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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 21:18

CULTURE : « TERRE NOIRE. Lettres des Comores » de Jean Marc  TURINE 

Un livre poignant  et intimiste plein de questionnement et d’étonnement.

 Notes de lecture :

Voici un livre dont la publication ne doit pas passer inaperçue pour tous les Comoriens, tous ceux qui s’intéressent  aux  Comores et tous ceux qui aiment la belle écriture. Il s’agit de Terre Noire, lettres des Comores de Jean Marc Turine *(photo ci-dessous) édité il y a quelques mois aux éditions Metropolis en Suisse.

 L’auteur  relate dans ce livre ses trois voyages effectués aux Comores au début des années 80 (huit mois en tant que coopérant), en 1998 (deux mois comme journaliste pour France Culture)  et en 2006 (pour réaliser des émissions pour la RTBF).

 Le 30 novembre 1980, il débarque pour la première fois aux Comores. C’est son premier voyage en dehors de l’Europe. Jeune coopérant belge faisant partie de « ces quelques chômeurs  que la France et la Belgique sauvent des affres d’une dépression » comme il le dit lui même (p.22), il doit enseigner la philosophie au lycée de Domoni. 

 Dès son arrivée à Domoni, il se sent chez lui. Domoni devient sa vraie ville pour huit mois. Il l’affirme avec force « aujourd’hui c’est le 30 novembre 1980, il est deux heures trente du matin. Je suis à Domoni, la ville du président et ma ville pour huit mois… » (p.18). Au même moment, il comprend qu’il ne peut pas être un coopérant comme les autres : «  La nuit est chaude, tropicale, lourde et la communauté blanche fête le départ d’un des siens. Depuis le début de l’après-midi, les pluies et les vents s’abattent sur l’île avec un acharnement systématique, dévastateur mais naturel. Qu’importent les paillotes emportées (…), la fête a lieu, j’en suis, je ne sais pas où je suis.» Mais en réalité, Domoni deviendra définitivement sa ville.

 Un peu plus loin, il confie qu’il a même du mal à préserver la condition première du coopérant « la neutralité ou l’objectivité blanche. Statut bâtard, hypocrite, de l’ignorance intellectuelle ! » (p.40)

Du coup, il fait son choix.  En vérité, c’est un coup de foudre ! Il trouve une ville, Domoni, il a une vraie famille, celle de Maenrouf, Attoumane et  Adia dont il deviendra tout simplement « le papa blanc ». La découverte des îles, « Anjouan la belle », la Grande Comore, « l’île qui se laisse découvrir comme un visage dont les yeux parfois caressants, parfois horrifiés, parfois stupéfiés se soumettent à la demande » (p.51), d’un pays et  d’un peuple, « les comoriens dont la faute est d’être simplement très pauvres(…) des comoriens  négligés par  un ordre mondial qui ne considère que son nombril économique et qui supportent les conséquences d’une colonisation  qui a laissé le pays exsangue» (p.53) le transforme. Il devient un muzungu comorianisé.[1] Il ouvre les yeux sur tout et écoute avec attention : la pauvreté « sur des enfants au ventre bâillonné…sur des corps prématurément vieillis » (p.20) ou encore « j’observe une intolérable pauvreté » (p.73) sur ses amis  rencontrés à Moroni  en 1998 comme Seseko. « Je le regarde attentivement » écrit-il (p.81) » sur  les villes « j’ouvre  les yeux sur la ville de Moroni. J’écoute les battements de son cœur, les froissement de ses jupes, ses pas traînants dans un désœuvrement  collectif » (p.83)…Vingt quatre ans après, de retour à Anjouan, il ne change pas, il continue à ouvrir ses yeux sur tout !

 Il se comporte  vraiment en Comorien. Malgré la « chaleur qui monte et est écrasante » et « sous un soleil en pleine forme », il marche beaucoup dans tous les sens et « sans fatigue » : « sur le bord de la route », « sur les escaliers de la banque et du bureau central de la poste où il rencontre les mêmes mendiants aux corps tordus, aux mêmes emplacements et observe la même indifférence à leur égard», « dans le dédale des ruelles étroites et poussiéreuses»…Car il veut « se fondre dans la foule des marcheurs (…) pour être semblable à elle » (p.73).

