PRESENTATION

A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Mardi 6 mai 2008

INTERVIEW : Enfin ! Madame SITTOU RAGHADAT, Ancienne  Ministre des Comores, sort de son silence

 

. « L’unité de notre pays est naturelle et ancestrale. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire ce n’est pas l’ancienne puissance colonisatrice qui l’a faite.»

 
Beaucoup de gens se posaient des questions sur le silence de Madame Sittou Raghadat  Mohamed, Ancienne Ministre des Comores,  depuis l’intervention militaire de l’AND et de ses alliés à Anjouan. Ça y est. C’est fini. Dans cette interview qu’elle vient de nous accorder, elle  fait part de ses points de vue sur  plusieurs sujets  d’actualité (l’intervention militaire d’Anjouan, la question de Mayotte, la révision constitutionnelle…)

 

HALIDI-BLOG-COMORES (HBC) : Avec l’intervention militaire à Anjouan, Peut-on parler de la fin du séparatisme dans notre pays ?

 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED (SRM) -
A mon avis, c'est la fin d'une grosse bataille mais beaucoup reste à faire.  Après l’euphorie de la « libération d’Anjouan » Nous devons nous attaquer aux vrais facteurs de la crise si nous voulons vraiment une solution pérenne. A titre d’exemple, il faut très rapidement mettre en place une réelle politique volontariste de la lutte contre la pauvreté, favoriser  la circulation inter insulaire des comoriens et concrétiser une vraie autonomie des îles.  Ce qui importe à mes yeux est la pratique et non la théorie.


HBC : On parle d’une révision constitutionnelle, est ce que le problème comorien est d’ordre constitutionnel ?


SRM
 : J’ai toujours combattu  la constitution et le système institutionnel actuels. Car ils ont entre autres officialisé le séparatisme. Néanmoins, même si des retouches constitutionnelles me paraissent  dans l’immédiat indispensables, je continue   à penser qu’il  est temps de finir  avec cette incrimination  répétitive  de nos institutions en général et de la constitution en particulier, et de se préoccuper de vrais fléaux de notre pays notamment la lutte contre la pauvreté. Le débat sur la crise qui ronge notre pays ne doit pas se focaliser sur les institutions.  Arrêtons d’apporter à chaque fois de fausses solutions à cette crise. Pour moi, le problème  comorien est surtout  d’ordre économique, social et éducatif. Or à chaque fois,  les solutions préconisées sont institutionnelles et politiques.   Chose que je n’arrive pas à comprendre.  

Comme je l’ai déjà souligné, il faut en réalité  la mise en œuvre d’une politique  volontariste de lutte contre la pauvreté. De plus, il y a un manque de cohésion sociale. Nous devons revoir, en effet, notre façon de faire, notre mode de vie, certains de nos mœurs et coutumes. Il faut,  d’une part, miser sur une éducation et une sensibilisation de la population pour un changement des comportements  et mentalités et, d’autre part, faire en sorte que les comoriens se fréquentent. Ces fréquentations ne doivent surtout pas être artificielles comme c’est le cas actuellement.  Il est par exemple anormal qu’on ne retrouve toujours pas  des fonctionnaires de  l’Etat originaires de NGAZIDJA à MWALI et  à NDZUWANI.  Il faut  élaborer des lois contraignantes  si cela s’avère nécessaire  pour appuyer et faciliter la cohésion sociale des comoriens.  A titre d’illustration, il est inacceptable qu’un grand mariage célébré dans une île ou dans un village n’ait pas la même valeur dans une autre île ou un dans autre village.  Il est aussi indispensable  d’enseigner dans nos écoles, l’histoire et la culture de notre pays à nos enfants. L’éducation civique,  notre histoire et notre culture doivent  occuper une place importante dans nos programmes scolaires.

 Enfin, je pense que les éventuelles retouches constitutionnelles ne doivent pas porter atteinte au  principe de la tournante. Car en vérité c’est après le tour du Président  de l’Union des Comores originaire de MWALI que l’on doit  faire le bilan et tirer les conséquences du système institutionnel actuel même si je continue à croire que celui- ci est très dangereux et inapproprié chez nous.


HBC : Quelle forme juridique étatique sera viable dans notre pays : Etat unitaire, Confédéralisme, Fédéralisme… ?

 
SRM - Les constitutionalistes  définissent  l’Etat unitaire comme étant « celui dans lequel une volonté  politique unique s’impose à l’ensemble des citoyens, lesquels sont par conséquent soumis aux mêmes lois en tous domaines ».

Je pense que c’est exactement ce qu’il faut chez nous. Il est aberrant de voir un petit pays comme le notre avec plusieurs constitutions, assemblées législatives et que sais-je encore.

 Mais, personnellement,  la qualification de la forme juridique de notre Etat m’importe peu. Ce qui m’intéresse c’est ce qu’on met dedans.  Je continue, en effet, à croire – je l’avais déjà dit en 1997 dans l’émission de radio Comores « Mjumbi » - que le Comorien moyen ne maîtrise pas la subtilité des concepts juridiques de confédération, État unitaire, Fédération... ce qui compte pour lui, c'est vivre mieux et libre. Tant que la crise économique ne sera pas résolue, l'unité et la stabilité des Comores resteront fragiles. Et toutes les  réformes institutionnelles n’apporteront rien.

