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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 21:36

Source : http://www.malango-actualite.fr/article/mayotte_sous_les_mabawas_les_cactus-7923.htm

Lundi 24 Octobre 2011 à 09:19:26

 

Mayotte - Sous les mabawas, les cactus

Par Eric Trannois

 

La ''crise des mabawas'' a finalement peu à voir avec un problème de vie chère. Ce thème a été choisi par référence au mouvement de Guadeloupe de 2009, mais il masque une autre réalité bien plus dérangeante pour ceux qui sont en réalité responsables de ce mal être des Mahorais qui se rendent compte qu'on les a bernés pendant cinquante ans.


La graine qui donnera naissance au mouvement des mabawas et à bien d'autres, soyons en certains, a été plantée en 1958 quand les chefs politiques locaux ont commencé à revendiquer le statut de département pour Mayotte. Après le référendum de septembre 1958, les Comores choisissent d'adopter le statut de territoire d'outremer. Seuls les quatre conseillers de Mayotte optent pour le statut de département par une motion qui ne sera même pas mise aux voix. Le 2 novembre 1958 est créé le ''congrès des notables de Mayotte'' qui revendique officiellement, pour la première fois, le statut de département pour Mayotte.


L'histoire revisitée autant par les édiles locaux que par l'état évoquent souvent la légendaire ''francophilie'' des Mahorais. En fait, elle est comme toutes les légendes et c'est Younoussa Bamana qui la définissait le mieux et beaucoup plus prosaïquement quand il disait que « tant qu'à être colonisés, autant que ça soit par un pays riche » pour expliquer -en partie- le refus de l'élite politique mahoraise de rejoindre les autres îles des Comores dans l'indépendance.


C'est donc dès le début du ''combat'' -combat contre qui?- pour la départementalisation qu'a commencé la grande arnaque consistant à faire croire à un peuple crédule -la première école maternelle a été construite à Mayotte en 1993- qu'il suffisait d'être département français pour que l'argent se déverse dans les poches des Mahorais. Sans contrepartie. Pour preuve, cette réponse faite devant les caméras de Télé Mayotte peu de temps avant la consultation de 2009, par un Mahorais de la rue interrogé sur la mise en place prévisible des impôts locaux : « si on nous donne de l'argent, ce ne sera pas un problème [de payer des impôts] ».


Encore aujourd'hui, rares sont les Mahorais -abstraction faite de ceux qui ont vécu en métropole et qui sont d'ailleurs bien mal accueillis à leur retour à Mayotte- qui ont une vision objective de ce que représentent la départementalisation et un système social français déjà bien mis à mal depuis 1974, date à laquelle ont coïncidé l'indépendance des Comores et la première crise du pétrole qui deviendra rapidement tout simplement ''la crise'' et dont nous ne sommes jamais sortis depuis. Le système social français n'est plus ce qu'il était, mais personne n'en a averti le peuple mahorais.


Dès la mise en chantier des modifications institutionnelles à Mayotte après la consultation de 2000, organisée par le gouvernement Jospin, qui prévoyait la départementalisation dans les dix ans, les Mahorais ont commencé à voir leurs traditions et culture de plus en plus amputées et remplacées par des concepts et des modes de fonctionnement nouveaux pour eux et à l'opposé de leurs pratiques ancestrales. L'entraide et la communauté laissent place à l'individualisme occidental, la transmission autant culturelle que morale entre générations ne se fait plus, par exemple. Si au moins cette période avait été mise à profit pour organiser le débat, mettre tous les éléments sur la table afin que les électeurs puissent se prononcer en toute connaissance de cause! Mais le silence et le mensonge, l'entretien du fantasme et des idées fausses ont perduré et gare à celui qui osait émettre des réserves! Il était aussitôt taxé d'ennemi de Mayotte, car, c'est bien connu, Mayotte n'est constituée que de départementalistes. Ici règne « l'homogénéité obligatoire », comme la nomme Alain Finkielkraut², alors que pour Yves Salesse3, « affirmer une opinion différente est déjà signe d'irrespect et de marginalité ». Ce mutisme devenait tellement gênant que le préfet Denis Robin sera obligé de monter au créneau en organisant une tournée des villages en janvier 2009, quelques semaines avant la consultation du 29 mars (boudée par 39% des électeurs inscrits alors qu'on aurait pu s'attendre à une participation record) pour tenter en quelques minutes d'expliquer ce qu'était réellement la départementalisation. Mais il était déjà trop tard. Comment, en si peu de temps, combler tant d'années de silence et de mensonges, d'autant que sa parole de m'zungu était peu entendue. Les Mahorais n'ont pas une grande confiance dans la parole des wazungu, ce qu'on ne peut leur reprocher tant les tergiversations des gouvernements successifs à propos du statut de Mayotte ont été nombreuses et floues. On le voit encore aujourd’hui quand le président du conseil général, Daniel Zaïdani, ''récuse'' -à quel titre?- l'actuel préfet comme « interlocuteur crédible et audible » entre les importateurs et les syndicats.


