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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 13:37
Non. Nous n'avons pas le droit d'oublier les évenements douloureux de Madagascar de décembre 1976. On n'en parle moins pour ne pas dire qu'on n'en parle pas du tout. 
 
En décembre, on pense plutôt aux fêtes de fin d'année. Pourtant beaucoup de comoriens doivent detester cette période.
   
En effet, en décembre 1976, ils étaient des enfants, voire même des bébés et avaient assisté en direct au massacre de leurs parents.....Ils sont traumatisés.....
Beaucoup de comoriens ont été massacrés dans la ville de Mahajanga à MADAGASCAR.
 
Curieusement, aux Comores, on fête en ce moment, soi-disant un effacement de la dette par les bailleurs internationaux. Ou encore le fait de figurer sur la liste des pays les plus pauvres.
Oh que c'est ridicule. Fort heureusement, le ridicule ne tue pas.
Vas y le con, mords. Chante, danse, pas de boulot. Plus de dette  aujourd'hui car à la banque c'est l'équilibre : Débit 0 et crédit :0. , c'est la fête lunaire. . wachalboooooooooooo wahidakummmmmmm. yoooooooooo.
 
Moi je pleure comme le ciel parisien  et cet ami d'enfance né à Madagascar qui pense certainement aujourd'hui à ses parents qu'il n'a jamais connus!
   
Quand j'étais enfant, je jouais au ballon dans la poussière de Ouani, ma ville natale, aux Comores, avec lui et d'autres enfants. Des orphelins dont certains ont vu couler le sang de leurs parents. D'autres ont appris tout plus tard. Ils jouaient avec nous mais ils avaient rarement le sourire. Ils n'avaient pas notre chance : rentrer à la maison et retrouver leurs parents. Ils étaient arrivés en catastrophe aux Comores.  
 
Pour connaitre ce qui s'est vraiment passé à partir du 20 décembre 1976 à Mahajanga, je vous propose ci-dessous un article du journaliste comorien Kamal Eddine Saindou   en date de décembre 2006 :
Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES)
 
   
Mémoires/ Décembre 1976 : Massacre de Mahajanga, la vérité enfouie 
La déchirure provoquée par les massacres de plus de mille Comoriens en décembre 1976 à Mahajanga, entache aujourd'hui encore les relations entre Comoriens et Malgaches. Une chape de silence empêche ces deux communautés d'en faire le deuil. Une enquête réalisée à Mahajanga par Kamal'Eddine Saindou.
 
20 décembre 1976, 20 décembre 2006. Cela fera exactement 30 ans que se sont déroulés dans la ville de Mahajanga, ce que la presse de l'époque et les déclarations officielles nomment les "événements de 1976". Incorrectement, car il s'agit bien d'un massacre tant par le nombre de victimes que par la rapidité avec laquelle cette tuerie a été exécutée. Deux éléments qui font croire plutôt à une opération planifiée qu'à un simple excès de colère d'une famille bafouée dans son honneur.

Bien qu'aucun bilan officiel n'ait été établi ni par les autorités comoriennes, ni par celles de Madagascar, les chiffres avancés par diverses sources font état de près de 2.000 Comoriens tués en trois jours, entre le 20 et le 22 décembre. Des viols ont été également perpétrés, sans compter les centaines de maisons incendiées ou pillées. Les autorités comoriennes de l'époque ont dû rapatrier dans l'urgence les survivants. Plus de 16.000 Comoriens ont ainsi regagné Moroni en quelques semaines. 1.200 ont rejoint Maore au cours des premiers mois de 1977.
 
Gorille, un Comorien natif de Mahajanga, avait 26 ans en 1976 et se souvient de ces trois jours de folie. "Au départ, il s'agissait d'une altercation entre un Grand-comorien et un Betsiberaka à Fifio, à côté de Mandzarsoa. A l'époque, c'était un petit quartier, un petit terrain de foot." Des versions concordantes attestent la cause immédiate du drame. Un enfant Betsiberaka fait à deux reprises ses excréments dans la cour d'une famille comorienne. Excédé, un membre de celle-ci barbouille l'enfant de ses excréments. Nous sommes le 19 décembre. "On ne joue pas avec les excréments. Ça ne plairait à personne" reconnaît Gorille. Au-delà de l'indélicatesse de cet individu, un tel geste constitue une souillure dans la coutume des Betsiberaka, une ethnie issue du sud de la grande île. Informés de l'incident, "les Comoriens ont eux aussi compris la gravité de l'acte et ont accepté de réparer l'affront par un zébu et de l'argent" selon la coutume betsiberaka. Mais à la surprise générale, l'arrangement est refusé. "Les Betsiberaka ayant monté les enchères à 10 zébus, les Comoriens n'étaient pas d'accord" se rappelle Gorille.
 
