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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 13:43

Source : Alwatwan.net / 29 janvier 2009

Ministre-Jaffar Le chef de la diplomatie fait le bilan de l’action diplomatique du pays durant l’année écoulée en mettant l’accent sur les nouveautés par rapport aux années passées. Il insiste sur l’ouverture du pays ‘‘désormais’ acquise et s’étend sur la stratégie du gouvernement dans la lutte pour la défense de l’intégrité territoriale du pays et par rapport au projet français de départementalisation de l’île comorienne de Maore.

Monsieur le ministre, peut-on avoir un bilan succinct de la diplomatique comorienne pour l’année 2008?

En 2008, les Comoriens ont suivi le nombre d’ambassadeurs qui ont présenté leur lettre de créances au chef de l’Etat. Un certain nombre d’accords de coopération, entre le Koweït et les Comores, entre la Turquie et notre pays ont été signés. D’autres sont en cours de discussion. Nous avons tous en mémoire le travail diplomatique mené pour la réussite de l’opération ‘‘Démocratie aux Comores’’. Le ministère des Relations extérieures a beaucoup contribué à la mobilisation des pays frères et d’autres partenaires pour la réussite de cette opération. Il y a également l’ouverture de plus en plus de notre pays vers l’extérieur, l’ouverture de notre ambassade en Iran, l’acceptation également de l’ouverture de notre ambassade à Abu Dhabi. Ces actions montrent que la diplomatie comorienne est active et cherche à s’ouvrir davantage vers l’extérieur et à être au service du développement socioéconomique du pays.

La France poursuit son processus de départementalisation de l’île Comorienne de Mayotte. Comment s’organise la riposte comorienne?

J’aime bien ce terme de riposte. Il n’est un secret pour personne, les autorités comoriennes sont déterminées à contrer et à dénoncer cette consultation qui aura lieu au mois de mars prochain, à Mayotte. Nous l’avons dit haut et fort et nous continuerons à le dire que cette consultation dans l’île comorienne de Mayotte est pour nous nulle et non avenue. Et les résultats qui seront obtenus de cette consultation le seront également. Mais ce qui m’étonne aujourd’hui, c’est quand j’entends, soit de nos prédécesseurs, soit de nos détracteurs, dire qu’aujourd’hui tout devra être focalisé sur cette consultation. Ils n’ont pas tort, mais il faudra que les Comoriens sachent : C’est un processus engagé depuis 2003, lorsque la question de Mayotte a été introduite dans la constitution française.

Pouvez-vous être plus précis?

Lorsque les autorités françaises ont décidé d’intégrer Mayotte dans la Constitution comme étant un territoire français, les autorités comoriennes d’alors n’ont pas réagi. Cette consultation annoncée est la conséquence de cette inscription de Mayotte dans la Constitution française. Certains ont la mémoire courte en voulant faire porter le chapeau aux autorités actuelles. Nous nous battons du mieux que nous pouvons. Nous avons mobilisé nos partenaires aux Nations unies, à l’Union africaine, à Ligue des Etats arabes, à l’Organisation de la Conférence Islamique, etc. pour dénoncer cette démarche des autorités françaises et nous ne comptons pas nous arrêter là. Il est dommage que des esprits tordus veulent faire croire aux Comoriens que nous minimisons cette consultation avec l’organisation d’un référendum pour la réforme de la loi fondamentale. Nous accordons à la question de Mayotte toute l’importance qu’elle revêt. Nous avons dit et nous redirons que nous ne sommes pas d’accord à ce que cette consultation ait lieu et que nous ne reconnaîtrons jamais, au grand jamais, les résultats qui en seront issus.

Les travaux du Gthn sont suspendus, tant que la circulation des biens et des personnes entre les îles de l’Archipel ne seront pas effectives. Ne pensez-vous pas que ces négociations ont été un leurre qui a porté préjudice à la partie comorienne?

La mise en place du Gthn à la suite d’une rencontre des présidents français et comorien en septembre 2007 à Paris a pour objectif principal de rapprocher nos quatre îles. Le président Sambi reste convaincu que la meilleure façon de faire pour que Mayotte revienne dans son giron naturel c’est d’abord de faciliter le rapprochement entre les îles. Tout le monde le sait que nous n’avons pas aujourd’hui les moyens de libérer Mayotte par la force. Il nous faut avancer par étape, en commençant par ce rapprochement. Donc pour moi, ce n’est pas un leurre. Et aujourd’hui, nous avons décidé de reporter les réunions prévues en attendant que l’on puisse voir clair par rapport à la consultation prévue à Mayotte au mois de mars. Il y a un certain nombre de sujets à examiner dans le cadre de la préparation du document qui doit être élaboré pour être soumis à la signature des deux présidents. Mais ce serait simplifier les choses en ramenant la question au seul sujet de la circulation des personnes et des biens.
Il y a une évolution significative avec les produits maraîchers qui sont admis à Mayotte. Aujourd’hui, tout le combat que nous menons consiste à parvenir à arrêter ces drames en mer, c’est cela qui nous préoccupe le plus. Et arrêter ce drame en mer suppose également la libre circulation des personnes entre nos quatre îles sœurs. Donc, quelque part, cela suppose la suppression, entre autres, du visa Balladur imposé aux Comoriens des trois autres îles depuis 1994. Pour nous, la circulation des personnes et des biens entre nos quatre îles passe par ce rapprochement et la solution, pour le retour de Mayotte dans son giron naturel, pourra être préconisée dans le court terme.

Ce cadre de négociations aurait été proposé aux autorités d’alors qui l’auraient refusé…

Je pense que les approches qui ont été adoptées par les Comores depuis l’indépendance diffèrent d’un régime à un autre, d’une autorité à une autre. Nos prédécesseurs ont rejeté ce cadre pour, peut-être les raisons stratégiques de l’époque. Nous estimons aujourd’hui qu’un tel cadre nous offre la possibilité de mieux discuter. Dans le passé, cela se passait avec les autorités françaises, pour la première fois nous discutons directement avec nos frères maorais. Pourquoi ne pas intégrer les personnes intéressées? Cela a été tenté en 2005 dans le cadre de la commission mixte franco-comorienne tenue à Paris mais avait tourné en queue de poisson à cause notamment des déclarations du sénateur Giraud. Nous nous réjouissons de voir que ce cadre permet de discuter directement avec nos frères de Mayotte dans un climat de sérénité, d’harmonie et de compréhension fraternelle.

Concrètement, y a-t-il des actions précises arrêtées dans le combat pour le retour de Mayotte?

La mission c’est quoi ? On fait comme cela a toujours été fait depuis 1975, bien sûr, dans le respect de la continuité de l’Etat. Nous nous inscrivons dans les mêmes orientations. Mais la préoccupation fondamentale des autorités actuelles, c’est le retour de Mayotte dans son giron naturel. Pour ce faire, plusieurs options peuvent être retenues. En ce qui nous concerne, nous cherchons aujourd’hui d’abord à faire en sorte que les autorités françaises reconnaissent la souveraineté comorienne sur l’île de Mayotte. A partir de cette reconnaissance, le reste se fera. Nous ne comptons pas remettre en cause les éventuels acquis obtenus par les Maorais pendant toute cette présence française sur l’île comorienne. S’il y a des facilités que les Maorais bénéficient ou peuvent bénéficier nous sommes d’accord de discuter avec les autorités françaises pour voir de quelle manière ces acquis peuvent être maintenus. Mais ce n’est pas pour autant que l’on remettrait en cause la souveraineté comorienne sur l’île de Mayotte.

Etes-vous satisfait des résultats drainés par l’ensemble de tous les acteurs de la diplomatie comorienne? Sinon, où se situe la faille et que faire pour rectifier le tir?

J’en suis parfaitement conscient qu’il y a lieu pour nos diplomates de comprendre la lourde responsabilité qui est la leur, d’œuvrer pour l’adoption du statut des diplomates comoriens. Car, il est à mon avis inconcevable, par exemple, qu’un diplomate exerce dans la même mission diplomatique plusieurs années durant sans être affecté. J’estime que les irrégularités ou les maladresses constatées dans nos missions diplomatiques sont, pour la plupart, commises par des gens qui y ont passé plus de cinq ans.
Pour pouvoir rectifier le tir, il faut d’abord faire adopter ce statut qui, entre autres dispositions, limiterait à quatre ou cinq ans, la durée de l’affectation d’un diplomate dans une représentation comorienne. Autre aspect important, c’est la prise de conscience de nos diplomates de la lourde responsabilité qui leur incombe, celle de représenter les intérêts du pays, de constituer sa vitrine à l’extérieur. Si j’ai pris la décision d’affecter les hauts cadres de ce ministère à nos missions diplomatiques au détriment du fonctionnement régulier et quotidien de mon département, c’est justement pour changer l’image qui a collé à nos représentations diplomatiques auxquelles nous entendons donner plus de responsabilités. Par le passé, des affectation se sont faites par complaisance, nous en payons un lourd tribut aujourd’hui.

Dans le cadre de la coopération avec les pays du golfe, quels sont les accords signés à cet effet et quels sont les domaines d’intervention?

Depuis que nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons misé sur l’ouverture de notre pays au monde arabe, notamment les pays du Golfe. J’ai déjà parlé plus haut des accords signés. Nous sommes entrain de finaliser des accords de coopération qui seront signés, Inshallah, avec le sultanat d’Oman en février prochain, ainsi qu’avec Bahreïn, le Qatar et l’Arabie saoudite. Il s’agit d’accords cadres généraux à partir desquels des accords sectoriels seront signés. Pour le Koweït, la Syrie et l’Egypte les domaines d’intervention restent les investissements, l’éducation, l’information, la communication, la santé.

Quel est l’état des relations entre les Usa et les Comores?

Depuis notre arrivée au pouvoir, nous avons essayé de les renforcer. Depuis l’année dernière, il y a une présence quasi permanente de responsables de l’ambassade des Etats-Unis à Madagascar chez nous et avec qui nous travaillons en étroite collaboration. Il est même prévu l’ouverture d’une représentation diplomatique américaine aux Comores.
Entre nous et les Etats-Unis les choses se passent donc à merveille. Nous pouvons rappeler la visite effectuée l’année dernière par Sem le président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et moi-même à Washington pour l’accès des Comores à l’Agoa, suite au décret signé par le président Bush. Ce sont des signaux forts qui montrent la disponibilité exprimée par les Etats-Unis d’Amérique de renforcer la coopération entre nos deux pays.

Qu’en est-il des retombées des projets retenus dans le cadre de la commission mixte Comores-Etats-Unis?

Il y a déjà une convention signée avec une agence américaine qui devra faciliter l’exportation de nos produits aux Etats-Unis. Des militaires américains appuient surtout le secteur de l’Education avec la construction ou la réhabilitation de salles de classe. Cette coopération marche très bien et nous sommes déjà à la 3ème réunion de la Commission mixte. Nous attendons la venue des membres du corps de la paix pour renforcer l’apprentissage de l’anglais aux Comores mais également pour identifier d’autres domaines où peut s’étendre et se renforcer la coopération entre les deux pays.

Dans trois mois, vous aurez à passer le flambeau de la présidence de la Coi. Quels sont les dossiers traités au cours de la présidence comorienne?

Il y a des projets qui ont été initiés avant même que l’on brigue la présidence et qui sont en cours de réalisation. Le travail de la présidence est d’assurer le suivi de tous ces projets initiés. Notre ambition c’était de faire en sorte que la Coi ait une place, ne serait-ce d’observateur auprès de certaines grandes organisations comme l’Union africaine, la Ligue des Etats arabes, l’Organisation de la conférence Islamique. Ce travail a été initié et nous œuvrons pour le faire avancer. Il reviendra à mon successeur d’assurer à son tour le suivi de ces chantiers.

Quelles appréciations faites-vous de l’axe de coopération Asie-Union des Comores?

La stratégie arrêtée dès le départ, c’est d’ouvrir notre pays au monde extérieur. Nous sommes presque arrivés à surmonter ce défi. Vous êtes au courant de l’excellence de notre coopération avec la Chine. Avec le retour progressif du Japon ponctué par des engagements d’appui à un certain nombre de projets de développement du pays et bien d’autres pays asiatiques, on peut dire que cette coopération se développe grâce au travail permanent du département Afrique/Asie du ministère.

Sur l’actualité locale. Les Comoriens seront appelés à se prononcer sur la révision de la loi fondamentale de l’Union. Que leur diriez-vous pour les convaincre?

Les Comoriens se sont convaincus eux-mêmes de l’ultime nécessité de cette révision. Il n’y a pas un seul Comorien qui ne se rend pas compte aujourd’hui de la lourdeur des institutions mises en place sur la base de la Constitution de décembre 2001. Il est vrai que cette constitution a été adoptée par les Comoriens en 2001. Mais dans quel contexte? C’est la question qu’il faut se poser. Cette loi fondamentale a été adoptée dans un contexte de sortie de crise, sinon de conflit. Et le souci qui prévalait en ce moment là c’était justement de sortir absolument de cette crise, d’une manière ou d’une autre. Donc, nous avons adopté cette constitution pour essayer de trouver une solution d’abord à la crise qui prévalait dans le pays et se dire qu’on verra par la suite ce qui se fera. Mais au fil du temps, nous avons réalisé que cette constitution n’est pas viable. Les nombreux blocages, pour de petits détails, constituent un exemple éloquent de la complexité de cette constitution. Il n’est pas dans l’intention du président Sambi ou de son gouvernement de remettre en cause les principes fondamentaux de cette constitution à savoir, le principe de la présidence tournante entre les îles ou encore le principe d’une large autonomie des îles.
A ceux qui disent de laisser d’abord les Mohéliens gouverner, je leur répondrai qu’il vaut mieux justement procéder à la révision de sorte que ceux qui viendront demain puissent trouver un pays stable qui puisse fonctionner.

