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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 20:39
Upwa nvumbwe uhoza
se heurter l'orteil, ça fait mal » (1ère partie)

par Halidi Allaoui
 
 
Si nous avons choisi de donner à cet article le titre d'une chanson de l'auteur compositeur et poète comorien Abou Chihabi, c'est parce que nous tenons à lancer
le même avertissement aux hommes et femmes politiques, toutes tendances confondues : « ATTENTION AUX ERREURS ! »
La remise en cause des institutions : une fausse solution de la crise
 
Déjà à la veille de la conférence inter comorienne d'Addis-Abeba, nous déplorions
l'idée de tenir celle-ci à l'étranger et en même temps nous nous interrogions sur la légitimité de la délégation de l'île d'Anjouan (Masiwa n°2, décembre 1997).
Aujourd'hui, en apprenant de nouveau qu'une réunion des Comoriens devrait se
tenir à l'île Maurice, nous ne pouvons que réitérer notre immense déception. Décidément, l'eau propre manque aux Comores pour laver notre linge sale.
 
Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Pire encore. On continue à considérer les terroristes et les preneurs d'otage d'Anjouan comme des interlocuteurs viables pour résoudre la crise. Comment peut-on s'obstiner à faire confiance à des hommes privés de conscience qui renient à tout moment leur parole et leur signature ?
 
Croire que Abdallah Ibrahim et consorts maîtrisent la situation à Anjouan serait une erreur grotesque. Ces gens-là ne sont que des marionnettes dont les ficelles sont
 tirées par des groupes d'irresponsables armés. Dès lors, ne soyons pas surpris d'assister à des échecs répétés de toute tentative de réconciliation.
 
Il est certain que l'éventualité d'une conférence à Maurice, même si elle n'apportera rien, réjouit toute la classe politique. Car cela va être l'occasion pour elle de s'interroger inutilement sur une probable formation de gouvernement d'union
nationale, la démission du président de la république, l'organisation des élections ou encore tergiverser sur la forme de l'État... Bref, le débat risque d'être axé sur la définition
d'un nouveau cadre institutionnel. Or contrairement à ce que certains pensent, la
crise actuelle que traverse notre pays ne se fonde pas sur la qualité des institutions. Le problème est plutôt d'ordre économique. Attention à ce piège tendu par les leaders séparatistes d'Anjouan lesquels exploitent à des fins personnelles la révolte légitime d'une population désespérée et déforment sciemment le message de celle-ci. Tous
les moyens sont apparemment bons pour atteindre un objectif absurde !
 
Nous rejoignons, de ce fait, Mme Sittou Raghadat, ancien Ministre (Emission «  Mdjumbi », réalisée par Radio Comores en novembre 1997) et M. Nidhoim Attoumane, juriste
et ancien Ministre (Al-watwan n° 488 du
31 octobre au 6 novembre 1997) quand ils affirment que le Comorien moyen ne
maîtrise pas la subtilité des concepts juridiques de confédération, État unitaire, Fédération... ce qui compte pour lui, c'est vivre mieux et libre.
 
Tant que la crise économique ne sera pas résolue, l'unité et la stabilité des Comores resteront fragiles, des réformes institutionnelles s'avèrent peut-être nécessaires.
 Mais elles sont moins urgentes que les problèmes économiques.
 
Il est temps de terminer avec cette incrimination permanente et infondée de nos institutions en général et de la constitution en particulier, et de s'attaquer aux vrais fléaux de notre pays. Le débat sur le séparatisme ne doit pas se focaliser sur les institutions. Nous défions, en effet, quiconque pourra démontrer l'hostilité des constitutions comoriennes à une autonomie politique et administrative des îles et différentes régions.
 
 En quoi la constitution en vigueur reste la cause des événements d'Anjouan et de Mohéli ? En vérité, c'est la réelle volonté de nos gouvernants de concilier la pratique
et la théorie constitutionnelle qui fait défaut.
 
A titre d'exemple, concrétiser l'autonomie des îles prévue par l'article premier de la Constitution du 20 octobre 1996, facteur de développement ne nécessite pas une réforme institutionnelle.
(mai 1998)
 
(À suivre)
Masiwa n°8 mai 1998
 
 
NI INDÉPENDANCE,
NI CONFÉDÉRATION
NI FEDERALISME
 
par Halidi Allaoui (19.05.98)
(suite et fin de l'article "Upwa mvumbwe uhoza : masiwa n° 8)
 
Néanmoins, si nos hommes politiques préféreraient quand même privilégier le débat
sur la mise en place de nouvelles institutions à l'île Maurice ou aux Comores
(peut-être après la Conférence de Maurice), ils seront amenés à prendre des
décisions importantes sur le destin de notre pays. Ainsi aucune erreur de choix ne
 leur sera pardonnée.
 
Apparemment, trois systèmes attirent l'attention des juristes et politiques. Ils
seraient particulièrement examinés semble-t-il par les séparatistes : État
 indépendant, confédération et fédération (Archipel n° 167 du 31/12/97, p. 9 et s.).
 