Pourquoi cet arrangement coutumier n'a-t-il pas fonctionné ? Pour les témoins des événements, c'est là que se joue l'enjeu et les raisons cachées du drame qu'aucun signe précurseur ne laissait envisager. La partie comorienne se disait d'autant plus surprise "qu'elle était tout à fait disposée à ce que l'auteur de ce geste, arrêté le même jour par la police, soit traduit en justice", ajoute Mohamed Hachimo, un vieux Comorien de Mahajanga qui a fait partie des conciliateurs.
TOUJOURS EST-IL QUE les événements se sont précipités. Les Betsirebaka qui voulaient sans doute venger l'affront par le sang, ont investi le poste de police de Mahabibo, demandant qu'on leur livre le malfaiteur. Ce qu'a refusé la brigade de police. Ce refus a-t-il décidé ce groupe à se faire justice lui-même ? C'est en tout cas ce qui est arrivé le 20 décembre avec l'attaque de la mosquée de Mahabibo. "Les Betsirebaka ont jeté des pierres à l'intérieur de la mosquée, les Comoriens présents ont répliqué, il y a eu deux morts" raconte Gorille. Cette première altercation est prise au sérieux par la partie comorienne, mais pas par les autorités. "Nous avons décidé d'organiser des patrouilles [des comités de défense, ndlr] pour nous protéger et empêcher les Betsirebaka de pénétrer dans certains quartiers, notamment à Labattoir, où vivait une grande partie de la communauté. C'est à partir de ce moment-là que les autorités de Mahajanga ont déployé les forces de l'ordre, qui curieusement au lieu de calmer les choses, ont ouvert le feu sur nous. Pendant ce temps, les Betsirebaka ont mis en place un plan d'occupation de la ville par Mourafine, Manga, Tsararano, Labattoir et profité pour mettre à exécution leur stratégie de la terre brûlée en incendiant les maisons, obligeant les gens à sortir et pouvoir ainsi les attaquer."
D'autres groupes ont investi les entreprises où travaillaient les Comoriens et les parcours de passage des bus.
On a compté les premières victimes dans la communauté anjouanaise, dont les membres habitaient dans les quartiers où vivaient les Betsirebaka, et pensaient qu'ils seraient épargnés en se désolidarisant des Grand-comoriens montrés comme les responsables de ces événements. C'est seulement le 22 décembre que le pouvoir malgache a décrété l'état de siège et dépêché les forces stationnées à Diego-Suarez pour instaurer le calme. Les rescapés ont trouvé refuge au camp militaire, pendant que les corps chargés dans des camions étaient jetés dans une fosse commune au cimetière d'Antanimasaja.
Trente ans après, seul le souvenir des événements est intact dans la mémoire de ceux qui les ont vécus, comme Sergent, un autre Comorien natif de Mahajanga Mais personne ne veut vraiment en parler. "Bof, c'est vieux maintenant, ce n'est pas la peine de ressasser", lance un jeune homme adossé à la mosquée du vendredi de Mahabibou, entièrement reconstruite. "De toute façon, les auteurs de ces crimes sont morts ou devenus fous, frappés par le mauvais sort grâce aux prières des musulmans [à Mahajanga, le Comorien est synonyme de musulman, ndlr]. Tous les Betsiberaka ont depuis ces événements déserté la ville" explique Kadhafi, un ami malgache converti à l'Islam.
TOUT SE PASSE COMME s'il fallait effacer toute trace de ces massacres. "Avant, on commémorait ces événements par une cérémonie religieuse, maintenant, on ne fait rien" souligne M. Hachimo. A Antanimasaja, rien ne signale la fosse commune dans laquelle sont ensevelis les victimes de ces massacres. Après plusieurs minutes passées à tourner dans ce géant cimetière, un habitant du coin nous dirige vers un terrain vague. "C'est là qu'ils ont été enterrés." Aucune trace de sépulture. Juste quelques morceaux de roche jonchant la terre rouge sous une herbe sèche. Des roches qui pourraient aussi bien être posées là par hasard... "Il est trop tard pour construire quelque chose à la mémoire des victimes. Les Malgaches le prendraient mal", pense Gorille.
 