 Il fréquente les Comoriens et leurs lieux comme  le café du port qui deviendra son lieu privilégié d’observation et de repos ! Un endroit non fréquenté par les quelques Européens vivant à Moroni. Il se fait aussi beaucoup d’amis de toutes les classes sociales surtout en 1998 et en 2006. Il adopte les moeurs des Comoriens. Cela est très visible quand il relate ceci : « Chez Tony, il y a du monde. Un repas est offert après la lecture d’une page du coran. Je fais la connaissance de sa femme, Anrfati, qui est enceinte. La rencontre est chaleureuse et simple. Je mange du mataba, je bois du jus de mangue et du tamarin. Nous mangeons avec les doigts, assis sur une natte posée sur le sol. (…) Mon groupe d’amis, je l’ai trouvé là. Je les verrai tous les jours. »

 Quand on se sent vraiment Comorien, on ne peut pas rester insensible à l’extrême pauvreté de ce pays – un crime - et ménager leurs différents responsables. Jean Marc Turine le prouve dans son œuvre. On retrouve en effet quasiment dans toutes les pages les termes « pauvreté, misère et faim» soit expressément soit implicitement.

 Il fustige aussi en permanence et avec les mots appropriés les responsables : « toute la sauvagerie coloniale d’hier et toute la négligence du pouvoir actuel qui s’inscrivent sur ces corps prématurément vieillis à l’âge indéterminable, gravées » (p.20) ou encore « ce président qui ne s’occupe guère des affaires de l’Etat, il utilise la politique pour la prospérité de ses capitaux, de ses commerces » (p.35).

 Ce passage parlant mérite aussi d’être cité : « Moroni n’est certes pas Kigali ni Alger (…). Pas de bandes armées fanatiques qui massacrent aveuglément. (…). Aux Comores, on ne fréquente pas la famine qui sévit au Soudan. Mais cela change t-il quelque chose au crime ? Un crime commis depuis des années et resté impuni. Car laisser la faim s’installer  est criminel comme est criminel l’indifférence face à l’absence d’accès aux soins les plus élémentaires.

Où es-tu communauté internationale ?
Derrière quel baobab te planques-tu ?
Tu n’as rien à dire, France ?
Rien.
En apparence. » (p.55) 

 Jean Marc Turine ne manque pas enfin de révéler quelques informations qui mériteraient d’être exploitées. L’on peut citer par exemple ce passage où il évoque ce Français chez qui il loge en 1998 lequel a « une double mission : l’une officielle, dans la coopération, l’autre officieuse, plus directement politique et en liaison avec les services de l’Ambassade » qui lui explique  « qu’il organise de nombreuses réunions avec des membres de l’opposition. Sa mission devient plus claire : fédérer l’opposition et créer un moment favorable pour déstabiliser Taki »

 Mais au delà du récit intimiste que certains peuvent juger parfois un peu provoquant et exagéré (pourtant, à notre avis, il ne l’est pas !), de la description profonde de notre pays et de ce que Jean Marc Turine dit vouloir offrir à travers son œuvre à savoir « le témoignage qui sort de l’ombre et de l’oubli, même de façon partielle et subjective, un pays parmi les plus pauvres de la planète, rencontré sans préméditation et dont les habitants me sont chers. J’ai essayé de les accompagner dans les dimensions les plus simples, donc véritable, de la vie », le lecteur de « Terre Noire, lettres des Comores » est surtout frappé par la beauté stylistique de l’écriture adoptée. Trois écritures différentes ! On y trouve, en effet, une fusion de la narration et de l’information. Mais le lecteur est aussi séduit par ce mélange régulier de poésie et de philosophie cadencé par plein de questionnement, d’étonnement et d’ironie. Cela se ressent plus dans le deuxième texte « Terre Noire (1998) ». Il suffit de relire le passage précité de la page 55 pour s’en convaincre.