Le prolongement d’une année du mandat du président de l’Union semble être le point d’achoppement qui peut entraîner le rejet global du texte proposé?

Pourquoi des gens voient-ils le prolongement d’une année comme le point essentiel de la révision de la constitution. Je suis étonné de l’interprétation faite du discours du président Sambi quant il a évoqué la question de l’harmonisation des élections. Il avait dit qu’il était disposé de réduire d’un an son mandat pourvu que les autres exécutifs acceptent à ce que l’on réalise les élections en 2009.
Aujourd’hui, il propose une année de plus dans le seul but de pouvoir harmoniser l’organisation des élections.
Il faut savoir une chose, nous ne pourrons pas tous les ans tendre la main à nos partenaires pour qu’ils nous aident à tenir des élections. Tôt ou tard, cette harmonisation des élections devra avoir lieu. Pourquoi se bloquer sur cette suggestion du prolongement d’une année. Cela n’est pas une fin en soi…

Le mot de la fin?

Nous venons d’entamer une nouvelle année. Des défis importants devront être relevés. Ils ne pourront être relevés tant que les Comoriens ne se seront pas mis d’accord pour réviser la loi fondamentale qui constitue un réel blocage pour le développement du pays.

Propos recueillis par Kaiva

 

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Mariama HALIDI Alwatwan - dans INTERVIEWS
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 23:49


"Si les Mahorais disent "Oui", le processus sera enclaché immédiatement"

Après une halte à la Réunion, le secrétaire d'État à l'Outre-mer entame aujourd'hui une visite de deux jours à Mayotte afin de préparer le référendum du 29 mars sur la départementalisation. Yves Jégo (photo) veut surtout expliquer “la feuille de route” du gouvernement. Et répéter que le processus sera long et progressif.

Quel est l'objectif de votre visite ? Avez-vous le sentiment d'arriver avec un cadeau de Noël historique pour les Mahorais ?

 
Yves Jégo : Cette visite, la quatrième pour moi en 9 mois, suit de quelques semaines la réunion que le Président de la République a tenue avec les élus sur le sujet essentiel de l'évolution statutaire de l'île. J'ai conscience de l'importance de l'enjeu pour les Mahorais qui attendaient ce rendez-vous depuis tant d'années. Il s'agit tout simplement de tenir les engagements du Président Sarkozy et de préparer l'avenir sur une base claire et connue à l'avance.
La Départementalisation de Mayotte est inscrite dans la loi. Pour l'Etat, l'impression est qu'il s'agit d'un mariage forcé alors que chez beaucoup de Mahorais on parle d'histoire d'amour... Il n'y a aucune contrainte de part et d'autre dans le dossier de la départementalisation. Bien au contraire, je rappelle que c'est l'Etat, par la voix du Président de la République, qui a initié le processus actuel, ce qui a permis au conseil général de Mayotte de se prononcer clairement sur la départementalisation. La délibération du conseil général du 18 avril a été suivie par une réflexion locale, par de nombreux échanges que j'ai conduits avec les élus et par un intense travail interministériel. Aujourd'hui, il s'agit que les Mahorais, dont la volonté sur ce sujet a été constamment réaffirmée par leurs élus, fassent un choix en toute connaissance de cause. La feuille de route que je viens leur présenter nous engagera tous pour les années à venir. Il n'y aura pas de surprise : si les Mahorais le décident, le gouvernement proposera ensuite au Parlement dès cet été des textes qui déclineront ce document. Et si, comme cela est toujours possible, les Mahorais ne le souhaitaient pas, l'État poursuivra, comme nous le faisons depuis des années, un partenariat renforcé et dynamique avec Mayotte qui garderait alors le statut de collectivité d'Outre-mer au sein de la République. L'amour exige plus que des discours langoureux, il exige, pour être durable, de se fonder sur un pacte de vérité.

La très grande progressivité (de 20 à 25 ans) de la mise en place des nouvelles prestations sociales, notamment l'instauration du RMI, ne risque-t-elle pas d'être mal accueillie à Mayotte et d'accroître les frustrations de la population ?

 La départementalisation de Mayotte sera progressive et adaptée, Nicolas Sarkozy l'a écrit aux Mahorais dans sa lettre de campagne électorale. Dois-je rappeler qu'en métropole et dans les DOM toutes les prestations qui existent aujourd'hui n'ont pas été créées en un jour. Elles sont le résultat de politiques successives, d'avancées sociales. Il faut surtout prendre garde à ne pas bouleverser la structure et l'équilibre social à Mayotte. Nous ne voulons pas non plus, en mettant en place brutalement certains dispositifs, accroître de façon insupportable les charges qui pèsent sur les entreprises et les salariés pour les prestations dont le bénéfice est lié aux cotisations prélevées sur les entreprises. Toutefois, dès 2010/2011, les allocations pour les personnes âgées, pour les adultes handicapés seront augmentées, de même pour les allocations familiales. Et puis nous allons faire un effort pour le logement puisque l'allocation logement actuelle verra son niveau aligné sur celui de la métropole et des DOM en 2010/2011 et que nous prévoyons de créer une allocation de logement social qui n'existe pas encore à Mayotte. Vous le voyez, si les Mahorais disent oui, le processus n'attentera pas 20 ans il sera enclenché immédiatement.

Combien l'État investira-t-il dans les retards structurels de l'île ?

 Lesquels vous semblent prioritaires ? Combien “coûtera” la Départementalisation à l'État par rapport à ses transferts financiers aujourd'hui et au contrat Etat-Mayotte pour la période 2008-2014 ? L'Etat a d'ores et déjà prévu d'investir 340 millions d'euros entre 2008 et 2014, c'est l'engagement du contrat de projet, qui concerne de nombreux secteurs et notamment les infrastructures dont a besoin Mayotte pour se développer. Mais évidemment, Mayotte va bénéficier aussi des mesures d'investissement du plan de relance. Par ailleurs, dans la feuille de route nous prévoyons la création d'un fond spécial dédié à Mayotte.

Pensez-vous que la Départementalisation s'accompagnera d'une ruée d'investisseurs extérieurs sur l'île ?

Le monde économique réunionnais semble idéalement placé pour se lancer dans l'aventure... J'espère bien sûr que Mayotte va d'avantage s'ouvrir sur l'extérieur et prioritairement sur l'océan Indien. Les investisseurs réunionnais sont les bienvenus ! Mayotte offre de réelles opportunités pour le tourisme, l'aquaculture, l'agriculture ou encore les nouvelles énergies. Nous voulons enclencher une nouvelle dynamique économique pour créer de l'emploi local et de la richesse.

Certains détracteurs de la départementalisation - ils ne sont pas nombreux - reprochent à la départementalisation de créer une société basée sur l'assistanat et la consommation. En clair de gommer l'identité mahoraise. Que répondez-vous ?

 Je ne veux pas rentrer dans la campagne électorale. L'Etat est neutre dans ce scrutin. Nous ferons une campagne d'explication pour que chaque Mahorais connaisse et mesure bien les enjeux de son choix. Mais ce n'est pas à moi d'argumenter en faveur d'une option ou d'une autre. Il est clair que la départementalisation, si elle est choisie, va créer un bouleversement avec de nouveaux droits et de nouveaux devoirs, et qu'il faudra que chacun s'adapte.

La fin de la justice cadiale va bouleverser l'organisation et les traditions mahoraises. Ne craignez-vous pas de fortes résistances ? Les cadis sont-ils prêts à ne jouer qu'un rôle de “médiation sociale” ? Plus généralement, les nouvelles règles voulues par l'Etat sur l'égalité homme-femme ou les exigences dans la maîtrise du français ne vont-elles pas accentuer ces résistances ?

J'évoquais à l'instant les nouveaux droits et les nouveaux devoirs liés à la départementalisation. Le maintien de la justice cadiale est incompatible avec un processus de départementalisation. Ce qui est possible c'est de rendre la justice sur la base des textes qui fondent le statut de nombreux Mahorais. C'est ce que l'on appelle le statut personnel, qui est garanti par notre constitution. Les magistrats de l'ordre judiciaire ont tout à fait la capacité à rendre la justice sur ces bases. S'agissant de la place des femmes dans la société mahoraise je sais que leur rôle est essentiel, et j'ai d'ailleurs prévu pendant mon séjour à Mayotte une rencontre spécifique avec leurs représentantes. L'alignement de leurs droits sur celui des hommes, notamment pour le mariage, est une évolution inséparable de l'idée de départementalisation. Sur ces sujets il faut que chacun soit informé des conséquences de son vote et puisse alors décider librement et en toute conscience.

Pensez-vous que la départementalisation, qui sera longue à mettre en place, va contribuer à un retour au pays des Mahorais installés en métropole ou à la Réunion ?

 La départementalisation, si elle est choisie, débutera très rapidement avec une élection en 2011. Je me réjouirais si ce processus permettait à de nombreux Mahorais de revenir à Mayotte et d'y développer de l'activité. L'une des forces de Mayotte c'est en effet cette diaspora qui souvent a réussi en dehors de l'Île.

La départementalisation risque de démultiplier l'immigration clandestine à Mayotte, en provenance des autres îles comoriennes et d'Afrique de l'Est. La France n'est-elle pas en train de construire le rocher de Monaco au milieu d'un océan de misère ?

Nous aspirons au développement de toute la région, c'est le sens de la visite que j'ai effectué il y a quelques mois avec mon collègue Alain Joyandet en charge de la coopération au Gouvernement. Nous avons rencontré le Président de l'Union des Comores et j'ai bon espoir que les travaux du Groupe de travail de haut niveau aboutissent dès 2009 à de nombreux accords bilatéraux pour permettre à la fois de faire évoluer dans le bon sens la question migratoire mais aussi d'envisager les bases d'un nouveau développement partagé des quatre îles sœurs de l'archipel. Mais la question de la départementalisation ne changera pas grand-chose à la nature de ces questions qui demeureront cruciales quelle que soit la décision des Mahorais en mars prochain.

Pour beaucoup de Comoriens, “Mayotte est comorienne et le restera à jamais”. Comment expliquez-vous au président de l'Union qu'un référendum va avoir lieu ?

J'ai rencontré au Québec au sommet de la francophonie le président Sambi et j'ai eu l'occasion de lui dire que cette consultation sur la départementalisation n'était en rien liée à ce débat. Les Mahorais ont fait un choix il y a 35 ans. Chacun doit respecter ce choix comme chacun doit respecter le choix différent fait par les autres îles.

Les investissements français aux Comores, les mesures prises dans le cadre du groupe de travail seront-elles suffisantes pour empêcher le déferlement de kwassa ?

Nous continuerons de lutter contre l'immigration irrégulière avec des moyens renforcés et nous mettrons aussi l'accent, dès cette année, sur une lutte sans pitié pour ceux qui embauchent des clandestins et favorisent ainsi la poussée migratoire. J'ai demandé aux autorités d'être extrêmement sévères sur ce point. Les pistes que nous explorons dans le cadre du groupe de travail de haut niveau entre la France et les Comores pour favoriser les échanges réguliers entre les deux pays sont plus que jamais d'actualité. C'est bien par le développement des échanges commerciaux, économiques, culturels que la création de richesses et d'emplois dans les pays voisins, contribuera à maintenir leur population chez elles.

A Mayotte, en brousse, “on n'est pas naïfs”

“Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, les Mahorais ne veulent pas la départementalisation pour le RMI ou les allocations. Ils la veulent parce qu'ils souhaitent être Français à part entière”, répètent régulièrement les élus mahorais, à commencer par le député Abdoulatifou Aly (photo). Ils n'ont pas tort : le départementalisme effréné des Mahorais est bien plus profond que cette considération, même si, dans les villages, elle fait partie des priorités... Ouangani, en fin de matinée début décembre. Les ruelles grouillent de monde : les mères s'apprêtent à aller chercher leur enfant à l'école, les vieux reviennent des champs, les jeunes poursuivent leurs palabres. Autant de personnes placées dans la catégorie “inactifs” dans les statistiques officielles. Dans ce village du centre de Mayotte comme dans tous les autres, les hommes qui n'ont pas de travail sont légion. Pour eux, le département sonne comme une deuxième chance. “Moi, j'ai arrêté mes études au collège. Après, j'ai erré de formation en formation. Je n'ai aucun diplôme. Je n'ai jamais travaillé. Alors, bien sûr, que j'espère qu'avec le département, on aura droit au minimum pour vivre ici”, affirme sans hésiter Madjid, 25 ans. Il dit s'en sortir “grâce à la solidarité familiale”. “Mais pour combien de temps encore ?” s'inquiète-t-il. Selon son compagnon de palabres, Kamel, “beaucoup de Mahorais attendent de la départementalisation qu'elle nous offre les mêmes chances qu'en métropole. Pas seulement au niveau des allocations, mais aussi au niveau de l'éducation. Parce que si nous en sommes là nous, à discuter toute la journée au lieu de travailler, c'est parce qu'on n'a pas eu la même chance que les enfants de métropole ou des DOM.” Avec ce nouveau statut, croient-il savoir, ce sont des moyens financiers en plus qui alimenteront l'économie locale et les administrations.