Et puis la départementalisation est arrivée. Les élus mahorais sont montés à Paris pour signer le « Pacte pour la départementalisation de Mayotte » une sorte de contrat entre Mayotte et l'état français. Ils l'ont signé sans rien discuter de son contenu, de peur que cela retarde l'échéance tant attendue. Peut-on imaginer signer un contrat, avec un gouvernement de surcroit, sans même le discuter? Cela répondait à la logique du « prenons ce qu'on nous donne, on discutera après » chère au monde politique mahorais. Très peu contesteront ce pacte. Saïd Omar Oili le fera et sera bien évidemment immédiatement étiqueté ''anti départementaliste'' au nom du principe de ''celui qui n'est pas avec nous est contre nous''.

Seulement, pour le gouvernement Sarkozy, un contrat est un contrat et la ministre de l'outremer, Marie-Luce Penchard, ne manquera jamais de se référer à ce pacte, « tout le pacte, rien que le pacte », se plait-elle à répéter depuis. Contrairement à ce que pourraient faire croire les tee-shirts qui se promènent encore à Mayotte arborant le slogan « Sarkozy le père de la départementalisation », Sarkozy n'est pas particulièrement ''mahoraiphile''. Faut-il rappeler que durant sa campagne de 2007 à la Réunion, il avait refusé de venir à Mayotte qui l'attendait, pleine d'espoir? Comme tous ceux qui se sont succédés à l'Elysée depuis 1974, il a hérité du dossier de Mayotte comme d'une patate chaude et il essaie de ''faire avec'', davantage pour respecter la parole donnée du bout des lèvres par la France il y a 35 ans, que par conviction.


La départementalisation nécessitait des aménagements profonds dans une législation mahoraise assez floue, faite de lois qui ''s'appliquent à Mayotte'' ou ''ne s'appliquent pas à Mayotte''. Pour accéder au staut de département, il fallait quelques pré-requis, comme le foncier et l'état-civil. Si la réforme de l'état-civil n'a pas rencontré d'opposition de la part des Mahorais, même si elle n'a jamais été achevée (de nombreux Mahorais sont encore aujourd'hui virtuellement apatrides), celle du foncier s'avère nettement plus critiquée. Et le mot est faible. Comment faire comprendre à quelqu'un qui occupe un terrain en bord de mer depuis des décennies, voire des générations, que ce terrain ne lui appartient plus, mais fait partie du domaine de l'état? Qui avait parlé aux Mahorais de cette loi des ''pas du roi'' qui a réussi à traverser les révolutions françaises et les océans pour s'appliquer aussi dans les DOM, même avec une diminution de son étendue pour tenir compte de l'insularité? Qui a expliqué aux Mahorais qu'elle faisait partie du package départementalisation? Sur une île volcanique de 374 km² où les terrains plats se trouvent majoritairement sur le littoral, ce ''détail'' avait pourtant son importance.


Les élus qui ont signé le Pacte les yeux presque fermés ont cependant lu un mot qui a retenu toute leur attention : « adaptée ». Ils pensaient avoir trouvé LA solution. L'adaptation consisterait à supprimer du statut tout ce qui dérangerait. L'adaptation a ses limites et l'on se rend compte aujourd'hui qu'elles sont atteintes ou proches de l'être.

