PRESENTATION

A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Vendredi 25 avril 2008
SOURCE : ALWATWAN  N° 1057 DU JEUDI 24 AVRIL 2008
   

 

Au moment où l'Union des Comores est en train de célébrer l'Unité nationale retrouvée par la force des armes, il ne faudra pas oublier les intellectuels comoriens qui ont combattu le ''serpent séparatiste'' par les armes de la plume.

Parmi eux,Ahmed Mohamed Chamanga (photo), universitaire installé en France. Au moment où beaucoup de ses pairs avaient fait profil bas pour laisser passer la tempête et que d'autres jetaient de l'huile sur le feu à partir de leur clavier d'ordinateur, Chamanga s'est élevé avec la plus grande énergie contre le séparatisme.

C'est lui qui a écrit ces lignes dans un article émouvant : ''Chers Anjouanais (. ..) , a-t-il écrit dans un texte qui a frappé les esprits, s'il vous plaît, lorsque vous aurez réussi à faire appareiller votre navire et à hisser les voiles, ne m'emmenez pas avec vous ! Laissez-moi couler tranquillement avec mon îlot solitaire. Je vous souhaiterais bon vent. Mais vous ne m'empêcherez quand même pas de croire que ce serait vraiment dommage. Car, je continue à penser (…) que vous vous embarquez vers une destination inconnue et irréfléchie (…)"

Il avait multiplié les prises de positions fournissant ainsi des textes d'analyse pertinents sur la crise d'Anjouan : ''On fait croire aux Anjouanais que la résolution de leur problème de survie passe nécessairement par la coupure du cordon ombilical qui lie leur île à Moroni, en demandant notamment son rattachement à la France. Comment peut-on berner les gens en avançant un argument aussi saugrenu qu'infantile? … Comment peut-on également faire croire qu'un État indépendant d'Anjouan aussi microscopique puisse garantir une vie meilleure et plus prospère pour sa population, quand on sait ce qui s'y passe? " avait-t-il écrit dans un autre texte.

Chamanga s'était dressé, devant la folie générale armée de sa plume, contre ce qu'il a appelé le serpent à sept têtes. Pour lui rendre hommage Al-Watwan publie ici une lettre ouverte qu'il avait alors adressée aux intellectuels d'Anjouan dans ces colonnes.

 

Lettre ouverte aux intellectuels anjouanais*

Que faire du serpent à sept têtes ?

''Messieurs,

Dans mon premier article paru dans Al-Watwan n° 479 du 29/08/97, je m'étais déjà étonné du silence que vous observez face à la crise anjouanaise. Les informations que j'ai reçues par la suite me font penser, sans risque de me tromper, que vous êtes nombreux à ne pas partager la partition de notre pays. Que vous soyez en France, à la Réunion, à Mayotte ou dans les autres îles des Comores ou ailleurs, je dirai même que vous êtes majoritairement hostiles à toute idée séparatiste. Mais, face à la surenchère des séparatistes, je ne comprends toujours pas votre léthargie. Il est un moment où il n'est pas permis de se retrancher dans un mutisme suspect. L'heure est grave. La terreur - puisque c'est ainsi qu'il faut qualifier l'orientation du mouvement sécessionniste qui sévit à Anjouan - s'abat dangereusement sur la population anjouanaise.

Je sais que le pouvoir de Taki, par ses maladresses, son insouciance et ses gabegies intolérables, a facilité la tâche des séparatistes. En effet, pendant que la population se débattait contre les difficultés de la vie et que les fonctionnaires totalisaient plusieurs mois d'arriérés de salaire, le président Taki passait son temps à faire le tour du monde, à coup de plusieurs millions de francs.

Ne mesurant pas l'ampleur de la crise, non seulement il l'a traitée avec arrogance et mépris, mais aussi avec une méthode d'un autre âge : une poignée de gens envoyés sur l'île en catimini, chacun dans son village, avec une serviette pleine d'argent. Ces émissaires n'ont d'ailleurs pas tardé à être démasqués et ont dû prendre la fuite. Par contre, Mohamed Abdou Madi - malin et opportuniste - (ce n'est pas par hasard qu'il a reçu le sobriquet de Moulin), une fois sur place, s'est empressé de retourner sa veste pour devenir le porte-parole des rattachistes, après avoir empoché les trois millions de francs qui lui ont été confiés par le pouvoir. Cette manière de traiter le problème ne marche pas lorsque le peuple, au bout du rouleau, est en état de révolte, et elle ne permet donc pas d'établir la confiance.

Je me demande pourquoi Taki, dès le début de la crise, n'a pas envoyé à Anjouan et à Mohéli une délégation officielle composée de ministres et de notables grands-comoriens, anjouanais et mohéliens pour tenter d'y apporter un début de solution. C'était sans doute la seule voie qu'il fallait retenir. Malheureusement, Taki en a privilégié d'autres qui sont plus contestables : la corruption et la force. Il porte ainsi une lourde responsabilité dans la dégradation du climat sécessionniste. On est d'ailleurs en droit de se demander s'il souhaite sérieusement le dénouement de la crise. On peut aussi s'interroger sur l'utilité de la pléthore de conseillers qui l'entourent.

Les séparatistes, qui étaient marginaux dans l'opinion anjouanaise, mais très actifs sur le terrain, ont su ainsi profiter du mécontentement général pour s'accaparer la direction du mouvement populaire. Ils ne mettront pas beaucoup de temps pour réclamer le rattachement de l'île d'Anjouan à la France, leur vœu de toujours.

