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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 22:30

 

 

Vous trouverez ci-dessous l’interview de Madame Sittou Raghadat, Présidente de l’ONG FAWECOM et ancienne Ministre accordée le 3 septembre 2011 suite à la tentative de meurtre et à l’escroquerie crapuleuse dont elle a été victime le 29 août 2011 à son domicile de Moroni. 

 

 

 

« Contrairement à mon bourreau, à ses complices et à ses éventuels commanditaires je fais entièrement confiance à la justice de mon pays. La justice à laquelle je crois n’est ni celle de la violence et de la barbarie ni celle de l’arrogance et des voyous »

 Rotation-deweek-end-GALAWA-BEACH-09-09-2007-NEYMAT-050.jpg(Mme Sittou Raghadat / Photo archives Halidi-Blog-Comores)

 

 

Halidi-Blog-Comores -Tu as déclaré, il ya quelques jours, être victime d'une tentative de meurtre et d’escroquerie à ton domicile, comment vas-tu ?

 

Sittou Raghadat Mohamed Je vais bien grâce au soutien de ma famille ainsi que de mes amis(es).Je leur en suis très reconnaissante et compte sur tous pour lutter contre ce genre de pratique.

 

Après le choc, c’est l’indignation et la colère qui m’animent. Jusqu’à ce jour, je me disais que le domicile demeurait un des lieux privilégiés où on devait se sentir le plus en confiance et en sécurité. Ce qui est sur est que je n’accepterai jamais que certains se comportent comme si la justice dans notre pays, c’est le recours à la violence et à l’arrogance.

 

HBC-Qu'est ce qui s'est passé exactement ?

 

SRM -Un accident de notre bus familial de transport de marchandises s’est produit la nuit du vendredi 19 août 2011 à Moroni djomani. Ce bus était en réparation au garage. Le chauffeur est allé le prendre à notre insu et s’en est servi sans notre autorisation. Aux environs de 22h30, alors qu’on dormait, nous recevions un appel téléphonique nous informant l’accident de notre véhicule. Le chauffeur venait d’écraser une jeune fille et il était entre les mains de la police. Nous étions tombés des nues. Imaginez un peu notre surprise et notre incompréhension. Comment un véhicule en réparation dans un garage pouvait-il être accidenté à cette heure ci ? Mais La police avait passé le téléphone au chauffeur lequel nous avait confirmé l’accident !

 

HBC -As-tu pu identifier ton agresseur ou tes agresseurs ?

 

SRM -Bien sur que nous avons identifié mon agresseur. Il s’appelle Hadji Said Oumouri, employé au Conseil de l’île de Ngazidja et originaire de Bangoi Kouni. Je l’avais déjà croisé à maintes reprises à l’hôpital accompagné des gens avec lesquels je m’entretenais sur l’état de la victime de l’accident et les solutions envisageables. Cet individu prétendait être l’oncle paternel de la fille, mais en réalité c’était juste un prétexte pour justifier son acte odieux et crapuleux qu’il comptait accomplir alors qu’il n’aurait aucun lien de parenté avec elle. Quand bien même il serait un proche de la victime, était ce une raison de se comporter en voyou ?

 

En fait, j’ai vite compris que c’est un mercenaire en quelque sorte qui a été envoyé pour attenter à ma vie et m’escroquer. Ce mercenaire a été envoyé par qui et pourquoi moi ? Qui sont ses complices… ? Ce n’est même pas moi qui ai été à l’origine de l’accident. Je compte sur la justice de mon pays pour avoir des réponses à toutes ces questions. Fort heureusement, il y avait des témoins au moment de l’agression qui ont eu le reflexe de me protéger. Sinon, je ne suis pas certaine que j’allais être là aujourd’hui.

 

HBC -As-tu connaissance des motifs de cette tentative de meurtre ?

 

SRM -Le motif n’est autre qu’une escroquerie planifiée et organisée par tous les moyens. L’auteur n’a pas agi seul, je le confirme. Les preuves sont là. Mais laissons mon avocat et la justice faire leur travail.

 

HBC -En fait, comment s'est produit l'accident de circulation ?

 

SRM -Je suis mal placée pour décrire l’accident car je n’étais pas là. C’est la police qui m’a prévenue comme je l’ai souligné. Une enquête est en cours et le chauffeur a été entendu[i].