“Comme une deuxième religion”
Quelques kilomètres plus loin, à Sada, Fatima, 33 ans, mère de trois enfants, espère elle aussi que ce fameux statut rimera avec RMI. “Cela permettra de stopper le départ de toutes les femmes à la Réunion ou en métropole. Rien que dans le quartier, il doit y en avoir 4 ou 5 qui sont parties faire “femme seule” à la Réunion ces derniers temps. Si le RMI est ici, alors elles reviendront.” Elle aussi y a pensé, mais elle a préféré rester. Elle ne se fait cependant guère d'illusions. “On n'est pas naïfs non plus. On a bien compris que la France ne nous donnera pas tout dès le début Le RSA ne sera applicable qu'en 2012, ndlr. Elle fonctionne comme ça depuis quarante ans. Mais on le veut quand même ce département. C'est une question d'honneur. On est français ou on l'est pas ! “ Le souhait du département est ainsi plus profond que la seule volonté d'obtenir plus de subsides de l'Etat. “On nous réduit souvent à de futurs gros consommateurs d'allocations. Peut-être. C'est vrai qu'il y a un grand nombre de potentiels chômeurs ou RMIstes. Mais cela ne veut pas dire qu'on veut la départementalisation uniquement pour cette raison”, assure Jihad, instituteur à Chiconi. “Pour les Mahorais, la départementalisation est surtout une assurance de ne plus jamais revenir dans le giron des Comores”, tranche-t-il. “Ce n'est pas une question d'attachement aux valeurs de la République, comme veulent le faire croire nos élus”, estime un de ses collègues, qui a tenu à garder l'anonymat. “Nous, on est musulmans et on croit en des valeurs musulmanes, pas françaises. Mais c'est une question d'égalité. Nos parents ont voulu être français ; nous le voulons aussi. Pourtant, nous ne le sommes toujours pas et nous vivons toujours sous le joug d'une administration coloniale. Seule la départementalisation permettra d'en finir avec ça et avec les patrons voyous.” “Réduire la volonté des Mahorais à une simple question financière est une sorte d'insulte”, pense Mlaïli, un enseignant de Chirongui, au sud. “Depuis tout petit, on nous apprend que le département est le statut qu'il nous faut. C'est ancré en nous ! Comme une deuxième religion. Certes, on le sait, avec un département, ce sont plus de sous qui arriveront. Mais pour nous, cela va plus loin”. Fabien Dombre, à Mayotte
Source : CLICANOO.COM | Publié le 8 janvier 2009
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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 00:05


Abdouloihabi : « Je ferai campagne contre le référendum »
Le président de l'île autonome de Ngazidja, Mohamed Abdouloihabi, nous a reçus au palais de Mrodjou pour une interview exclusive. Le patron de Ngazi-Ngomé justifie l'épreuve de force que son gouvernement a engagée contre les autorités de l'Union. il va jusqu'à anticiper sa position sur le futur référendum constitutionnel.

Vous êtes actuellement au 3e gouvernement depuis votre élection en juin 2007, pourquoi des changements aussi rapides ?
Effectivement. Mon premier gouvernement a eu une durée de vie de 7 mois, le deuxième est allé jusqu'à 9 mois et le troisième a été nommé le 13 novembre. Mais je ne considère pas que ces changements soient aussi rapides, ou je n'en ai pas l'impression. Ils sont justifiés par les circonstances des moments et par la nécessité de l'action à mener par le gouvernement. Le premier a été constitué après mon investiture, lorsque j'ai eu à le changer, nous étions en plein débat sur le débarquement (ndlr : à Anjouan :) et sur les orientations de Ngazidja par rapport aux rapports institutionnels avec l'Union. Il fallait une équipe qui puisse s'adapter aux débats du jour. Voilà pourquoi j'avais choisi une équipe très technique, vous l'avez bien constaté. Depuis le mois de mai dernier, j'avais décidé d'opérer un revirement dans nos relations avec le gouvernement de l'Union. Et ceci après avoir fait un bilan qui m'a permis de comprendre que sa position tenait très peu compte de l'implication des îles dans la vie de nos institutions.

Vous avez donc privilégié un gouvernement de combat contre l'Union...
Il faut choisir, puisque mon premier gouvernement était un gouvernement de conciliation. Toutes les démarches qu'on a faites pendant 7 mois ont été des démarches de main tendue. Nous avons été à l'origine de l'unique conférence des présidents qui a abouti au décret présidentiel permettant aux iles autonomes de participer à la gestion des sociétés d'Etat. Je peux vous dire que c'est le seul acte posé pendant toutes ces démarches de conciliation.
Nous avons été traités de godillots, de mollasses, de soumis par la population de Ngazidja qui avait déjà pris l'habitude de la bagarre, mais ce que nous avions mis en avant c'est le souci de sérénité. Tout cela n'a rien payé, et pire, on a subi des mépris considérables. D'où notre changement d'attitude.

Croyez-vous que ce choix de l'affrontement sera-t-il payant ?
Ce n'est pas une guerre. C'est un rapport de force qui doit être soutenu, et il y a beaucoup d'exemples pour illustrer que la politique de main tendue n'a pas payé. Même des tentatives d'humiliation ont été organisées en direction des autorités de Ngazidja, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Cela nous amène à dire qu'il fallait absolument changer d'attitude quelque soient les conséquences.

Pensez-vous que les engagements de début décembre, pris par les autorités de l'Union, sont le fruit de cette nouvelle approche ?
Je ne peux pas conclure, mais je sais que les premières retrouvailles depuis le débarquement ont été occasionnées à la suite des échauffourées entre les commerçants ambulants et les autorités de l'île. Il y a eu des comportements très partisans de part et d'autre, notamment du côté de l'Union. Le ministre des affaires étrangères s'était rendu au commissariat de police pour exiger la libération des commerçants retenus parce qu'ils étaient anjouanais. Je rappelle qu'il y avait des grands-comoriens et des mohéliens parmi les détenus. On sentait le risque d'insularisation et de débordement et on a été obligés de déballer tous les débats. En ce qui concerne les engagements du 2 décembre à partir du dossier FMI, rien n'a été fait jusqu'à présent. La reprise immédiate prévue du système du mécanisme de partage de recettes n'a toujours pas été faite depuis le 2 décembre.

Vous avez été élu sous les couleurs du président Sambi avec qui vous aviez une bonne entente, qu'est ce qui a changé depuis?
Il est vrai j'étais le directeur de Cabinet du président Sambi, donc le premier collaborateur. Mais il ne s'agit pas d'être l'ami d'un tel pour que les choses aillent d'elles-mêmes. Certes, le fait d'être à ce poste m'avait donné confiance pour briguer la présidence de Ngazidja. J'avais compris que les problèmes qui tenaient au transfert des compétences avaient des considérations personnelles, et j'avais la conviction qu'entre moi et le président ça allait forcément changer avec tout ce capital de confiance. J'avais même fait campagne sur cela. En arrivant, j'avais fait mes gages et j'avais essayé de respecter cet espoir. Mais au fur et à mesure, ma lecture des relations m'a fait comprendre qu'il ne fallait pas continuer comme ça.

Pensez-vous que le président a été influencé pour s'éloigner de vous ?
Je suis un homme de foi et je ne peux pas le dire, sérieusement. J'assume personnellement mes responsabilités et après tout, un mauvais collaborateur, un mauvais chef.

Le président Sambi souhaite réviser la constitution arguant qu'elle ne favorise pas le fonctionnement du pays, quelle est votre position ?
J'espère qu'un jour le président Sambi entendra le message que je lui ai envoyé avec le président Mohamed Ali Said puisque nous travaillons en collaboration. On lui demande de daigner nous appeler à la table de négociations. S'il a par rapport à cette constitution des propositions, qu'il les soumette, car la réforme doit être l'apanage des responsables des institutions. C'est nous qui les vivons, c'est nous qui les pratiquons et qui savons où ça coince exactement. C'est ce que j'ai affirmé à la communauté internationale, qui, depuis des mois essaie de nous forger une formule qui consisterait à ce que nous désignons chacun des représentants techniques pour aller travailler sans feuille de route. Je pense que c'est de la fumisterie.

Est-ce que si le référendum intervient au mois d'avril 2009 vous allez faire voter pour le non ?
Je ne sais même pas sur quoi le référendum va porter. S'il doit porter sur une révision constitutionnelle, il faut qu'il obtienne l'aval du peuple et plus particulièrement des décideurs, élus au suffrage universel. Donc si le président continue dans sa démarche jusqu'en avril et sortir de sa poche un texte pour consulter le peuple, je ferai campagne contre ce texte, et vraiment de manière très engagée.

Dans votre message lu lors de l'ouverture de la session parlementaire, vous avez manifestez une inquiétude profonde, pensez-vous vraiment que le pays est gravement menacé ?
C'est un texte que j'ai écrit, que j'ai lu avant d'aller faire lire. Si vous remettez en cause ce que j'ai écrit...

Non, c'est juste pour comprendre !
Quand je parle d'intérêt national menacé, c'est du sérieux. Prenons par exemple cette question de révision de la constitution dont les éléments portés à la connaissance du public sont très peu : premièrement il va falloir harmoniser les échéances électorales. L'argumentaire avancé c'est le coût, mais il occulte réellement la faisabilité. Pour réaliser cela, il faut se mettre d'accord sur un agenda, et cela veut dire avancer ou réduire des mandats. Il faudra donc modifier la constitution de l'Union et celles des îles en même temps. Le doute est fondé, notamment à Mohéli, sur cette opération de décalage. Le contenu de cette réforme vise à ramener vers le bas les attributions des îles, même il semblerait que la dénomination des présidents dérange et qu'il faudra les appeler des gouverneurs ou je ne sais pas quoi. Donc tout cela comporte de risques pour le pays.

Vous avez écrit au patron du groupe Comoro Golf Holding en ce qui concerne la loi sur la citoyenneté économique, vous lui avez dit quoi ?
Ce sont nos partenaires notamment pour le projet de la Corniche qui doit être aménagé en centre commercial, mais je lui ai écrit pour protester contre certaines méthodes. En aucun cas, nous ne remettons pas en cause les projets que nous avons ensemble.

Des bruits ont couru autour d'une sorte de malversation et de détournement au sein du gouvernement de Ngazidja, qu'en savez-vous sur ce dossier ?
Ce n'est pas un bruit, il y a eu une déclaration du syndicat des enseignants dans ce sens. Dès la réception de ce document, on a entrepris des investigations avec la participation du syndicat pour rechercher la vérité. S'il s'avère que cela est vrai, je prendrai des sanctions. Mais je doute fort que ça ne soit pas vrai. Toujours est-il qu'au sein du gouvernement, certains ministres avaient avancé d'autres argumentaires qui n'étaient pas justifiés, mais je ne vais pas les porter ici.
Ali Mmadi/Mohamed Hassani/AlBalad/22/12/2008
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Mariama HALIDI HALIDI - dans INTERVIEWS
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 14:45

Agence comorienne de presse (HZK-Presse)

 

Comores / Politique & institutions

Le député Ahmed Ousseine s’explique sur le vote de la loi de citoyenneté économique

 

Fomboni, vendredi 12 décembre 2008 (HZK-Presse) – Deux semaines après le vote controversé de la loi dite de citoyenneté économique par l’Assemblée de l’Union, un texte qui avait donné lieu à deux votes contradictoires [l’un rejetant par 20 voix le projet pour « exception d’irrecevabilité », et l’autre l’adoptant avec 18 voix], le député mohélien, Ahmed Ousseine, explique à HZK-Presse le choix de son vote. Il est l’unique élu de Mohéli à défendre aujourd’hui ce projet de loi présenté et défendu par le gouvernement du président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi.

 

M. Ousseine explique ici les raisons qui l’ont poussé à changer son fusil d’épaule, suite au voyage qu’il a effectué au Koweït en octobre dernier, avec 6 autres députés, dans le cadre de la commission parlementaire d’information chargée de s’enquérir des tenants et des aboutissants de ce projet de citoyenneté économique, porté à bout de bras par l’homme d’affaires franco-libanais Bashar Kiwan, le patron de Comoro Gulf Holding, une société d’investissement installée à Moroni depuis fin 2006.

 

Celui qui ne voyait pas d’un bon œil ce projet, nous décrit aujourd’hui cette loi comme une chance pour les Comores, un projet « générateur de revenu qui pourrait sortir le pays de sa misère économique actuelle ». Ahmed Ousseine était le suppléant du député Mohamed Elarif Oukacha entré récemment au gouvernement central pour occuper le portefeuille de l’équipement, habitat et urbanisme.