Je voudrais d'ailleurs poser une question à ces soi-disant "vrais Anjouanais" : "Pouvez-vous me dire où se trouve le village de Sada-Mpwani?"

Lorsque, à travers les médias du monde entier incrédule, vous - intellectuels anjouanais - avez vu les gens arborer et hisser des drapeaux tricolores partout (plus particulièrement sur le minaret de la grande mosquée de Mutsamudu) mais aussi se maquiller le visage avec la peinture tricolore, vous n'avez pas manqué de vous demander si on n'était pas allé un peu trop loin.

''C'est une stratégie : il faut placer la barre très haut pour paraître en position de force lors d'une éventuelle négociation'', vous ont dit les séparatistes. Selon ces derniers, c'était la seule voie pour se faire entendre et aussi empêcher Taki d'intervenir militairement, car il hésiterait à faire usage de la force contre… la France. C'est du moins ce qu'ils vous ont fait croire. Et vous avez mordu à l'appât. C'est là que vous avez fait, à mon sens, preuve d'une très grande naïveté. Vous avez oublié que les courants indépendantistes ou rattachistes d'Anjouan ne datent pas d'aujourd'hui.

Lorsque la demande de rattachement n'aura pas reçu l'accueil que les séparatistes escomptaient de la part de la France, ils n'hésiteront pas à sortir la deuxième tête de leur serpent venimeux : l'indépendance. ''C'est une stratégie ! Nous savons que cela ne va pas aboutir! D'ailleurs, nous ne le souhaitons pas, mais il faut toujours demander plus pour obtenir le minimum!'' vous ont-ils à nouveau assuré. Encore une fois, vous avez pris leur propos pour argent comptant. Vous ne faites même pas attention aux vomis qu'ils crachent sur l'antenne de la "Radio d'Anjouan" contre le "démon" grand-comorien. Vous semblez ignorer les soutiens qu'ils bénéficient de la part de l'extrême-droite française depuis l'indépendance des Comores.

Il faut reconnaître que les séparatistes sont très forts. Ils ont pu vous faire avaler le fait que tout est "stratégie". Le référendum, cette troisième tête du serpent "séparatisme", entre également dans cette catégorie. Les 99,88 % de "oui" obtenus lors de ce scrutin ont permis à nos stratèges de sortir la quatrième, puis la cinquième tête de notre fameux serpent : la formation d'un gouvernement et la prochaine élection présidentielle de "l'État d'Anjouan" où cet homme providentiel de Foundi Abdallah Ibrahim est naturellement candidat.

Le principal reproche que me font les séparatistes, plus particulièrement ceux du défunt "Collectif Anjouanais de France", c'est de ne pas avoir compris cette notion de "stratégie". C'est vrai que j'ai la tête un peu dure. Aussi, ai-je beaucoup de mal à accepter ce qu'ils veulent me faire ingurgiter, d'autant plus que le principal responsable de ce collectif, du moins celui qui en était le porte-parole, ne m'inspire pas une totale confiance, lui qui connaît à peine l'île d'Anjouan. A-t-il déjà oublié le peu d'intérêt qu'il avait toujours manifesté pour cette île ?

Les séparatistes me font remarquer encore que, ne vivant pas la réalité sur le terrain, je ne peux pas, de toutes les façons, comprendre. Je leur répondrai que je ne suis pas aussi naïf qu'ils le croient. Sur mon ignorance de la vie quotidienne des Anjouanais, je dirai tout simplement que j'ai passé une bonne partie de ma vie dans l'île et je crois avoir suffisamment assimilé la manière de penser de mes "co-insulaires". En outre, je ne me suis jamais coupé de mon pays. Je m'y rends régulièrement, pratiquement tous les ans. Et, contrairement à ceux qui prétendent me donner des leçons, je parcours toute l'île de Ndzuani, en visitant même les coins les plus reculés. Ce qui me permet de me rendre compte de visu dans quel état vit la population anjouanaise en particulier. Par contre, la plupart de ceux qui se disent plus Anjouanais que moi n'ont jamais franchi la rivière de Mutsamudu vers l'ouest et ne sont jamais allés au-delà de l'aéroport de Ouani vers l'Est ; de l'intérieur de l'île, ils ne connaissent que l'hôpital de Hombo. Je voudrais d'ailleurs poser une question à ces soi-disant "vrais Anjouanais" : "Pouvez-vous me dire où se trouve le village de Sada-Mpwani?"

Enfin, je voudrais préciser que ma vie en France me permet d'avoir assez de recul pour pouvoir porter un jugement que j'espère objectif. Je suis d'autant plus sensible et conscient de la misère du peuple que, comme d'autres Comoriens, je me serre la ceinture pour pouvoir venir en aide à ma famille et mes amis restés au pays. À ce titre, j'ai mon mot à dire ! C'est à ce titre également que je refuse la solution que préconisent les sécessionnistes.

''Si vous n'êtes pas d'accord avec notre indépendance, taisez-vous !'' nous disent les séparatistes. De quel droit veulent-ils nous empêcher de donner notre point de vue sur l'avenir de l'île qui ne leur appartient pas plus qu'à nous ? ''Ah, justement ! Parlons de droit ! Où applique-t-on le droit ou la démocratie que vous nous rabâchez en Afrique?'' nous rétorquent-ils. L'argument est fort. Il laisse augurer un bel avenir pour la population anjouanaise.

