ces 5 ans. En tout cas, ça n’a rien avoir avec la révision constitutionnelle que le président en a fait voter et voulait le ramener jusqu’à novembre 2011. Heureusement que la cour constitutionnelle ne l’a pas reconnu comme une loi constitutionnelle. Et vous le permettez de m’étonner que le président Sambi a prétendu qu’il est le seul à vouloir les élections ce jour-là et que les autres n’ont pas voulu. Pourtant, c’est lui qui a introduit la loi pour rester au pouvoir jusqu’en novembre 2011. Et que la lutte qui a été menée par tout le monde y compris la presse à qui je dis bravo, car vous avez fait du bon travail, les mohéliens et nous tous, les partis politiques, c’était pour dire au président Sambi qu’il n’a pas intérêt à jouer ce jeu dangereux. Finalement, c’est par la contrainte qu’il a accepté et maintenant, il se donne les mérites. Qu’il a ôté les chaussures pour prier Dieu pour qu’il puisse en arriver ici, on ne peut pas dire non mais ce que tout le monde sait, ce n’est pas aujourd’hui qu’il voulait partir. Il voulait partir au mieux en octobre 2011 selon la loi qu’il a fait voter [par le Congrès ndlr]. En tout cas, ce qu’on peut capitaliser dans ce départ, il y a une alternance politique qui se fait. Il n’y a pas de chef d’Etat qui part directement au cimetière ou qu’on envoie à la Réunion.



ET MAINTENANT QUEL REGARD PORTEZ VOUS SUR LE RÉGIME DE VOTRE EX-SUCCESSEUR ?

Azali Assoumani :  Avant-hier, Sambi a dit qu’il ne dit pas ce qu’il fait mais il dit ce qu’il n’a pas fait. C’est une façon curieuse de faire un bilan (rire…), car normalement on dit ce qu’on a fait. Je ne vais pas m’étaler mais tout le monde sait que Sambi s’est engagé pour trois choses : un logement décent pour tout le monde, une justice juste et la lutte contre la corruption et création d’emploi. Je pense qu’on n’a pas besoin de sortir d’une grande école et des microscopes pour voir que les logements, on n’en parle pas. Ce qui est curieux, il a lui-même avoué qu’il a touché des milliards pour ce projet. Et que jusqu’alors, à part les trois qui ont été faits en guise d’expérience dans les trois îles, on n’en sait rien. Donc c’est quand même sérieux qu’il s’engage et qu’il annonce avoir les fonds, et il ose dire qu’il n’a rien à dire alors qu’on ne voit pas les logements. Deuxièmement, c’est la justice. Quand on voit l’affaire du général Salimou avec l’assassinat du colonel Combo et l’histoire de l’ancien préfet assassiné sauvagement à Sima, on a intérêt à se poser des questions de savoir quelle justice Sambi a fait pendant les 5 ans. Et là, nous, citoyens lambda, partout où nous nous trouvons, nous sommes très inquiets de savoir si quelque chose de bien ou de mauvais à quelqu’un de façon active ou passive, est-ce qu’il y a une justice capable de rendre la justice, quand on voit le chaos où sombre l’affaire général Salimou. Maintenant pour la corruption, ce n’est pas la peine. Il a avoué que les gens qui se trouvent à ses cotés sont corrompus, qu’ils sont malhonnêtes mais qu’a-t-il fait ? Il a porté plainte devant Dieu. Alors pour parler de justice, les anciens de l’ancien régime, il les a mis en prison. On les a mis en prison mais les siens il porte plainte devant Dieu. Et même ceux qui sont mis en prison, il y a deux catégories : ceux qui ont rejoint le régime et qui sont lavés. Il suffit donc de rejoindre son régime et là on n’est pas coupable. Donc pour ces trois dossiers, c’est le chaos. Je mets au défi n’importe qui, qui viendra dire le contraire. Et d’ailleurs, ça me fait très mal quant je vois des gens très respectables dire dans la presse que oui Sambi a ouvert le pays dans le monde arabe. Allez dans le monde arabe, tout y allait. Mais les arabes, quels ont les résultats qu’ils ont apportés ? Les panneaux à la corniche ? Ou les nouveaux panneaux érigés près du foyer des femmes de Moroni ? Ou bien l’Hôtel Galawa, ou Janat Alkamar du Lac salé ? Au moins, s’il avait construit des hôtels, ces gens viendraient se promener et permettre de lutter contre le chômage, permettre aux commerçants de vendre. Mais ces gens viennent sans rien faire et ils repartent. Et la prouesse, on a constaté par ceux qui arrivent n’ont rien fait que récupérer ce que le pauvre Assim a fait. Assim a réalisé trois investissements importants dans ce pays : Al Amal à Anjouan, Hôtel Itsandra et le Moroni. Et ces gens sont venus récupérer illégalement. Cela n’importe qui peut le faire. Des arabes ou des chinois ce serait la même chose. Donc, il faut rester serein mais qu’on ne prenne pas les gens pour des cons car c’est le chao. Et au lieu de faire son bilan, il annonce le programme de son successeur. Donc tout ce qu’il a dit il ne l’a pas fait mais il est entrain d’hypothéquer la présidence d’Ikililou en annonçant d’autres choses. C’est un peu dommage. J’espère que le président Ikililou saura prendre ses responsabilités en main.