 

Interview :

 

Question : Le président de l’Assemblé de l’Union, sur les ondes de radio Mwali, le jour de l’Ide el Kabir a martelé sur le fait que la loi n’a pas été votée, qu’en dites vous ?

 

Ahmed Ousseine : Là bas à l’Assemblé c’est la loi de la majorité qui prime. Nous qui avons voté le texte, étions majoritaire et on l’a voté. Nous estimons avoir fait ce que nous devions faire et c’est pour le bien de ce pays. L’histoire nous jugera. Pour les autres, leur objectif était de boycotter le vote, on n’allait surtout pas les laisser faire.

 

Question : Et maintenant que le texte est supposé voté, selon vous, alors que le président Bounou déclare ce vote « nul et non avenu », que va-t-il se passer ?

 

A.O. : Comme il ne s’agit pas d’une loi organique, mais plutôt d’une loi ordinaire, le texte va directement à la présidence de la république pour qu’il soit promulgué, et surtout pas à la Cour constitutionnelle comme certains le prétendent à tort. Et là j’en profite pour m’adresser à mes collègues députés mohéliens, pour qu’ils expliquent à leurs électeurs pourquoi ils ne voulaient pas de cette loi, avec politesse et responsabilité mais pas avec des ragots diffamatoires surtout à mon égard. Je pourrais même porter plainte.

 

Question : Justement pourquoi soudainement vous soutenez ce texte alors qu’il y a quelques mois seulement vous y étiez farouchement opposé ?

 

A.O. : Il ne faut pas confondre la loi que nous avons rejetée il y a quelques mois [le 24 juillet dernier, ndlr] et celle-ci. Cette loi que nous venons de voter le 27 novembre dernier n’à rien à avoir avec le voyage que nous avons effectué au Koweït. Elle n’est pas une loi pour les arabes, c’est une loi pour tous les investisseurs étrangers qui souhaitent venir chez nous. Et ceci pour ouvrir notre pays au monde extérieur.

 

Question : Monsieur le député, vos détracteurs disent que ce pays possède déjà un code des investissements très libéral et attractif qui donne toutes les garanties à tout investisseur sérieux. Le vote de cette loi spécifique de citoyenneté économique ne risque-t-il pas d’exposer notre pays à des situations de débordement incontrôlables ?

 

A.O. : Ecoutez, monsieur le journaliste, toute médaille a toujours son revers. On ne peut pas développer ce pays par le « towa ourengué » [expression populaire des petits vendeurs de trottoir, ndlr] ou la vente de boites de tomates. Si par malheur nous sentons un débordement comme vous le dites, d’autres députés pourront changer cette loi ou tout simplement on peut enlever la nationalité à celui ou celle qui n’aura pas rempli les conditions requises.

 

Propos recueillis par Mouayad Salim

121208/ms/hzkpresse/12h00

 

 

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Mariama HALIDI HZK-Presse - dans INTERVIEWS
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 13:43

Source : alwatwan.net / 27 novembre 2008
Interview du mois. ‘‘La France a, partout en Afrique, respecté le principe de l’intangibilité des frontières de ses anciennes colonies’’

ambassadeur-de-france2 M. l’Ambassadeur, une vedette Japawa a encore chaviré près des côtes mahoraises faisant plus de douze morts. Ce drame humain ne vous convainc-t-il pas de l’absurdité du visa Balladur imposé aux Comoriens des 3 îles souhaitant se rendre à Mayotte?

Je regrette profondément ce nouveau drame, qui a coûté la vie à une quinzaine de personnes et je compatis au deuil qui frappe ainsi plusieurs familles. Je suis en même temps choqué, quand j’entends certains affirmer que la France serait responsable de ces morts. Plus de 170 “kwassas-kwassas” ont été interceptés en 2007 et ce chiffre sera dépassé en 2008. Cela signifie que près d’un kwassa-kwassa – sans compter ceux qui ont réussi à atteindre les côtes mahoraises sans être interceptés – effectue la traversée tous les deux jours, avec à chaque fois hommes, femmes, enfants, vieillards quelquefois et même récemment un comateux sous perfusion depuis 15 jours à Anjouan, qui risquent leur vie et se font dépouiller par des passeurs en espérant trouver des conditions de vie ou de soins meilleurs à Mayotte.
Je ne peux croire que les autorités comoriennes, et particulièrement celles d’Anjouan, si promptes à dénoncer les soi-disant traitements inhumains que subiraient les Comoriens en situation illégale qui sont reconduits à Anjouan, ignorent les conditions dans lesquelles est organisé ce qu’il faut bien appeler un trafic d’êtres humains, ni comprendre que cette exploitation financière se poursuive au vu et au su de tout le monde sans qu’aucune mesure ne soit prise pour y mettre fin.
Il faut rappeler que plus d’un tiers de la population de Mayotte est constituée de Comoriens en situation irrégulière, soit près de 80.000 personnes. Pense-t-on vraiment que la France, que Mayotte, peuvent en accueillir davantage sans risquer de créer des déséquilibres internes tels qu’ils deviendraient insupportables?
Loin d’être responsable de ces morts dramatiques, la France souhaite au contraire favoriser et faciliter la circulation légale des personnes entre les îles. C’est un des volets essentiels des discussions en cours au sein du Gthn. C’est aussi la raison pour laquelle l’Ambassade de France va rouvrir très prochainement une antenne consulaire à Anjouan, de façon à faciliter l’obtention de visas pour les habitants de cette île.
D’ores et déjà, un guichet spécifique dédié à la délivrance des visas pour Mayotte a été ouvert ce mois-ci au Consulat de France à Moroni. Le taux de refus de visas pour Mayotte est inférieur à 5%. On ne peut donc pas affirmer que l’exigence d’un visa soit à l’origine de ces drames humains. Un visa pour Mayotte coûte 4.425 francs comoriens pour un court séjour, 48.700 francs pour un long séjour, quand un passage en kwassa-kwassa coûte jusqu’à 250.000 francs.
Mais pour que cette circulation légale inter-îles puisse se poursuivre et s’améliorer, il faut en parallèle lutter contre l’immigration clandestine, à l’arrivée certes mais aussi et surtout au départ. C’est ainsi que l’on évitera ces trop nombreux drames. Cela passe par la poursuite et la répression des trafiquants et passeurs, de tous ceux qui s’enrichissent sur le dos des pauvres gens. Cela passe également par le développement des Comores et notamment d’Anjouan. La France appuie les efforts de développement des Comores. Elle est prête à accentuer cet appui, particulièrement à Anjouan. Encore faudrait-il que les autorités de l’île veuillent bien y consacrer autant d’énergie qu’au contrôle nominatif des Comoriens en situation irrégulière ramenés de Mayotte à Anjouan.

La dernière réunion du Gthn (Groupe technique de haut niveau) a été reportée pour on ne sait quelle raison. On se rend aussi compte qu’après la Commission mixte franco-comorienne qui avait la même mission, le Gthn ne produit pas non plus de résultats probants. Pourquoi d’abord ce report et comment sortir de cette impasse?
Contrairement à ce que vous affirmez, le Gthn produit des résultats très concrets. Ainsi, à l’occasion de la prochaine réunion prévue en décembre, il est prévu la remise du Cap aux élèves de l’Entp d’Anjouan, dont la mise en place a été permise par une coopération et une collaboration étroites entre l’Entp, le ministère de l’Education de l’Union des Comores et le vice-rectorat de Mayotte. Les élèves ainsi formés bénéficieront d’un double diplôme, comorien et français, qui leur permettra de s’insérer plus facilement sur le marché du travail. Dans le même esprit, devrait être organisée la cérémonie de pose de la première pierre de la construction d’un internat devant permettre à l’Entp d’Anjouan d’accueillir dans de meilleures conditions des élèves en provenance des autres îles. Une partie substantielle du coût de cette construction sera financée par le Fonds de coopération régionale géré par la préfecture de Mayotte. Il est aussi prévu la signature entre les directeurs d’hôpitaux de Mayotte, d’Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore de conventions permettant les évacuations sanitaires vers Mayotte, la prise en charge des grands brûlés, l’organisation de formations et l’accueil de stagiaires dans les hôpitaux, notamment à Mayotte, la fourniture de médicaments au profit des hôpitaux de Hombo, Fomboni et Moroni à partir du Chm et la réouverture de l’antenne consulaire de l’ambassade de France à Anjouan, dont j’ai parlé plus haut.
Sans attendre la réunion du Gthn, dès le 26 novembre devrait être organisée une expédition par voie maritime de pommes de terre, tomates et oignons en provenance de Grande Comore et d’Anjouan et destinés à être vendus sur le marché mahorais.
Toutes ces actions témoignent du caractère positif et concret des travaux menés au sein du Gthn, auxquels d’ailleurs les opérateurs économiques sont appelés à participer activement.
On ne peut donc sûrement pas parler d’impasse, d’autant moins quand on sait que le Gthn a mandat de préparer un accord bilatéral franco-comorien devant permettre d’organiser et de développer la coopération et les échanges inter-îles, qui devrait pouvoir être signé en 2009 par les présidents Sambi et Sarkozy, conformément à l’objectif qu’ils se sont fixé lors de leur rencontre à Paris le 28 septembre 2007.
Quant au report du Gthn, il est lié aux difficultés que j’ai déjà évoquées sur les conditions de retour à Anjouan des Comoriens en situation irrégulière à Mayotte, dont j’espère qu’elles sont résolues ou en voie de l’être, sur la base d’accords et d’engagements pris de part et d’autre afin d’encadrer ces conditions de retour.

La France a toujours montré son attachement aux résolutions de l’Organisation des Nations unies (Onu), notamment lors de la guerre en Irak. Pourquoi, sur le cas de Mayotte, continuez-vous à faire fi des mêmes résolutions qui reconnaissent clairement l’appartenance de l’île de Mayotte à l’ensemble comorien?

Je crois qu’il faut revenir un peu en arrière pour mieux comprendre la problématique qui entoure le contentieux territorial sur Mayotte. Lors du référendum organisé le 22 décembre 1974, Mayotte a voté à 65,30% contre l’indépendance, tandis que les trois autres îles de l’archipel votaient massivement en faveur de celle-ci. Le 3 juillet 1975, le parlement français a adopté une loi fixant les conditions de l’indépendance – notamment l’adoption d’une nouvelle constitution démocratique par référendum. Le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah, chef du gouvernement du territoire, décide de proclamer unilatéralement l’indépendance des Comores, en l’absence des députés de Mayotte, et demande leur admission aux Nations-Unies.
Depuis lors, les Mahorais ont toujours rejeté l’idée que Mayotte intègre les Comores indépendantes.
Deux principes s’affrontent : celui de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, sur la base duquel les Comores ont effectivement obtenu que l’assemblée générale des Nu vote plusieurs résolutions demandant le rattachement de Mayotte aux Comores, dont la dernière date de 1994. L’autre principe est celui du droit des peuples à l’autodermination, sur la base duquel les Mahorais ont, à plusieurs reprises, exprimé leur souhait de rester français.
La France se doit de respecter ce choix. Elle a, partout en Afrique, respecté le principe de l’intangibilité des frontières de ses anciennes colonies, même si ce principe a connu ailleurs, depuis les débuts de la décolonisation, bien des exceptions. Néanmoins, le cas des Comores et de Mayotte est spécifique : il s’agit d’un archipel. Et jamais historiquement cet archipel n’a connu d’unité politique avant la colonisation. Mais surtout, la France, si elle a le souci de ne pas garder de force au sein de la République des populations qui ne le souhaitent pas, ne peut pas non plus “bouter” hors de la République des populations qui désirent y rester.
Dès lors, devant ce contentieux a priori irréconciliable, que faire ? La France préconise une approche globale et pragmatique, visant à développer les relations et les liens entre Mayotte et les autres îles, à définir un cadre et une politique d’insertion de Mayotte dans son environnement régional et à impulser une dynamique de développement commun et partagé entre les îles. C’est cette approche qui s’exprime à travers les travaux du Gthn, qui ont pour objectif d’encadrer et de promouvoir, de façon consensuelle, apaisée et constructive, les relations de voisinage et de développement commun entre Mayotte et l’Union des Comores.
Le Gthn se veut ainsi une alternative au débat stérile qui oppose la France et les Comores depuis trente ans, en favorisant la circulation légale des personnes et des biens, promouvant le développement conjoint, assurant une gestion partagée des intérêts communs en encourageant et développant une coopération régionale couvrant un maximum de domaines et en créant une organisation originale susceptible d’entretenir une telle dynamique et de préserver l’avenir.
C’est cette approche qui a été convenue entre les deux présidents lors de leur rencontre à Paris en septembre 2007 et, comme je l’ai déjà indiqué, les choses avancent positivement, alors que le Gthn n’a que cinq mois d’existence.
Il serait paradoxal de remettre en cause ce dialogue bilatéral au moment même où l’on s’approche d’une solution peut-être historique pour dépasser un contentieux qui a perturbé les relations franco-comoriennes depuis plus de 30 ans.

Vous n’ignorez pas non plus que les Nations-Unies ont dénoncé la consultation des Mahorais sur leur destin et déclaré que toutes les consultations organisées dans l’île sont nulles et non avenues. Pourquoi continuer à faire la sourde oreille sur les décisions de l’Onu?