 

Tout ce que je puis dire c’est que le chauffeur a utilisé le véhicule sans notre autorisation en dehors des heures du travail et à des fins personnelles alors que celui-ci, hors service était censé être au garage pour réparation. Il appartient maintenant à la justice et aux enquêteurs de nous dire ce qui s’est passé exactement cette nuit là[ii].

 

HBC -Qui est la victime de l'accident ?

 

SRM -La victime est une jeune fille de 17 ans originaire de Banda Daweni dans le Badjini à Ngazidja. Je partage sa douleur et celle de sa famille biologique. Qu’elles sachent que leur souffrance est aussi la mienne et que je suis et serai toujours à leurs côtés. Mon souci est que cette jeune fille se rétablisse rapidement et qu’elle ne garde pas de séquelles de cet accident. Inchallah.

 

HBC -Quelles ont été tes démarches dès que tu as pris connaissance de l'accident ?

 

SRM -Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Mon mari et moi)* nous sommes rendus au bureau de la police, ensuite sur le lieu de l’accident et à l’hôpital. La fille était encore au bloc opératoire. Nous avons attendu à l’hôpital jusqu’à 2 heures du matin pour connaitre le sort de la fille. C’est très triste ce qui s’est passé. C’est un être humain qui est victime de cet accident causé suite à l’inconscience, à la bêtise et à une faute très grave d’un chauffeur. J’ai pu m’entretenir le soir même avec le médecin qui s’est occupé de la fille. Il m’a informé sur son état de santé. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale. Le problème qui s’est posé est l’absence de matériel adapté pour tenter de remettre en place une mâchoire déplacée. Ce qui nous a amené à envisager l’hypothèse de son évacuation rapide à Mayotte ou dans un autre pays.

 

HBC -Alors, pourquoi la situation s'est envenimée ?

 

SRM -Franchement c’est la question que je me pose jusqu’à maintenant. Pendant une semaine je me suis fait un devoir d’aller chaque matin rendre visite à la fille à l’hôpital et m’entretenir avec les familles (la famille d’accueil la famille biologique) sur les dispositions à prendre pour l’évacuation rapide de la fille. Quand je me suis aperçue que les choses trainaient, J’ai déboursé immédiatement, de mon propre gré les frais pour le passeport de la fille et engagé des démarches pour que l’évacuation se fasse très rapidement à Madagascar.

 

HBC -Avec qui tu étais en contact pour les négociations ?

 

SRM -J’étais en contact permanent avec les familles (biologique et d’accueil) de la fille. Il n’y a pas eu de négociation directe avec la personne chez qui la fille réside à Moroni car il se trouve en mission à l’Etranger. C’est son frère Farid Nourdine Abodo[iii] qui discutait avec moi, s’exprimait souvent en son nom et nous rapportait ses positions et instructions.

 

Je discutais aussi et surtout avec la famille biologique en l’occurrence l’oncle maternel.

 

J’ai proposé une contribution financière de 400 000fc pour permettre l’évacuation rapide et les soins de la fille. Nous nous sommes compris avec l’oncle de la fille mais la famille d’accueil apparemment ne l’entendait pas de cette oreille. D’après Farid Nourdine Abodo, le « représentant de la famille d’accueil », son frère qui se trouve à l’étranger – considère que la propriétaire du véhicule est la seule responsable de l’accident et exige qu’elle assure toutes les dépenses liées à l’évacuation et aux soins. J’ai répondu que ce sera à la justice de se prononcer sur les responsabilités des uns et des autres et non à une personne d’autres. J’ai même suggéré à la famille d’accueil par le biais de la personne qui discutait avec nous de porter plainte et se constituer partie civile. C’est la chose la plus logique, légale et honnête.

 

Franchement, j’étais loin d’imaginer le sort qu’on m’avait réservé.

Ma priorité était de faire partir rapidement la fille pour aller bénéficier des soins appropriés. D’où ma proposition de contribuer financièrement à hauteur de 400 000 fc avant même que la justice se prononce sur la question de responsabilités et d’indemnisation pour débloquer la situation. Mais j’avais l’impression que certains privilégiaient l’obtention par tous les moyens d’une somme bien précise. D’ailleurs, je me demande sur quoi ils s’étaient fondés pour fixer la somme de 800 000 fc.

 

HBC -Finalement dans quelles conditions est évacuée la victime.