  

MALGRÉ CE BILAN QUE VOUS JUGEZ NÉGATIF, SAMBI EST RESTE POPULAIRE; PEUT ÊTRE QU'IL Y A QUELQUE CHOSE DE NEGATIF ?

Azali Assoumani :  (Hésitation…). Il faut définir ce qu’on appelle populaire. Si populaire, c’est gagner des élections en les achetant. J’ai pensé donner l’exemple mais il n’était pas suivi. J’avais le pouvoir, j’avais les armes, j’ai fait un coup d’Etat, les élections que les instances avaient validées, j’ai accepté. Celles que les instances avaient déclaré perdues, j’ai accepté. Mais lorsqu’un régime ose dire qu’il n’est jamais battu en élection, avec tout ce qu’on a vécu ici, on ne peut pas parler de popularité. C’est un coup de force. Souvenez-vous que même la communauté internationale avait dit qu’à Anjouan, il n’y a pas eu d’élection. Moi, je n’ai pas cette popularité. La popularité que j’aime, c’est si le peuple s’exprime de façon transparente. Et s’il faut le forcer pour se prononcer pour dire après qu’on est populaire, je n’en veux pas.

  

AU CAS OU DR IKILILOU VOUS RECEVAIT EN AUDIENCE QU'ALLEZ-VOUS LUI DONNER COMME CONSEIL ?

Azali Assoumani :  Un conseil simple. Je dirais au président Ikililou qu’il ne doit compter que sur ses propres forces. Ils étaient 10 à Mohéli, trois au niveau national et il a été le seul à être choisi avec ses trois vice-présidents. Cela veut dire que c’est lui qu’on a choisi et c’est à lui d’assumer ses propres responsabilités. Cela ne signifie pas négliger des conseils, ou ne pas avoir des experts mais de savoir qu’il est le seul à être jugé à partir du choix qu’ont fait les comoriens. C’est un peu théorique mais je le dis car on a vécu un scandale pendant 5 ans dans ce pays. Les gens ont compris qu’on peut rester sans rien faire et que les qataris et les arabes viendront tout faire à notre place, en lieu et place de nos autorités. Ils l’avaient compris et le disaient. Quand on entend que le gouvernement a préparé les états de salaire mais attend que l’argent arrive, c’est scandaleux. Donc je dirais à Ikililou qu’on doit compter sur nous mêmes d’abord. On n’est jamais mieux gratté que par soi-même. C’est vrai, il aura des conseils, il aura des aides et on l’espère, mais ils ne sauront jamais se substituer aux efforts qu’on doit faire. Le peuple comorien a choisi d’être libre à partir du 6 juillet 1975 et cela a un sens. S’il fallait être libre et continuer à attendre des aides extérieures pourquoi avoir demandé l’indépendance ? Effectivement, les aides extérieures sont normales et complémentaires, mais ce dont on va réfléchir, concevoir est la façon dont nous allons nous y mettre. Je le dis parce que ce que j’ai entendu, et même le président Ikililou l’a répété par rapport à l’argent censé provenir des ONG, l’argent du Qatar, de la Fondation Fatuma, tout ça c’est nécessaire mais jamais suffisant. En 2005, on a fait une conférence de Maurice avec 200 millions de dollars, et personne n’en parle maintenant. Aujourd’hui, on parle de 600 millions sur la conférence du Qatar. Mais si cette conférence va être gérée de la même manière que Maurice, les résultats, il ne faut rien attendre. La curiosité est que la conférence du Qatar et celle de Maurice qui ont rassemblé toutes les institutions financières internationales et les pays amis, on a eu 200 millions à Maurice et 600 millions au Qatar et qu’on prétend nous dire qu’une ONG va débourser 2 milliards d’euros, c’est prendre les gens pour des c…. Que ce soit ceux qu’ils l’ont ou ceux qui étaient là pour se présenter pour faire croire que c’est de la vérité, ce n’est pas vrai. Ni en amont, ni en aval, ce n’est pas vrai il n’y a pas une Ong qui est capable de donner deux milliards d’euros à un pays et même si c’est le cas, on n’a même pas les moyens d’absorber cette manne en deux ans. C’est du n’importe quoi. J’espère que le clan Ikililou le prend au premier degré mais après il se donne les moyens de vérifier.