S’agissant de la consultation des Mahorais prévue en 2009 sur une éventuelle départementalisation de Mayotte, je pense qu’il y a une erreur d’interprétation de l’objet et de la portée de cette consultation électorale : il ne s’agit absolument pas d’un nouveau référendum d’autodétermination; les Mahorais sont déjà français. Ils ne le seront pas davantage avec la départementalisation. L’appartenance de Mayotte à la République française est déjà juridiquement consacrée par la Constitution depuis la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République. Il s’agit seulement de déterminer quel doit être le statut administratif de l’île au sein de la République, ce qui relève du droit interne français. Une éventuelle départementalisation de Mayotte n’affecte en rien le contentieux territorial entre la France et les Comores : le débat sur la départementalisation n’est pas un débat sur la souveraineté, mais un débat d’organisation administrative interne, qui ne concerne ni n’affecte les relations extérieures.
Le gouvernement français ne comprend donc pas pourquoi cette consultation électorale, qui est nécessaire pour tout changement de statut, de par la Constitution, devrait être dénoncée au plan international. Au contraire, de notre point de vue, les deux processus: Gthn et départementalisation sont indépendants, tout en pouvant se compléter, car ils visent tous deux l’amélioration de la situation économique et le développement des îles de l’archipel.

Depuis 1975, les gouvernements comoriens ont accepté de retirer la question aux Nations-Unies, dans l’espoir de l’ouverture des négociations entre les deux pays. Trente trois ans après, on se rend compte que la marche vers la départementalisation est irréversible?

La volonté française de trouver une solution satisfaisante au contentieux franco-comorien est réelle, comme en témoignent les travaux du Gthn, qui intègrent un volet institutionnel destiné à trouver et mettre en place un cadre juridique qui permette de favoriser le développement des liens entre Mayotte et les autres îles de l’archipel.
A ce titre, il nous semble difficilement compréhensible qu’au moment même où des négociations sont enfin engagées, les Comores veuillent saisir à nouveau l’Assemblée générale des Nations unies de la question de Mayotte, après 13 ans (et non 28) pendant lesquels ce point a, d’accord parties, fait l’objet d’un report systématique lors des sessions annuelles. Cela ne peut que constituer un recul susceptible de remettre en cause la poursuite harmonieuse des discussions en cours.
Les présidents Sambi et Sarkozy avaient convenu en septembre 2007 de maintenir cette question dans un cadre bilatéral. Pourquoi vouloir la ramener aujourd’hui dans un cadre multilatéral alors même que les deux parties progressent vers un accord? Je souhaite également souligner que ce n’est pas en cherchant à faire condamner le choix des Mahorais que l’on peut espérer engager un véritable renforcement des liens avec Mayotte.

Le ministre comorien des Télécommunications a demandé lors de la dernière assemblée générale de l’Union Internationale des Télécommunications, de revenir au code 269 pour l'Ile de Mayotte. Allez-vous accéder à sa demande?

Là encore et de la même façon, la question de la numérotation téléphonique à Mayotte et aux Comores nous paraît relever de discussions bilatérales, pour lesquelles le Gthn est le cadre le plus approprié.
Nous devons d’ailleurs discuter, au-delà de la numérotation – qui est une question marginale – de l’ensemble de la problématique du désenclavement numérique de Mayotte et des Comores, qui ont un intérêt commun dans ce domaine aussi.

Les Comores figurent parmi les priorités fortes de la France en matière d’aide au développement. Que signifie exactement ce choix parmi une liste de pays en guerre comme l’Afghanistan, Haïti et la Palestine?

Il est assez paradoxal, alors même que la France classe les Comores parmi les pays prioritaires en 2009 pour l’affectation des crédits d’Apd via l’Afd, que cela paraisse ou puisse vexer les Comoriens de par le fait que les autres pays prioritaires seraient en crise ou en guerre. C’est bien au contraire le signe que la France considère comme prioritaire le développement des Comores et le partenariat bilatéral, et souhaite ainsi “sanctuariser” les crédits qui y sont consacrés, au même titre que ceux consacrés aux pays en guerre ou en sortie de crise. La priorité accordée aux Comores témoigne de la sincérité et du sérieux de notre engagement à vos côtés.
Je rappelle par ailleurs que les Comores sont en négociation – soutenue par la France – d’un programme de “sortie de crise” avec le Fmi.
Si, Dieu merci, il n’y a pas eu d’affrontements armés mortels au moment de la libération d’Anjouan – là encore avec le soutien de la France –, il faut néanmoins relever que cette crise séparatiste, qui au final a duré dix ans, a aussi pénalisé le développement des Comores. La décision française d’inscrire l’Union des Comores parmi la liste des pays prioritaires pour son aide bilatérale correspond à la prise en compte de cet état de fait. Nous souhaitons aider les Comores à surmonter les effets négatifs de cette crise.

La France a contribué à hauteur de 60% lors de la conférence des bailleurs de fonds de 2005. Comment évoluent les décaissements et sur quels secteurs intervenez-vous?

Les principaux secteurs d’intervention de la coopération française sont ceux prévus d’un commun accord dans le Dcp signé en novembre 2006 : le développement et la diversification du secteur rural, la santé, l’eau et l’environnement et le développement du secteur productif
La France s’est engagée à apporter sur 5 ans (2006/2010) plus de 80 millions d’euros (soit plus de 40 milliards de Kmf) au titre de l’aide bilatérale. Ceci implique que nous puissions augmenter le rythme de nos décaissements, ce que n’a pas permis jusqu’à mars dernier la crise anjouanaise, car Anjouan était censé recevoir 60% de cette aide. Nous espérons que les nouvelles conditions politiques et la mobilisation de l’administration comorienne permettront de combler le retard pris dans les deux prochaines années. Cela étant, sur les trois dernières années, l’aide publique française au développement des Comores a été de 13 millions d’euros en 2005 soit 6,4 milliards de Kmf ; 15,5 millions d’euros en 2006 soit 7,6 milliards de Kmf et 13,35 millions d’euros en 2007 soit 6,5 milliards de Kmf. Ce qui n’est quand même pas négligeable.

La coopération entre la France et les Comores, suspendue depuis de longues années, a repris après l’élection présidentielle de 2002. Comment se présente-t-elle et peut-on dire qu’elle atteint sa vitesse de croisière?

La coopération avec les Comores n’a jamais été complètement suspendue. Elle a subi les contrecoups des crises politiques et séparatistes qu’a connues l’Union des Comores. Depuis la conférence des bailleurs de fonds de 2005 à Maurice et la signature du Dcp en 2006, nous avons maintenant un cadre qui permet d’espérer une accélération des décaissements.

Entre la France et les Comores, les transferts financiers de la diaspora constituent un apport important à l’économie des ménages. Comment faire pour sécuriser ces transferts et surtout les bancariser pour servir efficacement l’économie comorienne?

La France souhaite contribuer à la mobilisation, au profit du développement des Comores, des importants transferts financiers effectués par la diaspora comorienne à l’étranger, et notamment en France. Pour cela, deux pistes ont été explorées : d’une part, permettre, par des accords entre banques françaises et comoriennes, de diminuer les coûts et de sécuriser les transferts financiers, en proposant en parallèle de les affecter à des projets de développement, tout en rentabilisant l’épargne ainsi investie. D’autre part, contribuer directement à des projets de développement qui mobilisent, au profit de communautés ou associations de base aux Comores, des financements de la diaspora. C’est l’objet du programme de co-développement, doté de 2 millions d’euros (1 milliards de KMF) et qui finance d’ores et déjà une quarantaine de projets de ce type.

La France continue à assurer la parité fixe du franc comorien qui constitue aux yeux du Fmi, la principale source de stabilité de l’économie comorienne. La crise financière qui a touché de plein fouet les économies fragiles va-t-elle faire évoluer les relations entre les deux banques (Banque de France et Bcc) surtout en matière de taux d’intérêt?

Les accords monétaires passés entre la France et les Comores assurent non seulement la parité fixe du franc comorien à l’égard de l’Euro – ce qui contribue à stabiliser la monnaie – mais aussi la convertibilité du franc comorien. Il s’agit là d’un élément essentiel pour permettre aux Comores et au franc comorien de conserver une capacité intacte à commercer avec l’extérieur et être une monnaie d’échange.
La France est très attentive, dans les circonstances que nous connaissons actuellement de crise financière mondiale, à ce que la voix des pays en développement soit entendue et leurs intérêts pris en compte.
Elle continuera, comme elle l’a déjà fait, à plaider pour eux, et particulièrement pour ceux à qui elle est le plus liée, au sein des différents fora et enceintes internationaux.
S’agissant des taux d’intérêt, comme vous le savez, c’est la Banque centrale européenne qui décide de leur niveau et de leur évolution. Comme toutes les banques centrales, la Bce a dû, face à la crise financière, revoir à la baisse ses taux directeurs. Cela impacte effectivement les taux de rémunération des dépôts du compte d’opération, et la Banque centrale des Comores va elle aussi, vraisemblablement, devoir réviser à la baisse ses propres taux de rémunération.

Propos recueillis par Mohamed Inoussa

 

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Mariama HALIDI Alwatwan - dans INTERVIEWS
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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 09:52

Source : Alwatwan.net / 04 novembre 2008



Houmadi Abdallah, Ministre de l'Energie "Il faudrait liquider la Ma-mwe, malheureusement..."



Ministre La situation est telle qu’il faudrait ‘‘liquider la Ma-Mwe et créer une autre société en lieu et place’’. Mais, en l’état actuel des choses ‘‘le pays ne dispose pas des moyens’’ de mener à bien une telle opération. C’est pourquoi ‘‘d’autres actions sont entrain d’être menées pour permettre à la Ma-Mwe d’augmenter sa production et d’offrir le kwh à un moindre coût’’.

Depuis un long moment, la Ma-mwe peine à fournir régulièrement l’eau et l’électricité à sa clientèle. Vous comprenez les dommages que cela cause à toute l’économie du pays et à sa clientèle à un moment où l’entreprise publique détient le monopole en la matière…

La Ma-mwe a le monopole, mais ce n’est pas ce monopole qui fait travailler. Il ne faudrait pas oublier qu’elle est un établissement public à caractère industriel et commercial. Quant à ses difficultés d’approvisionnement elle est due à plusieurs choses. D’abord, à l’outil de production. Nous avons des groupes qui tournent à 1500 tours la minute, donc qui consomment beaucoup de gasoil. On estime la consommation à 300 litres par heure. Cette grande consommation s’explique par le fait qu’il s’agit de groupes de dépannage et non pas faits pour tourner 24h /24.
Le deuxième problème de cette société est lié aux recouvrements. La Ma-mwe a du mal à faire payer l’ensemble de sa clientèle. Le troisième problème se situe au niveau de la fraude à l’électricité et aux pertes que subit cette société. En effet, il y a des gens qui consomment du courant électrique et qui ne figurent pas sur la liste des clients. Soit ce sont des branchements illégaux ou de piraterie. Il y a le fait aussi que le réseau est vétuste et engendre de pertes au niveau de la distribution de l’énergie.

Il n’y pas que le courant électrique qui pose problème…

Pour ce qui est du secteur eau, nous reconnaissons qu’il y avait des problèmes, mais depuis quelques mois nous faisons tout pour soutenir la production. Certes, elle n’est pas aussi satisfaisante qu’ille faudrait, parce que notre objectif c’est que les gens arrivent à avoir de l’eau tout le temps, mais je peux dire qu’à l’heure actuelle, la situation n’est pas aussi pire qu’avant. Il y a eu des améliorations dans ce secteur et la Mamwe compte faire plus, dans la mesure où nous avons déjà reçu un don de matériel du gouvernement chinois. Cette offre nous permettra, dans un premier temps, de réhabiliter l’ensemble du réseau de Moroni. Nous aurons alors les moyens non seulement d’augmenter la production mais aussi d’assurer une fourniture permanente de l’eau.

Mais la société a besoin de bien plus que ça, y a-t-il un plan général de redressement?

Comme je viens de vous le dire, la Ma-mwe a de graves problèmes de coût qui font la fragilité de la société, des moteurs qui consomment énormément, des moteurs de dépannage qui fonctionnent 24 heures sur 24 et donc demandent des révisions fréquentes, un réseau de distribution vétuste, de sérieux problèmes de recouvrements. Face à tant de problèmes, je ne pense pas qu’il faille parler de plan de redressement. Ce qu’il faudrait, c’est de liquider cette société et d’en créer une autre qui sera dotée d’un nouvel outil de production. Ça serait l’idéal. Malheureusemnt, ni la Ma-mwe ni le gouvernement n’ont les moyens, aujourd’hui, de mener à bien une telle opération. C’est pourquoi, nous essayerons d’abord de disposer d’un meilleur outil de production. Ce qui sera fait bientôt grâce à un don de groupes électrogènes de nos amis chinois qui vont, par ailleurs, en assurer la maintenance.
Et nous comptons également recevoir des groupes électrogènes, suite à la mission de l’Académie arabe d’Alexandrie (Lire notre avant dernière livraison, Ndlr). L’ensemble de cet équipement va nous permettre de changer notre outil de production. Avec cette mission, nous nous sommes convenus de stabiliser d’abord ce que nous avons et, par la suite, essayer de renouveler le parc. Ces groupes consommeront moins; ce qui permettra de réduire le coût du gasoil.

