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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 19:21

Agence comorienne de Presse (HZK-Presse)

 

Comores /  

Littérature/ Salim Hatubou, écrivain et conteur : 

« L’avion de maman a craché », un livre pour perpétuer la mémoire 

 

 

Salim-Hatubou.jpgParis, mercredi 28 septembre 2011 (HZK-Presse) L’écrivain et conteur franco-comorien, Salim Hatubou (Photo) a promis de reverser les droits d’auteurs de son nouveau roman à une association des victimes du crash du Yeménia lors de sa présentation vendredi 23 septembre dernier à Paris.

 

C’est dans le cadre très sympathique des « Vendredis de l’arc-en-ciel » - un espace de rencontres citoyennes lancé en 2006 par Ibrahim Barwane et ses amis de l’Université Paris 8 -que l’écrivain et conteur Salim Hatubou a présenté son nouveau roman « L’avion de maman a craché » paru aux éditions Cœlacanthe.

 

L’occasion pour lui d’expliquer à son public les motivations qui l’ont poussé à composer cette œuvre magnifique en hommage aux victimes du crash du Yemenia, survenu un jour tragique du mois de juin de l’année 2009. Car dit-il, « si on ne peut pas ressusciter les gens, on peut leur donner un espace éternel ». Rien ne pourrait mieux symboliser cet espace qu’un texte couché sur papier. Le livre voyage et vit à travers les temps. Et comme dit l’adage, les paroles s’en vont, les écrits restent…

 

C’est dans la bouche des enfants, avec l’innocence qui les caractérise, les expressions et les émotions qui peuvent être les leurs, que Salim Hatubou a choisi de mettre les mots avec lesquels ils relatent les huit récits - complétés par un poème qui égrène les noms des victimes. Des mômes (de France, des Comores et du Yemen) qui se sont levés un matin pour apprendre la triste nouvelle : la disparition de leurs parents avec tout ce que cela comporte comme perturbation dans leur vie.

 

Le romancier se met dans la peau de ses personnages pour mieux raconter leurs destins. Un exercice bien réussi, ayant lui-même vécu ce genre de traumatisme avec la disparition de sa maman en 1975, emportée par une épidémie de choléra qui sévissait alors dans son île natale. Ce sont ces moments que l’écrivain a essayé de capter pour s’en inspirer et donner corps à son texte. Et le résultat est émouvant…

 

Des bribes d’histoires alignés bout à bout qui racontent de manière succincte le sort de tous ces hommes et femmes qui ont vu leurs « destins brisés » brutalement à cause du crash de leur avion. « Ils ont pris Yemenia Air et ils ne sont plus jamais revenus », regrette l’écrivain, la rage encore perceptible dans la voix. A entendre Salim Hatubou, ce drame « a été programmé inconsciemment ». Il pointe ainsi du doigt le laxisme et le laisser-aller généralisé qui affectent la société comorienne à tous les étages et toutes les couches sociales.

 

Une société qui serait atteinte d’une espèce d’ « Alzheimer collectif », selon lui. Du Salim Hatubou à l’état pur... car, lorsque ce romancier et conteur qu’on classe volontiers dans la catégorie des « auteurs engagés » prend la plume, c’est pour « s’attaquer à ce qui nous révolte  tous », explique Mahmoud Ibrahime, historien et responsable des éditions Cœlacanthe.  « Avec Salim, on s’amuse, on est ému, mais derrière il y a toujours un message », complète-t-il pour parler de toute l’œuvre de cet écrivain franco-comorien très prolifique (une trentaine de livres à son actif). « Un écrivain 24/24 », s’amuse Mahmoud Ibrahime, qui dénonce toujours à travers ses textes les « travers de notre société ».

 

La publication de Lavion de maman a craché, s’inscrit bien dans ce registre. C’est un devoir de mémoire à l’égard des 153 victimes de ce drame aérien l'un des plus catastrophiques de l’Histoire des Comores. Et en même temps une manière de conjurer les maux par les mots…

En tout cas, le public a apprécié et salué la très haute valeur de ce nouvel ouvrage. « C’est un livre précieux », lance une femme dans l’assistance. Un livre à découvrir…

 

Faissoili Abdou (Correspondant à Paris)

280911/fa/hzkpresse/21h00

 

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Mariama HALIDI HALIDI - dans CULTURE
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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 13:30

 

Source : http://urentre.over-blog.com/

 

Le ɓalolo ou Une tribune libre pour les femmes 

 

L’origine et la signification

Le ɓalolo est une danse, parmi tant d’autres, que l’on a l’habitude de voir à l’occasion de la célébration des mariages et, plus rarement des cérémonies de circoncision et, pour les filles, de coupe des cheveux. Quand on y assiste, on voit une assemblée de femmes assises en cercle sur des sièges – à l’origine de sortes de canapés – et dans plusieurs rangs. Au centre, trois femmes jouent, deux de tambours et la troisième d’un plateau de cuivre qu’elle fait retentir par de légers coups d’une cuillère à soupe. Cette assemblée tape des mains, chante et … bouge, au rythme de la musique.

Quoi de plus pour parler d’une danse ? Mais quand nous disons que l’assemblée « bouge » c’est que, en regardant bien, ces femmes ne dansent pas. Pour avoir une idée plus claire de ce spectacle, il faut imaginer des femmes assises, ayant chacune un enfant sur les cuisses, et exécutant des mouvements – c’est le mot – de va-et-vient régulier de l’avant à l’arrière : ni plus ni moins que des nurses en train de faire dormir leurs protégés.

Les chants du ɓalolo seraient en effet d’anciennes berceuses créées et chantées pendant les sultanats par les femmes esclaves de Domoni, qui avaient la charge de garder les enfants dans les familles nobles. Ces nurses ont produit, à leur guise et en toute liberté, chacune de son côté, tant et tant de strophes. Elles y ont mis tout ce qu’elles ont pu observer et écouter, à commencer par ce qui se faisait et se disait dans les palais. Elles ont ainsi tout rapporté dans leur création, sans hésitation, ni peur, ni pudeur. Toute la société y est passée, surtout la haute classe. Elles ont mis au clair les rapports entre gouvernants et gouvernés, entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre rivales, et j’en passe. Enfin, elles n’ont pas manqué d’apporter leur point de vue sur les choses de la société.

Ces chants sont restés au niveau des esclaves jusqu’au jour où la reine, emportée par la douceur de leurs airs et la force de leur contenu, a rassemblé, à l’occasion du mariage de sa fille aînée, toutes les nurses de la cité qui sont venues étaler des merveilles jusque là inconnues et sans valeur. Ainsi était né le ɓalolo.

