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  • : HALIDI-BLOG-COMORES, Blog des COMORES
  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013, ALLAOUI HALIDI A CEDE LA RESPONSABILITE DE VOTRE BLOG A MADAME MARIAMA HALIDI.

 

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 23:00

A propos des Comores, de tout et de rien

et pour un 2010 de tous les possibles sous le volcan

 

Avis à ceux qui n’étaient pas au courant ! On réhabilite Humblot et Pobéguin dans nos îles avec la complicité des hommes de science. A force, la colonisation devient une affaire positive. Nos cadres se ruent à Mamoudzou, sur le lagon, en quête d’un boulot, prétextant le manque de considération, ailleurs, en France ou aux Comores indépendantes. A Moroni, on crée des associations d’indigènes, du type France-Comores Echange, pour protéger les intérêts français. On salue même la générosité de Monsieur l’Ambassadeur, sollicitée sur la Place de France, pour des projets sans réelle portée dans l’économie nationale. Sans doute pour contrer l’offensive arabe que le président Sambi est seul à prétendre contrôler. Des « arabes » qui paient avec une monnaie de singe, le sieur Bachar Kiwan n’étant en réalité qu’un rabatteur pour des investissements en eaux profondes, un rabatteur sachant cependant compter sur ses rétro-commissions pour tenir bien droit sur ses pattes. Raison pour laquelle on multiplie les promesses du lendemain. Car il va sans dire que demain nous serons mieux qu’aujourd’hui…

Cela n’a l’air de rien, mais le constat est là, bien là. Nous vivons dans une bulle, à l’intérieur de laquelle nous feignons de pouvoir gommer, par un simple jeu d’évitement, la complexité d’un monde qui se refuse à notre droit à l’existence. Nous fermons les yeux sur la réalité rampante, et à chaque mauvais coup reçu, de petits malins s’en ébaubissent comme au premier jour de leur vie, oubliant qu’ils sont complices d’une opération de déstructuration d’archipel à grande échelle. Que la France continue à déconstruire le pays en profondeur, à le miner de l’intérieur, bien qu’elle n’affiche plus son gros appétit, nous le savions. Nous le savions d’autant plus qu’ils sont encore nombreux parmi nous à lui tendre la main dans l’indignité et le déni. Une suite à l’inconvenable situation fabriquée en ces îles par la patrie de Humblot depuis plus d’un siècle. Situation due aux multiples renoncements de l’élite comorienne. Un ramassis d’hommes de mains  de seconde zone, à double discours, et pour qui mentir aux compatriotes, et agir contre leurs intérêts, est synonyme de fortune personnelle. A se demander, parfois, si ces hommes, choisis ou autoproclamés parmi les meilleurs d’entre nous, se rendent bien compte de ce qu’ils sont devenus, des fossoyeurs ambulants.

Certes, Dieu lui-même ne nous dégringole pas encore sur le paletot, mais cela ne saurait tarder. Ce qui ne nous interdit nullement de parler de ces autres fronts sur lequel l’élite comorienne brille par son absence, sauf lorsqu’il s’agit de brosser le poil d’un nouveau maître sur nos terres. En short-list, au bout de la ligne d’horizon, il y aurait ces richesses minières, récemment annoncées par le président Sambi. Il y aurait les hôtels en développement, du groupe Gulf Holding, et le contrôle des marchés portuaires, validé par l’Etat de l’Union. Il y aurait cette emprise financière, sur les médias et les esprits, qui se concrétise chaque jour, un peu plus. Il y aurait le blanchiment d’argent que l’on supputerait, dans les coulisses de la coopération entretenue avec nos cousins d’Orient. Il y aurait cette affaire de citoyenneté, revendue à plus offrant, au Koweït, à on ne sait qui. Il y aurait ensuite la revente d’une partie des télécoms nationales pour trois fois six sous, avec plus value pour un homme du sérail présidentiel, ou encore ces négociations en cours pour le contrôle des dessertes aériennes pour le compte du vice-président. Se renier n’est pas chose simple, mais nos derniers gestes en politique, contraires au destin d’un peuple aspirant à sa liberté, n’auraient pas que Mayotte française comme instrument de mesure, désormais. Il y aurait aussi le facteur dit « arabe ».