Il nous faut un système étatique, peu importe son appellation, approprié au contexte actuel, pour préserver l'unité et l'intégrité des Comores, lutter contre le chauvinisme et permettre l’autonomie  des régions et non des îles. Tous les citoyens comoriens doivent être soumis aux mêmes lois en tous domaines. C’est la raison pour laquelle nous réfutons toute idée d'une assemblée législative ou d'une constitution dans chaque île.  Celui-ci doit être adapté à nos réalités locales. Autrement dit, nous devons éviter tout mimétisme institutionnel à l’aveuglette. Ce système doit aussi conserver le principe de la tournante.

Je pense qu’il faut surtout éviter tout système juridique qui légitimera cette fausse idée selon laquelle les Comores unies sont  une fabrication artificielle de l’ancienne puissance colonisatrice.

A noter aussi que  toute forme étatique ne peut pas être viable si les comoriens ne s'asseyent  pas ensemble pour  se poser  avec sincérité la question suivante : Pourquoi  sommes nous arrivés là aujourd’hui ?

HBC : Que pensez-vous de la sécession d’Anjouan ?

 
SRM  - Certaines personnes ont trompé la population d’Anjouan.  Elles ont exploité  à des fins  personnelles  des revendications légitimes  d’une population désespérée et désabusée.

 Je ne crois pas un seul instant que la population anjouanaise voulait ou  veut réellement se séparer des autres comoriens. Mais pour éviter  l’extrémisme, il faut, comme je l’ai déjà souligné, lutter contre la pauvreté et la mauvaise gestion du pays et  faire en sorte qu’il y ait une réelle cohésion sociale des comoriens. Quand on a faim, on perd,  dès fois, ses repères et on a tendance à se faire manipuler facilement.

Aucune île ne pourra s’auto suffire. Après 11 ans de crise, le constat est là : nos îles se sont appauvries davantage et Anjouan en particulier.  


HBC : pensez-vous que le problème de Mayotte  a eu une influence sur la crise actuelle de notre pays ?


 
SRM
  - Bien sur. Tant que le problème de Mayotte ne sera pas réglé il y aura toujours une instabilité dans notre pays. La crise « d’Anjouan » est aussi une conséquence logique du problème épineux de Mayotte.

HBC : souhaitez-vous le retour de Mayotte dans le giron Comorien ?

 
SRM
  - C’est plutôt une question de devoir et non de souhait.
Les Comores sont un  pays composé de quatre îles ayant proclamé son indépendance le 6 juillet 1975. Je suis très attachée à son unicité et à son intégrité territoriale.

 Mayotte est une partie intégrante des Comores. Nous sommes un  seul  et  même peuple ayant en commun  la même langue, la même religion, la même culture, le  même  mode de vie, la même civilisation…même si le comorien,  de nature,  a tendance à faire passer le patriotisme insulaire, régional ou villageois avant l’intérêt national. L’unité de notre pays est naturelle et ancestrale. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire ce n’est pas l’ancienne puissance colonisatrice  qui l’a faite. Nous avons le devoir de nous opposer à la spoliation d’une partie de notre terre  ancestrale  par qui que ce soit. C’est entre autres  ce que nous  devons enseigner à nos enfants  dans les écoles.

 
HBC - Croyez-vous que c’est possible un jour ?

 
SRM -
 Bien sur que oui. Il faut juste que nos gouvernants favorisent  ce retour en développant les trois autres  îles et en améliorant la situation vitale des comoriens. Car, en réalité,  les mahorais sont "français" comme beaucoup de comoriens des autres îles uniquement pour avoir une vie meilleure mais dans leur chair, leur sang,  leur foi et leur conscience, ils sont et resteront Comoriens.

 HBC - Que reste-t-il des Comores à Mayotte après 33 ans de séparation administrative ?

 
SRM
  - Je me pose plutôt la question suivante : qu’est ce qui manquerait des Comores à Mayotte ?  
Pour moi, tout ce qui est profond  est toujours là : l’histoire, la géographie, la couleur, la langue, la religion, les noms, les mœurs  et coutumes…

Les années de colonisation n'y ont  apporté que des changements artificiels.  Le comorien reste et restera comorien peu importe son île d’origine.

 HBC - Que pensez-vous de l’indépendance des Comores ?


SRM
  - C'est une bonne chose et il fallait devenir indépendant quelque soit le prix à payer. Mais c’est à  nous de bien ou mal gérer cette indépendance.

 Nous sommes pauvres certes, mais la pauvreté n'est pas une honte. Je préfère mourir pauvre que  vivre heureuse sous la domination. De plus, l’indépendance nous a beaucoup apporté contrairement à ce qu’on attend ici ou là.  


HBC - Revenons maintenant à l’intervention militaire à Anjouan. Qu’est ce que vous en pensez ?

 
SRM
  - Ma position sur l’intervention militaire à Anjouan a toujours été claire. Je vous renvoie à mon  point de vue  intitulé « Crise anjouanaise : mettons fin à l’hypocrisie » publié dans le journal Alwatwan n°1014 du 19 au 25 octobre 2007 et dans plusieurs blogs comoriens le 19 octobre 2008 notamment le votre (Pour voir le point de vue cliquez ICI).

