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  • : HALIDI-BLOG-COMORES, Blog des COMORES
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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:26

Nassuf Djailani ou poète d’un archipel oublieux

Par le poète comorien Adjmael Halidi

 

Une œuvre d’art est bonne si elle est née de la nécessité. C’est dans la nature de son origine que réside sa valeur : il n’en est pas d’autre.
Lettres à un jeune poète. Rilke

“”

Nassuf-Djailane.jpg

                                         (Photo Archives / Nassuf Djailani)


« Qu’est-ce qu’écrire sinon habiter le silence ? Fouiller dans ce qui n’est pas dit encore, dans ce qui retournera de toute façon dans ce même silence. » Sûrement chez beaucoup de gens cette question triture : Commencer ce portrait par des phrases extraites de l’Arbre Anthropophage de Raharimanana était –il pour son auteur une obligation ? La réponse est oui. Oui puisque ces phrases résument toute l’œuvre du jeune écrivain-poète comorien d’origine mahoraise qu’on a à présenter.

En effet, Nassuf Djailani est issu, comme il l’affirme lui-même dans le florilège Roucoulement d’un « peuple de silence » dont l’ « histoire est inconnue ». Inconnue par lui. Lui, le peuple. Le peuple comorien. Ce même peuple que selon l’histoire a par le passé toujours été ballotté et divisé. Divisé d’abord par des guerres fratricides menées par des « sultans batailleurs » peu scrupuleux, souvent esclavagistes. Divisé aussi par des colons à l’instar de Humblot à la Grande-comore et de Lambert à Mohéli qui avaient rejoint cet archipel du bout du monde, juste pour une seule et unique raison, faire fortune. Et pour concrétiser leurs rêves, ils avaient dû suivre à la lettre le fameux conseil de l’homme politique français, Jules Ferry (1832-1893) prodigué naguère au Parlement français : « Diviser pour mieux régner. »

 

En 1975, pendant qu’Ahmed Abdallah, premier président de l’Etat comorien, a proclamé unilatéralement l’indépendance des Comores, l’île de Mayotte a préféré rester sous tutelle française. « Trumba/ Arrachement de la pagaie de la pirogue au creux de la vague sevrage précipité lait continuel qui coule mamelle à l’air mère qui rejette sur le sable mouvant enfoncement vertigineux sous le soleil des indépendances » explique à juste titre Nassuf dans le poème Dans le vertige du trumba. A juste titre, puisque les Comores sont devenues une chaise bancale, un « quartier de lune éteinte » depuis que Mayotte a pris le large. « Ô ma terre ! / Séparée à jamais de ses sœurs comoriennes » .

Aux Comores indépendantes, même après trente années d’indépendance, le pays est « acculé à l’ombre des nations », sombre dans la pauvreté et les coups d’Etat et survit tant bien que mal d’assistanat, d’aides venants de l’extérieur. Il est devenu selon Nassuf « Comme mort/ corps tremblant au fond d’un sarcophage ». Et de l’autre côté de l’archipel, les Mahorais, au prix d’une vie décente, d’une survie « par procuration », d’assistanat, plus précisément, et d’un passeport [français] qui leur permet de voyager partout où ils veulent sans ambiguïtés, renient leur identité comorienne. Disent éhontés qu’ils ne sont pas de « l’homo comoruis ».

« car ils ont achevé de me convaincre que le bonheur est ailleurs » ; et d’ailleurs pendant que les Comoriens de nationalités comoriennes rament ciel et terre pour rejoindre Mayotte par une « mer broyeuse d’hommes » , dans une traversée dont nombreux sont ceux qui périssent, à Mayotte personne ne dit mot : et les voix qui osent s’élever sont juste pour insulter et dire : « Kari vendze ! WaNdzuwani nawalawe ( Dehors les Anjouanais » !) . Et pour Nassuf se taire devant une telle hécatombe juste histoire de ne pas voir son pain beurré et ses ailes de poulet partir vers d’autres cieux tient de l’anthropophagie, « de la mort à la vie, manger du mort c’est être vivant » . Entre autre, comme a dit Wole Soyinka, « un mort est une tragédie, un million de morts une simple statistique. »

