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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013, ALLAOUI HALIDI A CEDE LA RESPONSABILITE DE VOTRE BLOG A MADAME MARIAMA HALIDI.

 

MERCI DE VOTRE FIDELITE

 

 

CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 08:05

35 ans

Et toujours rien…

 

C’est la dernière blague à la Une sur nos places publiques. Elle nous viendrait de la Belgique, une terre d’Europe aux jambes écartelées entre la Flandre et la Wallonie. Un jour de grande fête, les « notables », un mot impropre dans notre langue, mais très présent dans nos vies au quotidien, décident de se retrouver sur la place de l’indépendance, à Moroni. Fiers sous leurs toges aux mille couleurs, défiant la chaleur grisante, ils sont nombreux à honorer ce grand jour, avec leurs faux-sourires édentés. Il y a là les Mohéliens, les Anjouanais, les Grands Comoriens, il y a même les Mahorais, en costume trois-pièces, eux, pour marquer leur différence. Ne manquent à l’appel que les « Comoriens ». A se demander s’ils sont encore en vie ou s’ils ne sont pas tous partis en exil…

Car voilà à quoi ressemble ce pays déserté par les siens, désormais. A des épouvantails d’histoire évacuée. Des gens qui prétendent se réaliser pleinement avec des miettes d’archipel dans la conscience. Leur ascension se négocie au prix d’un leadership à territoire limité. Devenus Mohéliens, Anjouanais, Grands comoriens et Mahorais, ils se refusent à incarner l’enfance renouvelée d’un peuple en prise avec les démons de la défaite, depuis bientôt trente cinq ans. Un bon Comorien est un Comorien mort ou qui vivote à l’étranger, en se demandant s’il n’a pas perdu son âme dans une tragique traversée. Pendant ce temps, un certain Aboubakari Boina avance dans la presse cette idée insolite, sans que personne ne le reprenne à la virgule près : les Comores, unifiées, politiquement, seraient une invention coloniale. Saïndoune Ben Ali, poète de son état, disait un jour que lorsqu’un âne passe, le Comorien salue tête baissée. Nous, nous nous contenterons de dire que ce monsieur Boina ne maîtrise pas assez la réalité politique de ce pays pour s’autoriser une telle sortie ou peut-être qu’il compte sur l’indifférence de l’opinion comorienne envers ce qui est écrit dans les journaux pour paraître aussi falot, à l’heure des bilans en demi-teinte. Toujours est-il qu’il l’a écrit dans Albalad sans qu’aucun historien ne le corrige vertement.

Ce qui nous a quelque peu dérangés, on doit dire. Car que sont devenus les gardiens de la dignité d’archipel ? Se seraient-ils consumés sur place, à l’image de nos élites dirigeantes, qui ne sont plus que les parties restantes d’un corps calciné par le temps et le mépris de la conquête ? Le fait est que nos « faiseurs » d’opinion confondent encore pouvoir et terroir dans des joutes insulaires sous parrainage international et sous nos applaudissements, comme le souligne le poète. Posons-nous les bonnes questions pour une fois ! Aurions-nous effacé toute trace de ce que qui a été dans le passé commun ? Toute dignité aurait-elle vraiment sombré dans le brouillard des petits pouvoirs au nombrilisme épuisé ? Qui ne se souvient de ces mots d’Isabelle Mohamed, cette fille de lune venue du Bordelais, dans Maandzish N°3/ Petites histoires comoriennes, ouvrage paru aux éditions Komedit ? « Le questionnement sur l’unité des Comores n’est bien évidemment pas anodin ni lié au hasard : certains traits incontournables de la réalité comorienne semblent le rendre possible, mais il faut bien reconnaître qu’il a été orchestré dans l’histoire récente et maintenant dans l’actualité immédiate, à la faveur du conditionnement de la pensée par les modèles extérieurs, particulièrement par le modèle français pour ne pas le nommer. Il satisfait ainsi tous ceux qui ont intérêt à se poser en casseurs d’une unité qui ne permettrait pas le même exercice du pouvoir ou la même mainmise sur un espace convoité ».