Le gasoil coûte cher, cela fait dix ans qu’on le répète. Un moment on a envisagé de passer au fuel lourd qui coûterait moins chère

A ce propos, les gens doivent comprendre une seule chose. Le fuel lourd pourrait effectivement être une solution, mais cela demande des investissements préalables notamment au niveau de la Société Comorienne des Hydrocarbures (Sch) et au niveau de la Ma-mwe pour le stockage de ce carburant. Sans compter des investissements par rapport au transport depuis le lieu d’achat. Donc ce n’est pas aussi facile qu’on semble le croire. Donc, il faut savoir qu’il y a des investissements préalables à faire pour accéder à ce type d’énergie. Il nous faut donc un programme d’investissements et l’Etat ou la Ma-mwe ou les deux doivent mettre la main à la poche. Mais cela ne veut pas dire que ce projet soit totalement abandonné, nous y réfléchissons.
Par contre, je pense que pour un pays comme le nôtre le salut viendra à partir d’autres types d’énergie. Une mission kenyane et des géologues iraniens ont confirmé certaines possibilités par rapport à l’énergie géothermique, notamment à la Grande-Comore. Au niveau de Mohéli et d’Anjouan, il y a les eaux de surface qui pourrait recevoir de petits barrages pour avoir l’énergie hydraulique. Mais là encore, il faut ses études pour pouvoir disposer de ces énergies renouvelables. C’est pourquoi nous avons obtenu de la mission de l’Académie arabe d’Alexandrie qu’il nous fournisse une assistance technique. Et il est prévu que deux techniciens viennent s’installer au ministère de l’Energie pour nous aider à élaborer de telles études.

La Ma-mwe peine à payer son gasoil et l’Etat démarche pour avoir des groupes qui fonctionneront avec ce carburant. Comment expliquez-vous cela ?

A ce propos, l’expérience montre que la Ma-mwe peut payer jusqu’à 70% de sa facture. Si on a pu le faire une première fois, pourquoi ne pourrions nous pas le faire une seconde fois.
Je sais qu’il y a des difficultés de fonctionnement, de logistique à Ma-mwe, mais il est important qu’à la Ma-mwe les gens comprennent que le gasoil est une priorité absolue. C’est cela qui va leur permettre de faire payer les gens et d’être payés eux aussi. Il faut donc qu’on arrive à renouveler la première expérience, ne serait-ce qu’en parvenant à payer les 70% de la facture.

L’électricité coûte très cher aux Comores. Nous avons sans doute l’un des prix les plus chers au monde. Pourtant, le directeur de la Ma-mwe propose une révision à la hausse du prix du kwh pour résorber la crise de l’énergie…

Je comprends l’approche de la Ma-mwe parce que le coût réel du kwh est supérieur aux 120 que les clients payent. Mais il y aussi le côté social qu’on ne peut négliger. Dans cette optique, il a été lancé une opération de recensement dans le but de repérer les anomalies du fichier, mais aussi de faire en sorte que tous les foyers raccordés soient répertoriés. A ce propos, nous demandons aux clients d’être conciliants, car il en va de l’intérêt de tout le monde et tant que il n’y a pas de collaboration entre le gouvernement, la Ma-mwe, les hydrocarbures et les clients rien de bon ne pourra se faire.
Il est vrai que nous produisons l’un des kwh les plus chers au monde, pour pouvoir inverser la tendance, il faut changer l’outil de production, assurer une maintenance régulière du réseau, faire des extensions pour avoir beaucoup de clients. C’est à partir de là que l’on pourrait envisager de réduire sensiblement le prix du kwh. Au ministère de l’Energie et de l’industrie, nous avons fait un choix. L’industrie ne pourrait fonctionner sans l’énergie et si l’énergie est chère les industries auront de coûts d’exploitation élevés. Donc s’il y a quelque chose à faire pour soutenir l’économie, c’est au niveau de l’énergie qu’il faut agit pour la rendre plus permanente et plus accessible.
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La société comorienne des Hydrocarbures qui fut pendant longtemps la vache à lait des différents régimes. Aujourd’hui, elle fait parler d’elle à cause des pénuries.[/b]

La Sch avait un contrat avec Total. Ce contrat a été possible parce que derrière il y avait une lettre de garantie de la Bic. Il y a eu l’affaire Bic/Nicom et la Bic ne fut plus en mesure de donner cette lettre de garantie aux Hydrocarbures. Les difficultés de cette société ont commencé par là. La décision a été prise de rompre avec Total. Nous étions dans une période de pénurie répétitive. L’augmentation du prix du baril de pétrole sur le plan mondial ne nous permettait pas de commander de grandes quantités de carburant. Maintenant la situation est entrain de se stabiliser. Avec les 10.500 tonnes d’hydrocarbures qui viennent d’arriver, nous allons pouvoir stabiliser la consommation et permettre aux Hydrocarbures de sortir la tête de l’eau.

Propos recueillis par M. Y. Kaiva

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Mariama HALIDI Alwatwan - dans INTERVIEWS
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 09:26

Source Alwatwan 27 octobre 2008

Maitre Fahmi S. Ibrahim, vous êtes à la tête du Pec, Parti pour l’Entente Comorienne. Croyez-vous que les comoriens ne s’entendent pas?

Je pense qu’il est difficile d’avoir l’unanimité de tout un peuple. Il y a des positions pour les uns et pour les autres, c’est normal. On ne peut pas parler de mésentente, mais plutôt de divergence d’opinions.

Et si divergence il y a, doit-on imputer la responsabilité aux personnes ou aux institutions?

Je pense que quelque soit la position des uns et des autres, il faut qu’il y ait un dénominateur commun : tout doit converger vers l’intérêt de la Nation. Il appartient à chacun d’exposer sa vision et c’est au peuple de lui donner raison ou pas.

Justement, quelle est votre vision à propos de la révision constitutionnelle annoncée par le chef de l’Etat? Et que propose le Pec s’il y adhère?

Le Pec est clair là-dessus. Nous nous sommes prononcés, avant même l’intervention du chef de l’Etat, en faveur d’une réforme de nos institutions, tout en préservant l’essentiel. Je crois en tout cas que la plupart de nos concitoyens sont persuadés qu’il y a dysfonctionnement dans nos institutions. Nous sommes témoins des divergences de fond qui opposent les différentes institutions depuis 2002. De temps en temps, c’est à cause de la mauvaise foi de certains politiques, mais surtout aussi de la mauvaise lecture que nous faisons de notre loi fondamentale et de la complexité de celle ci, notamment à propos de l’article 9, relatif au partage des compétences.

Sur ce volet des compétences, j’ai dit autrefois que, par exemple, la loi fondamentale n’attribue pas de pouvoir judiciaire aux exécutifs insulaires. J’ai été interpellé sur le fait qu’il y a l’article 28 qui dispose qu’une loi organique porte organisation de la justice dans l’Union et dans les îles, et que les îles ont de ce fait leur part de compétence dans la justice. Or, cet article 28 dispose qu’une loi organique portera organisation, mais pas attribution. Il y a lieu, me semble t- il, de distinguer une compétence d’organisation et une compétence d’attribution. Le Pec, en outre, propose que l’on supprime les compétences partagées et qu’on définisse clairement les compétences des uns et des autres, afin d’éviter toute interprétation.

A propos de réformes, dans un récent communiqué, Idriss Mohamed, du Front Démocratique, craint que la révision ne porte atteinte à la loi fondamentale en touchant à l’autonomie des îles. Ne partagez-vous pas cette inquiétude?

Je ne veux pas porter de jugement sur l’opinion des autres, mais il me semble que dans l’article 37 du titre 6 de la loi fondamentale, il est clairement indiqué qu’‘‘aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’unité nationale ou à l’autonomie des îles’’. Il n’y a donc pas lieu de débattre là-dessus. Bien que foncièrement contre la tournante, je crois tout de même qu’il faut la maintenir, pour ne pas attiser des velléités sécessionnistes des Mohéliens. Permettez-moi de vous rappeler que le concept ‘‘d’embargo’’ fut l’œuvre de certains leaders mohéliens avant sa mise en pratique quelques années plus tard par nos frères anjouannais.

Mais proposer par exemple des gouverneurs et des commissaires à la place des présidents des îles et de leurs ministres, n’est-ce pas toucher à l’Autonomie?

Pas du tout! Et là ça devient intéressant parce que, souvent, nous faisons dire à la Constitution ce qu’elle n’a jamais dit ! La constitution de l’Union n’a fait qu’évoquer l’exécutif des îles. Un exécutif de l’île peut avoir à sa tête aussi bien un président qu’un gouverneur. Ce sont les lois fondamentales des îles qui ont introduit cette appellation de président. Elles auraient pu les appeler des gouverneurs sans que cela affecte l’autonomie insulaire.

Et si c’est le mode même de désignation de ces chefs des exécutifs qui subissait une réforme, c’est-à-dire nommer au lieu d’élire?

Dès lors qu’on est nommé il n’y a plus d’autonomie. Il faut maintenir l’expression populaire pour la désignation des chefs des exécutifs des îles. Il faut laisser la population dans chaque île s’auto-administrer dans une certaine limite mais sans confondre leurs statuts à celui du chef de l’Etat.

Vous n’êtes donc pas d’avis que l’on supprime certaines élections pour faire des économies du budget national, comme le veulent certains?

Je pense que la démocratie comme l’autonomie ont un prix, il faut qu’on l’accepte.

Le référendum à Maore pour son éventuelle départementalisation est fixé pour bientôt. Certains acteurs politiques pensent donc que le moment est inopportun pour organiser une table-ronde sur la révision constitutionnelle, car ceci pourrait ‘‘distraire’’ les comoriens vis-à-vis de cette question majeure. Qu’en pensez-vous?

Il ne faut pas mélanger les genres. Un Etat peut s’occuper de plusieurs questions à la fois. Je ne partage pas cette manière de voir.

Pour ce qui est justement de la question de Maore, pensez-vous que le dialogue est franc entre Français et Comoriens? Pour rappel, M. Douchina, le président du conseil général mahorais, disait que la reconnaissance de Mayotte-française par la partie comorienne était un préalable aux négociations au sein du Groupe de Travail de haut niveau franco-comorien. Parallèlement, Yves Jégo, le secrétaire général français à l’Outre-mer, a révélé que l’appartenance de Mayotte à la France n’a jamais été contestée par les délégués comoriens à ce Gthn.
Ce que je déplore, justement, c’est l’absence de dialogue. Je pense que la partie comorienne ne communique pas, et c’est regrettable. Mais il va de soi que la politique comorienne sur cette question menée depuis trente ans, n’a produit aucun effet positif pour l’archipel. Mon parti et personnellement encourageons le dialogue. Je pense qu’on ne bâtît rien dans la haine et le mépris de son prochain. Il faut encourager le dialogue dans le respect et laisser l’avenir accomplir son œuvre.

D’autre part, l’on spécule beaucoup sur votre attitude envers les étrangers présents aux Comores. C’est quoi cette histoire?

Je suis choqué par les insinuations du porte-parole du parti Muroua dans un article paru dans La Gazette des Comores, lesquelles frôlent la malhonnêteté intellectuelle pour ne pas parler de manipulation. Citant les propos racistes d’un notable à l’égard des indiens et en présence du président Abdulwahabi, il a aussi parlé dans le même texte de ceux qui s’opposent à ce que ces étrangers viennent vendre des tomates et des sardines au marché à la place des Comoriens. C’est un amalgame malheureux, inadmissible et irresponsable.
Pour ma part, ma vision sur cette question des étrangers a toujours été claire. Il va de soi que les étrangers dont je dénonce la situation dans mes propos ne sont pas ces Indiens installés dans le pays depuis des dizaines voire une centaine d’années. Je ne parle pas de Punja, de Amound, de Kalfane ni de Sam. Pour moi ce sont des Comoriens.
Je parle de ces étrangers dont on ne sait même pas d’où ils viennent, et qui se trouvent au marché en train de vendre des œufs ou du poisson séché, aussi bien indiens, arabes, africains que malgaches. Je refuse cette immigration improductive. Quant aux propos racistes qui seraient tenus par ce notable de la place, si cette affirmation était vérifiée, je ne peux que les condamner. Le racisme est non seulement contraire aux valeurs humanistes que je défends mais également contraire à l’éducation que j’ai reçue.

Vous êtes donc un adepte de l’immigration choisie, de Sarkozy.

Je ne sais pas de qui, mais je sais que ce pays a besoin de vrais investisseurs. Alors, que ceux qui viennent, viennent investir, créent de la valeur ajoutée, créent des emplois! Comme la société Comoro Gulf Holding qui rénove l’hôtel Itsandra, ou Assim propriétaire de l’hôtel Le Moroni qui produit de l’eau minérale…, des étrangers qui investissent. Alors, pardonnez-moi monsieur le porte-parole du Muroua, mais je continuerai à défendre les épiciers, les commerçants tout comme les professions libérales comme les médecins nationaux sans complexe pour l’intérêt économique de mon pays mais sans haine non plus pour les étrangers. Aucun pays de la planète n’acceptera, dans le contexte économique mondial actuel, une immigration d’épiciers!

