Source : Alwatwan.net / 22 avril 2009
En octobre prochain, l’association Lang
Ylang, basée en région parisienne et animée par de jeunes franco-comoriens envisage venir aux Comores pour une opération humanitaire en faveur de quatre écoles. En attendant, ses membres se
décarcassent pour trouver les fonds qui serviront à acheter les fournitures scolaires qui seront distribuées à cette occasion et les billets d’avion pour la dizaine de jeunes qui doit faire le
déplacement.Le 22 mars dernier, l’association Lang-Ylang avait convié la communauté comorienne en région parisienne au théâtre pour voir une pièce montée et jouée par les jeunes de l’association. L’opération a été répétée le 18 avril dernier à Marseille. C’est un des moyens trouvés par Lang Ylang pour réaliser son projet.
La pièce Hari Hari, dont le titre évoque la diffusion de la rumeur dans la société comorienne, a été jouée pour la première fois dans la salle André Malraux à Sarcelles. Cette ville de la banlieue nord de Paris regroupe un nombre conséquent de Comoriens et la salle était pleine, ce qui était un gage de la part des organisateurs, en ce week-end de mawulida (célébration de la naissance du prophète Muhammad).
La troupe de Lang-Ylang préparait ce spectacle depuis plus d’un an sous la houlette de Nourdine Moussa Ali et Thoueibat Djoumbe. Ce jeune couple a su au fil du temps, en jonglant entre les études, les boulots et leurs deux petits enfants, convaincre beaucoup de gens, d’institutions et d’associations de les soutenir. Dans ce projet, la pièce de théâtre a été l’élément fédérateur du groupe. La pièce a certes été montée par des amateurs et jouée par des amateurs, mais tous se sont hissés à la hauteur des professionnels.
Les spectateurs ont adhéré facilement et rapidement au jeu, ont fait leurs les thèmes abordés dans la pièce et ont accompagné de leurs applaudissements et de leurs rires les acteurs du début jusqu’à la fin.
“Oh lo zenfan, la vie c’est pas facili!”, commence Mama Jacqueline qui constate que le quotidien ce sont “Ze Prroblémou”. Rien n’est simple, en effet, quand on a deux filles à marier et qu’on est en France, loin des traditions ancestrales.
Le spectacle reflète bien les interrogations des jeunes comoriens nés en France et sommés de trouver un chemin entre les pratiques de leurs parents venus des Comores et leur soif de liberté. Grâce à un jeu de lumières, la scène est donc le plus souvent un diptyque représentant à la fois la vie en France (le salon d’un appartement dans lequel évoluent Mama Jacqueline et ses deux filles) et la place du village ou la maison du vieux sorcier (où toute l’action se focalise et se dénoue).
En France, les spectateurs suivent les fragments de vie de deux jeunes filles. L’une, Jacqueline, est amoureuse d’un jeune homme qu’elle ne peut présenter à une mère visiblement insérée en France mais qui vit aux Comores par procuration et au rythme des appels téléphoniques de là- bas ou des mtsango (tontine) et de l’organisation des mariages des enfants. L’autre est passionnée par la danse et met en place des stratégies pour pouvoir vivre sa passion tout en la cachant à cette même mère. Aux Comores, le frère de Mama Jacqueline espère se rendre en France, par tous les moyens possibles et se démène avec la mère de celle qu’il aime et qui n’hésite pas à avoir recours à la sorcellerie pour le perdre.
La dominante comique, portée par Naïlat Djoumbe qui restitue avec force les accents et les mimiques des mamans comoriennes en France se transforme peu à peu en tragédie.
C’est l’autre personnage principal de la pièce, le vieux sorcier et savant du village (admirablement interprété par Nourdine Moussa Ali) qui fait ressortir cet aspect tragique, par petites touches, par l’évocation de son côté pédophile et par le malheur qu’il distribue à chacun de ceux qui viennent le voir pour satisfaire leurs désirs. Nourdine Moussa Ali a développé un jeu convainquant permettant de voir réellement, sur scène, un vieux au dos courbé, manipulateur et machiavélique.
Quant aux sens à donner à telle ou telle scène, Nourdine Moussa Ali et Thoueibat Djoumbé se contentent de montrer sur scène ce qu’ils ont vu avec leurs yeux de franco-comoriens et laissent chaque spectateur construire librement son opinion.
Les actions menées depuis deux ans par l’association Lang Ylang devraient contribuer à combattre cette mauvaise réputation qui s’installe dans la communauté comorienne, elle-même, sur l’incapacité et le manque de sérieux des Comoriens sur le management jusqu’au bout de projets d’envergure.
Paris, Correspondance
Mahmoud Ibrahime
Pour voir les impréssions "à chaud" des spéctateurs, vous pouvez consulter le site de world4.com en cliquant ICI. Cliquez ensuite sur "play" pour démarrer la vidéo. ça vaut le coup.