J’avais notamment dit ceci : « J’ai du mal à comprendre que, malgré le drame que vit la population anjouanaise (Fonctionnaires licenciés depuis plus de 8 mois, Bacheliers sacrifiés depuis des années. Droits humains bafoués, emprisonnements et tortures fréquents, fuite vers Mayotte avec les conséquences que l’on connaît, fuite vers Mohéli et Ngazidja et subir toute sortes d’humiliations,) l’on puisse hésiter pour un débarquement militaire afin de régler définitivement cette crise qui reste un danger permanent de l’existence de notre pays sous prétexte que la « guerre » est dangereuse et va tuer des innocents. Trop c’est trop. (…) N’ayons pas peur des mots et arrêtons l’hypocrisie. S’il faut intervenir militairement pour régler la crise d’Anjouan qui n’est pas en réalité un problème anjouanais mais comorien, il faut le faire sans état d’âme. C’est un moindre mal par rapport au drame que vivent quotidiennement les Comoriens d’Anjouan. C’est un moindre mal par rapport à la crise économique, social et politique que connaît notre cher pays depuis la naissance de cette crise.  Le temps du balbutiement est révolu ! »

 Donc aujourd’hui, je me réjouis naturellement de cette intervention militaire. Et  je félicite le Président de l’Union des Comores et le chef d’Etat major de l’AND d’avoir assumé avec brio leurs responsabilités. Il était temps !

 Je salue aussi la bravoure et le patriotisme dont ont fait preuve les militaires de l’AND et les militaires  des pays africains  qui nous ont aidés à  réaliser cette opération dans de bonnes conditions. Je crois à cet adage qui dit : « quand on veut on peut ».

 
HBC - Pourquoi la communauté internationale a-t-elle attendu 11 ans pour intervenir militairement à Anjouan ?

SRM  - Il fallait juste des hommes comoriens et des nations africaines  qui étaient à même de faire preuve de volontarisme et  de fermeté pour régler  la crise. A un moment donné, j’avais le sentiment que les négociations diplomatiques tournaient au ridicule.

 
HBC-  Pour finir, qu’est ce que vous pensez de la fuite de Mohamed Bacar ?


 
SRM
  - Il va de soi que je n’arrive pas à comprendre comment Mohamed Bacar et consorts ont pu fuir. Quand on connait géographiquement  Anjouan et la région d’Ouani, en particulier, on est en droit de se demander comment ces gens là ont pu rejoindre facilement Mayotte par mer. Cette fuite a vicié l’opération.


Pour voir une autre interview de Madame Sittou Raghadat Mohamed, cliquez ICI 

HALIDI-BLOG-COMORES /
05 mai 2008

publié dans : INTERVIEWS par HALIDI commentaires (1)    ajouter un commentaire
Mercredi 23 avril 2008

Ahmed Ben Saïd Jaffar : « Je ne suis pas venu pour le cas Bacar »

 
Le ministre comorien des Affaires étrangères, Ahmed Ben Saïd Jaffar (Photo), a effectué une courte visite sur notre île. Même si cela n'était pas le sujet « prioritaire », il s'est exprimé sur le cas Bacar, qu'il souhaite voir jugé aux Comores. Autre sujet sensible : le statut de Mayotte.

LE ministre comorien des Affaires étrangères le rappellera, « le cas Bacar ne devra pas être source de conflits entre la France et les Comores ». « Je ne suis pas venu pour le cas Bacar », déclarera aussi Ahmed Ben Saïd Jaffar, sans pour autant faire l'impasse sur le sujet. « Nous avons transmis au départ une demande d'arrestation provisoire au Ministère de la Justice française, suivie d'un certain nombre de documents fournis aux autorités françaises pour démontrer l'inculpation de Bacar, de tout ce qu'il a fait à Anjouan. Aujourd'hui, nous suivons ce dossier de près », explique le ministre comorien, informant que le gouvernement comorien a saisi l'avocat Jacques Vergès « pour s'occuper du dossier, et voir comment Mohamed Bacar pourrait être extradé aux Comores ».
Selon lui, « les charges qui pèsent contre Bacar sont suffisantes pour qu'elles soient prises en compte, et que Bacar soit extradé ».
Si cet objectif n'est pas atteint, cela en dépit de la pression de l'opinion comorienne, le gouvernement comorien pourrait faire appel à la communauté internationale pour rendre effective l'extradition de l'ancien dictateur anjouanais.
Toujours selon Ahmed Ben Saïd Jaffar, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner , s'est prononcé en faveur de l'extradition de Mohamed Bacar. Il faut encore attendre la décision de l'OFPRA, qui évalue la demande d'asile politique soumise par Bacar. Et Ahmed Ben Saïd Jaffar de rappeler que les Comores n'ont jamais été spécialistes de la peine de mort, garantissant à l'ancien dictateur une justice équitable, sans aucun recours à la peine ultime.