C’est alors devenu la mode. Le grand mariage avait accouché d’un enfant de plus. A l’époque, seules les familles de la haute classe pouvaient organiser le ɓalolo. Les femmes nobles ne pouvaient plus supporter de suivre le ɓalolo en spectatrices. Elles s’en sont emparé et sont elles mêmes descendues dans l’arène. L’occasion leur était aussi donnée de dire leurs maux en public – public femme, il s’entend – et les rivales s’en sont donné à cœur joie, souvent sous des diatribes à peine voilées.

Le ɓalolo a toujours été le domaine privé des femmes de Domoni, ancienne capitale et cité historique de l’île de Ndzuani (Anjouan), ville qui demeure encore un foyer important des traditions culturelles. Quand une autre ville éprouve le besoin de vivre les délices du ɓalolo, alors elle doit déplacer les femmes, spécialistes, de Domoni.

Aujourd’hui, le ɓalolo est devenu une cérémonie d’initiation à la morale sociale et à la vie conjugale. Il est de coutume, à Domoni, pour les deux mariés, lors du grand mariage, de rester ensemble à la maison, sans sortir, pendant sept jours. C’est pendant cette période appelée le fukare (sept) que se joue le ɓalolo, le soir. Autrefois, c’était plusieurs soirées qui, aujourd’hui, sont réduites à une.

De leur chambre, les jeunes époux suivent le ɓalolo qui se joue à côté, dans le salon. Ils consacrent toute leur attention à toutes ces paroles qui leur sont adressées directement, pour en tirer les leçons, paroles pourtant qui datent de plusieurs décennies. En effet, depuis longtemps déjà, le ɓalolo a cessé d’enregistrer de nouvelles strophes. Au contraire, il en perd avec la disparition de ces magnétophones vivants qui les ont conservés et transmis. Dommage !

La forme et le style

Pour ce qui est de la forme et du style, le ɓalolo compte sept textes que nous présentons ici suivant l’ordre dans lequel ils sont chantés :

1.        Mlenge[1]   wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

2.       Haya lolo ɓalolo

3.       Alolo, alolo ɓalolo

4.       Ah Koko (Ah la Vieille)

5.       Mwandzani wangu (Mon ami) / Marwahaɓa ya Mwenye (Remerciements pour Monsieur)

6.       Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens)

7.       Hailele, hailela hoya

Deux de ces textes sont des shadi, c’est-à-dire des chants non accompagnés de musique et qui demandent une attention particulière aux auditeurs. Il s’agit de « Alolo, alolo ɓalolo » et de « Ah Koko ». A chacun des sept textes correspond un air différent sauf pour « Mwandzani wangu » et « Marwahaɓa ya Mwenye » qui constituent en fait un seul long texte pouvant se chanter dans deux airs différents.

Le ɓalolo commence toujours par les « Djunga », sorte d’introduction qui définit le contexte. Les paroles «Akakawe, alolo ɓisimila mwandro mwemwa, Mwiso mwemwa ! » (Au nom de Dieu c’est un bon début, ce sera une bonne fin !) situent, par exemple, le ɓalolo dans un contexte musulman, en plaçant le nom de Dieu avant toute action. Le ɓalolo évolue ensuite, comme le conte de fées, dans une liberté sans limite, que l’on ne peut se permettre dans aucune autre situation de la vie sociale. Comme quoi les femmes qui ont créé les chants du ɓalolo étaient bien des esclaves qui ne pouvaient se défouler qu’en cachette, en vrais pamphlétaires sur et contre la société dans laquelle elles vivaient. Le ɓalolo se déploie dans un mélange extraordinaire de critiques acerbes, de comparaisons et de métaphores, toutes autant belles que faussement innocentes.

La richesse thématique

Le ɓalolo, dans sa foison d’idées et de réflexions, passe d’abord pour être une satire de la société. Toutes les catégories y passent. Mais la vision générale est celle de la justice, de l’équité et du soutien au plus faible.

Sans conteste, la thématique de la vie conjugale est cependant privilégiée, d’où cette attention exigée aux jeunes mariés à ce moment particulier du fukare, le ɓalolo étant alors considéré comme l’école de la vie. Pratiquement toutes les strophes y contribuent. Mais c’est le texte 6, Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens), qui y est totalement focalisé, avec des sujets comme :

-           le respect de soi :

Wanadamu kumi na waili

Pvwa mwendza haya na shintru kana

Shintru mbe mwendza haya

Kana haya katsohupva

Kahupva na marongo ahwamba

Voilà douze personnes

L’une est honnête et démunie

Donne à celui qui est honnête

Qui est malhonnête ne te donnera rien

Il ne te donnera rien et médira t’insultera

-           l’amour et les relations conjugales :

Muntru mume kandziha simwandze

Sandze walatsa huruma zaho

Sandza na ye asandza pvwangina

Ne t’enflamme pas pour un homme indigne d’amour

Ne l’aime pas au risque de gaspiller ta passion

Tu l’aimes, mais lui il aime quelqu’un d’autre

-           l’entretien de la femme :

Jau jau ata lini ɓwana

Tsamba kupvendze kulishi ipvo

Mushe wa hula mushe wa hunwa

Mushe usikwa mihono mili

Comme ça jusqu’à quand Monsieur ?

Je t’ai dit d’enfin abandonner si tu n’aimes pas

Une femme doit manger et boire

Une femme doit être tenue entre deux mains

Dans ce débat conjugal, le conflit entre femmes rivales partageant le même mari dans un contexte de polygamie occupe une place de choix, faisant apparaître, souvent en l’absence de toute pudeur, des situations extrêmes de luttes quotidiennes acharnées et sans merci. On relèvera les vers suivants à titre d’exemple :

-           Texte 1, Mlenge wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

Muntru mme mui maradi

Na muntru mshe mui sumu

Tsikiri dzangu yamaradi

Rana hula sumu nafa

Un mauvais mari est une maladie

Et une mauvaise épouse est un poison

Je préfère bien la maladie

Plutôt que manger du poison et mourir

-           Texte 2, Haya lolo ɓalolo

Mwidzi muiɓa mume kaiɓa shintru

Kavundza kasha wala kavundza ɓweta

Wala karumbua sha sheweju

Qui vole un mari n’a rien volé

Elle n’a ni brisé une malle, ni forcé un coffre

Elle n’a non plus rien rompu de respectable

-           Texte 6, Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens)

