Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
Comores / Société
Fonction publique :
20 mois d’arriérés de salaires engloutis dans la dette intérieure
Moroni, mardi 10 juin 2008 (HZK-Presse) – En alignant janvier, février, mars, avril et mai, cela totalise bien cinq des six premiers mois de salaire de l’année 2008 qui ne sont pas versés aux quelques 12.000 fonctionnaires et agents de l’Etat. En termes comptables c’est l’équivalent de 6 milliards de nos francs qui sont retirés de la circulation monétaire, un chiffre qui explique à lui seul le véritable malaise social qui gagne de larges couches de notre société.
La crise sociale aux Comores s’articule autour de la question cruciale des arriérés de salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat qui comptabilisent, selon le secrétaire général du syndicat des agents de la santé, « environ 20 mois d’impayés, couvrant les années 1995 à 2008 ». Ce qui représente la bagatelle de quelques dizaines de milliards de nos francs, soit la quasi-totalité de notre budget annuel.
Pour résorber cette situation et favoriser l’accès du pays dans la catégorie des petits Etat insulaires à désendetter, la Banque Mondiale et le FMI auraient conseillé les autorités politiques de réduire le train de vie de l’Etat, particulièrement sa superstructure politique, en mettant l’accent sur la liquidation de la dette extérieure et intérieure aujourd’hui totalisant plus de 120 milliards de francs. Et ce, en tenant compte du budget réel de l’Etat, selon un mécanisme de régularité des salaires.
A cet effet, un cabinet d’audit financier avait mené une évaluation de la situation de cette fameuse dette intérieure et remis son rapport depuis trois à quatre ans, en collaboration avec le trésor public. Mais ce qui est certain, les autorités ont dû geler son mécanisme d’épuration, arguant d’autres priorités telles la mise en place d’un processus de régularité des salaires des fonctionnaires, la liquidation de la dette extérieure auprès des institutions financières internationales et autres créanciers bilatéraux des Comores.
Tout est tombé à l’eau, et l’on renoue avec l’accumulation de nouveaux arriérés, dont les cinq mois d’impayés de janvier à mai 2008, sur la seule année 2008 en cours. De quoi susciter amertume et interrogations chez le fonctionnaire qui ne parvient plus à joindre les deux bouts, face à la flambée des prix des denrées de première nécessité.
La seule alternative pour sortir le pays de l’étau du surendettement insupportable pour les finances publiques, reste l’effacement de la dette extérieure, dont le processus semble bien engagé auprès de la Banque africaine de développement, un impératif pour soigner l’image du pays à l’extérieur selon le leitmotiv du Président de l’Union.
Pour sa part, la Confédération des Travailleurs Comoriens (CTC) a, dans un une lettre ouverte adressée au président Sambi, et publiée à Moroni le 26 mai dernier, accusé les autorités nationales d’entretenir une série de crises : « le pays est contraint d’adopter des politiques et mesures restrictives montées de toutes pièces par le FMI et la Banque Mondiale dans le cadre multilatéral et certains pays au niveau bilatéral ».
La CTC réclame non seulement d’être considéré comme premier partenaire de l’Etat auprès des institutions internationales, mais elle propose aussi au chef de l’Etat de passer à l’action par de véritables reformes dans l’objectif de faire émerger « des institutions judiciaires opérationnelles, des services sociaux à la portée de tout comorien et juguler la cherté de la vie », et garantir l’équité envers des superstructures à la hauteur des moyens de l’Etat. »
La Ctc défend à travers son plaidoyer que l’on ne prenne pas les victimes des systèmes politiques que sont les fonctionnaires pour responsable de « l’incapacité des gouvernements d’apporter des solutions aux différents problèmes qui gangrènent le pays ». Les leaders syndicaux espèrent ainsi désamorcer une « bombe à retardement » qui couve, nous a confié le secrétaire général du Synas. Ils appellent les autorités de l’Union et des îles à s’attendre sur les questions d’intérêt général telle que la relance du mécanisme de paiement et de régularité des salaires.
Pour Chabane Mohamed, secrétaire général du Snpc (syndicat des professeurs au niveau de Ngazidja) a dans un communiqué daté du 22 mai dernier averti l’opinion, en affirmant « qu’il ne suffit pas de faire des diagnostics », et qu’il importe à ses yeux de trouver vite « des remèdes » à cette grave crise sociale accentuée par la détérioration du pouvoir d’achat, dans un contexte économique marqué par une série de pénuries alimentaires et des hydrocarbures.
Autant dire que la colère des leaders syndicaux est loin de s’apaiser, malgré le succès enregistré le 1er mai dernier par l’amorce d’un nouveau dialogue social avec les pouvoirs publics et le patronat comorien.
A. Nabahane
100608/an/hzkpresse/12h00