Mayotte est comorienne


Hier, le Conseil général de Mayotte se prononçait à l'unanimité en faveur de la départementalisation de l'île, et devra prochainement organiser la consultation des Mahorais sur ce point. Les Comores gardent la même position sur le dossier, et revendiquent toujours cette île devenue un eldorado français à ses dépends. « Nous ne pouvons pas admettre que Mayotte ait ce statut. (...) Aujourd'hui, le Conseil général de Mayotte a demandé à ce que l'on procède à un référendum. Ils peuvent bien le demander, mais en ce qui nous concerne, il est évident que le gouvernement comorien ne partage pas ce point de vue », déclare le ministre, qui encourage le dialogue sur ce sujet épineux.
Pour ce qui concerne les clandestins comoriens qui constituent près d'un tiers de la population mahoraise, le ministre rappelle que selon la position comorienne, ceux-là ne sont pas clandestins, puisque Mayotte est comorienne, et qu'ainsi, les Comoriens ont le droit de s'installer sur une terre qui est la leur. Voilà donc qui donne le ton. Récemment, une délégation française était reçue à Moroni. Il aura été question de l'affaire Bacar, mais surtout de coopération entre la France et les Comores, et de la mise en place d'un groupe de travail de haut niveau qui aura à traiter des reconduites à la frontière, notamment de ceux qui étaient fidèles à Bacar et qui se sont réfugiés à Mayotte.

Pour la coopération


Le ministre est venu dialoguer avec le Préfet de La Réunion et le président du Conseil régional de La Réunion. Il est question en premier lieu de la coopération régionale entre La Réunion et les Comores. « Il y a eu un certain nombre d'actions réalisées dans le cadre de la coopération régionale », explique Ahmed Ben Saïd Jaffar, notamment en matière d'agriculture, d'éducation, de santé scolaire. Après les différentes crises séparatistes qui ont marqué l'archipel des Comores, il est temps de penser au développement de l'archipel, qui figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Pour autant, les Comores bénéficient de programmes d'investissement étrangers, émanant notamment de pays arabes. Le développement socio-économique devra néanmoins se faire dans un cadre pacifié. La France est-elle solidaire de ce souci de développement, au nom de la coopération ? Les Comores assument la présidence de la Commission de l'Océan Indien (COI) durant la période 2008-2009. Peut-être que l'on entendra enfin ses doléances !

Bbj
Source: Témoignages du mercredi 23 avril 2008
publié dans : INTERVIEWS par TEMOIGNAGES commentaires (0)    ajouter un commentaire
Dimanche 13 avril 2008

Vous trouverez ci-dessous l'interview accordée par Me Marie BRIOT, Avocate de Mohamed Bacar accordée au journal de l'île de la Réunion ainsi que notre commentaire

“Honteux, d'un point de vue juridique”

“Honteux, d’un point de vue juridique”
Interview. Me Marie Briot est l'une des avocates conseils de Mohamed Bacar, avec Mes Bentolila et Sandalom. Elle a aujourd'hui la dent dure contre la manière dont a été géré le “cas” Bacar. ce dernier devrait “s'exprimer sous peu”.

JIR : Comment s'est déroulé votre premier contact avec Mohamed Bacar, il y a deux semaines ?

Marie Briot :
Il est charmant, ce monsieur. Extrêmement poli et courtois. Pas du tout vindicatif. Ses premières paroles furent des mots d'espoir. Au début, il était très confiant dans le fait que la France, le pays des Droits de l'Homme, puisse l'accueillir. C'est la raison pour laquelle il ne s'est quasiment pas exprimé en public, malgré de nombreuses sollicitations. Mais vu comment les choses tournent, il devrait s'exprimer sous peu.

Bacar et ses hommes sont en arrestation provisoire, à la demande d'un juge d'instruction de Moroni. Combien de temps cette détention pourrait durer ?

Mardi à 14 h, nous faisons appel de cette décision devant la chambre d'instruction. Et nous avons toute confiance en l'impartialité des juges, qui sont des magistrats du siège et donc indépendants. ll faut savoir une chose : on nous parle d'un mandat d'arrêt, mais nous ne l'avons pas vu. Nous n'avons même pas de garanties que ce juge existe, on ne sait pas s'il a ouvert cette information sur des ouï-dire ! Sa demande est motivée de cette manière : “viols, meurtres, tortures, violences”. Et cela concerne les 23 hommes, tous logés à la même enseigne, sans que l'on en sache plus ! Cette manière de faire ne correspond pas à notre droit. Ca n'a ni queue ni tête. Du point de vue juridique, c'est honteux.

Quelle est votre position sur le rôle joué par le parquet de Saint-Denis depuis le début de cette histoire ?

Le parquet ne fait même plus semblant d'être indépendant. Ca confirme qu'il est soumis à la contrainte du pouvoir politique. Pourtant, il ne peut en théorie recevoir d'ordre que de la part du Garde des Sceaux. Mais cette fois, c'est un secrétaire d'État à l'Outre-mer qui lui a publiquement demandé de faire appel d'une décision de justice, et il l'a fait. Concernant la justice réunionnaise, le tribunal correctionnel a pour sa part joué le jeu en annulant les poursuites pour entrée illégale avec armes pour vice de procédure. Il a montré une indépendance certaine. Au sujet de la décision du tribunal administratif, nous allons faire appel. Attendons la décision de la chambre de l'instruction, qui est est capable de juger en droit, ce que l'on a pas toujours vu depuis le début de cette histoire.

Bernard Kouchner a fait savoir que l'objectif de la France était de rendre Bacar aux autorités comoriennes, “je ne sais pas comment nous y parviendrons en termes juridiques”, a-t-il ajouté...