Le mot de la fin… Et si vous pouvez nous dire ce qui distingue le Pec des mille et un partis qui poussent aux Comores jusqu’à présent?

C’est au peuple de faire la différence. Mais, j’espère faire de la politique autrement. Je continuerai à faire de la politique constructive. Je refuse de m’opposer systématiquement à l’équipe dirigeante. Je continuerai à respecter la légalité républicaine. Je respecterai les élus de mon pays quels qu’ils soient. Je jouerai le rôle d’opposant quand il le faudra, mais dans le respect de la légalité et de la légitimité. Je m’opposerai aussi bien contre les gouvernants que contre mes frères opposants s’il le faut! Je reconnaîtrai de même les bienfaits de tout le monde, qu’ils soient de l’Union ou des midjidjengo. Vous parlez de mille et un partis, mais je crois qu’il n’y en a pas cinq qui ont des élus. Je crois qu’il y a lieu d’introduire la notion de légitimité (dans ces formations politiques, ndlr) et demander que ces partis se présentent aux élections à venir à commencer par les leaders pour donner l’exemple. C’est une conquête de la légitimité. Je ne sais pas ce que le Pec vaut actuellement, mais on le saura bientôt, dans les prochaines législatives.

Propos recueillis par Sardou Moussa
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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 12:41

"Le coeur d'un citoyen ne peut pas battre pour cinq drapeaux"

Il est inconcevable qu’il y ait tant de drapeaux dans un pays. Il ne doit y avoir qu’un seul parce que le coeur d’un citoyen ne peut pas battre pour cinq. Nous devrions adopter ces principes que le monde entier adopte dans chaque pays qui se veut libre et moderne.


Au mois de décembre prochain, la constitution régissant la nouvelle architecture institutionnelle des Comores aura 8 ans. Croyez-vous qu’il y a vraiment une urgence de revoir cette loi fondamentale de l’Union?

L’urgence s’impose dès que nous avons passé plus de dix ans à marquer le pas à cause de cette configuration qui, tout compte fait, n’est pas adaptée à nos réalités. C’est une loi fondamentale qui est lourde, indigeste, difficile à appliquer, onéreuse et génératrice de conflits. Voilà plus de dix ans que les autorités des îles ainsi que le président de la République passent tout leur temps à se quereller pour des choses que du reste et tout compte fait appartiennent à l’Etat. Tout le monde doit comprendre que celui qui détient la légitimité dans ce pays c’est le président de la République et la souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par la voie du référendum ou de ses élus. Je pense que la démarche entreprise par le président de la République est tout à fait citoyenne dans la mesure où il invite tous les responsables, toutes les institutions autour d’une table pour voir ce qui ne va pas et ce qui va dans cette configuration. Mais le président ne veut pas changer de constitution, il propose la révision de certaines de ses dispositions qui font que le pays n’avance pas.

Quels sont les domaines qui, selon vous, nécessitent des aménagements profonds?

Tout le monde doit comprendre qu’il ne peut y avoir qu’un seul président de la République. J’aurai aimé que les présidents des îles portent la dénomination de ‘‘gouverneurs’’ des îles et qu’ils soient entourés, par exemple, par des ‘‘commissaires’’ qui ne dépasseraient pas quatre, parce qu’aujourd’hui il y a trop de ministres autour de chaque présidence d’une île. J’aurai souhaité aussi que le président de la République puisse dissoudre l’assemblée nationale et qu’il puisse avoir une majorité qui fasse la même politique que lui parce qu’il ne faut pas oublier qu’il est élu au suffrage direct par le peuple comorien d’une manière incontestée et incontestable. Mais, en retour, que l’assemblée nationale puisse contrôler l’action du gouvernement et qui ait la possibilité de renverser le gouvernement s’il ne répond pas aux aspirations des élus qui, eux aussi, représentent les électeurs.

Ce sont là quelques principes fondamentaux, puis il y a des principes régaliens que chaque citoyen, qui se veut démocrate ou bien républicain doit, respecter. On doit du respect au chef de l’Etat parce qu’à travers lui c’est la Nation que l’on respecte. Il y a, ensuite le drapeau : il est inconcevable qu’il y ait tant de drapeaux dans ce pays. Il doit y avoir un seul parce que le cœur d’un citoyen ne peut pas battre pour deux. Ensuite, l’hymne national. Nous devrions adopter ces principes que le monde entier adopte dans chaque pays qui se veut libre et moderne.

Je souscris entièrement à cette volonté du président de la République de réviser cette constitution et je serais parmi ceux qui proposeront des idées pour que cette constitution soit allégée pour que nous puissions enfin avoir des interlocuteurs au niveau de la communauté internationale qui aujourd’hui, heureusement, reconnaît que cette constitution est inapplicable. Tous les consultants des organisations internationales, qui viennent ici, se perdent parce qu’ils ne savent pas à qui s’adresser, parce que chaque président d’une île se prend pour un chef d’Etat.

Pourquoi avoir attendu sept ans pour faire le constat d’un dysfonctionnement des institutions de la République?


Au temps du président Azali le constat a été fait par tout le monde mais à l’époque si réellement on voulait réviser je suis sûr les Anjouanais auraient quitté le giron naturel auquel ils appartiennent d’une manière naturelle. Ça aurait été encore un deuxième problème après celui entre la France et les Comores, c’est à dire le problème de Maore.

Est-ce vraiment le côté budgétivore des institutions ou les conflits de compétences entre les entités qui posent problème?

Je pense que c’est les deux. Comment dans une petite nation de 700 000 habitants (Maore compris) on peut se permettre d’avoir quatre présidents, quatre exécutifs, quatre parlements sans parler de ceux qui tournent autour de ces responsables. Où pouvons-nous puiser cet argent pour payer toutes ces instances? Et puis ces conflits de compétences. On doit, certes, comprendre que la vocation de cet archipel est fédérale, mais on doit aussi reconnaître que l’on ne peut pas évoluer dans cette confusion. Prenons l’exemple des sociétés d’Etat. Quand on parle d’une société d’Etat, c’est une société de l’Etat. Et qui représente l’Etat? C’est le chef de l’Etat. Donc ces ‘‘gouverneurs’’ doivent comprendre qu’ils sont là pour compléter la Nation et non pour rivaliser avec un chef de l’Etat élu par l’ensemble de la Nation.

J’estime que les conflits de compétences n’ont pas lieu d’être surtout que ce sont des choses qui peuvent se résoudre à travers des négociations.

Certains craignent la fin de la présidence tournante...

Je suis persuadé que si nous arrivons vraiment à toiletter cette constitution chaque citoyen pourra demain être candidat. Cependant, je pense que la ‘‘Tournante’’ doit tourner, elle ira à Mohéli. Mais, je pense qu’en 2014 il va falloir vraiment faire en sorte que cette constitution puisse permettre à tout Mohélien, Maorais, Anjouanais ou un Grand-comorien qui veut être candidat à la présidence de la République de pouvoir le faire sans avoir à attendre de ‘‘tour’’ particulier.

Justement, selon la constitution, le mécanisme de la présidence tournante et celui de l’autonomie des îles ne peuvent pas être mis en cause. Pourtant certains politiques prêtent au chef de l’Etat l’intention de vouloir mettre fin à ces principes.

Ce sont des on-dit. La Tournante va tourner. Le chef de l’Etat le dit, il n’y a pas lieu de mettre en cause sa bonne foi. Attendons 2010. Non, il ne peut pas faire ça parce que le tour de Mohéli est là et on doit respecter cela. Moi, je constate tout simplement aujourd’hui que cette constitution est onéreuse et génératrice de querelles intestines. Nous passons notre temps à nous chamailler alors que l’essentiel c’est la question des routes, de l’agriculture, de la pêche, de la scolarité des enfants, de la santé.

Beaucoup pensent qu’il serait mieux de revenir à la constitution de 1978. Etes-vous de cet avis, vous qui avez servi la République sous cette constitution?

C’est une constitution qui est bien adaptée aux réalités de notre archipel. Mais bien sûr que nous allons la toiletter parce qu’il y a d’autres réalités aujourd’hui. Nous sommes au troisième millénaire. Les mentalités ont évolué, mais les assises sont bonnes. Je pense que c’est une bonne constitution qui va préserver la diversité des îles et l’unité de l’archipel. Je suis d’avis qu’on parte de cette base.

Le mot de la fin?

Je demande à tous mes compatriotes surtout aux hommes politiques qu’ils pensent à ce pays, qu’ils pensent que le monde ne peut pas passer tout son temps à écouter nos querelles qui n’ont rien à voir avec les réalités du pays.

Nous devrions nous mettre autour d’une table, enterrer la hache de guerre pour, enfin pondre quelque chose qui soit acceptable par tous les Comoriens pour que ce pays puisse enfin décoller, pour que la communauté internationale et les personnes qui veulent investir puissent avoir des interlocuteurs. Les Comores n’ont jamais été divisées, c’est un même archipel. Nous avons été divisés en quatre par nature, par la mer, mais nous sommes un même peuple parlant la même langue, partageant la même culture, pratiquant la même religion.

Propos recueillis par M. Soilihi Ahmed


SOURCE : AL WATWAN.NET 10/10/2008 

 

 

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 14:36

Agence comorienne de presse (HZK-Presse)

 Comores / Société

Paris, lundi 06 octobre 2008 (HZK-Presse)Depuis plusieurs années, le débat est lancé dans les milieux éducatifs sur les voies et moyens d’améliorer l’enseignement aux Comores, et de nombreuses études ont été faites, avec l’appui des partenaires extérieurs, sans parvenir à renverser cette tendance inquiétante à la dégradation du niveau scolaire, marqué année après année, par des taux d’échec aux examens et concours nationaux.


Mohamed Ahmed-Chamanga (photo), un des chercheurs comoriens spécialisé dans l’étude de la langue comorienne, estime que l’introduction progressive de la langue comorienne est une des solutions envisageable, dès les deux premières années du cycle élémentaire de nos écoles. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à HZK-Presse/La Gazette, Chamanga estime que « l'enseignement en comorien ne doit pas être un enseignement au rabais, mais un enseignement qui facilitera l'acquisition des connaissances et qui développera les facultés cognitives de l'enfant. » 

 

Question : M. Ahmed-Chamanga, vous avez travaillé cet été sur l'introduction de la langue comorienne dans le système éducatif. Pourquoi est-ce une nécessité aujourd'hui ?

 Mohamed Ahmed-Chamanga - C'est une étude faite à la demande du Ministère de l'Éducation Nationale, avec le soutien du PASEC (Programme d'Appui au Secteur Éducatif aux Comores, financé par l'Union Européenne). Vous n'êtes pas sans savoir que le système éducatif comorien est "malade". Tout le monde s'accorde à dire que le niveau général de l'enseignement baisse de plus en plus. Tout le monde s'accorde également à reconnaître le caractère inadapté de cet enseignement. Ce constat ne date pas d'aujourd'hui. Il remonte à la veille de l'indépendance. Les causes en sont multiples et ont d'ailleurs été relevées dès le début des années 1990, notamment lors des États Généraux sur l'éducation tenus à Moroni en 1993.

Pour répondre directement à votre question, l'introduction de la langue comorienne, ou plutôt d'une langue maternelle dans le système éducatif, n'est pas seulement une nécessité d'aujourd'hui. Elle l’était déjà depuis longtemps dans notre pays. Si elle n’a pas été faite, c'est parce qu'il n'y avait ni les compétences, ni les outils nécessaires pour cela. Nous disposons aujourd'hui d'études et de travaux suffisants.

 Question : Est-ce que cela veut dire que nous allons remplacer le français par le shiKomori dans l'enseignement ?

 MAC : - Il ne s'agit nullement de remplacer le français par le shiKomori. Il s'agit d'adapter l'enseignement à l'environnement de l'enfant, comme cela se fait d'ailleurs un peu partout dans le monde, sauf peut-être en Afrique dite "francophone". L'enseignement se fera entièrement en langue maternelle pendant les deux ou les trois premières années du primaire, avec une introduction progressive du français.

 Question : En quoi la langue maternelle est-elle importante pour un enfant qui entre à l'école ?

 MAC : Cela est très important du point de vue pédagogique. Comment voulez-vous ou pouvez-vous transmettre un savoir à un enfant qui ne comprend pas ce que vous lui dites ? Bien sûr, cela n'est pas impossible. Mais quelle perte de temps ! Et puis, sans entrer dans des querelles idéologiques, pourquoi voulez-vous que les enfants comoriens - ou africains en général - soient les seuls au monde à ne pas apprendre dans leur langue maternelle ?

 Question : Certains pensent que rien ne sert de créer des troubles dans l'esprit de jeunes comoriens qui ont déjà du mal avec le français ?

 MAC : C'est le système actuel qui crée des troubles dans l'esprit des enfants. Imaginez un jeune enfant qui, jusque-là ne parlait que sa langue maternelle et qui se trouve brusquement plongé dans un autre univers dont il ignore complètement le code ! Il est évident qu'il se sent totalement perdu. Il devient alors passif et fonctionne comme un robot en se contentant de répéter ce qu'on lui dit. Vous conviendrez avec moi qu'on est loin de l'objectif recherché qui est de lui apprendre à raisonner et à acquérir une autonomie de pensée.