L’ennemi, et ses visages multiples, ne manquera pas, en nous écoutant, d’affirmer que nous sommes d’éternels mauvais esprits. Car nous sommes parmi ces rares comoriens qui s’oppose, au progrès, promis par des représentants de fonds d’investissement dont nous ne maîtrisons pas les courbes ascendantes. Comme nous avons toujours été retors à la générosité d’un pays ami, déconstruisant l’archipel depuis plus de 150 ans, sans la moindre concession. Dans nos délires, nous rejetons jusqu’à cette idée, nettement répandue dans l’opinion, d’une communauté d’étrangers, qui nous aimeraient plus que nous-mêmes. C’est vous dire ce qui choque dans nos attitudes au grand jour. Nous ne savons guère apprécier la valeur d’une main tendue, surtout lorsqu’elle se pique de perversité au quotidien. Ce qui n’échappe pas à notre ministre des affaires étrangères, qui aurait insisté récemment sur le mauvais esprit de ses concitoyens. Des concitoyens qui ne savent pas dire merci, y compris à Sambi, qui a tellement fait pour protéger la souveraineté menacée de son pays depuis sa prise de Beït-Salam. A en croire ce bienheureux ministre, nous passerions notre temps à lister nos petits malheurs, en rejetant la faute aux autres, à la France, à Bachar et à sa clique, en n’oubliant d’interroger la nôtre, de responsabilité. Qu’avons-nous fait qui nous autorise à dispenser telle ou telle autre leçon à ceux qui trahissent l’intérêt général dans ce pays ? Il n’a pas tort, Monsieur Djaffar. Nous n’avons absolument rien fait. Mais promis, Monsieur le ministre, une fois n’étant pas coutume, nous allons nous livrer séance tenante à un rituel d’auto-flagellation dans les règles. Encore faut-il savoir ce que cache ce « nous » à visée fantasmatique. Qui est ce « nous » possiblement affabulateur ? Une difficile question, à laquelle nous répondrons traîtreusement, en nous camouflant derrière une bannière unique. Une bannière qui, grâce à nos tours de passe-passe honnêtes, n’exposera le nom d’aucune personnalité en particulier. Une bannière qui, néanmoins, concernera tous ceux en qui le peuple espère ou espérait pour sa survie. Nous parlons là de cette fameuse élite comorienne en panne de projets depuis le temps de feu Mbae Trambwe.

Etat des lieux consternant, c’est le moins qu’on puisse dire, nos faiblesses, nos incapacités, nos manquements, remplissent plusieurs pages d’écriture dans l’histoire de la renonciation. Renonciation à la dignité, s’entend ! Rappelons-nous de la période la plus récente. Celle qui se situe avant le 6 juillet 1975. L’élite, cette élite, à laquelle nous nous devons d’appartenir pour la circonstance, ne travaillait alors que pour celui qui l’avait formé, nourri au fouet et au mépris, c’est-à-dire pour le colon. On ne pouvait rien n’attendre d’elle, ce qu’on peut aisément comprendre en notre époque néolibérale. Nous faisions alors amis-amis avec l’ennemi, et ne fabriquions pas de cachoteries. Après le 6 juillet 1975, examen de conscience aidant, nous dûmes par moments jouer aux patriotes intermittents, avant de montrer assez vite que nous pouvions œuvrer contre nous-mêmes. Si l’on excepte la période soilihiste, un accident de l’histoire avec un grand « A », le tableau reste noir de monde. La faute à nos présidents qui se sont fourvoyés, avec l’ennemi sans prendre la moindre précaution d’usage. A nos intellectuels, qui ont cessé de penser, en croyant réussir une ascension sociale au royaume des traîtres. A nos cadres, qui ont déserté l’intérêt général, en voulant se transformer en winner à cercle restreint. La faute à « nous » ! L’élite ! Car nous avons failli à tous les étages. Mais aurions-nous eu envie de lutter contre le désastre engendré dans ce paysage insulaire que l’on nous aurait déjà tous abattu. Nous ne ferons d’ailleurs la leçon à personne, pas même au ministre Djaffar des Affaires Etranges, qui, fidèle à la tradition, fléchit sans compter son opinion sur l’intégrité physique de l’archipel dans cette guerre sans nom, et à la suite de laquelle le peuple comorien se morfond dans une cage. En deux mots, notre destin privatisé, au nom d’intérêts qui échappent à l’entendement du peuple, pose clairement la question de la responsabilité, non pas collective, mais de l’élite.

A quoi auront servi en effet les années de privations de nos vieux parents, si nous, nous continuons à insulter l’avenir ? Ils nous avaient envoyé sur les bancs d’école, en espérant nourrir des lendemains meilleurs. Mais des années de rouerie politique, en faveur du plus fort, nous ont appris à nous assoir sur leur destin. La loi de la jungle, qui est la seule qui donne tort au plus faible, sans discuter, a permis d’établir une oppression sans fin, qui a aliéné jusqu’aux lignes de défense de nos cerveaux. Notre fragilité au combat est manifeste. L’élite comorienne dans son ensemble s’est désengagée de sa réalité depuis le 19ème siècle, parce qu’elle a eu peur de la complexité d’une guerre, menée d’abord à coup de ruses, ensuite avec des armes d’une rare efficacité, allant du kalash de chien de guerre au visa de Consul pour Marseille. Au passage, l’économie du plus fort nous aura brisé jusqu’à l’échine, non pas parce que nos adversaires, au visage terriblement changeant, savaient battre leurs cartes mieux que personne, mais plutôt (et surtout) parce que nous leur avons servi de petites mains. Comment appelle-t-on un homme politique qui se met au service d’intérêts contraires à son peuple ? Il est facile de parler de Bachar ou de pointer du doigt sur Humblot & Cie, qui ne sont que des vilains protagonistes d’une histoire autrement plus complexe, dans laquelle notre pays est programmé pour servir de paille à des puissances d’argent constituées dans l’ombre. Mais si nous retournions, ne serait-ce qu’une fois, le miroir dans l’autre sens, nous verrions bien que nous héritons d’une place de choix dans l’échelle des responsabilités. Nous y avons largement contribué, aux rêves de défaite finale.