Le conflit social que traverse Mayotte en ce moment repose presque entièrement sur un seul mot : « frustration ». Frustration d'une consommation naissante dont les Mahorais ont peur d'être exclus et frustration devant le statut de département qui ne répond pas à leurs attentes, à leurs croyances pour être plus exact, tant ces attentes relèvent du fantasme irréalisable. Sophie Blanchy1, anthropologue, ne dit pas autre chose quand elle affirme que « l’état du département n’est pas ce à quoi ils s’attendaient, ce qu’on leur avait promis » dans les colonnes du Nouvel Observateur de ce 20 octobre.


Il met également en lumière d'autres malaises. Combien de fois a-t-on pu entendre les élus mahorais demander à ce qu'on fasse « fonctionner la solidarité nationale »? Dans les deux sens? serait-on tenté de demander. Les Mahorais attendaient une manne venue de l'état à ce titre, et pour l'heure, ils voient que la présence de l'état français « se manifeste surtout au quotidien par la présence policière », comme le remarque Sophie Blanchy, qui si elle ne s'adresse pas à eux directement -26.000 reconduites à la frontière l'année dernière-, impacte malgré tout leur quotidien. Les Mahorais ne peuvent sortir sans leurs papiers, au risque de se retrouver « à la police pendant plusieurs heures, pour qu'ils vérifient » qu'ils sont bien français, comme nous le dit Marianne, une habitante de Chirongui. Personne ne peut être à l'aise dans ce climat de ''chasse à l'homme'' perpétuelle, surtout quand le chassé est un frère, un cousin, un ami. Absolument personne. Certes, ce sont les élus mahorais qui ont demandé et obtenu ce visa Balladur, mais ce sont les Mahorais "d'en-bas" qui subissent ce désagrément. "Désagrément", parce que ce n'est évidemment rien en comparaison du traitement réservé aux expulsés, considérés comme des délinquants indignes de respect. 

Enfin, et c'est probablement le malaise le plus difficile à accepter et à mettre sur la table, la petitesse du territoire et la proximité des autres îles, mais également les liens familiaux très étroits qui existent entre elles, y compris Madagascar, font que Mayotte ne pourra continuer très longtemps à vivre dans une bulle qui a pour limite la barrière de corail. Ce conflit a enfin mis en évidence que si l'on voulait résoudre au moins en partie ce problème de vie chère, il fallait commercer avec nos voisins, Madagascar et l'Union des Comores. Certains n'ont plus peur d'évoquer cette possibilité de faire venir les tomates d'Anjouan plutôt que de Marmande -des initiatives privées ont commencé ce travail- et le b½uf de Madagascar plutôt que du Brésil. Mayotte est dans la rue pour protester contre la vie chère, mais le zébu mahorais se vend entre 12 et 20 euros le kilo, au bord de la route, au moins aussi cher que la viande importée du Brésil, mais sans frais de port, de structures ni de distribution. Celui de Madagascar est en vente au détail sur les marchés malgaches pour quelques euros.

Assez sournoisement, les conclusions des états généraux de l'outremer préconisaient, pour faire baisser les prix, de favoriser le marché régional face aux importations lointaines, mais la législation continue à favoriser les entreprises françaises, éventuellement européennes, par différents artifices, les plus pratiques étant ceux de l'hygiène et des normes. Un obstacle pourtant facilement surmontable, pour peu que la volonté soit là.

Comme on peut le voir, on est très loin du prix des mabawas et il serait utile, pour espérer un avenir serein de Mayotte, de regarder les cactus qui se cachent sous ces mabawas. Tant que l'on n'aura pas posé les vrais problèmes sur la table, Mayotte souffrira d'accès de fièvre périodiques, chaque fois plus violents, chaque fois plus nauséabonds dans les méthodes utilisées et les débordements.

1 - Sophie Blanchy est l'auteur, entre autres, de ''La vie quotidienne à Mayotte'', éditions L'Harmattan – 1990

2 - ''La défaite de la pensée'', Alain Finkielkraut, 1987.

3 - Yves Salesse, ''L'illusion de la France'', éditions l'Harmattan, 1995. Le texte, écrit en 1990-1991 est particulièrement prémonitoire.

 

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Mariama HALIDI HALIDI - dans MAYOTTE
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