Comme moi, vous êtes nombreux à avoir reçu des menaces et des chantages sur vos biens et vos familles. Celles-ci ne manquent d'ailleurs pas de vous appeler à la prudence. Comme vous êtes bien élevés, vous écoutez et obéissez. Pendant ce temps, les séparatistes font semer la terreur par leurs milices "embargos" interposées. Ne pensez-vous pas qu'il est temps de rompre votre silence, au lieu de leur laisser le champ libre? Ne croyez-vous pas que la désobéissance est parfois nécessaire?

Souvenez-vous que, dans les contes comoriens, le coq ou le serpent à sept têtes est un monstre redoutable. Il finit par dévorer tout le pays car personne n'ose s'opposer à lui.

Chers amis, qu'attendez-vous pour agir? Que nous soyons tous dévorés par ce monstre de séparatisme? Pensez-vous que les usurpateurs anjouanais, Foundi Abdallah Ibrahim, Mohamed Abdou Madi, Abdallah Halifa, Charcane… et leurs acolytes expatriés soient suffisamment crédibles pour que vous leur accordiez votre confiance? Le passé de ces gens vous est-il encore inconnu ? Vous ont-ils présenté leur projet de développement de l'île?

Au moment où j'écris ces lignes, je viens d'apprendre que Foundi Abdallah Ibrahim vient de sortir la sixième tête de son serpent : après les présidentielles, il compte organiser à nouveau un référendum pour permettre au peuple d'Anjouan de manifester de manière sans équivoque son désir de rattachement à la France, en indépendance-association.

Souvenez-vous que, dans les contes comoriens, le coq ou le serpent à sept têtes est un monstre redoutable. Il finit par dévorer tout le pays car personne n'ose s'opposer à lui. Mais une femme réussit à prendre la fuite et se réfugie dans une grotte. Elle met au monde un garçon qui sera le sauveur. Ce dernier portera le coup fatal au monstre : il ne se relèvera plus. Notre sauveur crèvera son abcès au niveau du gros orteil et ressuscitera les victimes.

Je vous invite, chers amis, à ne pas attendre l'arrivée d'un sauveur providentiel. Car nous avons ici un monstre d'un nouveau type. Il est très résistant. Pour le mettre hors d'état de nuire, il faut nous unir et nous organiser pour sauvegarder notre unité nationale et notre dignité ! Abandonnez donc votre attitude que d'aucuns qualifient de lâche ou d'opportuniste ! Ne jouez pas à cache-cache ! Les tracts, les déclarations ou les résolutions non signés n'ont aucune valeur. Faites-vous connaître ! Ainsi, ensemble, nous démasquerons les traîtres à la nation comorienne ! Ensemble enfin, pour les Comores de demain, agissons avant qu'il ne soit trop tard, en tout cas avant que le monstre ne sorte sa septième tête qui le rend immortel !”

Mohamed Ahmed-Chamanga

*Ce texte date de juillet 1998

NOTRE COMMENTAIRE :

Merci Alwatwan d'avoir pensé à rendre ce vibrant hommage à cet Homme même si pour ce qui est de la fin du séparatisme dans notre pays, il convient d'être prudent et vigilant. Car il le mérite amplement. Chamanga est un Homme d'une simplicité incroyable et très honorable ; un vrai Comorien digne de ce nom. J'ai eu le privilège de le côtoyer pendant la période dite "séparatiste", une période honteuse de notre histoire. C'était un Homme meurtri qui supportait très mal ce qui se passait dans son île..son pays.  Mais c'était aussi un Grand Homme (il l'est toujours !). Il n'avait pas eu peur  de refuser  d'être "un bon anjouanais" alors que c'était à la mode à cette période là - celui qui devait soutenir aveuglement ce qui se passait à Anjouan. Il était fier d'être "un mauvais anjouanais" car il voulait mettre hors d'état de nuire "ce monstre d'un nouveau type qui était très résistant" et qu'il ne pouvait affronter qu'avec sa plume et son clavier, deux armes redoutables.

Pour Chamanga, ces voyous qui avaient pris  en otage Anjouan étaient malhonnêtes quand "ils faisaient croire aux Anjouanais que la résolution de leur problème de survie passait nécessairement par la coupure du cordon ombilical qui lie leur île à Moroni".

Il n'a jamais changé de position ou joué à l'hypocrisie. Il est tout simplement resté lui même en dépit de fortes pressions dont il a fait l'objet.  Je me souviens encore de ces tracts burlesques où on le présentait nu avec certains amis ; Je me souviens encore de ces gens qui menaçaient de l'agresser physiquement car ils ne supportaient pas ses écrits ; Je me souviens encore de ce procès de la honte de mars 1999 dont il avait fait l'objet mais dont en réalité le vrai but était de
museler  tous les Comoriens originaires d'Anjouan qui en France, refusaient de soutenir le "monstre" ; Je me souviens encore qu'il n'avait pas hésité à refuser un poste de Premier Ministre en dépit des pressions familiales et amicales ; Je me souviens encore qu'il avait su résister à toutes les tentatives de récupération politique de notre combat.

CHAMANGA a tout simplement joué le rôle d'un vrai intellectuel, grâce à son intelligence, à son amour pour les Comores et au soutien de certains amis et proches.

Merci cher ami. Surtout ne change pas. Continue à rester toi même !

Halidi (HALIDI-BLOG-COMORES)

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Jeudi 17 avril 2008
HOMMAGE A UN ICONE DE LA POESIE

C'est avec tristesse que nous venons d'apprendre le décés prématuré d'un Grand Homme survenu ce jour. Il s'agit d'Aimé CESAIRE, le père de la négritude et un icône de la poésie mondiale.