Mushe munyawe shinana foro

Ahilala utriha ure

Amlodzo mwenye zikwendze

La rivale a le bas-ventre troué

Elle bave quand elle dort

Et mouille les testicules de Monsieur

D’autres thèmes sont abordés et concernent la duplicité humaine, la différence des générations, les rapports entre le pouvoir et le peuple, le rôle du garçon et de la fille dans la famille, la fierté humaine, la beauté féminine, etc. On y trouve des sujets à caractère universel comme la pauvreté et ses méfaits sur le comportement humain, l’amour et la protection de l’enfant, l’importance de l’éducation. En voici quelques extraits :

-           Texte 1, Mlenge wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

Shafundra muntru widzi mwana

Na shadzua dzingo shahula

Tsiwono shihwendre shahija

Shinipa matso tsirenge

C’est l’enfant qui pousse au vol

Et c’est le manger qui a créé l’adultère

J’ai vu venir de la banane de shihwendre

Je n’ai pu m’empêcher de la prendre

-           Texte 2, Haya lolo ɓalolo

Leo tsijopvahara mwana wangu

Mwanangu kana nyongo ma kawawa

Mwanangu lada lada na ngizi ngizi

Mwanangu wa shijavu na mua mwenye

Na ɗandzi la nkonyo nimrungatse

Aujourd’hui je viens porter mon enfant dans mes bras

Mon enfant n’est ni amère, ni piquant

Mon enfant est savoureux et sucré

Mon enfant est de coco à boire et de canne à sucre de qualité

Et avec une mandarine à tige je l’amuse

-           Texte 7, Hailele, hailela hoya

Tsilimbi goma langu ushilindroni masikini kaɓiha

Uɓihwa mufalume na mwendza nkemba na wasomao zio

J’ai tendu mon tambour sur la place publique, le pauvre n’en a pas joué

Seuls en jouent un roi, un enturbanné et des liseurs de livres

L’exploitation du ɓalolo

A l’évidence, une telle richesse prête à une exploitation très variée. Le ɓalolo porte des références géographiques, historiques, sociales, religieuses et philosophiques qui renvoient, entre autres aux Comores et à l’Afrique, à l’Islam, à l’astrologie, à l’art culinaire, aux croyances traditionnelles et à la connaissance de la nature. Par ailleurs, l’exploitation linguistique du ɓalolo, au-delà des effets poétiques, fera apparaître la force et l’ampleur de la langue comorienne dans toute sa variété, ainsi que son attachement aux sources bantoues les plus profondes.

Pour terminer, nous soulignerons que, si tous les airs du ɓalolo sont connus, les textes manquent de beaucoup de leurs couplets. Aussi une grande partie reste-t-elle à compléter. Nous ajouterons que certains mots ont encore besoin d’être traduits, voire même expliqués. Et certaines parties méritent des éclaircissements.

Amroine DARKAOUI

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 19:27

Source : http://www.malango-actualite.fr

 

 

Par Kamal Ali Yahoudha

 

Depuis son lancement en juillet 2006, Médina Festival s’est positionné comme une rencontre artistique des différentes aspirations musicales d’ici et d’ailleurs, tout en mettant l’accent sur un rapprochement culturel et artistique des îles de l’océan Indien.

Le Medina Festival soufflera ses 5 bougies les 22 et 23 juillet prochain. Ce jeune Festival régional, a drainé l’année dernière environ 6.000 spectateurs et une brochette d’artistes venus de France, de Madagascar, de la Réunion, de Maurice, Mayotte, Mohéli et Ngazidja.

 

 

 

Depuis son lancement en juillet 2006, Médina Festival s’est positionné comme une rencontre artistique des différentes aspirations musicales d’ici et d’ailleurs, tout en mettant l’accent sur un rapprochement culturel et artistique des îles de l’océan Indien.

Imaginé par Mohamed Mansoib alias Pompidou, exécuté par l’équipe de la Radio Dziyalandze Mutsamudu (RDM), Médina Festival ne cesse d’innover et de s’ouvrir d’avantage à des rencontres musicales inédites, accueillies avec une certaine philosophie par les milliers de spectateurs qui reviennent chaque année à Mutsamudu et Ouani afin de communier avec les têtes d’affiche des deux rendez-vous musicaux annuels qu’offre Medina Festival d’Anjouan.


Deux villes accueillent chaque année les deux « live » de Médina Festival.


Ouani, une ville aux environs de l’unique aéroport d’Anjouan du même nom, est un laboratoire du patrimoine artistique d’Anjouan. Ouani défend sans complexe sa particularité traditionnelle qui fait d’elle, le grenier des fabuleuses voix féminines des taris. Son public électrique (1500 spectateurs l’année dernière) sert de prolongement d’un précédent rendez-vous plus show à Mutsamudu. Celui du Méga live de lancement qui aura lieu au stade de Missiri de Mutsamudu.

Mutsamudu, deuxième ville et chef lieu de l’île, son public (5000 spectateurs) ne fait pas les choses à minima. C’est un public assez aguerri et branché qui sait tenir en laisse un artiste des heures durant.


Un piquant reggae dans la sauce…


Cette année l’affiche est précieusement pensée pour répondre aux attentes d’un public tourné vers le World Music au couleur local d’où la participation du Collectif Tsenga, Tenor et J. R. Cudza de Mayotte, Salim Ali Amir le crooner des habitués du stade de Mutsamudu. Une incertitude tout de même pour Salim qui est en France pour des raisons de santé et pour qui l’organisation n’est pas en mesure de confirmer ou infirmer sa disponibilité au Médina Festival. Déjà, la rumeur circule à Mutsamudu depuis plus d’une semaine de la probable absence de Salim pourtant attendu par ses milliers de fans anjouanais, qui se préparaient à accueillir comme il se devait le nouvel album « Tsi Tsehe » sorti en France le mois dernier.

Un piquant reggae vient agrémenter la sauce Medina cette année. Hass Mosa de France, enfant de la Médina de Mutsamudu où il a grandi aux rythmes des chigoma, hambaharoussi marquera ses empreintes. Cela fait plus de dix ans que « Mwegne mwegne Hass Mosa » ne s’est pas produit dans son pays et son île natale. Il vient au Médina Festival dans le cadre d’une tournée baptisée « Massiwa-Tour 2011 » avec en prime le tournage d’un clip et un documentaire sur la musique et la vie artistique aux Comores [voir encadré]. Natty Dread de la Réunion sera au rendez-vous avec reggae roots pas très loin du reggae tribal made in Comores de Hass Mosa.

