Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
Comores / Société
Moroni, jeudi 30 octobre 2008 (HZK-Presse) – Officiellement, la rentrée des classes pour l’année scolaire 2008/2009 est convoquée depuis
le 06 octobre par les autorités publiques puis révoquée par les mêmes autorités pour le 20 octobre passé. Malheureusement, les enseignants du primaire campent sur leur position : « Pas
de rentrée avant le versement au moins des deux mois promis par l’Union Européenne » scande leur syndicat.
Un effectif total de 42371 enfants attent, ne sachant quoi faire, poursuivent avec désarroi leur vacances pendant que leurs camarades du secteur privé font les navettes matin et soir vers leurs établissements scolaires. « Cette situation favorise le secteur privé qui chaque année inscrit un grand nombre d’enfants dans leur établissements » explique Ahmed Djoumoi Mfaoumé, coordinateur régional des CIPR [Centres d’Inspection Pédagogique Régional].
C’est dire que le besoin de recrutement d’enseignants au primaire diminue considérablement, dans les écoles publiques. Et pourtant des efforts sont déployés pour renforcer les structures pédagogiques, comme la création de trois nouveaux CIPR à Chezani, Dimani et Dembeni. Un projet de formation de conseillers pédagogiques est en cours, notamment en faveur de l’inspection pédagogique du secondaire, assure-t-on.
Seulement, regrette le coordinateur, tous ces efforts semblent tomber à l’eau dans la mesure où aucune date n’est encore fixée pour que les instituteurs reprennent le chemin de retour à l’école !
Du côté de l’enseignement secondaire, la situation n’est pas au goût des enseignants et des élèves. Certes les collèges et lycées publics sont ouverts depuis la semaine dernière, accusant deux semaines de retard. Rien ne dit que les professeurs sont prêts à enterrer la hache de guerre. Jusqu’ici, aucun mot d’ordre de grève n’est lancé par les responsables du syndicat national des professeurs (Snpc).
Toutefois, un professeur d’éducation physique que nous avons interrogé hier à l’entrée du lycée de Moroni, de surcroît membre du bureau exécutif du syndicat, déclare que « la fréquentation des établissements est libre », chaque professeur ayant le libre choix de faire sa rentrée comme il l’entend et suivant ses capacités de déplacement de son domicile à son lieu de travail.
Et l’enseignant d’ajouter que « désormais, nous n’avons aucune obligation de présence à l’heure et ni de remplir notre emploi du temps ». Comme le reste des fonctionnaires qui continuent d’accumuler les arriérés de salaire, « le corps enseignant suivra le rythme de l’administration » a prévenu ce responsable syndical.
Au lycée de Moroni, le censeur Madi Ali s’inquiète par rapport à l’effectif des enseignants, notamment ceux qui sont censés assurer le nouveau programme d’éducation civique. Cette année le lycée compte 50 divisions au lieu de 55 l’année dernière. Il dit avoir besoin de deux professeurs de philosophie et trois en éducation civique. Pour l’heure, ses services sont entrain de faire un toilettage des listes des élèves non encore définitives. Une semaine après la rentrée l’établissement affiche 10% d’absentéisme pour les élèves. Le censeur se donne 3 autres semaines pour que tout rentre dans l’ordre.
Interrogé sur le déroulement de la rentrée, le Secrétaire général de la section Ngazidja du Snpc ne cache pas sa déception face au comportement des autorités à commencer par le ministère de l’éducation de Ngazidja. Pour Chabane Mohamed, c’est ce ministère qui « boycotte lui-même la rentrée scolaire », pour l’avoir fixé au 6 octobre puis ajourné de deux semaines, alors que les préparatifs n’étaient pas encore bouclés, notamment l’affectation des professeurs.
Le syndicaliste ne mâche pas les mots, « le département en charge de l’éducation de nos enfants au niveau de l’île bricole en matière de gestion et de planification ». Il s’insurge énergiquement contre le mode de calcul de la moyenne de passage en classe supérieure. « Comment peut-on se permettre d’établir la moyenne de passage d’un élève sur la base de trois trimestres alors que l’année scolaire 2007-2008 a été bâclée avec seulement deux trimestres », s’interroge le responsable syndical. « C’est une lourde responsabilité et une faute grave que le ministère vient de commettre », accuse Chabane Mohamed.
Le ministre de la fonction publique de l’île n’est pas épargné non plus, pour avoir signé le fameux arrêté controversé de suspension de deux mois de salaire (février-mars 2008) contre les enseignants gréviste provoquant l’interruption de l’année scolaire, rappelle le responsable syndical, malgré l’accord obtenu pour la prolongation de l’année, signé entre le syndicat et le ministère de l’éducation.
Le leader syndical se demande aussi « pourquoi les professeurs des lycées n’ont pas perçu leur salaires programmés à l’occasion de l’Ide elfiltr, où sont partis les 350 millions de francs censés les payer et pourquoi les profs de collèges accusent un retard d’un mois par rapport au reste de leurs collègues ».
Des questions qui attendent des réponses avant l’assemblée générale du syndicat qui aura lieu le 1er novembre prochain. Une bombe à retardement sans parler du dossier brûlant de l’affaire des fraudes du bac 2008, dont les principaux coupables resteraient toujours impunis. Y aurait-il volonté d’enterrer ce dossier !
A. Nabahane
301008/an/hzkpresse/12h00