Ci-dessous certaines réactions et son portrait :

17 avril 2008

Cheikh Hamidou Kane évoque "un éveilleur de consciences"

Le poète et chantre de la "négritude" Aimé Césaire était un "éveilleur de conscience" pour l’Homme noir, a déclaré à Dakar l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane.

Cheikh Hamidou Kane a aussi regretté qu’il n’ait pas été consacré par un prix Nobel ou intégré à l’Académie française. Aimé Césaire, décédé jeudi, "était un homme d’une dimension mondiale. Un Noir qui a acquis une stature mondiale du fait de la prise de conscience par l’Homme noir de sa condition et aussi de la prise de conscience par le reste du monde de la condition de l’Homme noir", a-t-il ajouté.

"C’est l’homme qui a éveillé à cette conscience de l’identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d’Afrique", a souligné Cheikh Hamidou Kane, auteur d’un des monuments de la littérature africaine "L’aventure ambiguë". "Il a été aussi éveilleur de conscience en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé. "Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C’était admirable car au moment où il a vécu les Antillais que les Africains connaissaient étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.

"Cahier d’un retour au pays natal, était un peu notre livre de chevet lorsque nous étions lycéens. Nous avions lu ce livre avec délectation, l’avons récité de mémoire, moi-même et ceux de ma génération. Il a été un homme considérable dans notre vie", a-t-il rappelé. Mais "je regrette qu’il n’ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature". "Je regrette qu’il n’ait pas été honoré, comme l’a été Léopold Sedar Senghor, par l’Académie française. Il méritait aussi d’être membre de cette académie", a-t-il affirmé.

17 avril 2008

La classe politique rend hommage à Aimé Césaire

Toute la classe politique a rendu jeudi hommage à l’écrivain Aimé Césaire, mort à 94 ans à Fort-de-France. La population martiniquaise et, au-delà, des Antilles et de la France d’Outre-mer, perd un de ses pères spirituels, écrit le président Nicolas Sarkozy.

Sarkozy salue « la mémoire d’un grand poète »

"En vérité, c’est toute la nation française qui est en deuil", poursuit le chef de l’Etat, qui salue "la mémoire d’un grand poète", d’un esprit "libre et indépendant" et de l’un des pères, avec Léopold Senghor, du concept de "négritude".

"Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle", estime-t-il. "Il a incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines. Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés."

Le chef de l’Etat salue également la longue carrière d’élu politique de la Martinique d’Aimé Césaire. "Conscient des progrès que représentait la ’départementalisation’, il a su courageusement soutenir la loi de 1946 qui a mis fin aux colonies, sans pour autant rompre avec sa recherche identitaire qui constituait le coeur de sa vie", souligne-t-il. "Il restera pour nous tous l’une des figures les plus emblématiques de la classe politique de l’outre mer."

Nicolas Sarkozy adresse à la famille du poète et à ses proches ses "condoléances les plus attristées".

Réaction de François Fillon et de François Hollande

Le Premier ministre François Fillon a pour sa part salué dans un communiqué la mémoire d’un "représentant exceptionnel de l’engagement poétique et politique", qui a "jusqu’à son dernier jour tourné son regard vers les combats de demain".

"Proche d’André Breton, le poète Césaire ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures. Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs", écrit-il. "Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés."

La ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des collectivités territoriales, Michèle Alliot-Marie, a estimé que la "voix d’un sage" s’éteignait et qu’une "part de l’âme antillaise" disparaissait avec Aimé Césaire.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a rappelé qu’Aimé Césaire était un homme de gauche. "Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l’égalité sociale", écrit-il dans un communiqué au nom du PS. Le dirigeant socialiste exprime sa "solidarité à l’égard de tous les Martiniquais profondément meurtris par cette disparition mais fiers d’avoir été représentés par un homme aussi exceptionnel".

Ségolène Royal a salué dans un communiqué en Césaire "un démineur d’hypocrisies, un porteur d’espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l’humaine dignité" et a demandé son entrée au Panthéon.

Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a fait savoir que les députés observeraient une minute de silence au début de leur prochaine séance solennelle, le mardi 29 avril, et qu’un "hommage particulier" serait rendu à leur ancien collègue. 

L'ancien Président français, Jacques CHIRAC a salué "un homme de lumière", et le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la "très grande émotion" de toute la "famille francophone".

Cette unanimité des réactions au décès d'Aimé Césaire tranche avec l'âpreté des combats menés par le poète-militant tout au long de sa vie. Ainsi Aimé Césaire avait-il d'abord refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu par ce dernier, puis annulé, aux Antilles en 2005, en signe de protestation contre la loi de février 2005 dont un article reconnaissait "le rôle positif de la présence française outre mer". Le poète avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur, lui offrant son "Discours sur le colonialisme".



16 avril 2008

Aimé Césaire : Portrait

L’écrivain martiniquais Aimé Césaire est sans doute l’un des plus grands poètes du XXème siècle, dont la vision du monde et l’énergie créatrice ont marqué à jamais la littérature française et mondiale.

Un élève brillant
Né à Basse-Pointe en Martinique le 26 juin 1913, Aimé Césaire s’affirme très tôt comme un élève brillant. Il est âgé 18 ans quand, détenteur d’une bourse, il débarque à Paris afin de suivre des études secondaires au lycée Louis le Grand. C’est là qu’il se lie avec le futur président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, au contact duquel il découvre l’Afrique et les musiciens noirs-américains. Durant cette période, « il se décolonise de l’intérieur  », dira-t-il plus tard.