 

EST IL POSSIBLE POUR LUI DE SE DÉTACHER ALORS QUE C EST ALORS QUE C EST LA MÊME ÉQUIPE; L'ON PARLE MÊME DE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ ?

Azali Assoumani :  (Pensif…). La continuité n’est quand même pas péjorative ! On a toujours dit que l’Etat appartient à tout le monde. La continuité de l’Etat est une donne que tout le monde doit intégrer. C’est d’ailleurs ce qui fait la force des pays développés. Ces pays jouent la continuité de l’Etat que malgré deux régimes qui se tournent le dos, celui qui arrive discerne ce qui est bien pour l’intérêt de l’Etat et il continue parce qu’il y a des lois qui l’ont institué. Ce qui n’est pas bon pour le pays, on l’écarte mais en passant par les voies légales. Prenez l’exemple des Etats-Unis. Vous croyez qu’un pays comme les Etats-Unis se développe en 4 ans ou 8 ans. Ce n’est pas possible. Ils ont intégré la notion de continuité de l’Etat. Ce qui n’est pas malheureusement le cas ici. On a constaté que tout ce qu’on a fait de 2002 à 2006 est considéré comme négatif. On a même eu le culot de dire que rien n’est fait dans ce pays depuis l’indépendance et que c’est maintenant qu’on commence tout faire. C’est comme ça qu’on construit un pays. Maintenant, Ikililou a été élu. Cela veut dire que la continuité de l’Etat ce sont les projets. Il vérifie les projets fiables, il continue et ceux qui ne sont pas fiables, on ne va pas faire la continuité de l’Etat pour faire n’importe quoi. Donc, j’espère que Dr Ikililou va continuer ce qui est bien, encore qu’il y a moins. Mais s’il va continuer sur le mensonge, je crois que c’est dommage. Mais on lui fait confiance sans pour autant trahir l’amitié des gens qui l’ont amené jusqu’à là, mais au moins qu’il leur dise que c’est moi seul le comptable vis-à-vis du peuple comorien et vis-à-vis de Dieu, car c’est lui seul qui a prêté serment avec les trois vice-présidents.

A PARTIR DE 2015, SI LA COMPÉTITION N'EST PAS CHANGEE CE SERA LE TOUR DE NGAZIDJA DE REPRENDRE LA TOURNANTE. COLONEL AZALI, POURRAIT IL ÊTRE CANDIDAT ?

Azali Assoumani :Vous n’allez pas me poser une question qui est au conditionnel ! (Grand rire…). C’est vrai nous arrivons au terme du système de la tournante. Maintenant, il appartient au Président Ikililou et à l’assemblée d’appeler le peuple comorien à réfléchir. C’est à partir de là que les uns et autres vont se prononcer. Mais je crois que ce serait maladroit et même dépasser les ambitions de se décider dès maintenant, que quelque soit les cas de figure je vais être candidat. Donc, je ne peux pas me prononcer alors que je ne sais pas comment l’évolution des institutions va se dessiner. On ne se prononce pas par hypothèse. Il va falloir regarder où on va pour ne pas faire un saut dans l’inconnu. Mais lorsqu’on verra où l’on pose le pied, j’y réfléchirai avant de dire que je peux ou je ne peux pas. C’est là que la question va se poser et certainement, il y aura une réponse. Maintenant, c’est prématuré.


PROPOS RECUEILLIS PAR A.A. MGUENI

Moroni, 30 mai 2011 (HZK-Presse)

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