Madagascar sera représenté par un ambassadeur respecté du saleguy malgache et du Mgodro comorien. Wawa, car il s’agit de lui, n’est pas à présenter. Sinon comme son nom de scène le révèle si bien, wawa veut dire en comorien « pique ! » et le métissage musical entre les Comores et Madagascar lui colle jusqu’à dans le sang.


ASMUM, un groupe de Mohéli sera la découverte Médina de cette année avec le porte drapeau d’Anjouan, Fani Ngoma de Sima.


Et comme me le disait Mohamed Salim Hafi, membre du comité d’organisation de Médina Festival, « Medina Festival cette année va insuffler un nouvel approche d’intégration intelligente dans la sous région indo-océanique, par des rencontres artistiques et culturelles. » avant de nous révéler que « Médina va permettre cette année à la mise en place des projets artistiques communs entre Anjouan et Mayotte dans le cadre d’un projet initié par le collectif Tsenga de Mayotte, qui viendra au Médina avec des idées et des actions.

 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 20:34

Vous trouverez, en cliquant  sur l'image ci-dessous, le numéro 21 de Pangahari (fichier en PDF), le bulletin d'information d'AOFFRAC (Association Ouanienne de Floirac France Comores).

 

Bonne lecture.

 

PANGAHARI numero 21 Page 01Halidi Allaoui

(HALIDI-BLOG-COMORES)

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 10:28


Littérature. Le premier roman en shikomori a vu le jour à Mutsamudu

Un évènement culturel de taille s'est déroulé à Mutsamudu, à la Bouquinerie dans le quartier de Habomo le samedi 30 avril dernier. Il s'agit de la présentation dans le cadre de l'émission “Livres à palabre“ produit par l'Ortc, du premier roman publié en langue comorienne et écrit par Mohamed Nabhane, un agrégé d'Arabe, enseignant à Mayotte. Ce livre a bénéficié de la précieuse collaboration de Ahmed Chamanga, enseignant chercheur à l'Institut des Langues Orientales à Paris et éditeur (Komedit) qui fait un travail remarquable pour la promotion de la langue comorienne au niveau de la grammaire et de la graphie du comorien, en caractères latins.

Une première dans l'émission “Livres à palabre“, celle-ci s'est tenue en langue comorienne devant un parterre de Mutsamudiens et de Mutsamudienne, des proches ainsi que d'autres amoureux de la culture venus de Wani, Mirontsi, de Moya et d'autres coins de l'île. Mohamed Nabhane, l'auteur a répondu aux questions de l'animateur de l'émission. Il a expliqué qu'il a choisi d'écrire ce premier roman en langue comorienne non seulement parce que c'est sa langue affective qui a porté son histoire dans ses tripes pendant si longtemps mais aussi pour réhabiliter la langue du colonisé par rapport à celle du colonisateur. La langue du colonisé du fait même de la logique de domination et d'étouffement inscrite dans toute colonisation a toujours été considérée comme inapte à véhiculer quoi que ce soit : la beauté d'une image poétique et encore moins les concepts d'une pensée philosophique.

Dans le droit fil des positions de Ngugi Wationgo, cet écrivain Kenyan qui en réaction à la négritude et la francophonie continuatrice de la domination de la langue française, écrit désormais en kikuyu seulement, Mohamed Nabhane vient de se lancer dans la bataille linguistique contre l'hégémonie du français et sa position réputée inattaquable.

L'auteur de Mtsamdu Kashkazi Kusi Misri, vient de donner ainsi un exemple de possibilité d'expression et de création littéraires pour les multiples talents qui existent en langue comorienne mais qui n'osaient pas s'extérioriser à cause d' un complexe d'infériorisation de leur langue savamment, distillé par le système colonial et reprise par les systèmes néocoloniaux dominants en Afrique lesquels font croire qu'en dehors de la langue française, point de salut. Mtsamdu Kashkazi kusi Misri est un roman autobiographique qui raconte les péripéties d'un voyage aventureux, de Mutsamudu au Caire en passant par la Tanzanie, le Kenya, l'Uganda, et le Soudan. L'auteur y était accompagné de son père, son frère et son cousin. Vues à travers les yeux d'un petit garçon de 11 ans et raconté par lui, ce voyage extraordinaire nous plonge dans l'univers de l'enfance avec son émerveillement et le grossissement des détails qui échappent souvent aux adultes.

Pour nous convaincre voici un passage du livre qui décrit la découverte de la faune du continent : “wakati ibisi yalawa, randrisa hulawa umuji wa Darsalama hungia mpaharoni, randrisa hona uzuri wa libara la Tanzani. Randrisa huvira mbeli vwa zinyama karaparozona maeshani hatru pia, nahika tsi de sinema. Vuka nyombe ndirbwavu amba ta karaparozona, na buzi za shinamna wala tsi buzi, na pundra tsi pundra, farasi tsi farasi zilio na mirari midu na mewu, be hasswa izo zaidi zika de zijirafu. Maumio yazo ika mindra ta basi tu,tsena zamoendra, zakoka mauri zisitria sifa , zisidjona, mauri zina kiburi, na hutowa udjamali amba kausi vwangina dunia-mafiha“.

Pour ceux qui peuvent lire et comprendre le shindzuwani, il est clair que ce passage est plein de beauté littéraire. La reprise d'expressions tirées des contes et légendes comoriens notamment lorsqu'un évènement extraordinaire se produit qui entraine le déchainement des éléments de la nature : “vua tsi vua, jua tsi jua, pevo tsi pevo“ donne un cachet d'authenticité culturelle à la langue littéraire de l'auteur, pour qui le spectacle qui se déroule devant ses yeux d'enfants relève du monde fantastique des contes et légendes du pays. Mtsamdu, Kashkazi, Kusi Misri est à lire absolument pour décoloniser nos esprits et retrouver un usage de notre langue différent de la simple communication interpersonnelle.

Aboubacar Ben Said Salim
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 23:40

Aim--Cesaire.jpgUne mangrove ou "un nègre fondamental" au panthéon ! ?

 

Cela deviendra  une réalité à compter de ce jour.Tant pis pour ceux  qui vont verser leur venin de racisme. Car même au Panthéon, le nègre va les emmerder !

 Eh oui Le Grand Aimé CESAIRE (Photo), Un GRAND POÈTE universel qui est décédé en 2008 fera aujourd'hui son entrée au panthéon à Paris.

la cérémonie sera retransmise en direct sur France 2 à partir de 16h35. France Ô a programmé une émission spéciale.

Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES)

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:26

Nassuf Djailani ou poète d’un archipel oublieux

Par le poète comorien Adjmael Halidi

 

Une œuvre d’art est bonne si elle est née de la nécessité. C’est dans la nature de son origine que réside sa valeur : il n’en est pas d’autre.
Lettres à un jeune poète. Rilke

“”

Nassuf-Djailane.jpg

                                         (Photo Archives / Nassuf Djailani)


« Qu’est-ce qu’écrire sinon habiter le silence ? Fouiller dans ce qui n’est pas dit encore, dans ce qui retournera de toute façon dans ce même silence. » Sûrement chez beaucoup de gens cette question triture : Commencer ce portrait par des phrases extraites de l’Arbre Anthropophage de Raharimanana était –il pour son auteur une obligation ? La réponse est oui. Oui puisque ces phrases résument toute l’œuvre du jeune écrivain-poète comorien d’origine mahoraise qu’on a à présenter.

En effet, Nassuf Djailani est issu, comme il l’affirme lui-même dans le florilège Roucoulement d’un « peuple de silence » dont l’ « histoire est inconnue ». Inconnue par lui. Lui, le peuple. Le peuple comorien. Ce même peuple que selon l’histoire a par le passé toujours été ballotté et divisé. Divisé d’abord par des guerres fratricides menées par des « sultans batailleurs » peu scrupuleux, souvent esclavagistes. Divisé aussi par des colons à l’instar de Humblot à la Grande-comore et de Lambert à Mohéli qui avaient rejoint cet archipel du bout du monde, juste pour une seule et unique raison, faire fortune. Et pour concrétiser leurs rêves, ils avaient dû suivre à la lettre le fameux conseil de l’homme politique français, Jules Ferry (1832-1893) prodigué naguère au Parlement français : « Diviser pour mieux régner. »

 

En 1975, pendant qu’Ahmed Abdallah, premier président de l’Etat comorien, a proclamé unilatéralement l’indépendance des Comores, l’île de Mayotte a préféré rester sous tutelle française. « Trumba/ Arrachement de la pagaie de la pirogue au creux de la vague sevrage précipité lait continuel qui coule mamelle à l’air mère qui rejette sur le sable mouvant enfoncement vertigineux sous le soleil des indépendances » explique à juste titre Nassuf dans le poème Dans le vertige du trumba. A juste titre, puisque les Comores sont devenues une chaise bancale, un « quartier de lune éteinte » depuis que Mayotte a pris le large. « Ô ma terre ! / Séparée à jamais de ses sœurs comoriennes » .

Aux Comores indépendantes, même après trente années d’indépendance, le pays est « acculé à l’ombre des nations », sombre dans la pauvreté et les coups d’Etat et survit tant bien que mal d’assistanat, d’aides venants de l’extérieur. Il est devenu selon Nassuf « Comme mort/ corps tremblant au fond d’un sarcophage ». Et de l’autre côté de l’archipel, les Mahorais, au prix d’une vie décente, d’une survie « par procuration », d’assistanat, plus précisément, et d’un passeport [français] qui leur permet de voyager partout où ils veulent sans ambiguïtés, renient leur identité comorienne. Disent éhontés qu’ils ne sont pas de « l’homo comoruis ».

« car ils ont achevé de me convaincre que le bonheur est ailleurs » ; et d’ailleurs pendant que les Comoriens de nationalités comoriennes rament ciel et terre pour rejoindre Mayotte par une « mer broyeuse d’hommes » , dans une traversée dont nombreux sont ceux qui périssent, à Mayotte personne ne dit mot : et les voix qui osent s’élever sont juste pour insulter et dire : « Kari vendze ! WaNdzuwani nawalawe ( Dehors les Anjouanais » !) . Et pour Nassuf se taire devant une telle hécatombe juste histoire de ne pas voir son pain beurré et ses ailes de poulet partir vers d’autres cieux tient de l’anthropophagie, « de la mort à la vie, manger du mort c’est être vivant » . Entre autre, comme a dit Wole Soyinka, « un mort est une tragédie, un million de morts une simple statistique. »

 

Il y a le mot qui fait éclore le cri
Il y a le mot qui gémit de douleur
Il y a le mot cri-de-douleur
Il y a le mot îles
Il y a le mot dérive
Il y a le mot îles-à-la-dérive
Il y a le mot mémoire
Il y a le mot recoller
Il y a le mot mémoire-à-recoller
Il y a le mot Archipel
Il y a le mot construire
Il y a le mot Archipel-à-reconstruire 

 

Le travail d’écriture de Nassuf est celui d’un enfant né en novembre 1981 à Chiconi dans ce pays dominé à savoir Mayotte, où pour les dirigeants et les dirigés « la léthargie, l’engourdissement devaient continuer, [puisque] des négrillons dociles yeux baissés qui ne posent pas de questions c’est nettement plus confortable » . Et ce travail d’écriture est loin d’être celui d’un rebelle qui se rebelle contre les aînés « abandonniques ». Mais c’est celui d’un être qui pense pour exister. « Je pense, donc je suis » comme disait Descartes. Ce qui veut dire que Nassuf Djailani cherche à interroger l’histoire, à recoudre la mémoire. Un jeune mahorais qui veut empêcher que d’autres faits sociaux passent sous silence : un jeune mahorais qui accepte sa comorianité pendant que beaucoup sont dans son île, dans son archipel, qui la dénient. Pendant que beaucoup dans son archipel sont « coincé(s) entre le vouloir être/et la haine du  »je » /Coincé(s) entre le désir /urgent/de tendresse/et la haine du syndrome /du  »je » /Coincé(s) entre le nombrilisme /égoïste/et l’étau/qui se resserre/étouffant »

Désir
d’abandonnique
Frustré
d’avoir été
trop vite
sevré
de ton délicieux lait frais
A mon tour aujourd’hui
de te désirer
de toutes mes fibres
Désir
frustré
d’abandonnique
trop rapidement
sevré
de ton beau sein
trop tôt privé 

 

On peut dire que Nassuf Djailani est sous l’emprise d’un trumba. Un trumba de la vérité. Et c’est cet esprit d’origine malgache « qui [le] prend au collet / et qui [l'] ordonne d’être [lui-même] ». Et pour lui être soi-même c’est  avant tout « voir l’intérieur de cette terre oubliée. Terre errante au gré des vagues indianocéanes. Bribes de choses vues, vécues dans le plus profond de la chair. (…) Voir. Se voir, pour mieux se remettre en question afin d’avoir « la force de regarder demain ».