Si l’on en croit la pensée ambiance de notre intelligentsia aux affaires, les Comores n’auraient jamais connu d’unité politique avant Passot et Humblot. Dire « oui » à ce qui n’est pas une question est synonyme d’aveuglement, forcément. Dire « non » embarrasserait nos élites, qui n’auraient plus que leur honte à relever, si l’on veut bien appeler « chat » un chat. Des élites qui n’ont pas su reconstruire le destin commun et qui se contentent à présent de verbaliser leur chute. Elites qui semblent voués aux « abonnés absents » lorsqu’on les sonne, et qui scient la branche sur laquelle nous sommes assis dès qu’on leur donne droit à la parole. Mais que sont devenus les rêves d’hier lorsque cette jeunesse avisée, au sortir d’un crash colonial marqué d’un mépris sans retour - nous étions alors en 68, à l’intérieur d’une carlingue de vieux coucou - se mit à composer des chants de révolution au nom de l’utopie collective ? Où sont ces enfants qui se projetaient dans la lutte pour l’émancipation du peuple, en tissant des monceaux d’espérance dans le silence de nos forêts ? Seraient-ils vraiment morts et enterrés ? Ces Comoriens d’un « autre âge », qui parlaient de « culture nouvelle » et de sursaut au grand jour, ne s’imaginaient sûrement pas vivre dans un pays défait, dévasté et déchiqueté de toutes parts. Ils étaient loin de penser que nous ne survivrions plus que grâce à l’assistance internationale. Aboubacakari Boina, qui fut de leurs rangs du temps de l’Asec, avant de se mettre à écrire des bilans critiques d’indépendance où le colon nous apprend à être ensemble, ne doit plus s’en souvenir. Ce qui explique la réincarnation de ses modèles d’antan en une certitude des temps de défaite.

Reste à savoir si ce qui a fait disparaître ces hommes et ces femmes de la gauche révolutionnaire n’est pas lié au fait qu’ils tissaient leurs discours dans le mensonge de la vie en pays dominé. Usiku wa mwendza ndrabo kohomo husha raconte un vieil adage. Apparemment, rares sont ceux parmi eux qui saisissaient le sens de leur propre quête. Ils « perroquaient » comme de vilains petits copieurs qui ne savent plus à quel saint se vouer pour exister sur le trône. Il n’est donc pas surprenant que leurs tissus de boniments finissent d’éclater au grand jour, pendant que le peuple ravale sa misère en travers de gorge. Ces hommes et ces femmes étaient les enfants d’une idéologie étrangère à nos réalités. Du moins, avaient-ils mal lu le préambule des classiques du marxisme-léninisme et des enfants de Mao. Ce qui les amène à tenir ce rôle de valets du néolibéralisme qu’ils tiennent de nos jours, quand ils ne jouent pas aux esprits assagis de la petite semaine. Nous ne citerons pas d’autre nom, pour ne pas céder à une polémique inutile, ce serait perdre du temps. Néanmoins, souvenez-vous qu’un homme ayant appris sa ligne de conduite révolutionnaire, en se laissant duper par l’Albanie de Hodja par le biais des ondes moyennes, pouvait ne pas devenir un saint imam dans une mosquée à l’étroit, à Ngazidja. Souvenez-vous également de ce que ce fils de la petite-bourgeoisie des hauteurs de Moroni, torturé dans une caserne à Voidjou par les mercenaires français, qui se présente comme l’avocat du nouvel ordre des patrons profitant de la déchéance humaine dans l’archipel, avait cru défier un jour. Pardonnez-nous d’avoir à insister. Que sont devenus les enfants de l’utopie collective en terre comorienne ? Qu’ont-ils appris de leur lutte qui les fasse renoncer à toute trace de dignité ? Il y a encore peu, un historien de la place, issu de cette génération au regard biaisé, s’essayait à démontrer que Humblot le colon fut un botaniste dont il faudrait réhabiliter les travaux pour le bonheur futur des Comoriens. A ce rythme, il n’y pas de doute, Dieu lui-même risque de nous tomber sur le paletot.