L’Etudiant noir
Avec Senghor, ils redécouvrent la phrase du philosophe allemand Hegel qui affirme que « ce n’est pas par la négation du singulier que l’on va à l’Universel, mais par l’appronfondissement du singulier  ». Et Césaire de conclure : « Tu vois, plus nous serons Nègres, plus nous serons des Hommes ». Admis à l’Ecole normale, Césaire devient président de l’Association des Etudiants Martiniquais en 1934 et fonde le journal L’Etudiant noir.

Le chemin de la Négritude

Toujours accompagné de Senghor, mais également de Léon-Gontran Damas et de Gilbert Gratiant, il jette pour la première fois les bases du concept de Négritude. Par ailleurs, aux côtés du Sénégalais Alioune Diop, il est l’un des pères fondateurs des Editions Présence africaine, dont la vocation est de donner un moyen d’expression aux auteurs d’Afrique, des Caraïbes et de l’océan Indien.

L’homme politique

De retour en Martinique, il est élu député en 1945 sous l’étiquette du Parti communiste français (PCF). Il travaille aussitôt à l’élaboration d’un nouveau statut pour les quatre anciennes colonies que sont la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion.
La même année, il devient maire de Fort-de-France. Sans cesse plébiscité par les Foyalais, il occupera ce poste pendant plus d’un demi-siècle, marquant la première ville de la Martinique d’une empreinte indélébile.

Départements d’Outre-mer

Lorsque Césaire se présente à l’Assemblée nationale le 12 mars 1946, il place la République française devant ses responsabilités : « entre désintégration et intégration, il y a de la place pour l’invention. Nous sommes condamnés à inventer ensemble ou à sombrer, et pas forcément pavillon haut  », s’exclame-t-il. Une semaine plus tard, les départements d’Outre-mer naissent officiellement et Césaire prend déjà sa place dans l’Histoire.

Fondation du Parti progressiste martiniquais

De l’immense bidonville hérité de la colonisation, Césaire fera une capitale digne de ce nom. « J’aime construire, j’aime bâtir. Nous, les Nègres qui avons beaucoup subi, devons apposer notre empreinte sur la civilisation universelle », martèle l’écrivain. En 1956, année de l’invasion de Budapest par les chars de l’Armée rouge, il dénonce « la rude main de Staline » et met un terme à son engagement au PCF. Décidé à forger chez les Martiniquais une conscience libre et citoyenne, il fonde deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais (PPM).

L’écrivain

L’action politique de Césaire, poète et essayiste engagé, se retrouve dans ses écrits. Il entamera très tôt un long réquisitoire contre l’exploitation coloniale, le racisme et l’absence de développement qui en découlent. Avec le Discours contre le colonialisme en 1950, il œuvre pour le réveil des identités culturelles, la dignité humaine et la responsabilité historique des peuples. Il dénonce l’oppression exercée par l’Occident sur le Tiers-Monde. En 1941, il fonde à Fort-de-France la revue Tropiques, aux côtés de René Ménil et d’Aristide Maugée.

Une logique universelle

Avec le concept de Négritude, Aimé Césaire inscrit son discours dans une logique résolument universelle. Il réaffirme à tous les déracinés et descendants d’esclaves la grandeur de la civilisation africaine qu’il veut source de fierté pour tous les Noirs.

En 1939 déjà, avec Cahier d’un retour au pays natal, il amorce sa quête identitaire et pousse « un grand cri nègre ». L’ouvrage deviendra une source de référence incontournable pour tous les intellectuels des diasporas noires dans les décennies qui suivront. Subjugué par l’universalité de Césaire et par sa poésie surréaliste, l’écrivain français André Breton l’édite et le préface.

La quête de l’imaginaire

Dans une langue irréprochable, enrichie par des expressions issues de l’univers caribéen, la poésie de Césaire s’affirme dans un style qui fascinera également Jean-Paul Sartre. Pour l’écrivain martiniquais, « la quête surréaliste permet de descendre au plus profond de soi-même et de libérer l’imaginaire du carcan de la langue  ». De manière générale, il affirme que « la poésie est la réappropriation de nous par nous-mêmes ».

L’homme de théâtre

Césaire politique, Césaire poète, mais aussi Césaire homme de théâtre. A partir des années soixante, il rédige différentes pièces dans lesquelles l’émancipation, l’Afrique et le héros noir sont au centre de ses préoccupations. Avec La tragédie du roi Christophe (1963), Une saison au Congo (1965) ou encore Une tempête (1970), il s’impose comme un dramaturge internationalement reconnu.

Insatiable combattant

Traduits dans de nombreuses langues, les ouvrages d’Aimé Césaire sont depuis longtemps l’objet de colloques et de conférences. L’Unesco lui a ainsi rendu un vibrant hommage en 1997. Apre défenseur de la Négritude, insatiable combattant pour la désaliénation des peuples, le poète est celui de « la Fraternité universelle  », pour reprendre une expression de Senghor. Figure de proue pour de nombreux auteurs contemporains, Aimé Césaire a défriché le terrain sur lequel est née la créolité d’une nouvelle génération d’auteurs, à l’instar de Patrick Chamoiseau et de Raphaël Confiant.

Principaux ouvrages

- Cahier d’un retour au pays natal, Présence africaine, Paris, première édition en 1939.

- Les armes miraculeuses, Gallimard, Paris, 1946.

- Soleil cou coupé, Edition K, Paris, 1948.

- Corps perdu, Editions Fragrance, Paris, 1949.