Ses propos m'ont profondément choqué. Il n'a même pas mis de gants pour faire semblant. Venant de quelqu'un qui s'est toujours déclaré un fervent défenseur des Droits de l'Homme, j'ai du mal à le croire. Il y a eu une dizaine d'exécutions capitales, ces dernières années, dans les Comores. La justice y est rendue au nom d'Allah. On va clairement nous affirmer l'inverse, mais aujourd'hui, nous n'avons aucune garantie des droits de la défense, ni celle d'avoir un procès équitable. Tout ceci n'est pas acquis.

Peut-on imaginer qu'un procès se déroule devant une cour pénale internationale ?

J'attends que l'on nous fournisse un seul élément tangible de ce qu'on leur reproche, à lui et à ses hommes. Mis à part la modification de la date des élections, ce qui ne me semble pas passible d'un jugement d'une cour pénale internationale. Aujourd'hui, on accuse nos 23 clients d'avoir commis des actes terribles. Mais il n'y a ni témoin, ni certificat médical, ni preuve tangible. Il y a des rumeurs, des gens qui disent que. Mais les éléments probants, quels sont-ils ? Après, si effectivement, des éléments prouvant que des exactions graves ont été effectuées sont portés à notre connaissance, un tribunal international, pourquoi pas ?

Propos recueillis par Julien Balboni Photos Stéphan et Férédéirc Laï-Yu et AFP
CLICANOO.COM | Publié le 13 avril 2008


NOTRE  REACTION :

Maître,

Ce qui nous parait surtout honteux, du point de vue "honneteté intellectuelle" dont vous devriez faire preuve, c'est votre volonté déliberée comme certains journalistes de l'île de la Réunion de vouloir humilier et ridiculiser tout un peuple et un pays. Comment pourriez-vous en effet affirmer sans sourciller les yeux qu'il "
  y a eu une dizaine d'exécutions capitales, ces dernières années, dans les Comores" ?

Franchement, soit vous ignorez l'histoire judiciaire des Comores - si c'est le cas, vous avez raté une très bonne occasion d'économiser votre salive au lieu de cracher de telles inepties - soit vous êtes très douée en mensonge et cela ne vous honore pas et est très dommageable à votre profession et aux lecteurs qui vous lisent.

Pour votre culture juridique comparée, car vous en avez besoin du moins pour les Comores, nous vous apprenons ceci : depuis que les Comores sont devenues un pays indépendant (le 06 juillet 1975), il n'y a eu que deux exécutions capitales en 1977 et 1996. En 1993, 9 inculpés ont été condamnés à la peine capitale. Mais celle-ci a été commuée en emprisonnement à perpetuité. Sachez aussi qu'aux Comores, beaucoup de personnes ont commis des infractions necessitant la condamnation à la peine capitale. Pourtant elles sont toujours en vie !

Par ailleurs, nous tenons à vous rappeler que la peine de mort  n'a été abolie en France qu'en 1981. Et cette loi n'a même pas  été votée à l'unanimité par les parlementaires
(Le projet de loi
 est voté à l'Assemblée nationale le 18 septembre  par 369 voix pour, 113 contre (487 votants, 482 suffrages exprimés). Au Sénat, il est  adopté  par 161 voix pour, 126 contre (288 votants, 287 suffrages exprimés)).  Aujourd'hui, plusieurs responsables politiques et beaucoup de citoyens français se déclarent en faveur de la peine de mort. Et la France n'arrête pas de cumuler les condamnations par la Cour Européenne des droits de l'Homme. Pourtant vous le dites avec fierté qu'il s'agit d'un pays de droits de l'Homme !

Enfin, un peu de  respect pour toutes ces victimes (qui sont vivantes)
de la politique d'exactions et de tortures barbares menée pendant plusieurs années par Mohamed Bacar, ses amis et leur milice à Anjouan ne vous fera pas de mal même si le charme, la politesse et la courtoisie de celui ci vous fascinent  (peut être en regardant ICI, vous comprendrez) !

HALIDI-BLOG-COMORES



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Mercredi 19 mars 2008
Comores / Politique & institutions

Moroni
, mardi 18 mars 2008 (HZK-Presse)La plus grande partie des troupes africaines qui vont appuyer l’AND est à Moroni. Les sénégalais se font toujours attendre. Alors qu’on le croyait parti, l’Afrique du sud revient sur la scène avec une autre proposition de négociation. L’armée comorienne mène des opérations éclair faisant des prisonniers et des blessés… Autant de sujets sur lesquels le directeur de cabinet du président Sambi, chargé de la défense, a accepté s’entretenir avec La Gazette des Comores, dans une interview exclusive.
 
Question : Pourquoi l’opération de rétablissement de l’ordre à Anjouan tarde à se concrétiser ?
 
Mohamed Dossar Bacar : Non, l’opération ne tarde pas. Nous sommes toujours dans la dynamique de mobilisation les ressources humaines et des moyens logistiques nécessaires pour l’assaut. Mobiliser la communauté internationale cela ne peut se faire en un seul jour. Au contraire, je trouve que les choses vont plutôt plus vite que prévu. Si l’on prend en considération la dernière réunion de l’Union Africaine où les pays amis ont déclaré soutenir l’opération, les choses évoluent très vite. C’était le 20 février dernier que les pays amis ont pris la décision de nous appuyer militairement.
Evidement, une large opinion est impatiente de voir l’île d’Anjouan libre. On voudrait que tout se passe rapidement. Mais il faut une préparation pour ne pas échouer. En tous cas le dispositif se met en place et d’ici le milieu de la semaine en principe toutes les troupes devraient rallier Moroni. Le contingent tanzanien est complet et les soudanais le seront d’ici peu. Quant aux sénégalais, étant donné qu’ils ne sont pas nombreux, ils peuvent arriver à la dernière minute.
 