DANS CETTE ATMOSPHÈRE lourde de suspicion, ce pacte de silence est plus pesant que les blessures enfouies. Dans un article paru dans la revue Tarehi de décembre 2001, Ali Mohamed Gou, chercheur au Cndrs (Centre national de la recherche scientifique), qui parle de "génocide", égrène une liste interminable de questions sans réponses. Les mêmes que tout le monde se pose depuis trente ans. Pourquoi ? A qui profite ce crime ? Du côté comorien, aucune enquête sérieuse n'a été menée pour tenter d'élucider les vrais mobiles de ce massacre.
La délégation officielle dépêchée à l'époque sur place pour organiser l'évacuation des rescapés s'est arrêtée à Antananarivo. Du côté malgache, 150 inculpés ont comparu devant un tribunal militaire spécial. "Après une audience de plusieurs jours, ce dernier a prononcé à l'encontre des personnes impliquées dans cette affaire 54 condamnations aux travaux forcés, 54 peines d'emprisonnement et 29 peines d'emprisonnement avec sursis.
Seize personnes ont été acquittées", révèle Océan Indien actuel dans son édition de février 1978. Le magazine ne précise à aucun moment les chefs d'inculpation retenus contre les condamnés. Faute d'un rapport circonstancié sur ce drame, chacun spécule.
Beaucoup de Comoriens soupçonnent encore aujourd'hui le président de l'époque, Ali Soilihi, d'avoir comploté pour provoquer un retour massif aux Comores et construire le pays. "Ali Soilihi a grandi à Mahajanga, il savait que les Comoriens d'ici avaient un savoir-faire et une habitude de travail qui pourraient aider le pays. Je me demande par contre s'il savait que les choses allaient tourner au drame", commente un groupe de Zanatani (les Comoriens nés à Mahajanga ou de parents mixtes). Une thèse démentie par Mouzawar Abdallah, ministre des Affaires étrangères d'Ali Soilihi, qui avait conduit la délégation comorienne dépêchée sur place à l'époque. "Le jour où cette ampleur sera mieux cernée, je vous assure que ceux qui ont jeté la responsabilité de ces massacres sur Ali Soilihi, ont commis un crime au niveau national", rapporte M. Gou dans son article sur ces événements.
 
Une possible implication du pouvoir malgache de l'époque est également avancée par des témoins. Plusieurs personnes ont prononcé le nom d'un Comorien que nous appellerons A.C., dont le rôle dans ce dossier est pour le moins équivoque. "Il était un des représentants du parti de Didier Ratsiraka [alors président, ndlr], et nous attestons qu'il était pour quelque chose. Il informait les tueurs et leur montrait les maisons où habitaient les Comoriens. C'est d'ailleurs après qu'il soit parti pour Antananarivo, sans doute pour rencontrer les autorités, que l'armée est intervenue pour limiter les dégâts. Etait-il dépassé par les événements ?" s'interrogent ses accusateurs.
 
L'hypothèse d'une opération politique orchestrée par le pouvoir de l'époque est également celle de M. Hachimo. Cet engagé militaire de 85 ans, impliqué dans la vie malgache depuis 1943, estime que "ces événements sont la conséquence de la connivence entre les Comoriens et le régime de Tsiranana [ancien président évincé du pourvoir en 1972, ndlr] et d'une certaine façon, le prix du rôle ambigu que certains ont joué durant l'insurrection [contre la puissance coloniale française, ndlr] de 1947". Ces événements, démontre t-il, "se sont produits au tout début du régime de Ratsiraka. Un régime révolutionnaire qui se méfiait de tout ce qui pouvait contrecarrer la révolution. Or, pour Ratsiraka, les Comoriens, de par le rôle politique et l'influence qu'ils avaient sur Mahajanga, pouvaient constituer une menace pour son régime".
 