- Discours sur le colonialisme, Editions Réclame, Paris, 1950. Réédité par Présence africaine en 1956.

- La tragédie du roi Christophe, Editions Présence africaine, Paris, 1963.

- Une saison au Congo, Editions du Seuil, Paris, 1965.

- Moi, Laminaire, Editions du Seuil, Paris, 1982.

- Nègre je suis, nègre je resterai (entretiens avec Françoise Vergès), Editions Albin Michel, Paris, 2005.

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Lundi 28 janvier 2008
Hommage à un ancêtre
 
 
Permettez-moi chers visiteurs de mon blog de  rendre ici un vibrant hommage à mon arrière grand-mère maternelle. Comme cela, j’aurais le sentiment d’avoir accompagné et porté son « shilili » - le cercueil de chez nous - sur mes épaules avec les autres  le vendredi 18 courant jusqu’au cimetière de Zawiyani à OUANI  où se trouve sa demeure éternelle.

Photo ci dessous : kokwa Mwana (décembre 2006)
 
KOKWA-MOINA.JPGBweni Fatima binti Saïd Mikitadi bin Saïd Halidi bin Saïd Abdérémane, est décédée le vendredi 18 janvier 2008 à l’âge de 98 ans à OUANI-ANJOUAN, sa ville natale.
 
Tout le monde l’appelait kokwa mwana, « la mamie de l’enfant ». Mais pour ses petits enfants et arrières petits enfants, elle était tout simplement « Kokwahé » (!!!). Surtout ne me demandez pas des explications sur le choix de ces surnoms car je ne saurai pas vous répondre.
 
Certes, il s’agit de mon arrière grand-mère et de l’arrière arrière grand-mère de mes enfants, mais mourir à cet âge là dans un pays très pauvre comme les Comores où, d’après les statistiques des NU sur la base de projections des données du recensement de la population, l'espérance de vie globale (estimation année 2005) est de 60,8 ans (femme: 62,2 ans et homme: 59,4 ans) reste un fait important. L’on ne trouve pas, en effet, plusieurs cas similaires dans notre histoire. Du coup, avec ses 98 ans, presque une centenaire (!!!), elle reste pour nous le symbole de la longévité au sein de la famille voire même du pays. KOKWA-MWANA2.JPG
 
Kokwa Mwana (a droite) avec une de ses arrières petites filles à l'occasion de son mariage en août 2005 (photo ci-contre).

Je dirais même qu’en l’espèce, il s’agit d’un fait très important car la longévité de Kokwa Mwana a été couronnée d’une santé physique et mentale de fer. Elle est restée débout et lucide jusqu’au dernier jour de sa vie même s’il lui arrivait, des fois, de divaguer un peu. Jusqu’à un âge très avancé, elle partait régulièrement à l’aube avec son traditionnel sumbwerere (chapeau en feuilles de palmier) sur la tête et son bureti – coutelas qu’on utilise pour les travaux des champs- à la main pour cultiver le manioc, les ambrévades (pois d’Angol) et du melé (paddy). C’est ce qui lui permettait de nourrir sa famille. Elle ne rentrait chez elle que vers 18 heures 00. Et, en dépit de la fatigue, elle était toujours au grand rendez-vous du soir. Le voyage des contes. Un moment agréable que ses petits enfants et arrières petits enfants ainsi que les voisins attendaient avec impatience. Sur une véranda, les uns allongés sur une natte et les autres assis par terre. Ainsi, comme l’a écrit Salim Hatubou en quatrième de couverture de son premier livre « Contes de ma Grand-mère » publié chez L’Harmattan en 1994 « le voyage commençait. Nous restions pendus aux lèvres de grand-mère, conteuse aux charmes d’argent. Elle contait telle histoire comme si elle était l’héroïne ou un témoin. Tout cela m’impressionnait. » Grâce à ces voyages riches, j’ai découvert les histoires de Banawassi, les contes du vieillard et son épouse en bois… et de plusieurs devinettes moralisatrices.
 
Kokwa mwana a aussi passé pratiquement toute sa vie, depuis l’âge de 17 ans, à élever et éduquer dans la dignité ses quatre filles, ses petits enfants et quelques uns de ses arrières petits enfants.

Kokwa Mwana en 2002 (photo ci dessous)
 
KOKWAMWANA4.jpgNée d’une mère de MRAMADOUDOU et BADRELE (MAYOTTE) et d’un père très connu de OUANI (ANJOUAN), Cheikh Mikitadi Halidi issu de la famille El Massela, un grand halifa de la Twarikat Chadhuli, la confrérie religieuse dominatrice des Comores, elle fut l’épouse d’un grand notable de la ville, Said Toiha bin Said Omar (décédé en 1976). Celui-ci eut créé la première école privée de sa ville natale dans l’objectif de lutter contre la non scolarisation des enfants de 6 à 7 ans (voir l’article intitulé « OUANI et ses Grands Hommes paru en 2003 dans le n°0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI).  L’ancien Président des Comores, feu Said Mohamed Djohar, lors d’une visite à OUANI en 1991, avait tenu à rendre publiquement un hommage appuyé à « cet illustre  homme et sage qui a marqué les esprits de tous ceux qui l’ont connu » en rappelant particulièrement la célèbre phrase que tout le monde connaît aux Comores et qui lui est attribuée : « SANS WANI, NDZUWANI ALLAIT S’APPELER NDZU ».
 