Question : Avec l’arrivée de toutes ces troupes, qui va diriger l’opération ?
 
M.B. Dossar : Il est clair que c’est l’armée comorienne qui va diriger l’opération. L’AND prendra le devant dans le déroulement des opérations.
 
Question : Quelle sera la responsabilité des uns et des autres ?
 
M.B. Dossar : Je sais seulement que l’armée comorienne va diriger les opérations. Je ne saurais m’avancer sur les détails. Le déroulement de l’opération, le déploiement et la stratégie restent des questions purement militaires…
 
Question : Pourquoi les sénégalais ne sont pas encore arrivés ? Est ce que cela est lié au transport promis par la France ?
 
M.B. Dossar : Les sénégalais très éloignés des Comores mais ils sont sur le point de venir. Ce n’est pas un problème de transport car la France est prête à les transporter. J’ai même rencontré l’ambassadeur de France qui m’a confirmé leur disponibilité à assurer le transport des troupes jusqu’à Moroni comme prévu. Il faut aussi souligner que ce pays a déjà respecté une partie des ses engagements en acheminant les troupes tanzaniennes.
 
Question : Comme l’essentiel des troupes se trouve sur place, l’opération peut se faire sans le reste ?
 
M.B. Dossar : Cela n’est pas exclu mais cette question n’est pas encore abordée. A ce jour nos partenaires de la force de coalition sont déjà au nombre de 900 hommes [sur un effectif annoncé de 1600 hommes, ndlr].
 
Question : Où est l’Afrique du Sud dans le règlement du conflit ? Nous savons que ce pays s’est vu confié le dossier de la crise comorienne par l’UA, en tant que pays coordonnateur des efforts de la région. 
 
M.B. Dossar : Il faut poser cette question à l’Afrique du sud. L’absence de ce pays ami n’est de notre fait. On a toujours sollicité son soutien. Dans les réunions du comité de suivi, l’ambassadeur de l’Afrique du sud à Moroni était toujours présent. D’Addis-Abeba à Pretoria, ce pays voisin a participé à toutes les réunions. La dernière mission de médiation qui était partie à Anjouan le 27 février, son ambassadeur y a participé. On entend maintenant qu’ils suggèrent encore une négociation. Mais rien ne nous dit que Bacar a changé de position. A la dernière mission, il a refusé toutes les offres. Aucune note officielle de l’Afrique du sud ne nous est parvenue pour nous dire qu’ils ont entamé d’autres négociations pour convaincre Bacar. Nous estimons que la mission de la dernière chance a déjà eu lieu et qu’aucune autre négociation n’est possible.
 
Question : Est-ce que le retrait de l’Afrique du Sud n’est pas dû au fait que la Libye a pris le devant dans le règlement de la crise ?
 
M.B. Dossar : Non cela n’a rien à avoir. D’ailleurs, la Libye n’a pas pris le devant. Tripoli n’envoie pas de troupes. C’est un pays ami qui soutient l’opération comme il peut. Son soutien consiste en une aide logistique.
 
Question : Ces dernières 72 heures, l’AND a organisé des incursions à Anjouan. De quoi s’agit-il si ce n’est pas un signe annonciateur du débarquement ?
 
M.B. Dossar : Je vous l’ai dit au début qu’une opération de cette envergure ne se réalise pas en une seule journée. Il faut des essais et des manœuvres préalables. C’est ce qui se passe actuellement. L’And mène des actions de déstabilisation de l’adversaire. Ces incursions visent à démoraliser les milices rebelles de manière à faciliter l’entrée des troupes le jour venu. Il s’agit aussi de montrer de quoi nos hommes sont capables. L’armée a déjà fait deux percées. Dans ces opérations, il y a eu deux blessés légers. Leur vie n’est pas en danger. L’un est blessé au pied et l’autre a eu une fracture de l’avant-bras touché par une balle. Nos partenaires en sont régulièrement informés.
 
Question : On parle de responsables politiques arrêtés et transportés à Mwali…
 
M.B. Dossar : Je ne peux confirmer cette information.
 
Propos recueillis par Ahmed Abdallah
180308/aa/hzkpresse/6h00
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Vendredi 22 février 2008
 « Même la France va fournir des moyens logistiques pour déloger Bacar »
Ahmed ben Djaffar, Ministre des Relations Extérieures
 

undefinedLa Gazette des Comores : quelle est votre réaction par rapport à la nouvelle prolongation de l'Union africaine ?

Ahmed Ben Said Djaffar : Cette nouvelle prolongation n'étonne personne en tout cas pas dans notre ministère car elle est dans la même lignée que les précédentes. Nous, on attendait rien de cette réunion. L'Ua a commencé dans ce sens et peut continuer sa route. Mais cela ne gène en rien notre détermination de régler rapidement la crise par nos propres moyens. Cela fait 10 mois que cette question est entre les mains de cette organisation panafricaine et nous n'avons toujours pas des résultats concrets. C'est pourquoi le Chef de l'Etat a pris la décision de régler ce problème en comptant d'abord sur nos propres forces.