Ce n'est pas ce que soutient le journal malgache L'Eclair dans son édition de mars-avril 1977.
Ce bimestriel favorable au régime de Ratsiraka, le seul journal à notre disposition qui consacre un article à ces "événements", ne lève pas complètement le voile. Latimer Rangers parle cependant de "forces de la réaction" qui "tentent maintenant de rééditer au niveau des ethnies les événements des 20, 21, et 22 décembre 1976". Le journaliste ne laisse pas de doute sur le fait que ces troubles étaient prévisibles.
LE PRÉSIDENT DIDIER RATSIRAKA y avait lui-même fait allusion. Dans un discours de clôture de la campagne électorale de mars 1977, que publie le journal, les propos suivants sont très révélateurs : "C'était une provocation grossière, une action criminelle perpétrée contre nous et le peuple frère comorien. Nous en avons été avertis dès le mois d'octobre [deux mois avant les massacres de décembre 1976, ndlr] par une lettre qu'un étranger nous a adressée. Dans cette lettre, il nous faisait part de ses idées sur les différentes actions qui pourraient se manifester pour abattre le régime malgache. Il soulignait, en particulier, que l'Ouest malgache pourrait servir de cadre à une telle action. Une preuve que certaines personnes résidant en Europe sont plus qu'intéressées par une éventuelle chute du régime." Pour contrer ces actions, le président malgache lance cet appel : "Tous les militants des fokotany [comités de quartier, ndlr] doivent veiller en permanence pour mettre en échec toutes les manoeuvres de sape et de sabotage."
Cet aveu du président Ratsiraka, affirmant savoir deux mois avant les événements qu'il se tramait quelque chose sur la côte ouest, rend plus suspect encore le laisser-faire de la police de Mahajanga et l'intervention tardive des troupes malgaches pour arrêter ces massacres.
L'incident entre les deux familles comorienne et malgache, serait donc l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Cependant, pour Hachimo, on ne peut pas exclure le fait que certains éléments aient pu profiter de ces troubles pour exprimer leurs rancoeurs. "Les Comoriens n'étaient pas très évolués, ni très riches, mais c'étaient des gros travailleurs et ils savaient économiser leur argent, qu'ils dépensaient dans des manifestations de prestige comme leur Grand mariage. Ils menaient aux yeux de certains Malgaches, une vie de pachas en quelque sorte, et affichaient dans leur comportement, un air de supériorité et de prétention qui agaçait certaines franges de la population locale. Je pense aussi que le fait qu'ils constituaient la plus grosse communauté musulmane, a contribué à ce sentiment de supériorité, estimant que leur religion était au dessus des autres. Particulièrement les gens de Grande Comore, semblaient oublier qu'ils n'étaient pas chez eux." Thany Youssouf, un rescapé des massacres qui vit aujourd'hui à Maore, confirme cette attitude : "A Mahajanga, on était chez nous. Moi je me sentais malgache, j'avais toujours vécu là-bas, nous n'étions pas des étrangers. Les Betsimisaraka étaient plus étrangers que nous à Mahajanga Nous étions là depuis des siècles. Mahajanga est une ville comorienne. Pour beaucoup d'entre nous, la nuit est tombée en décembre 1976 : on s'est rendu compte que nous étions des Comoriens, qu'on le veuille ou non."

CETTE DERNIÈRE EXPLICATION rejoint en partie celle du seul Malgache de la ville qui a accepté de livrer son sentiment sur la cohabitation entre les Comoriens et les Malgaches à cette période. Professeur de philosophie, poète et actuel président de l'Alliance française de Mahajanga, Roger Rakotondrasoa se définit comme un humaniste. "Comme j'ai grandi avec les Comoriens, je peux dire qu'ils ont un défaut. Ils croyaient que Mahajanga leur appartenait, était à eux et de fait ne s'intégraient pas. Ils manifestaient un esprit de vanité, d'orgueil. Un peu vantards." S'il ne peut pas approuver les "incidents" de 1976, Roger pense toutefois que "les choses sont revenues à la normale" après...
KAMAL'EDDINE SAINDOU
Kashkazi n°58 décembre 2006

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Mariama HALIDI HALIDI - dans DIASPORA
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