 

Il y a le mot qui fait éclore le cri
Il y a le mot qui gémit de douleur
Il y a le mot cri-de-douleur
Il y a le mot îles
Il y a le mot dérive
Il y a le mot îles-à-la-dérive
Il y a le mot mémoire
Il y a le mot recoller
Il y a le mot mémoire-à-recoller
Il y a le mot Archipel
Il y a le mot construire
Il y a le mot Archipel-à-reconstruire 

 

Le travail d’écriture de Nassuf est celui d’un enfant né en novembre 1981 à Chiconi dans ce pays dominé à savoir Mayotte, où pour les dirigeants et les dirigés « la léthargie, l’engourdissement devaient continuer, [puisque] des négrillons dociles yeux baissés qui ne posent pas de questions c’est nettement plus confortable » . Et ce travail d’écriture est loin d’être celui d’un rebelle qui se rebelle contre les aînés « abandonniques ». Mais c’est celui d’un être qui pense pour exister. « Je pense, donc je suis » comme disait Descartes. Ce qui veut dire que Nassuf Djailani cherche à interroger l’histoire, à recoudre la mémoire. Un jeune mahorais qui veut empêcher que d’autres faits sociaux passent sous silence : un jeune mahorais qui accepte sa comorianité pendant que beaucoup sont dans son île, dans son archipel, qui la dénient. Pendant que beaucoup dans son archipel sont « coincé(s) entre le vouloir être/et la haine du  »je » /Coincé(s) entre le désir /urgent/de tendresse/et la haine du syndrome /du  »je » /Coincé(s) entre le nombrilisme /égoïste/et l’étau/qui se resserre/étouffant »

Désir
d’abandonnique
Frustré
d’avoir été
trop vite
sevré
de ton délicieux lait frais
A mon tour aujourd’hui
de te désirer
de toutes mes fibres
Désir
frustré
d’abandonnique
trop rapidement
sevré
de ton beau sein
trop tôt privé 

 

On peut dire que Nassuf Djailani est sous l’emprise d’un trumba. Un trumba de la vérité. Et c’est cet esprit d’origine malgache « qui [le] prend au collet / et qui [l'] ordonne d’être [lui-même] ». Et pour lui être soi-même c’est  avant tout « voir l’intérieur de cette terre oubliée. Terre errante au gré des vagues indianocéanes. Bribes de choses vues, vécues dans le plus profond de la chair. (…) Voir. Se voir, pour mieux se remettre en question afin d’avoir « la force de regarder demain ».

C’est douloureux que d’écrire
Poétique de l’ensemencement
De la terre mienne
pluie de mots
ruissellent sur la feuille songe
Imprévisible

 

Nassuf veut simplement sommer les mots afin qu’ils retirent du silence la vérité de son archipel, de son peuple comorien pour que ce dernier puisse « se réconcilier avec la mémoire reconquise ». Et pour se faire, il « se [ceint] les reins pour défendre [cette] part de dignité [...] déchirer [les] tissus de mensonges séculaires ». Donc il fait le sacrifice de « pourchasser les comoriâneries ». De dénoncer. De faire entendre ses pleurs. Sa rage. La rage de voir ses frères comoriens de nationalité comorienne broyer par la mer ou voir ses frères comoriens de nationalité comorienne et de nationalité française se faire la guerre. La rage d’être condamné à accepter qu’on soit inculqué des idées fausses, une histoire fausse, un imaginaire inadapté à ses origines « Terre muette dont l’histoire est niée, timidement racontée en des paroles évaporées au premier souffle du vent. Quel choc cela fut pour les jeunes écoliers que nous fûmes d’avoir à être habité par l’autre, le laisser construire notre imaginaire, nous dicter notre propre version des choses, devenir notre mémoire » . La rage d’être dominé. Il se ceint les reins certes, puisque ce n’est pas facile de dénoncer quand on est entouré de frères, de sœurs, d’aînés « abandonniques ». Qui mine de rien peuvent dire qu’on est un « serrer-la-main » , en un mot, un traitre : à une époque où ces petites histoires de « serrer-la-main et « sorodats » sont révolues. Et c’est la raison pour laquelle la voix de Nassuf Djailani ne s’élève que timidement. « Mourir d’envie de dire mais prostré à l’idée de heurter, Mourir d’envie d’écrire mais rester interdit par la peur et l’angoisse de choquer » . Mais en tout cas, timide qu’elle soit cette voix, elle a une longue portée.