LGDC :Est-ce que vous avez toujours confiance à l'Ua ?

ABSD : Nous avons toujours confiance en l'organisation continentale avec qui on travaille toujours. L'institution a ses procédures qu'elle veut respecter avant de prendre une décision. L'organisation a aussi ses limites qu'elle ne peut dépasser. L'Ua a fait ce qu'elle a pu. Dans certains domaines, elle réussit comme échoue dans d'autres.

LGDC : Depuis hier, des pays amis ont déclaré vous soutenir dans votre démarche. Quel est leur apport ?

ABSD : Je me réjouis que des pays amis ont compris notre cause et ont enfin décidé de nous soutenir. Rien n'est encore acquis mais cela va de l'apport de troupes ou en équipements. Le Soudan promet d'envoyer plus de 600 hommes. Le Sénégal aussi envisage de déployer des troupes. La Libye a promis des fonds pour l'opération. Vous savez qu'il faut des fonds pour nourrir les troupes, les loger et les équiper. Les bonnes volontés ne cessent de se manifester car même la France se déclare disposée à apporter un appui en moyens de transport pour l'opération.

LGDC :L'Afrique du Sud a semble-t-il pris du recul ?

ABSD : Rassurez-vous que l'Afrique du Sud est toujours parmi nous. Ce pays [coordonnateur des efforts des pays de la région, ndlr] suit de près l'évolution de la situation et continue à nous appuyer dans la recherche d'une paix durable. La preuve qu'il est toujours avec nous, la dernière réunion de l'Ua s'est tenue sous sa présidence. La mission qui est attendue dans les prochains jours, sera conduite par son ministre des affaires étrangères Mme Zuma.

LGDC: L'opération va attendre l'arrivée de cet appui étranger ?

ABSD : Il est évident que lorsque ces pays seront en mesure de participer rapidement, ils seront les bienvenus. J'attends par rapidement 48, 72 heures. Dans le cas contraire, nous serons obligés d'opérer avec nos propres moyens. Nous sommes si déterminés que nous n'avons plus le temps d'attendre encore longtemps. Si nous avons engagé l'opération, c'est parce que nous nous sentons prêts pour l'assaut. Les hélicoptères [arrivés à Moroni le week-end dernier] peuvent témoigner de cette détermination de notre gouvernement.

LGDC :Où est passée la mission de négociation de l'Union africaine ?

ABSD : Il est vrai qu'une mission de médiation nous a été annoncée, mais depuis on n'a plus de nouvelles. Cette mission est décidée en marge de la dernière réunion du Conseil de paix et de sécurité. Cela nous parait bizarre car jusqu'à ce jour, elle n'a donné aucun signe de son arrivée dans notre pays. Dans tous les cas, nous saurons les accueillir comme il se doit, mais cette mission ne peut en rien faire traîner l'opération.

LGDC : Est-ce que Bacar peut sous condition demander à quitter l'île à l'amiable ?

ABSD : Bacar n'a pas à poser des conditions pour organiser des élections. Il a suffisamment fait souffrir le pays qu'on ne peut pas le pardonner. On lui a proposé de quitter en toute liberté mais il a refusé toutes les offres. S'il veut quitter l'île, il peut le faire mais sans aucune condition. Nous accepterons qu'il quitte Anjouan à l'amiable parce qu'on veut éviter un bain de sang. Comme tout bon musulman, on ne peut pas vouloir la guerre s'il propose la paix, mais sans condition. Il faut qu'il sache que l'histoire n'oublie pas et va le juger. Si ce n'est pas aujourd'hui, c'est demain.

LGDC :Enfin, votre cote serait en baisse selon Al-Watwan ?

ABSD : Je suis écoeuré par les propos qu'a écrit Al-Watwan. Je me demande comment des journalistes aussi expérimentés d'un grand journal comme Al-Watwan aient pu écrire un tel papier. Je le regrette car tout ce qui est dit est totalement faux et même diffamatoire. En principe, lorsqu'on écrit un article, on vérifie ses sources, mais je me demande ce qui leur est arrivé. D'abord, je ne sais pas pourquoi j'allais interdire au président de parler de la question d'Anjouan. Ensuite, interrompre le président ce serait de ma part manquer de courtoisie... Par rapport à la question de Mayotte, des démarches sont engagées et des discussions se poursuivent régulièrement. Mais ce n'est pas parce que je n'en parle pas que la question de Mayotte est pourtant oubliée...

