Moroni, mercredi 28 mai 2008 (HZK-Presse) – Mwali n'adhère pas aux
propositions et aux idées lancées par le président de la république lors de sa dernière adresse à la nation. Pour le faire savoir, l'exécutif de l'île dépêche une mission à Moroni pour expliquer
sa position non pas au chef de l'Etat mais aux médias. L'île de Djoumbé Fatima bat en brèche les explications et argumentations du président Sambi.
Pour manifester son
mécontentement, le chef de l'exécutif, Mohamed Ali Said (voir photo ci-contre), par la voix de son porte-parole, annonce « que Mwali ne va
pas participer à la conférence inter comorienne envisagée par le président Sambi (après l'élection présidentielle d'Anjouan) ». Les autorités mohéliennes semblent douter sérieusement sur les
intentions réelles du chef de l'Etat qui veut peut être éliminer la tournante. Donc « Mwali ne viendra pas discuter ce point car il est intouchable ».
Le message du président Sambi prononcé le dimanche dernier lors de l'anniversaire de ses deux ans de pouvoir, semble avoir un autre écho dans l'île surtout chez le gouvernement. Le palais
présidentiel de Bonovo estime tout simplement que ce n'est pas la nouvelle architecture institutionnelle qui est à l'origine du retard économique.
« Qu'on se dise la vérité. Les Comores indépendantes, pauvres et qui dépendent de l'aide extérieure, c'est depuis 33 ans. Ces institutions datent seulement de 6 ans. Alors avant ces institutions,
quelle était la cause ? » S’interroge le responsable mohélien. « On peut beau crier qu'il y a 4 parlements, 4 justices, 4 armées... mais les vraies causes de ce retard économique sont ailleurs.
Cette pauvreté est la conséquence d'une mauvaise gestion. Ce sont les dirigeants qui sont mauvais », martèle Youssouf Said Moissi qui n'est d'autre que le porte-parole du gouvernement de
Mohéli.
Sur le fond du discours, l'île de Djoumbé Fatima ne partage pas le même avis que le chef de l'Etat. La proposition de Sambi de vouloir ponctionner les salaires des fonctionnaires pour créer des
entreprises nationales, n'a pas convaincu le gouvernement de Mohamed Ali Said. « Lorsqu'il reconnaît que les politiques gagnent plus qu'ils ne produisent, il n'avait qu'à réduire les salaires de
la superstructure, y comprise celle de l'Union », lance M. Moissi.
Citant l'exemple de Mwali, l'émissaire du président Mohamed Ali Said, a déclaré dans l'entretien qu'il a accordé hier soir à La Gazette, qu'ils ont déjà une longueur d'avance, depuis leur arrivée
au pouvoir en juillet dernier. « Nous avons diminué tous nos salaires et privilèges. Les ministres de l'île gagnent à peine 300.000 et les dotations en essence étaient seulement de 50 litres par
mois. Contrairement à ce qu'a dit Sambi, le président de l'île ne perçoit que 1,4 millions. Donc, s'il veut réellement réduire les charges, il n'a qu'à copier Mwali et réduire le train de vie de
son propre gouvernement », lance Said Ben Houssein, ministre des finances de l'île qui accompagne le secrétaire général du gouvernement dans cette campagne de sensibilisation.
Si les autres points
développés lors de son allocution intéressent l'exécutif de l'île, la tournante l'est plus que les autres. Comme un os au travers de la gorge, Mwali met tout dans la balance pour que leur tour de
présider l'Union des Comores, après Ngazidja et Anjouan, ne soit pas « sacrifié ».
« On croyait que le problème était Anjouan et qu'une fois cette crise résolue, on allait s'asseoir et discuter entre entités. Mais on constate que le chef de l'Etat tente de convaincre la
population sur l'idée que nos institutions actuelles sont mauvaises et qu'il faut les changer », déclare le porte-parole de l'exécutif de Mwali qui oppose une fin de non recevoir à un tout projet
de révision constitutionnelle ayant pour effet de remettre en cause le principe de la présidence tournante entre les îles.
« Non seulement nous sommes attachés à l'autonomie des îles, mais si l'on touche à la tournante, Mohéli quittera l'Union... », menace le secrétaire général du gouvernement de l'île. Pour montrer
son importance au sein de l'Union, Mwali entend faire prévaloir son droit et sa « capacité à assumer ses responsabilités », sans considération de poids démographique.
« L'île cotise beaucoup plus qu'on le croit dans le budget de l'Etat », fait observer M. Moissi qui ajoute que Mohéli « importe tout et tout est dédouané à Moroni ou Mutsamudu de telle sorte que
les commerçants de l'île déboursent 200 millions par mois ». L'obstacle au développement du pays ne réside pas dans la nouvelle architecture politique issue de la constitution de 2001,
soutiennent les émissaires du pouvoir mohélien, mais plutôt dans la gouvernance. Mohéli accepte de discuter de révision constitutionnelle, mais seulement après la tournante qu'elle doit exercer à
partir de 2010.
Ahmed Abdallah 280508/aa/hzkpresse/6h00

