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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013, ALLAOUI HALIDI A CEDE LA RESPONSABILITE DE VOTRE BLOG A MADAME MARIAMA HALIDI.

 

MERCI DE VOTRE FIDELITE

 

 

CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 22:58

 

Source : R.O.I (REVUE DE L’OCEAN INDIEN) /  MARS 2013/ N° 347 

 

LE POINT avec Sittou Raghadat Mohamed, première femme comorienne ministre et élue députée.

 

A 39 ans, elle est nommée en 1991, Secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population par le Président Said Mohamed Djohar. C’est une grande première dans les annales de l’histoire du pays, qui a mis du baume au cœur des femmes comoriennes qui voient se concrétiser leur plus grand rêve : Qu’une des leurs accède à un poste dans la haute sphère du pouvoir. Cette nomination ouvrira la porte du pouvoir à cette enseignante de formation, diplômée de l’Ecole Nationale d’Enseignement Supérieur de Mvouni, option Français, Histoire, Géographie. En 1992, elle est désignée Haut Commissaire chargé de la Promotion de la femme et de la protection sociale. Convaincue que de nombreuses femmes des régions rurales peuvent être de vrais relais, elle va à leur rencontre et se met à leur écoute. C’est sous son impulsion et avec l’appui du Fnuap que le Haut commissariat entame les réflexions sur le Code de la famille.Mamie-sittou-ROI-mars-2013-refait.jpg

 

Après avoir essuyé un revers électoral aux législatives de 1992, elle se représente en décembre 1993 et devient ainsi la première femme élue députée des Comores. S’étant vue confier, entre-temps, le portefeuille des Affaires sociales, du travail et de l’emploi, elle renonce à son siège au parlement. C’est un choix motivé et allant dans le sens de son combat en faveur de la femme, car lui offrait l’opportunité d’influencer ses collègues du gouvernement pour accepter de programmer les projets de lois et de conventions relatives aux femmes et aux enfants.

 

De mars à mai 1995, elle occupe le poste de conseillère du Président de la République et sera de nouveau, jusqu’en octobre 1995, en charge du ministère des Affaires sociales, de la population, du Travail, et de l’Emploi et assumera par la suite, jusqu’en 1996, les fonctions de Secrétaire générale adjointe du gouvernement.

 

Elle quitte les sphères du pouvoir en 1996, après l’élection du conservateur Mohamed Taki et se consacre à son métier d’enseignante à l’Institut de Formation  des Enseignants et de Recherche Scientifique à l’Université des Comores tout en s’investissant dans la vie associative. Ayant fait partie des femmes qui ont fondé en 1995, le Réseau National Femmes et Développement (RNFD) qui n’a cessé d’encourager les femmes à entrer en politique, elle se retrouve ainsi, trois plus tard, parmi celles qui ont créé l’Union de Femmes Comorienne pour la Démocratie (UFCD). En 2000, elle est Secrétaire générale de la branche locale de l’Ong Fawecom (Forum des Educatrices), avant d’en prendre la présidence en 2010. En 2012, elle est élue Secrétaire Générale de son parti politique, le « Rassemblement pour la Démocratie et le Renouveau » (RDR)

 


« Il faut une réelle volonté politique et des actes forts pour faire inverser la tendance. »

 

 

-Quelle est la place de la femme comorienne sur le plan politique ? 

 

L’on peut dire que sa situation s’est améliorée un peu. Actuellement, deux femmes font  partie du gouvernement de l’Union des Comores. D’autres femmes sont nommées commissaires dans les  îles. Une femme est élue conseillère de l’île de Mwali. Nous comptons cinq déléguées spéciales (l’équivalent des maires)…

Mais cela n’est pas du tout suffisant dans un pays où plus de 50% de la population sont des femmes. De plus, la loi fondamentale du pays dans son préambule reconnait de façon explicite l’égalité des sexes et notre pays a ratifié depuis  le 31 octobre 1994,  la   Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes ( cedaw) adoptée le 18 décembre 1979 par l’Assemblée Générale des Nations Unies et entrée en vigueur en tant que traité international le 3 septembre 1981. D’énormes efforts restent à faire à tous les niveaux pour que la femme comorienne occupe sa vraie place.
A titre d’exemple, à ce jour, il n’y a aucune femme députée dans notre pays ! Et les trois vices présidents de l’Union des Comores sont des hommes. Pourtant, la femme comorienne prend part activement aux campagnes électorales, adhèrent aux partis politiques et son niveau d’instruction est égale à celui de l’homme.  Cette situation n’est pas acceptable
-                      
Il faut une réelle volonté politique et des actes forts pour faire inverser la tendance.

-                      -                     Les discours de nos dirigeants promettant monts et merveilles aux femmes comoriennes ne suffisent pas.                                                                         

 

                                                                                

- A partir de quelle année, la femme comorienne a-t-elle commencé à s'impliquer dans la vie politique ? Quel a été le déclic ?