En ce qui concerne l'État indépendant, cette proposition ne mérite même pas de
faire l'objet d'une discussion. Si en effet, il existe un combat que tout comorien
digne de ce nom doit mener avec acharnement, c'est la préservation de l'unité des Comores dans tous les domaines : peu importe le prix, l'intégrité territoriale reste sacrée.
Quant au système confédéral, il semble avoir séduit la quasi unanimité de la classe politique. Même l'actuel soi-disant garant constitutionnel de l'intégrité territoriale
n'y voit aucun inconvénient (Jeune Afrique Économie n° 255 du 5 au 18/01/98,
p. 104). Un document qui va dans ce sens, intitulé pour &laqno; une union des
Comores », est même proposé par le Parti Républicain des Comores de Mchangama, ancien président de l'Assemblée fédérale. N'est-ce pas là la preuve d'une classe politique désemparée au point d'accepter n'importe quelle solution ?
 
Ce qui est curieux c'est que tous les partisans de la confédération se déclarent soucieux de l'unité et de l'intégrité territoriale. Quand on décèle un tel paradoxe,
on ne peut que se demander si ceux-ci ne connaissent pas parfaitement le sens
de ce concept. Il s'agit, en effet, d'une association d'États souverains fondée sur un traité. la confédération ne constitue pas un État au regard du droit international. Concevoir un tel système, serait entériner purement et simplement la dislocation de l'État comorien. Seuls des séparatistes déguisés peuvent avoir le courage de
défendre un tel concept, pratiquement inexistant dont le fonctionnement reste chaotique. Il a juste le mérite de faciliter la coopération dans des domaines
différents entre des États indépendants.
 
Enfin, pour ce qui est de la fédération, depuis 1978, les différentes constitutions
l'ont toujours adoptée avec quelques variantes et des originalités. Ainsi les Comores semblent toujours restées un fédéralisme monocaméral (une seule chambre).
En 1992, une deuxième chambre (le sénat) a certes été créée. Toutefois, elle n'était pas destinée à la représentation des États fédérés. Ainsi le principe même de participation, une des caractéristiques d'un État fédéral est toujours ignoré par nos constituants en pratique. De plus le principe d'autonomie des composantes de l'État fédéral n'a jamais été respecté. Par conséquent notre pays est toujours resté un &laqno; État fédéral centralisé » boiteux.
 
C'est la raison pour laquelle, des esprits avisés estiment que seul un réel fédéralisme classique permettrait de remédier à la crise (André Oraison, témoignage (quotidien publié à la Réunion) du jeudi 23 avril 1998).
 
Cependant nous pensons que celui-ci ne pourra jamais être effectif dans notre pays
du fait de l'insuffisance des ressources humaines, financières et juridiques. Toute tentative d'un État fédéral se transformera en fait en un État unitaire centralisé
comme c'est le cas actuellement.
 
En outre, pendant un peu plus d'un demi-siècle de colonisation, il y a eu un système plus ou moins unitaire avec lequel il n'est pas facile de rompre brutalement.
De même nous pensons que ni l'insularité ni les disparités économiques ne doivent suffire pour justifier le fédéralisme lequel ne rime pas forcément avec le
développement
économique d'un pays. À titre d'exemple, nos voisins les Seychellois n'ont pas
besoin de ce système pour développer leurs îles.
 
En fait dans le contexte actuel, deux impératifs (l'autonomie et l'unité) doivent
 surtout être conciliés. or les trois systèmes déjà étudiés ne consacrent que le
premier d'où notre proposition d'opter plutôt pour un État unitaire réellement décentralisé.
En effet tous les citoyens comoriens doivent être, comme c'est le cas actuellement soumis aux mêmes lois en tous domaines. c'est la raison pour laquelle nous réfutons toute idée d'une assemblée législative ou d'une constitution dans chaque île. De
même pour permettre un développement harmonieux et équitable des îles et régions,
on doit envisager une réelle décentralisation territoriale. Celle-ci consiste à
reconnaître une autonomie limitée aux différentes régions administratives (circonscriptions) de l'État dont les responsables doivent être élus.
 
En substance, toute conférence sur les Comores ne sera fructueuse, dans
 l'immédiat, que si on se penche sur les moyens concrets de mettre en place les institutions locales (Ex : les communes) prévues par la Constitution de 1996 le plus
 tôt possible. privilégier une discussion sur les réformes institutionnelles risque d'envenimer la situation déjà dramatique.
 
Seul un état décentralisé semble être approprié au contexte actuel, pour préserver l'unité et l'intégrité des Comores, lutter contre le chauvinisme et permettre
 l'autonomie des régions et non des îles. En réalité, raisonner en termes d'autonomie des îles favorise exclusivement les chefs-lieux et grandes villes de chaque île. Or,
tant que nous n'arriverons pas à un développement réel de toutes les régions, seul moyen de faciliter les relations entre les Comoriens et de renforcer davantage notre cohésion, l'unité sera menacée. D'ores et déjà, une réflexion sur la représentation
des régions et non des îles ne nous paraît pas inutile.
 
 
Masiwa n°9 juin 1998

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