C’est douloureux que d’écrire
Poétique de l’ensemencement
De la terre mienne
pluie de mots
ruissellent sur la feuille songe
Imprévisible

 

Nassuf veut simplement sommer les mots afin qu’ils retirent du silence la vérité de son archipel, de son peuple comorien pour que ce dernier puisse « se réconcilier avec la mémoire reconquise ». Et pour se faire, il « se [ceint] les reins pour défendre [cette] part de dignité [...] déchirer [les] tissus de mensonges séculaires ». Donc il fait le sacrifice de « pourchasser les comoriâneries ». De dénoncer. De faire entendre ses pleurs. Sa rage. La rage de voir ses frères comoriens de nationalité comorienne broyer par la mer ou voir ses frères comoriens de nationalité comorienne et de nationalité française se faire la guerre. La rage d’être condamné à accepter qu’on soit inculqué des idées fausses, une histoire fausse, un imaginaire inadapté à ses origines « Terre muette dont l’histoire est niée, timidement racontée en des paroles évaporées au premier souffle du vent. Quel choc cela fut pour les jeunes écoliers que nous fûmes d’avoir à être habité par l’autre, le laisser construire notre imaginaire, nous dicter notre propre version des choses, devenir notre mémoire » . La rage d’être dominé. Il se ceint les reins certes, puisque ce n’est pas facile de dénoncer quand on est entouré de frères, de sœurs, d’aînés « abandonniques ». Qui mine de rien peuvent dire qu’on est un « serrer-la-main » , en un mot, un traitre : à une époque où ces petites histoires de « serrer-la-main et « sorodats » sont révolues. Et c’est la raison pour laquelle la voix de Nassuf Djailani ne s’élève que timidement. « Mourir d’envie de dire mais prostré à l’idée de heurter, Mourir d’envie d’écrire mais rester interdit par la peur et l’angoisse de choquer » . Mais en tout cas, timide qu’elle soit cette voix, elle a une longue portée.

Puisqu’en 2006, Nassuf Djailani a été le lauréat du grand prix littéraire de l’océan Indien à l’occasion de sa huitième édition organisé par le département de la Réunion grâce au recueil Roucoulement. Et son premier recueil Spirale paru chez les éditions Les belles pages à Marseille en 2004 et qui exhorte ses frères et ses sœurs du monde entier à se soulever contre la domination et à se libérer de la coquille anarchico-féodale de la tradition ainsi que son recueil de nouvelles Une saison aux Comores paru chez Komédit à Moroni en 2005 sont aujourd’hui considérés comme des chefs d’œuvre. Et est aussi lauréat du prix Bayard de jeune journaliste grâce à l’article Portrait de fille de /fils de paru dans le quotidien La Croix en 2006.

Nassuf Djailani qui a commencé à écrire au collège à Mayotte dans les journaux Tam-tam et Lisez-moi et au Lycée à Marseille dans la revue IRO (Insurrection de la Rhétorique Outrancière) est aujourd’hui, après être diplômé de l’Institut de Journalisme de Bordeaux-Aquitaine, journaliste pigiste pour la télévision, la radio et la presse écrite notamment RFO Paris, France 3, France Inter et les revues littéraires Riveneuve Continents et UBU, scènes d’Europe. Dramaturge, sa pièce de théâtre, encore inédite, La vertu des ombres, a été jouée et aux Comores indépendantes et à la Comore française par la troupe Djumbé.

 

Ma terre, mon amour
Tu entends, je dame mes pieds sur ton sol
Et je dis !
Kiasi ivo (assez !)

 

Enfin, l’appel à l’amour de Nassuf Djailani des îliens de l’archipel des Comores, il ne l’adresse pas qu’à ses frères et sœurs de Mayotte, il l’adresse à l’endroit de tous les habitants de l’archipel comorien. Il les exhorte tant à « bâtir la charpente de (son) archipel à l’image de notre volonté seule » qu’à protéger la nature puisque « la nature a sa loi(…) il ne faut pas [la] violer (…) impunément. Car sinon elle se venge tôt ou tard » , à garder leurs traditions et à être fiers de leur histoire. Oui fiers au lieu d’assumer, parce qu’on assume que ce qui est mal.

 

Déterrer mon archipel acculé à l’ombre des nations,
narrer mes îles amoureuses,
rattraper mon île pressée de s’en aller,
japper mon archipel tiraillé,
roucouler mes îles chamailleuses,
désaliéner mon île aliénée,
enchanter mes îles désemparées,
choyer mon archipel meurtri,
raisonner mes îles querelleuses,
épeler mon île hippocampe,
dérider mon archipel attristé,
caresser mes îles douce-râpeuses,
affronter mon île rebelle,
hisser mon archipel englouti dans les ténèbres,
recoudre le tissu de mes îles défaites,
plonger puis replonger mon archipel
dans une partouze éternelle.

 

Adjmael Halidi

 

Source : http://nomansland.mondoblog.org/2010/10/11/nassuf-djailani-ou-poete-dun-archipel-oublieux/

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 23:20
Ci-dessous un débat intéréssant datant de 2005 (source : Journal Kashkazi numéro 14 du jeudi 3 novembre au 10 novembre 2005) sur le rôle que doivent jouer les écrivains comoriens avec trois grandes figure de la litterature comorienne :
Mohamed Toihiri , écrivain et auteur de théâtre
Salim Hatubou, conteur et romancier
NassufDjaïlani, Poète, Essayiste et journaliste


(photos ci dessous : de g à d : Mohamed Toihiri, Salim Hatubou et Nassuf Djailani)

Mohamed Toihiri Nassuf Djailani

Quel rôle, à votre avis, doivent jouer les écrivains comoriens par rapport à la société dont ils sont issus ?


Salim Hatubou: Ils doivent s'impliquer pour que les Comores cessent d'être les otages de quelques hommes politiques se moquant profondément de leur peuple. En même temps, par leur rigueur de travail, il leur faut conquérir une place littéraire sur le plan mondial. Quand ils auront accès aux médias, ils seront en mesure de sensibiliser l'opinion internationale sur ce qui se passe dans leur pays, sur la question de Maore, par exemple.