Puisqu’en 2006, Nassuf Djailani a été le lauréat du grand prix littéraire de l’océan Indien à l’occasion de sa huitième édition organisé par le département de la Réunion grâce au recueil Roucoulement. Et son premier recueil Spirale paru chez les éditions Les belles pages à Marseille en 2004 et qui exhorte ses frères et ses sœurs du monde entier à se soulever contre la domination et à se libérer de la coquille anarchico-féodale de la tradition ainsi que son recueil de nouvelles Une saison aux Comores paru chez Komédit à Moroni en 2005 sont aujourd’hui considérés comme des chefs d’œuvre. Et est aussi lauréat du prix Bayard de jeune journaliste grâce à l’article Portrait de fille de /fils de paru dans le quotidien La Croix en 2006.

Nassuf Djailani qui a commencé à écrire au collège à Mayotte dans les journaux Tam-tam et Lisez-moi et au Lycée à Marseille dans la revue IRO (Insurrection de la Rhétorique Outrancière) est aujourd’hui, après être diplômé de l’Institut de Journalisme de Bordeaux-Aquitaine, journaliste pigiste pour la télévision, la radio et la presse écrite notamment RFO Paris, France 3, France Inter et les revues littéraires Riveneuve Continents et UBU, scènes d’Europe. Dramaturge, sa pièce de théâtre, encore inédite, La vertu des ombres, a été jouée et aux Comores indépendantes et à la Comore française par la troupe Djumbé.

 

Ma terre, mon amour
Tu entends, je dame mes pieds sur ton sol
Et je dis !
Kiasi ivo (assez !)

 

Enfin, l’appel à l’amour de Nassuf Djailani des îliens de l’archipel des Comores, il ne l’adresse pas qu’à ses frères et sœurs de Mayotte, il l’adresse à l’endroit de tous les habitants de l’archipel comorien. Il les exhorte tant à « bâtir la charpente de (son) archipel à l’image de notre volonté seule » qu’à protéger la nature puisque « la nature a sa loi(…) il ne faut pas [la] violer (…) impunément. Car sinon elle se venge tôt ou tard » , à garder leurs traditions et à être fiers de leur histoire. Oui fiers au lieu d’assumer, parce qu’on assume que ce qui est mal.

 

Déterrer mon archipel acculé à l’ombre des nations,
narrer mes îles amoureuses,
rattraper mon île pressée de s’en aller,
japper mon archipel tiraillé,
roucouler mes îles chamailleuses,
désaliéner mon île aliénée,
enchanter mes îles désemparées,
choyer mon archipel meurtri,
raisonner mes îles querelleuses,
épeler mon île hippocampe,
dérider mon archipel attristé,
caresser mes îles douce-râpeuses,
affronter mon île rebelle,
hisser mon archipel englouti dans les ténèbres,
recoudre le tissu de mes îles défaites,
plonger puis replonger mon archipel
dans une partouze éternelle.

 

Adjmael Halidi

 

Source : http://nomansland.mondoblog.org/2010/10/11/nassuf-djailani-ou-poete-dun-archipel-oublieux/

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