Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
Comores / Politique & institutions
Moroni, mardi 30 décembre 2008 (HZK-Presse) – Dans un discours prononcé dimanche soir, à l’occasion de la célébration du nouvel an musulman, le président de la république a annoncé son intention de demander une prorogation de son mandat de quatre ans qui s’achève en avril 2010. « Je demande à mes concitoyens de m’accorder encore 12 mois de plus à la tête de l’Etat, pour que je puisse parachever les projets que je vous ai promis de réaliser », dit-il en substance. Et Ahmed Abdallah Sambi d’annoncer avec force et conviction que l’année 2009 sera celle de la concrétisation des projets phares de son mandat, malgré tous les obstacles auxquels ses gouvernements successifs ont eu à surmonter. On devrait commencer à voir très bientôt la couleur de « l’argent frais » promis et tant attendu de la « citoyenneté économique », a-t-il laissé entendre.
Sambi veut-il revenir à la constitution de 1978 ?
Après avoir annoncé à maintes reprises son intention de réviser la constitution, le président de la république vient de clarifier un peu plus le débat, lors de son adresse à la nation le 28 décembre dernier, à l’occasion du nouvel an musulman 1430. Ahmed Abdallah Mohamed Sambi dit vouloir alléger le calendrier électoral qu’il juge « trop lourd » pour un petit pays pauvre comme les Comores, ce qui suppose une astucieuse « harmonisation » des mandats électifs des différentes institutions.
Cette toute première réforme vise à réduire la fréquence quasi annuelle des scrutins au suffrage universel, ce qui se traduira par une réduction sensible du cout financier [une élection nationale peut couter au budget de l’Etat entre 500 et 700 millions de francs comoriens]. La révision consistera sans doute à fixer la même durée pour le mandat du président de l’Union et celui des chefs des exécutifs des iles [4 ou 5 ans], qui seront alors élus le même jour, contrairement au système actuel qui sépare les deux types d’élections.
Dans sa démarche, le chef de l’Etat n’a pas totalement tort, vu l’expérience de 2002 où les électeurs ont d’abord élu le président de l’Union (mars) et ensuite les présidents des iles autonomes (avril), ce qui a provoqué un chevauchement entre scrutins, et entretenu un climat de confusion politique d’une ile à l’autre.
Il est vrai aussi que cette situation anachronique s’est reproduite en 2007 et 2008, le président d’Anjouan n’étant élu que 12 mois après ses homologues de Mwali et Ngazidja alors qu’il s’agit de la même élection.
Mais le président Sambi entend aller plus loin encore en changeant les appellations des « présidents » des iles qui redeviendront des « gouverneurs » comme à l’époque de la défunte « république fédérale islamique » [1978-2001]. Quant aux députés des iles, ils prendront le titre de « conseiller régionaux », si la future révision est adoptée par voie référendaire dans le courant du premier semestre 2009.
Autre modification prévue, il sera également demandé aux comoriens d’approuver l’introduction dans la constitution de la possibilité pour le Président de l’Union de dissoudre l’Assemblée nationale, une prérogative qui existait dans les précédentes constitutions mais qui sera supprimée en 2001 pour satisfaire les désidératas de séparatistes anjouanais, déterminés à réduire la fonction de chef de l’Etat à sa plus simple expression, ne jouant qu’un « rôle symbolique ».
Et comme le principe de l’équilibre des institutions se fonde sur l’existence de contre pouvoirs, il est normal qu’il soit aussi accordé au parlement la possibilité de pouvoir sanctionner à tout moment le gouvernement central, par le jeu démocratique de la motion de censure, cette épée de Damoclès suspendue sur la tête des gouvernements pour mieux contrôler l’action du pouvoir exécutif.
Le chef de l’Etat qui semble décidé à être l’initiateur de la première réforme institutionnelle, 8 ans après l’adoption de la constitution du 23 décembre 2001, envisage de tenir le référendum constitutionnel à la même date que les élections législatives de l’Union, le mandat des élus actuels arrivant à expiration en avril prochain.
Le projet de révision constitutionnelle du président Sambi est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique qui craint qu’elle ne cache des arrières pensées politiques, notamment l’idée de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà de mai 2010, lorsque son mandat arrivera à sa fin, et qu’il devra passer le témoin à son successeur mohélien, en vertu du principe de la présidence tournante, qu’il a promis « de ne pas y toucher ».
Pourtant le locataire de Beit-Salam n’exclut pas cette option de rallonger son mandat au moins jusqu’en 2011, et pourquoi pas 2013, afin de mettre en œuvre les nouvelles réformes, en regroupant les présidentielles de l’Union et des iles, dans l’espoir surtout de quitter le pouvoir après avoir réalisé quelques grands projets d’infrastructures qu’il peine à démarrer, tel que le projet Habitat.
El-Had Said Omar
301208/eso/hzkpresse/6h00