 

C’est à partir du régime d’Ali Soilihi, du 3 août 1975 au 13 mai 1978.  Cette période dite « révolutionnaire » avait, en effet, aussi bien dans les discours que dans les actes promu la femme comorienne notamment dans la gestion de la politique du pays. Les dirigeants de l’époque avaient décrété l’égalité sans réserve entre l’homme et la femme à tous les niveaux de la vie économique, sociale et politique. Ils avaient multiplié les gestes symboliques destinés à traduire dans la réalité cette nouvelle donnée sociologique comme les meetings des femmes aux espaces socialement, traditionnellement et exclusivement réservés aux délibérations des notables

 

-          On avait assisté vraiment à la mise en valeur de la femme comorienne avec sa présence           dans les instances de décision : :                                       

-           

-Nomination d'une femme membre du comité national populaire, déléguée aux Nations Unies lors de l’admission des Comores à l’ONU en novembre 1975,

-           

Représentation massive des femmes au sein des Comités régionaux, aux

Comités d’information, au cabinet du Président comme conseillères….

 

C’était un signe fort pour un Etat fraîchement créé, les Comores étant devenues indépendantes le 6 juillet 1975. Hélas ! Durant les 11 ans qui ont suivi cette période la femme comorienne a été politiquement étouffée. Elle n’avait même pas la possibilité d’être candidate à des élections. Il a fallu attendre l’arrivée du Président Said Mohamed Djohar au début des années 90 pour que notre pays ait sa première femme Ministre et sa première femme députée.

 

- Qu'est-ce qui vous a poussée à vous lancer dans la politique qui est plutôt un univers d'homme ?

 

Depuis mon enfance mon idéal a toujours été d’une part de servir mon pays et mon peuple et d’autre part combattre les inégalités, les discriminations et les injustices. C’est la raison pour laquelle ma vocation était de devenir avocate, l’avocate des opprimés et des plus démunis. Mais, mes parents en avaient décidé autrement en me contraignant d’abandonner mes études pour me marier. J’ai toujours considéré  cela comme une  injustice et une discrimination sexuelle.


Ayant vite compris que je ne pouvais atteindre mes objectifs qu’à travers la politique, il m’a semblé naturel et logique de saisir l’opportunité de l’avènement du système démocratique en 1990 dans mon pays pour m’investir dans la lutte pour le changement de la perception de la gestion des affaires politiques du pays.

 

- Quels sont les handicaps voire les obstacles que vous aviez dû surmonter ? 

 

 Le statut d’une femme en soi présente des difficultés en ce sens que la femme doit trouver un équilibre entre la vie familiale, personnelle, professionnelle et politique. Ce n’est pas toujours facile, je vous assure !

 

- Vous aviez été la première femme à occuper les postes de ministre et de député. Comment cela a-t-il  été accueilli par la société comorienne en général et les hommes en particulier ? 

  

Plutôt bien. Ma nomination pour la première fois à un poste ministériel en 1991, a été accueillie avec enthousiasme par mes compatriotes.

 

- Quels ont été vos rapports avec vos collègues hommes du gouvernement et du Parlement, puis avec le Président de la république et avec vos collaborateurs ?  

Du statut d’enseignante  au statut de ministre, j’ai  gravi les échelons entourés d’hommes la plupart de temps. Pourtant, j’ai pu évoluer sans avoir senti de discrimination. Je n’ai jamais rencontré de problème particulier dans l’exercice de mes différentes fonctions et activités.

 

- La discrimination fille-garçon était-elle perceptible  au sein de votre famille ?

 

Oui, en ce sens que nos frères allaient jouer après la classe et nous, les filles, nous étions accablées des travaux domestiques. Et surtout pour les filles, il fallait quitter l’école après le collège, alors que les garçons continuaient leurs études.

 

-  Mais aviez-vous eu le soutien de votre famille dans votre ascension politique ? 

 

Elle  a toujours été à mes côtés dans mon combat politique.

 

-  Votre statut diffère t-il, par exemple, de celui de votre mère ?

 

Evidemment. Je suis scolarisée et elle non. Je travaille et gagne de l’argent alors qu’elle était entretenue par son époux. Elle lui devait donc obéissance et soumission.

 

-Quel a été le plus merveilleux souvenir  de votre cursus politique et le plus mauvais également ?

 

Mon meilleur souvenir a été mon élection en tant que députée en décembre 1993, dans la 9eme circonscription à Anjouan.

 

Le plus mauvais souvenir a été la mort brusque de mon père suite à un arrêt cardiaque à une semaine des élections législatives auxquelles j’étais candidate.

 

- Est-ce qu’on peut espérer voir une femme à la magistrature suprême comorienne ? 

 

Bien sûr.

 Qui aurait imaginé, il y a quelques années, que la présidente du Libéria allait être une femme ?

 

- N'avez-vous pas une ambition présidentielle ? 

 

Une vraie femme politique a des ambitions comme un vrai homme politique.

 

Interview réalisée par Noro Razafimandimby

 

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