De là à imputer la responsabilité d’un pays déchu à cette seule génération de gauche, apparue à la faveur d’une confusion générale, à la fin des années soixante, il n’y a qu’un pas que nous allons bien sûr franchir sans retour. On ne peut nier le fait qu’ils étaient les premiers à pouvoir décrypter le monde en devenir et à nourrir l’espérance du mieux-vivre sur cette terre. Ils portaient en eux les prémices d’un pays en lutte pour son destin à venir et posaient une dialectique sur un enjeu de transformation sociale pour tous nos concitoyens. Ils étaient à contre-courant de la pensée ambiante, incarnée par les toges de notables et les ambitions mesurées d’une élite formatée au service du pouvoir colonial. Mais pourquoi ont-ils subitement renoncé à se battre ? Pourquoi sont-ils devenus les artisans et les experts d’une cogestion de crise financée par les organismes internationaux d’assujettissement des peuples ? Aujourd’hui, ils travaillent pour le FMI, la Banque mondiale et l’Union Européenne, qui privatisent le pays. Ils travaillent pour le système des Nations unies, qui n’arrive pas à aller au-delà de vingt résolutions contre ce qui déconstruit un pays. Ils travaillent aussi pour la coopération française, qui continue de vouloir acheter la paix sociale, afin de ne pas avoir à payer l’entretien (trop coûteux) d’une centrale d’écoute en pays étranger. Ils ne travaillent surtout plus pour un pays (le leur), qui ne sait plus où donner de la tête pour pouvoir se soigner, se former ou se nourrir. Ils ont oublié jusqu’à leur mystique révolutionnaire et ne sont plus que les ardents défenseurs d’une realpolitik de la soumission. De l’apprentissage de la vie en pays dominé à l’acceptation des temps de défaite comme un point d’achèvement de leur formation politique, personne ne s’imagine le temps parcouru. Il faudrait pouvoir dresser un bilan pour le saisir au plus près. Or ce bilan, tous le refusent d’un air détendu depuis que la liberté d’expression se revend au détail sur le grand marché de Volo Volo. Comment défendre un pays sans disserter sur les manquements d’une élite ayant troqué sa conscience contre un 4x4 rempli de fruits à pains et un passeport biométrique passant les frontières de Paris et Marseille sans kwassa kwassa ?

Au six juillet dernier, on nous suggérait de ne pas tout confondre dans le même marigot. Sambi s’en va, la république est sauve, et Mohéli va jouer à la tournante sur une PlayStation. Il n’y pas de raison pour qu’elle n’accède pas à la même technologie que les autres îles. Mais qu’allons-nous devenir, nous autres, qui écrivons sur le désastre, sans savoir comment l’exorciser ? Nous avions un pays, les Comores. Nous n’avons plus que des morceaux d’îles dans nos têtes. L’Etat comorien, qui existe, n’en déplaise à ceux qui racontent le contraire, signe et contresigne les dernières opérations de privatisation du pays. Après les matins de défaite face à l’adversité coloniale, nous sommes passés au cauchemar des années de renoncement, avec femmes, enfants, armes et bagages. Bientôt, nous allons nous transformer en clandestins sur nos propres terres, à défaut d’organiser la fuite massive d’un peuple en désarroi quotidien. On ne vous parle pas des seuls rescapés de la traversée entre Anjouan et Mayotte. On vous parle aussi de ces terres vendues aux fonds d’investissement étrangers, qui vont faire de nous des êtres sans-abris, à quelques mètres des consciences suspendues de nos cimetières. Va-t-on les terrasser, ces cimetières, pour ne plus avoir à se souvenir du passé ? Le 6 juillet 2010, 35 années après avoir confondu les mots « indépendance » et « dépendance » dans un délit d’initiés, nous avons célébré la mort dans l’âme la reddition d’un peuple, dont le mkalimani, cette élite aux affaires, ne sait plus que mimer le « oui » de l’avilissement intellectuel. Certes, nous sommes la résultante d’un pouvoir destructeur, venu d’ailleurs, étranger à notre soif de liberté. Mais nos élites, à quoi elles servent, à part expliquer et raconter que 3+1 égal à 2, voire à 5 ? La logique voudrait que 3+1 fassent 4 pour que les jeux passent la rampe du casino de nos régimes usurpateurs. Mais ça tout le monde s’en fout bien sûr…

Collectif Komornet

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Mariama HALIDI HALIDI - dans OPINIONS DES AUTRES
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