Nassuf Djailani : Je lisais récemment dans la rubrique Mégaphone Sambaouma, qui appelle les auteurs comoriens à faire de la littérature qui serve la nation. Certes, et il y a urgence. Comment ? Faut-il écrire en comorien, raconter des histoires qui se passent forcément aux Comores ? Magnifier les héros comoriens ? N'écrit-on pas que parce qu'on a une histoire à raconter ? Nous sommes sommés d'écrire pour deux publics, pour les Comoriens d'abord, mais surtout pour ceux qui vont acheter nos ouvrages, à savoir l'occident. Se pose alors un dilemme, nous dédoubler. L'auteur doit être un éveilleur de conscience. Il doit se draper dans le costume du fou diseur de vérité. Il doit voler l'audace du démiurge  pour dire les mensonges séculaires.  

 

Mohamed Toihiri: Le rôle premier de l'écrivain comorien est d'écrire ; créer ; et ce n'est qu'après qu'il peut devenir ce promeneur de miroir de la société, armé d’un poinçon aiguiseur de conscience. Il ne doit pas pour autant se prendre ni pour un messie ni pour un démiurge ; c'est ainsi que la littérature comorienne dira la difficulté d'être de l'homme dans cette société ; la difficulté fondamentale d'exister du genre humain dont la population comorienne fait partie. La littérature doit rester un constant défi, être indépendante et refuser l’asservissement ; ceci doit presque être une éthique de l'écrivain comorien.


Assument-ils ce rôle actuellement ?


SH : A chaque fois que je donne une conférence, il y a quelqu'un pour reprocher aux écrivains comoriens d'avoir une écriture engagée. Moi, je considère qu'ils ne le sont pas assez. La route est longue, mais il ne faut pas oublier que notre littérature n'a qu'une vingtaine d'années.  


MT : Je crois que la plupart des écrivains comoriens sont des promeneurs de miroir de la société et des aiguiseurs de conscience. C'est ce que je trouve dans l'œuvre de Nassur Attoumani ; l'œuvre de Salim Hatubou est le reflet, passé au prisme de l'auteur, de notre vie d'ici et d'ailleurs ;  Sast, dans le Crépuscule des baobabs, jette un pont entre la vie de la diaspora et celle de ceux qui sont restés ;  que dire du maître de la poésie comorienne d'expression française, à savoir Saindoune Benali ? Qui mieux que lui dit cette difficulté d'être en nous prenant par les tripes mais aussi la conscience pour que nous nous débarrassions de cette léthargie presque atavique ?


Comment vous positionnez-vous par rapport à ce rôle que vous avez défini ?


SH : Dans un mois sortira Hamouro, un roman qui met en lumière les rafles et les exactions commises à Mayotte sur ceux que l'on appelle à tort des "clandestins", alors qu'ils sont sur une terre comorienne, soit dit en passant. Ensuite, je publierai Kaltex, une histoire sur tous ces enfants comoriens sacrifiés par les pouvoirs successifs. Il ne s'agit pas de problèmes comoro-comoriens, mais de drames qui doivent être dévoilés à la face du monde.  


ND : Je m'emploie à dénoncer l'aliénation dans laquelle on est plongés, et tenter de faire passer le message selon lequel il est urgent pour nous de nous débarrasser de nos masques blancs et d'accepter ce que l'on est. Le salut des hommes passera par l'échange, l'interpénétration des cultures. On peut être Comorien et Camerounais, à Yaoundé, Comorien et Français à Paris, Comorien et Haïtien à Port-au Prince... Comorien et Mahorais à Mamoudzou.


MT : Mes livres, jusqu'alors ont été une tentative de transcender la vérité officielle que les manieurs officiels de marionnettes aimeraient bien nous faire gober.


Le fait que les Comoriens lisent peu est-il un obstacle pour que les écrivains jouent pleinement leur rôle ?


SH : Ce n'est pas un obstacle puisqu'on n'écrit pas uniquement pour les Comoriens. Pour qu’ils lisent, il faut juste que l'Etat cesse de surtaxer les livres à la douane et qu'il mène une véritable politique culturelle en construisant de vraies bibliothèques, par exemple. Aux prochaines élections, il faudrait que les écrivains et les acteurs culturels de ce pays réfléchissent bien sur le candidat qu'ils vont soutenir.


ND : Les auteurs comoriens sont face à un problème qui les dépasse : la complexité du travail d'auteur originaire d'un pays, où les gens ne le lisent pas. Je crois qu'il faut écrire sans se soucier du pour qui on écrit, après on fera le bilan. De toute manière, on écrit avec ce qui nous fonde, ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer.


MT : L'objectif premier que se fixe  le créateur n’est pas l'engagement. D’autre part, le lecteur qui prend un livre ne le fait pas dans le but premier de trouver un auteur engagé qui va l’influencer dans ses opinions. Je crois par contre que si les Comoriens ne lisent pas, c est parce que nous sommes gouvernés par des marchands du temple qui préfèrent taxer les livres et grappiller ainsi quelques sous en droits de  douane au lieu de signer la Convention de Florence.


Comment réagissez-vous à l'engagement violent de l'écrivain Abdou Baco, qui a publié un texte intitulé “Mamoudzou et M’tsapéré saccagés par une horde sauvage de clandestins” ?


SH : Les déclarations de mon frère Baco m'ont rendu malade parce qu'au-delà du fait que c'est un bon écrivain, c'est un bon ami. Il tenait un discours virulent à l'égard de la présence française à Mayotte. N'était-il pas sincère dans nos discussions à Anjouan ou dernièrement à la Grande-Comore ? Dans ce cas, c'est un bon acteur. Etait-il sincère quand, un jour à Anjouan justement, il nous a montré sa carte d'identité comorienne ? Ses propos sont lepénistes ; toutefois, je continue à lui tendre une main fraternelle.

 

ND: Sur le coup je me suis senti seul tout à coup, sans celui en qui j'avais fondé tout mon espoir, celui qui a écrit un roman que j'aime beaucoup (Dans un cri silencieux), sur l'amitié. Quand on emploie le terme "horde" pour parler de frères, je ne comprends plus. Quand on se réclame solidaire d'un élu de la République - Dindar - qui a tenu des propos racistes, je crois que là ça va trop loin.


MT : Je m’associe à Baco pour me constituer partie civile devant la justice contre le faussaire qui se fait passer pour lui. Je ne pense pas que cette charge menée au karcher, cette outrance dans les sentiments puissent être de l'homme dont on connaissait la tempérance. Baco n'est pas si maladroit ; Baco, qui est écrivain, n'oserait jamais écrire : "Que chacun reste chez soi et à sa place."  Mais s’il s'avérait que c’était vraiment lui, qu'il sache que malgré tous ses propos outranciers et haineux, il est le bienvenu à Mutsamudu, à Fomboni et à Moroni et que moi je serai toujours prêt à lui offrir un verre de jus de papaye à Mitsudje - mon village est son village - …pour discuter de sa folie passagère… j’espère.