 

SRM -La victime a été evacuée,Dieu merci.je suis contente pour elle et lui souhaite un bon retablissement.Mais son départ, ce jour là a été le prétexte pour venir m’agresser sauvagement à mon domicile, me menacer de mort et m’escroquer la somme de 800 000 fc soit la somme de 400 000 fc que j’avais préparée pour remettre à l’oncle maternel de la victime et une autre somme de 400 000 fc que je n’avais pas mais que j’ai pu rassembler à la hâte grâce à des proches sous forme de prêt, qui avaient eu la gentillesse de réagir suite à mes appels téléphoniques afin d’éviter le pire.

 

HBC - Que comptez-vous faire ?

                                            

SRM -Porter plainte évidemment. Je ne peux pas taire un agissement aussi grave et une injustice pareille. C’est une tentative de meurtre suivie d’une escroquerie flagrante. Contrairement à mon bourreau, à ses complices et à ses éventuels commanditaires je fais entièrement confiance à la justice de mon pays. La justice à laquelle je crois n’est ni celle de la violence et de la barbarie ni celle de l’arrogance et des voyous.

 

HBC -En fait, Comment se sont passées l’agression et l’escroquerie odieuse et crapuleuse?

 

SRM -Le matin du lundi 29 août dernier, j'attendais tranquillement l'oncle maternel de la fille, comme nous nous étions convenus, chez moi pour venir récupérer la somme de 400 000fc,  notre contribution pour l'évacuation de la fille à Madagascar. Comme il tardait à venir, je lui avais téléphoné. C’est là qu’il m'avait répondu que finalement il ne venait pas seul car « les autres tiennent à l'accompagner » c'est-à-dire le « représentant » et frêre  de la personne chez qui la fille réside à Moroni – pour simplifier utilisons le terme  « accueillant de la fille », le frère de la femme de« l’accueillant de la fille » et Hadji Said Oumouri, mon agresseur.

 

J'étais avec un voisin et on discutait calmement quand un groupe de trois personnes (celles que j’ai citées à l’exception du frère de « l’accueillant de la fille ») fit irruption à mon domicile.

 

Immédiatement, mon agresseur s'était précipité sur la terrasse où j'étais assise et m'avait dit ceci : «Si je suis là ce n'est pas pour blaguer ni écouter des discours. Soit tu débourses la somme de 800.000 fc pour l'évacuation de « ma fille », son infirmier et la civière ou tu es une femme morte » et il a pris un fauteuil en bambou et me l'a lancé. Sans mon voisin, il allait me tuer car en même temps il s'était précipité sur moi pour tenter de m’étrangler. C'est là que ses deux compagnons et mon voisin avaient réussi à le maitriser. Juste après Farid Nourdine Abodo[iv], le frère de « l’accueillant de la fille» arrivait à son tour. Menaçant, il exigeait le versement immédiat de la même somme ! Ayant compris que ce groupe était sérieux et déterminé et pour avoir la vie sauve, j’étais contrainte de remettre la somme exigée à Farid Nourdine Abodo[v]

 

Excuse-moi, mais je ne peux pas continuer. Je revois cette horrible scène et je préfère m'arrêter là s'il te plait. J'ai fait trois jours d'insomnie et de cauchemar. Depuis, je suis sous somnifères pour dormir…

 

Entretien réalisé le 3 septembre 2011 par Halidi Allaoui  

 

 * Rectificatif (le 6 octobre à 13heures 10) :  

 

A lire : "Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Ma fille et moi)" au lieu de  " Immédiatement, après avoir pris connaissance de l’accident, nous (Mon époux et moi)".

 

Nous nous excusons pour cette petite erreur

 

Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES)

 




[i] [ii] Depuis, le procès a eu lieu. Le chauffeur du bus est condamné à 4 mois d’emprisonnement ferme. Il purge actuellement sa peine

.

 

[iii]  IV V Farid Nourdine Abodo est un des fils d’un haut magistrat des Comores. Son père Nourdine Abodo est nommé récemment Présent de la nouvelle Cour suprême. Il est aussi le Conseiller juridique du Président de l’Union des Comores (voir aussi notre billet « Quand les doyens du palais de la justice montre le mauvais exemple en cliquant ICI)

 

 

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commentaires

ABDEREMANE AHMED 07/10/2011 14:18



pour l'auteur de ce articlle je voulais juste vous dire a bangoi kouni ce nom la n'existe pas
alos faut retourner a question madame rahada de bien prononcer le nom du vilage que ce type est nee car il ya trois bangoi ,bangoi mafsa ,bangoi la hambou et aussi bangoi kouni et ce nom de ce
type il ne viens pas de bangoi kouni 

merci de votre comprehenssion.



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