Le lecteur se régale aussi grâce à ces jeux de mots permanents, les analogies et autres figures de styles qui sont très visibles tout au long de la lecture. Il y a ici ou là des comparaisons, des belles métaphores, des clichés et personnifications… ou encore des allégories et des anaphores.

 Lisez par exemple ces quelques belles lignes consacrées à la femme comorienne plein  d’anaphores. A juste titre d’ailleurs ! Peut-on décrire la femme comorienne avec un autre style ?

 « Les femmes élèvent les enfants, les femmes cuisinent et  ramassent le bois avec les enfants, les femmes font la cueillette de l’ylang-ylang avec les jeunes filles, les femmes ramassent le sable sur les plages pour le transporter dans des paniers jusqu’à la route où les hommes viendront le charger, plus tard, en camion, les femmes font les lessives, les femmes font les lessives, les femmes vendent les fruits et les légumes sur les marchés. Les femmes font beaucoup trop d’enfants (…) » (p.43)

 Dès fois tous ces jeux de mots sont mélangés dans un seul paragraphe. Ce qui accentue la beauté du récit et de l’écriture.

 C’est le cas, quand Jean Marc Turine décrit l’île de la Grande Comore comme suit :

 «  Un corps ? Une île ?

Elle est attirante la terre noire de la Grande Comore. Et fière. Noire de lave qu’aucune larme, aucune sueur, aucun baiser n’ont pu attendrir. (…) Le bleu qui l’entoure est comme du fard sur des paupières.
L’île se laisse découvrir comme un visage dont les yeux parfois caressants, parfois horrifiés, parfois stupéfiés se soumettent à la demande : prends-moi et laisse moi te prendre. (…)
Alors pourquoi la faim ? Pourquoi la misère ? Pourquoi cette préoccupation, ce mal obsédant subi au quotidien ? Pourquoi ce tourment ? » (p.50 – 51)

Ou encore ce mélange de lettres frappant qui caractérise le troisième texte « Adia, Adia d’Anjouan » (p.177 et s.). Car le livre lui-même est déjà une lettre poignante adressée à ses lecteurs. Et pourtant l’auteur juge utile d’y insérer aussi quelques lettres des ses amis et de « sa fille Adia ». Peut être, c’est une façon pour lui de mieux interpeller le lecteur.

S’il est vrai qu’on trouve  aussi dans le livre des petites erreurs et confusions sur les dates (la date de l’indépendance des Comores est 1975 et non 1974…) et noms des personnes et lieux (pour parler du Président Ahmed Abdallah, tantôt c’est Ahmed Abdallah, tantôt c’est Mohamed Abdallah…Ajaho ??? Chididini ???. A Anjouan, à notre connaissance, il n’y a pas de village qui s’appelle « Iconi… » (p.227) – des erreurs que beaucoup de Comoriens peuvent aussi commettre vu l’ignorance de leur pays dont ils font preuve. Mais, ce livre a le mérite d’être un très bon livre  bien écrit qui capte et interpelle son lecteur du début à la fin.

 Espérons que beaucoup de comoriens, et plus particulièrement Mohamed Bacar Dossar, un des meilleurs amis de l’auteur dont on parle beaucoup et loue « la rigueur, le sérieux et l’honnêteté intellectuelle » dans le livre – devenu actuellement la clef de voûte du pouvoir -  liront « Terre Noire. Lettre des Comores ».

 Que Jean Marc Turine me permette d’emprunter ses mots pour parler aussi à son œuvre laquelle m’a parlé tout au long de sa lecture et à travers elle mon pays natal en ces termes : « Je te caresse de mon regard, je te donne à toi-même ton corps parce que je te regarde  avec tendresse !

Saint Gratien le 28 juillet 2008

Informations générales:

ISBN: 978-2-88340-176-1

 

256 pages

 

Format: 13x21

 

Prix: 31 CHF

 

Prix: 20 EURO 

 

 

 

 *Jean Marc Turine vit et travaille à Bruxelles. Il est romancier, cinéaste, essayiste et a été aussi enseignant

1 Cette appellation m’appartient et j’assume son usage. Elle signifie tout simplement un blanc ou européen devenu un vrai comorien ou encore « peau blanche, cœur comorien »


Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

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