 

Recueilli par LG

 


 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 22:11

Recueil-Abdou-Djohar.jpgC’est avec un réel plaisir que nous avons appris la parution du premier recueil de poésies « Douleur et Nostalgie » aux Editions Jets d’Encre (www. Jetsdencre.fr)  de notre ami Abdou Djohar.

Selon le communiqué de presse de l’éditeur, « dans ce recueil de poésies variées et intimistes, Abdou Djohar  revient sur les thèmes  qui lui sont chers : sa patrie, les Comores, dont il est fier d’être originaire, mais aussi l’amour, l’islam, la liberté, la justice, la famille…Autant de sujets qui amènent l’auteur  à se pencher avec  nostalgie sur  les bonheurs  enfouis, à regretter le manque de sincérité d’un monde en constante perte de valeurs, et à nous livrer avec  humanité et compréhension une vision du monde  à la fois juste et distanciée. »

En attendant de lire ce recueil de 78 pages qui coûte 13 euros, nous  commençons à découvrir la nostalgie de notre ami en nous régalant déjà avec ces quelques vers que l’on retrouve  sur la couverture :

Je songe à toi ô ma terre natale
Je pense aux caresses de ton climat tempéré
De loin m’abreuvant de tes eaux si douces
Je ferme les yeux et vois germer dans la fertilité
Les milliers de fleurs qui embaument
L’arc-en-ciel de chez nous

Une belle nostalgie que nous retrouvons généralement chez les poètes comoriens ! Elle nous rappelle d’ailleurs nos cris nostalgiques.

Abdou Djohar est né aux Comores et plus précisément  à Simboussa, dans l’est  de Badjini sur l’île de Ngazidja.Coralie-Frei--Abdou-Djohar-et-son-epouse.jpg

Doctorant  en Sciences  du langage à l’université  Paris XIII, il est enseignant  de français à Cours Legendre  et à Profadim à Paris.

Bienvenue dans ce beau monde cher ami !!!

 

Halidi Allaoui
HALIDI-BLOG-COMORES

 (Photo Archives  2010 : de g à d : la romancière Coralie Frei,le poète Abdou Djohar et son épouse)

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Mariama HALIDI HALIDI - dans CULTURE
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:06

 

Moroni, mercredi 09 Février 2011 (HZK-Presse) D’abord le Mrengué peut se configurer dans la culture. C’est une discipline très ancienne et tout le monde aimait se régaler dans ce sport de combat typiquement insulaire, afin de mesurer ses techniques proches des arts martiaux.

 

Avant les années 90 le Mrengué se jouait avec des instruments traditionnels (Ngoma), et on tapait aussi dans un bidon vide et les chanteurs réchauffaient l’ambiance. C’était surtout en période du mois sacré de ramadan après la prière de la nuit. Cela se passait dans une place publique où tout le monde se regroupait, boxeurs, spectateurs et musiciens. Les matchs ou les rounds vont de catégorie en catégorie, sous la surveillance d’un ou de deux arbitres, jeunes contre jeunes, adultes contre adultes, mais souvent avec les films karaté on ne pouvait pas identifier qui était plus jeune que l’autre et chacun désignait lui-même son adversaire. Le spectacle est généralement gratuit à Domoni, durant tout le mois de ramadan.

 

Au début des années 90, tout a changé, le Mregué a changé de décor et d’instrument. On a rénové le jeu à Domoni est ensuite dans tout l’archipel. Cette fois-ci ce sont des orchestres qui jouent comme dans un concert de musique avec des instruments électriques, spectateurs et spectatrices autour des boxeurs, avec une grande place réservée aux boxeurs contrairement à l’ancienne époque, où tout était très serré. Les chansons que proposent les orchestres parlent de la boxe comme par exemple « Ntsoma tsi bwé » ou encore « ahou rema, mremé ».

 

L’idée est venue d’un ancien artisan qui a joué un grand rôle d’arbitrage dans les Mrengué. Said Ali Mahamoud nous a quitté en 2007, son frère Badagnassi est toujours resté fidèle au jeu, très connu par son talent d’animateur de soirées Mrengué, on peut le féliciter car il a fait presque le tour de l’archipel en accompagnant les orchestres de Domoni assurant la promotion du Mrengué rénové.

 

L’orchestre Mahabou fut le premier à intégrer le Mrengué avec les instruments électriques, et a réussi à se faire connaitre dans l’archipel. L’on se rappelle de leur répertoire qui a fait un tabac dans les années 90, comme « Djarada ya Hassandzé » ou encore « fleur d’amour ». Il a su imposer son style, autant que le groupe Assmin Band sachant que ce dernier était plutôt typiquement Toirab et Wadaha.

 

Ainsi le Mrengué continue à prendre du goût et devenir un produit qui fait voyager les orchestres même à Mayotte. Des musiciens anjouanais comme le cas de Boul-Boul, ancien claviste dans Mahabou a profité pour s’installer quelques temps à Mayotte. De son passage là bas, il a pu apporter son talent, dont on lui rend hommage, car c’est en imitant son style que beaucoup de groupes de Mayotte ont avancé en matière de Mrengué, tels « Tama Music » groupe leader de Mayotte, et Mbiwou. Tama Music actuellement très connu dans l’archipel mais aussi en métropole, c’est grâce à des Domoniens comme Boul-Boul, Wirdane Soula et d’autres artistes. Jusqu’alors Tama music reprend les mêmes chansons des orchestres de Domoni afin de garder le style. Rappelons que le Mrengué musical c’est du Wadaha accéléré.

 

En revenant au Mrengué traditionnel, il semble menacé de disparition, mais pas tellement. En 2005, en période de ramadan, des anciens boxeurs qui se souviennent des meilleurs moments passés, ont décidé de reprendre le jeu à l’ancienne. Tout à été programmé, les gens étaient là pour venir voir le traditionnel Mrengué. L’annonce a été faite dans les medias, pour l’organiser sur une route nationale, fermée pour l’occasion. Un conducteur non averti foncera droit vers les spectateurs faisant quelques blessés. En 2009, toujours en période de ramadan, une nouvelle édition est organisée mais cette fois sur la place de Pangahari (place publique), plus sécurisant et c’est en plein centre ville.

 

Naouir-Eddine Papamwegne

090211/nep/hzkpresse/21h00

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