D'ailleurs, si nous remontons un peu dans l'histoire de l'enseignement aux Comores, nous sommes tous d'accord pour reconnaître que nos aînés qui ont fréquenté l'école française dans les années 1930-1950 ont une meilleure maîtrise de la langue de Molière que nous-mêmes et, à plus forte raison, que les jeunes d'aujourd'hui qui font des études plus longues. Pourquoi ? Sans doute parce qu'ils entraient à l'école avec une certaine maturité d'esprit, puisqu'ils avaient au minimum dix ans. Même s’il y a certainement d'autres raisons...

 Question : D'autres se demandent lequel des dialectes comoriens sera mis en avant dans l'enseignement ? Y a-t-il incompatibilité entre les quatre parlers comoriens ?

 MAC : La langue comorienne est formée de quatre variantes régionales ou insulaires. Aucune de ces variantes ne sert de langue véhiculaire dans tout l'archipel. Pour ne pas créer justement des troubles dans l'esprit des enfants, on est convenu de conserver, du moins dans un premier temps, dans chaque île le parler local, tout en travaillant sur leur unification. Déjà, dès la première année du collège, les élèves apprendront (comme matière) un parler qui n'est pas le leur. Ainsi, un Grand-Comorien apprendra le shiNdzuani/shiMaore, l'Anjouanais le shiNgazidja et le Mohélien le shiNgazidja ou le shiNdzuani, etc., de telle sorte qu'arrivés en classe de 3e les élèves se sentent à l'aise dans n'importe quelle variante linguistique de l'archipel.

Ceci est important car, entre la variante shiNgazidja et la variante shiNdzuani en particulier, il y a des différences assez sensibles, notamment dans le domaine des formes verbales et des sons fonctionnels de la langue. Il est donc nécessaire que chacun puisse établir et intégrer les correspondances des formes rencontrées dans les divers parlers. On essaiera également d'uniformiser le plus possible les mots et les expressions dans les documents officiels.

 Question : Les outils pédagogiques pour l'introduction du shiKomori dans l'enseignement sont-ils prêts ?

 MAC : L'introduction du shiKomori dans l'enseignement ne se fera que si les conditions sont réunies pour en assurer la réussite. Quelles sont ces conditions ? Il y a la formation des maîtres et la conception des manuels scolaires et des outils pédagogiques. Cela prendra un peu de temps, mais c'est essentiel, car il y va de l'avenir de l'enfant comorien et du devenir du pays. L'enseignement en comorien ne doit pas être un enseignement au rabais, mais un enseignement qui facilitera l'acquisition des connaissances et qui développera les facultés cognitives de l'enfant.

Plusieurs phases sont nécessaires pour y arriver. Nous devons dans une première phase assurer la formation des formateurs. Cela interviendra dès 2009. Ces formateurs formeront à leur tour les "alphabétiseurs" et les élèves instituteurs. Des écoles pilotes au niveau de chacune des îles seront ensuite ouvertes, avant la généralisation du système dans une deuxième phase, si l'expérience s'avère concluante.

Une autre question se pose également : la formation et la conception des manuels et des outils pédagogiques demandent beaucoup de moyens. Les Comores peuvent-elles y faire face ? Je répondrai tout simplement que, quelle que soit la langue utilisée, l'enseignement nécessite beaucoup de moyens humains et financiers. Je suis d'ailleurs persuadé que lorsqu'il est fait entièrement en langue étrangère, le coût est à mon humble avis beaucoup plus élevé, car le pays reste totalement tributaire de l'étranger.

Les études et travaux sur la langue comorienne ont fait des progrès considérables ces dernières années. Nous pouvons envisager son introduction dans le système éducatif avec sérénité, tout en poursuivant la recherche.

 

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime, Correspondant, Paris061008/mi/hzkpresse/6h00

 

 

 

 

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 19:33

Vous trouverez ci-dessous l'interview de M. Moussa Toyibou, le chef de l'exécutif d'Anjouan publié dans le journal Alwatwan N° 1146 du 2 septembre 2008

 M. Moussa Toyibou, deux mois après son élection

 

''Anjouan n'a retrouvé qu'en partie seulement sa sérénité''

 M.Toyibou: ''Nous évoluons au sein du Mcjp''

 

(Photo archives)

Le chef de l'exécutif de l'île dit avoir trouvé une ''île meurtrie'' et affiche la priorité de son action qui se ''tournera plus vers l'économie'' que la politique. Il a des projets précis pour faire face aux drames des départs vers Maore, s'étend sur les menaces de déstabilisation de son île et du pays à partir de Maore, ''cette île comorienne sous domination française'' et apporte son soutien au mouvement qui cherche l'arrêt par les autorités de l'Union, des expulsions illégales des Comoriens des autres îles. Il réaffirme, enfin, son attachement à l’action du président de l'Union.

 Monsieur le président, Ndzuwani a traversé un long moment d’incertitude avant votre élection. Quel a été votre premier constat une fois investi chef de l’exécutif de l’île?

 J’ai trouvé une île meurtrie dans tous les secteurs. Une administration en panne avec des bureaux saccagés et mobiliers emportés ; des infrastructures sociales complètement détruites ; un environnement végétal déjà durement affecté par

une pénurie de pétrole lampant, vécue depuis sous le règne de mon prédécesseur, une diminution de la production des produits locaux face à une flambée des prix des produits importés, un enseignement aux mains d’un nombre important de bénévoles, des contractuels engagés pendant la transition sans soucis des crédits devant être alloués à leur paiement, une administration pléthorique marquée par un manque d’expérience et de professionnalisme.

 Bientôt vous ferez deux mois depuis votre installation au palais de Darnadjah. Quelles sont les premières leçons tirées de la fonction de président d’une île autonome ?

 Effectivement les fonctions d’autorité publique sont différentes de celle de technicien que j’ai eu à exercer pendant dix-sept ans, même si dans cette période il y a eu neuf mois de fonction de ministre de la République. Je savais que la fonction de chef d’exécutif n’était pas une plaisanterie car il lui faut édicter une ligne de conduite à ses subordonnés et être, surtout, armé de beaucoup de patience. Il doit impérativement s’y mettre pour redonner espoir à la population, montrer des preuves d’honnêteté quand il s’agit de dire la vérité sur les promesses que l’on ne se sent pas capable de satisfaire au lieu de chercher à berner la population.

 Pouvez-vous nous parler de vos priorités?

 C’est d’abord l’éducation étant convaincu qu’elle est le pilier du développement. Il y a ensuite la santé, la création d’emplois et d’espaces de loisirs pour la jeunesse, les infrastructures sociales et économiques, la formation continue des agents de la Fonction publique, le renforcement de la préservation de l’environnement notamment par le reboisement, la gestion des ordures ménagers, la restauration du sol, les aires protégées et la protection des sources de captage d’eau. Il y a aussi l’exploitation de l’électricité hydraulique pour remplacer l’énergie thermique qui devient de plus en plus coûteuse. D’ailleurs, sur ce projet, nous allons bénéficier de l’assistance technique et financière du Soudan.

 Quelle lecture faites-vous des lois organiques relatives aux compétences à partager entre l’Union et les îles ?

 Pour une réflexion approfondie de la question, je compte instituer bientôt une commission mais dans l’immédiat il est urgent de créer d’abord un cadre de vie agréable pour la population. La priorité est au social et à l’économie. La politique suivra après.

 Croyez-vous que Ndzuwani a retrouvé toute sa stabilité après l’effort de sa libération en mars dernier ?

 En partie seulement, car il n’y a plus d’oppression. Nous venons de tenir un baccalauréat commun avec les autres îles, l’hymne national a refait surface dans l’île, le séparatisme cède à l’unité nationale retrouvée. Je sais qu’il y a encore

quelques contestataires par rapport à la participation au mécanisme de compte commun des îles et de l’Union. Ce sont des esprits partisans qui cherchent à nuire à l’unité mais nous n’allons pas croiser les bras.

 Le chef de l’Etat a évoqué tout récemment une menace de déstabilisation de l’île à partir de Mayotte. Partagez-vous ce sentiment ?

 Le Général Salimou m’a parlé d’un problème d’effectifs de l’armée nationale. Ce qui a conduit l’état major à procéder à un recrutement d’un effectif additionnel qui sera opérationnel dans deux mois. Mais en attendant, j’ai sollicité le stationnement des militaires tanzaniens et soudanais pour parer au vide. La menace se justifie par la démobilisation des milices dont certains sont encore dans la nature et l’évasion tout récemment de prisonniers politiques. Il y a aussi la question des départs périlleux vers Maore…

 Justement, Ndzuwani étant le port de départ des kwasa-vers Maoré contre le gré de l’autorité d’occupation de l’île. Comment comptez-vous venir à bout de ce phénomène qui cause tant de drames en mer?

 Je compte entrer en contact avec les autorités de cette île dans le cadre de la coopération décentralisée pour voir ensemble ce que nous pouvons faire en matière d’économie et de sceller concrètement la cause du mouvement massif des frères des autres îles vers Mayotte. Je sais qu’il y a le lien de sang et le travail. Il semble que la plupart des Anjouanais, se rendant à Mayotte, travaillent dans l’agriculture. Dans le cadre de la coopération décentralisée, nous pouvons organiser le circuit de sorte, par exemple, qu’ils cultivent ici pour vendre la production là-bas. Mais il faut ouvrir un service phytosanitaire agrée par l’Ue pour que nos produits soient exportés sur le marché Maorais. Ces paysans devront bénéficier des prêts au niveau des Meck et Sanduku. Nous allons aussi restructurer notre direction en agence de l’emploi qui veillera aux profils du personnel dont Mayotte aurait besoin et postuler aux offres. Les admis partiront avec des contrats de travail. Ce qui réduira le départ massif vers cette île comorienne sous domination française.

 Il y a eu tout dernièrement, lundi 25 août, une manifestation de rues à Mutsamudu contre les expulsions et le mauvais traitement des comoriens de Ndzuwani, Mwali et Ngazidja à Maore. Quelle est la position de votre gouvernement par rapport à cette situation?

 Je salue la tenue de cette manifestation qui a exprimé l’indignation des Comoriens vis-à-vis de ce qui se passe sur l’île comorienne de Mayotte. Les ressortissants de Ngazidja, Mwali et Ndzuwani méritent plus de respect. S’il n’est pas question de régulariser leur situation, ils doivent être renvoyés dans leurs localités respectives d’une façon humaine. Je tiens toujours à mon engagement, vis-à-vis de la population, de défendre la dignité humaine. Au niveau de mon gouvernement, nous comptons imposer aux agences de transport aérien et maritime qui transportent ces personnes de supporter également les charges de leur acheminement jusqu’à leurs îles et localités respectives. Plutôt que de les jeter à l’aéroport ou au port et nous créer des ennuis.

 Des sympathisants à votre élection se sont rassemblés, dimanche 24 août à Tsembehou, pour la mise en place d’une structure autre que le Mcjp, le rassemblement politique qui soutient le chef de l’Etat. Peut-on voir en cela une rupture de votre politique avec celle de président Sambi?

 ... Il n’y a pas de rupture. L’objectif du rassemblement de Tsembehou a été plutôt d’évaluer nos actions depuis le démarrage de la campagne l’année dernière et sa reprise cette année. Nous étions allés tirer les leçons du parcours fait et non pas une démarche de rupture avec le Mcjp. D’ailleurs le message est bien passé que le Mcjp est le parti qui soutient Sambi, une formation d’envergure nationale implantée à la fois à Ngazidja, Mwali et Ndzuwani. La preuve en est que le congrès se tiendra après le ramadan ici à Ndzuwani. Il n’y a aucune crainte de rupture, nous évoluons au sein du Mcjp.

 Quelles seront les propositions de Ndzuwani, au cas où le débat sur la constitution que le chef de l’Etat a toujours dit va avoir lieu ?

 Je crois que nous devons d’abord appliquer la constitution. Toujours est-il qu’il y a certaines incohérences, notamment les mandats des députés des îles qui n’ont pas la même durée d’une île à une autre. Les institutions sont lourdes en matière de gestion du pays, j’estime qu’il serait normal d’alléger un peu car nous risquons de passer tout notre temps à ne faire que de la politique. Or, je  crois fermement que le problème du pays est plus économique et nous devons privilégier l’investissement de nos forces et de nos recettes dans l’économie plutôt que d’entretenir des structures politiques.

 Pour terminer, mesurez-vous le niveau du coût de la vie actuelle de la population et surtout à l’approche du ramadan ?

 Je suis conscient que bien avant le début du ramadan la vie est extrêmement chère. Le riz, les bananes et maniocs, des produits plus sollicités pendant la période sont chers. Mais je prie Dieu pour que le ramadan nous apporte sa bénédiction.

 Propos recueillis par
M. Soilihi Ahmed avec la collaboration d’A.Abdallah et S. Mohamed

 SOURCE : Al-watwan N° 1146 du 2 septembre 2008

 

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