Kokwa Mwana avait aussi des attaches avec l’île de MOHELI. En effet, selon le généalogiste, Monsieur Mohamed Abdérémane, inspecteur des Administrations Financières à la retraite, qui a consacré un manuscrit sur la famille BIN AHAMADI – COMORES en 1991, le grand père paternel de celle-ci, Cheikh Halidi Abdérémane dit Baco Mafy eut comme grand-mère maternelle, Bweni Binti Ahamadi de DJOIEZI (MOHELI), fille de BIN AHAMADI.
 
A propos de BIN AHAMADI, Monsieur Mohamed Abdérémane nous dit ceci dans son oeuvre précité :
 
« Un riche marchand d’esclaves venant de YEMEN dans le village de HANMOU s’installa à MOHELI à la fin du XVIII siècle où il épousa trois femmes : l’une à FOMBONI, l’autre à DJOIEZI et la troisième à HOANI.
 
Il eut eu cinq enfants dont deux garçons et trois filles : Ali dit Boinali Madi (1er Ministre du Sultan Abderrahamane fusillé en mai 1881) avec la femme de FOMBONI, Kassim, Binti et Fatuma avec la femme de DJOEZI, fille de la famille royale de FOUMBOUNI (GRANDE COMORE) et Amina née à HOANI avec la troisième femme.
 
BIN AHAMADI était un propriétaire d’un boutre. Il naviguait en AFRIQUE – COMORES - ARABIE et trafiquait des esclaves. Il était surnommé Moegné Souka à MOHELI.
 
(…)
 
BIN AHAMADI quitta MOHELI en 1832 avec ses deux filles de DJOIEZI, Binti et Fatuma pour s’installer à ANJOUAN où il trouva refuge à OUANI suite à l’arrivée au pouvoir du prince malgache, RAMANATEKA devenu sultan ABDEREHMAN après s’être converti à l’islam. 
 
Il acheta une parcelle de terrain (1/2 hectares environ) dans le quartier de Bwedzani à l’ouest de OUANI, pour construire les maisons de ses filles où il les maria avec des hommes de bonne famille. Il était surnommé à OUANI, MWAHA (Constructeur).
 
Quelques année plus tard BIN AHAMADI décéda à ANJOUAN en laissant ses cinq enfants : Ali, Kassim et Amina à MOHELI, Binti et Fatuma à OUANI (ANJOUAN) ».
 
Certains descendants de Kokwa Mwana sont de parents de NGAZIDJA (DZAHANI LA TSIDJE, BANDAMADJI YA ITSANDRA…) et d’ailleurs (FRANCE, MADAGASCAR…)
 
Le cas familial de KOKWA MWANA, que l’on retrouve partout à MOHELI, ANJOUAN, MAYOTTE ET NGAZIDJA est le socle de l’existence même de notre pays. Pourtant certains juristes et politiques avides du pouvoir avec la complicité de leurs amis d’ailleurs (historiens, sociologues et juristes) veulent imposer aux COMORES le concept de « la citoyenneté de l’île ». Ils feraient mieux de consacrer leur temps à la lutte contre la pauvreté, la vraie cause de la crise actuelle qui sévit notre pays au lieu de créer d’autres problèmes.
 
On ne joue pas avec l’existence de son pays surtout quand on prétend l’aimer !
 
Paix à ton âme KOKWAHE !
 
Halidi
HALIDI-BLOG-COMORES
 
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Dimanche 16 décembre 2007
Hommage à un grand défenseur de l'unité des Comores
 
 Salim Abdérémane, portant le drapeau de l'Union des Comores
lors d'une manifestation au Trocadéro (PARIS)
salim-abd--r--mane3.jpgSalim Abdérémane, un militant farouche du combat pour l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays, les Comores, au sein de la diaspora comorienne en France est décédé le jeudi 13 décembre 2007 des suites d'une maladie incurable. Cette mort a certainement bouleversé tous ceux qui l’ont connu ou côtoyé. Car c’était un homme de terrain qui croyait profondément à ses convictions et à ce qu’il faisait. C’est du moins le souvenir que j’avais gardé (et que je garde et garderai) de lui à l’issue d’une longue discussion que nous avions eue, tous les deux, à mon domicile, il y a quelques mois. On le voyait régulièrement dans les différentes réunions et manifestations organisées en région parisienne dont l’objectif n’était autre que l’unité et l’intégrité des Comores.salim-abd--r--mane2.jpg
 
Originaire d’OUANI-ANJOUAN, Salim Abdérémane a milité au sein de l’Association des étudiants et stagiaires Comoriens (ASEC) et du Front Démocratique (FD). Il a aussi fait bénéficier de son militantisme à d’autres organisations de la Diaspora comorienne en France dont il est d’ailleurs un des fondateurs : Groupe de Réflexion sur l'Intégrité du Territoire de l'Archipel des Comores (GRITAC), Collectif Comores MasiwaMane (CCMM) ou du Collectif des Associations et Amis des Comores (CAAC), 
 
Une prière funéraire est organisée par la société civile aujourd’hui (le 16 DECEMBRE 2007), à la mosquée de La Courneuve (93), en Ile de France après la prière de DHOUHRI, à 13h00.
 
Selon le CAAC dont il était un des piliers, une autre prière sera organisée le mercredi 19 décembre 2007 à 15 heures 00 à la Clinique Hôpital La Roseraie à Aubervilliers, 120 Avenue de la République 93300 Aubervilliers où se trouve sa dépouille avant son départ pour l’aéroport de Roissy pour un enterrement aux Comores.
 