Dans le rapport de force, de fait institué, ne s’en sortent que ceux, parmi nous, qui ont compris que la main qui étreint, mieux vaut la baiser, pour ne pas succomber, au front. Le président Abdallah, en se coltinant les chiens de la France sous les tropiques, s’est ramassé sous un tombeau. Avant lui, le sultan Said Ali, jouant au marathon avec l’ennemi, contre le sultan M’safumu notamment, s’est mordu les doigts sous la terre de Tamatave. Ayant pris conscience de la complexité de cette bataille, la majorité des membres de notre élite nationale a su raison garder depuis, en se mettant d’office (et toujours) au service du plus fort, et en faisant sienne les efforts de l’usurpateur Andriantsouli. Voulant paraître plus docile aux yeux de l’ennemi, ce dernier, qui s’est retrouvé à Mayotte par hasard, a cédé la quatrième île contre une rente de 1.000 piastres. Ton bonheur immédiat, même s’il est usurpé, contre celui de tout un peuple. Plus tard, nous verrons que pour construire l’alternative, Ali Soilihi choisira de miser sur le petit peuple, plutôt que sur l’élite. Il était, conscient, lui, du fait que cette élite n’était instruite que pour servir de petits intérêts, avec la bénédiction de ceux qui tirent la grosse ficelle du pouvoir dans nos îles. C’est devenu une vérité scellée dans le marbre : ceux qui devraient nous montrer le chemin vers l’espérance, sont ceux qui traficotent avec l’ennemi aux multiples visages ou qui l’ont soutenu dans son entreprise. « C’est l’habitude qu’à le peuple de la servitude qui explique que la domination du maître perdure » écrivait La Boétie. Nous, nous reprenons sa phrase, mais en mettant le mot « élite » à la place de « peuple ». Car toute notre intelligentsia est passée maitre en compromissions de toutes sortes, au contact d’intérêts extérieurs au pays. Elle manque surtout de se projeter dans une destinée commune, à l’inverse du mongozi, qui avait le culot de dire « non » à l’écrasement, en prenant l’histoire, la grande, à témoin.

Il y a comme qui dirait un malaise. L’élite corrompue, oublieuse de l’intérêt général, incapable de formuler un projet de société complexe, est prête à brader les bijoux de famille, tant qu’elle arrive à s’en sortir, au détriment du grand nombre. Il arrive que ça dégénère, bien sûr. Les plus ingénieux paniquent et quittent le pays, à la manière des rats sur le navire. Ils affirment alors, et contre toute attente, que la situation économique est insoutenable, avouant préférer un destin de migrant fragilisé aux misères faites à ce peuple, leur peuple. Les moins ingénieux, eux, restent sur place, et construisent des villas de carton pâte. Tapant le basmati du grand-mariage, sur des 4x4 rutilantes neuves, ils deviennent pour la plupart consultants, soit pour des ONG au cahier de charge improbable, soit pour des bailleurs de fond sans scrupules. Si vous en connaissez quelques-uns qui n’entrent pas dans ce schéma, nous serions ravis et honorés de les connaître. Vous n’oublierez pas, s’il vous plaît, de nous passer leurs coordonnées. Car tout le monde nous donne l’impression à présent de baisser les bras. Nous, comme les autres. Nous trouvons qu’il est plus facile de pactiser avec l’inacceptable que de vouloir imaginer un projet de société complexe, hors domination, et au travers duquel les Comoriens dans leur ensemble pourraient et voudraient se projeter. Est-ce parce que nous manquons d’adresse au combat, d’audace ou d’intelligence ? La mise sous contrôle permanent du peuple comorien est un fait qui ne se raconte plus sans détails affligeants. Nous, hommes politiques, cadres et intellectuels ne nous amusons plus qu’à détruire toute espérance en ces îles, jusqu’à la bouffonnerie. Cependant, il est une légende qui circule ! Lorsqu’un peuple abdique, il importe que l’acte de décès soit diffusé aux frontières, placardé sur les murs, et n’ayant pas encore vu le nôtre, de publié, nous nous inquiétons sérieusement. Comme si ce peuple, pour lequel nous nous interrogeons ici, se donnerait encore les moyens d’être de ce monde, d’être vivant. Une bonne nouvelle pour une décennie qui s’achève difficilement, nous direz-vous. Mais peut-être que 2010 n’est pas cette année de tous les possibles que vous essayez d’imaginer, en nous souriant. Qui sait ?

Collectif Komornet

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