Propos recueillies par Ahmed Abdallah de La Gazette des Comores numéro 681 du vendredi 22 février 2008


 
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Mardi 1 janvier 2008
Vous trouverez ci dessous l'interview du chef d'Etat-major accordée au journal Alwatwan (n°1024 du 28 décembre 2007)

Libération de Ndzuwani
Le chef d'Etat-major affirme préparer le débarquement
 
Photo : le chef de l'etat-major (à gauche) à côté du Président de l'Union des Comores (le barbu)

undefinedL'armée s'apprête à prendre ses ''responsabilités'' à Anjouan d'après le chef d'Etat major de l'And. ''Nous saurons une fois sur place si comme vous le dites, c'est une seule personne qui tient en otage Anjouan ou tout ou partie d'Anjouan. Tout dépendra du comportement de la population. J'ai des raisons d'espérer que la population nous sera favorable ce qui déterminera tout le reste''.
Il y a quelques mois vous sembliez hésiter devant la perspective de devoir envoyer des hommes se battre à Anjouan. Pensez-vous qu'aujourd'hui, les conditions matérielles et morales d'un succès militaire à Anjouan soient réunies?
Les journalistes aiment pinailler mais je n'ai jamais hésité quant à une intervention militaire à Anjouan. Demandez au niveau de la Maes, je leur avais dit en mai quand on a lancé l'idée des derniers avertissements et autres sanctions qu'on était en train de perdre du temps au profit de Mohamed Bacar qui n'allait céder devant quoi que ce soit et qui nous prenait pour des enfants de chœur. Ma dernière intervention télévisée a été on ne peut plus claire : si nous parlions hier d'une éventuelle intervention à Anjouan, nous parlons maintenant d'une intervention certaine. Comment pouvez-vous voir une incertitude dans une certitude?
Pour les conditions matérielles, le gouvernement comorien est en train de faire des efforts extraordinaires pour relever ce défi. Quant aux conditions morales, l'And adhère à l'idée. Mais, encore une fois, quant on voit ces déclarations politiques et autres "plans B" qui s'opposent à toute idée d'intervention, on se demande si ces hommes et femmes ont compris que la patrie est en danger; cela nous déçoit, nous qui croyions naïvement que c'était pour eux un devoir de nous soutenir. Et quand ils mettent la Fga et l'And au même niveau. Essayez de comprendre le reste. Quels calculs!
Le président de l'Union a affirmé avoir donné à l'armée l'ordre de préparer cette intervention. Cela veut-il dire que l'armée pourrait agir seule sans la couverture de l'Union africaine?
L'Union des Comores est une nation souveraine. Le gouvernement comorien, il me semble, a le droit de prendre ses responsabilités si personne d'autre ne peut régler ce problème. La couverture de l'Union Africaine n'a jamais été exclue et sera toujours la bienvenue si elle est obtenue. Mais encore faut-il l'obtenir!
Le départ du général Igotri ne démontre-t-elle pas indirectement que la Tanzanie ne serait pas tout à fait acquise à l'idée d'envoyer des troupes à Anjouan dans le contexte actuel?
Vous vous trompez, pardonnez moi de le dire. La Tanzanie est prête à participer à toute action militaire à Anjouan sous la bannière de l'Union africaine. Le reste, naturellement, est une affaire d'arrangements bilatéraux c'est à dire entre les deux Etats. Cela dit, il n'y a que le Général Igotri qui est parti mais les troupes sont là! Et vous comprendrez qu'un général de Brigade ne peut pas assumer les mêmes responsabilités qu'un colonel. C'est la raison pour laquelle par rapport à son galon et à ses mérites, le général Igotri va commander une brigade en Tanzanie. J'y vois une logique absolue!
A quoi sert finalement l'armée comorienne si un seul homme peut prendre en otage une île de l'Union et se jouer de la nation pendant autant de temps sans que l'armée réagisse? Ne faudrait-il pas envisager de la reformer? Si oui dans quel sens?
Elle sert à assurer l'unité et l'intégrité du territoire ainsi que la vie des populations et c'est dans ce sens que vous et toutes les âmes éprises d'unité et de stabilité devez vous mobiliser pour m'aider. Croyez bien que j'ai mal à mon pays et à mon armée et que ma détermination est totale pour libérer Anjouan. Tout le monde nous regarde aujourd'hui et je conviens qu'il est temps que nous prenions nos responsabilités. Mais les autres aussi, politiciens, société civile, ulémas, intellectuels, hommes de presse, doivent prendre les leurs. Car la défense d'un pays est globale, elle n'est pas que militaire. Tout ce monde a un rôle important à jouer. Ne tombons pas dans l'erreur de n'y voir qu'une affaire militaire. Rappelez-vous ce que disait l'autre : ''la défense est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls militaires''. Cela dit, nous saurons une fois sur place à Anjouan si comme vous le dites, c'est une seule personne qui tient en otage Anjouan ou tout ou partie d'Anjouan. Tout dépendra de leur comportement et de leur réaction. J'ai des raisons d'espérer que la population nous sera favorable ce qui déterminera tout le reste.
Un colonel de l'armée a été condamné à la prison ferme par un tribunal civil. Pourquoi l'Etat-major a laissé un officier en fonction comparaître devant un tribunal civil dans le cadre de ses activités militaires? Quel est maintenant l'avenir du colonel Chaharane dans l'armée?
Evitons les polémiques! Dès lors que nous n'avons pas de tribunaux militaires, quel autre tribunal devait le juger? Je voudrais vous rappeler que la justice est indépendante, que nul n'est censé ignorer la loi et que tout citoyen est justiciable. Même moi, chef d'Etat-major, je ne suis pas au-dessus de la loi. Je ne me déroberai pas à la justice lorsqu'elle doit m'entendre, je n'ai pas ce droit et personne d'autre n'a le droit de s'y opposer! Pour le reste, faisons quand même confiance à notre justice!
Propos recueillis par Ali Moindjié 
Alwatwan
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