Un dernier hommage public lui sera rendu le mardi 25 décembre 2007 dans une salle à Nanterre (92). Ce sera l’occasion pour ceux qui l’ont connu de parler de lui et de son noble combat.
Nous présentons nos sincères condoléances à sa femme, à ses enfants et à tous ceux qui défendent l’unité des Comores.
 
Paix à son âme !
 
Halidi Allaoui
HALIDI-BLOG-COMORES
 
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Vendredi 23 février 2007
NE L’OUBLIONS PAS.
Il S’APPELAIT IBRAHIM ALI
 
 
21/02/1995-21/02/2007. Cela fait déjà 12 ans que Ibrahim Ali est mort, il avait 17 ans et aimait la musique.
 
Il a eu, cette nuit là, dans les environs de 22 heures 30, la
malchance de croiser sur son chemin des racistes, des lâches….des colleurs d’affiches du Front National (FN), le parti de Jean Marie LE PEN, armés de pistolets de gros calibre. La France était en pleine effervescence électorale comme c’est le cas actuellement !
 
Curieusement, aucun média national n’a fait allusion à cette commémoration. Pourtant, il le fallait car la mort de Ibrahim Ali survenue le 21 février 1995 à MARSEILLE traduit la honte de la république et illustre la montée du racisme ainsi que l’intolérance d’une minorité de français
 
Ibrahim Ali était un jeune français de filiation et de naissance
même s’il était noir.
Ibrahim Ali était un jeune français de filiation et de naissance même s'il était issu de parents originaires des Comores. Il était fier de
l’être et était très attaché à SA Marseille.
Ibrahim Ali est mort d’une mort terrible, exécrable et gratuite.
 
Cette nuit là, souvenons-nous bien, après la fin de leur répétition musicale, Ibrahim Ali et deux de ses amis du groupe B. Vice courraient pour ne pas rater le dernier bus. Hélas ! Des colleurs du
FN étaient là. Ils lui ont tiré une balle dans le dos. Quelques minutes après, il s’est écroulé et ne s’est plus relevé.
 
Le motif de cet assassinat n’est autre que sa couleur de peau. Il s’agit en fait d’une mort au faciès ; d’un reniement de la différence entre les citoyens français au sein de la république.
 
 Le racisme, l’intolérance et la haine ont tué ce jour là un jeune qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie. Quel gâchis et quelle honte ! Comment peut-on concevoir que des français, même s'ils sont extrémistes, se soient permis d’ôter la vie à un jeune français de 17 ans pour l’unique raison qu’il était noir ?
 
Pensons à ce jeune; n’oublions pas Ibrahim Ali pour pouvoir lutter avec force contre la montée du racisme.
 
Sur l’avenue des AYGALADES dans le 15ème arrondissement, à MARSEILLE où il est lâchement abattu, une plaque commémorative nous le rappelle « ICI EST MORT IBRAHIM ALI A L’ÂGE DE 17 ANS, VICTIME DE L’INTOLERANCE ET DE LA HAINE EN SORTANT D’UNE REPETITION DE THEATRE ET DE MUSIQUE LE 21 FEVRIER 1995.
 
A notre tour, gravons à jamais le même texte sur nos cœurs !
 
Halidi Allaoui
 
 
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Dimanche 14 janvier 2007
 
LA DISPARITION D’UN GRAND HOMME : MONSIEUR AHMED BEN CHEIK (CHEIKH HAMDANI)
Mr AHMED BEN CHEIKH connu à Anjouan sous le nom de CHEIKH HAMDANI s’est éteint le jeudi 11 janvier 2007 à l’âge de 70 ans.
Bien qu’originaire de OUANI-ANJOUAN, il est inhumé le vendredi dernier à MITSAMIHOULI, au nord de NGAZIDJA, conformément à
ses dernières volontés.
Mais cela n’est pas du tout surprenant pour Cet homme hors de commun surtout dans le contexte politique actuel de notre pays dominé par le chauvinisme et le repli. Il s’est, en effet, toujours comporté durant sa vie en Comorien digne de ce nom. Il ne se considérait ni Anjouanais (voire même Ouanien), ni Grand Comorien, ni Mohélien ni Mahorais mais COMORIEN tout court. Partout où il passait il s’intégrait et investissait sans difficulté.
 
Qui n’a pas aperçu ou remarqué un jour CHEIKH HAMDANI (pour les anjouanais) ou BIN CHEIK (pour les autres comoriens) quelque part aux Comores ?
Cet homme moustachu, d’un grand gabarit, portant en permanence des lunettes de soleil, se faisait remarquer dans les différentes cérémonies publiques de notre pays, grâce à son éloquence et à sa maîtrise de l’histoire des Comores ainsi que de la chose religieuse.
 
Ancien gendarme, Vaguemestre et Administrateur civil pendant la période coloniale il a aussi servi dignement les Comores post indépendantes dans les années 80 en tant que Directeur adjoint de
 la SOCOVIA (société comorienne chargée de l’import-export de la viande)avant de profiter paisiblement de sa retraite jusqu’à sa mort.
 
Ce décès que nous considérons prématuré, ne pouvait pas nous laisser indifférent. En effet depuis 1994, nous avons eu le privilège
de faire partie de ses disciples auxquels il prenait un plaisir
incroyable à transmettre ses connaissances historiques de notre
pays aussi bien aux Comores qu’en France.
 
Avec la mort de CHEIKH HAMDANI, nous confirmons ce qu’un grand sage africain a dit : « En Afrique, un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle »
 
Ô Maître, que votre âme repose en paix !!! Amen
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