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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 20:51

Décidément, les diplomates et coopérants français qui se trouvent aux Comores sont allergiques aux artistes, journalistes, écrivains, comédiens.... On serait même tenté de se demander s'ils viennent vraiment de la France que nous connaissons - cette France métropolitaine où l'homme de culture peut faire usage de cette belle liberté - oui cette liberté d'expréssion qualifiée de liberté fondamentale - sans peur ni crainte dès l'instant qu'elle ne viole pas les lois.

Après l'artiste Seda et le comédien Soeuf Elbadaoui, maintenant c'est au tour du jeune journaliste et poète comorien, Adjmael Halidi, dont nous avons publié
un article très intéréssant sur l'environnement le samedi 12 septembre 2009, de se voir infliger une sanction injuste, ridicule et inacceptable, cette fois-ci, par le Consul de France sur l'île d'Anjouan, une des îles Comores, Monsieur Frederick de Souza
(photo ci- dessous) à savoir "l'interdiction de se rendre tout simplement à Mayotte pour faire profiter de son savoir et de son talent culturels aux enfants maorais - des enfants français"comme il le fait depuis plusieurs mois. Tout simplement parce que Monsieur le Consul n'a pas apprécié un de ses articles publié il y a deux semaines dans le journal, la Gazette des Comores "Traficotage de visas français : ça a une odeur de pas du tout clair ".

En fait Monsieur De Souza n'aime pas qu'on dise la vérité surtout quand celle ci le concerne ! Pourtant, ce que le journaliste et Poète comorien Adjmael Halidi a rélaté,  dans son article est connu de tous à Anjouan. Un secret de polichinelle comme on dit. Tout le monde parle, en effet, de l'affaire de la vente des visas dans laquelle ce consul serait impliqué.

Nous aurons l'occasion de parler longuement de cette affaire dans un de nos prochains billets. Car trop c'est trop. Monsieur De Souza, en décidant d'entraver la liberté de circulation d'Adjmael Halidi et de bafouer le droit culturel des enfants français et autres, n'honore ni le pays qu'il est censé réprésenter ni la diplomatie française, ni la culture et la langue française.

En attendant, lisez l'article ci dessous du concerné (Adjmael Halidi) pour bien appréhender  cette affaire.  
Halidi Allaoui (HALIDI-BLOG-COMORES) 




Crime de lèse-majesté ou les mésaventures d’un journaliste rêveur


Mourir d’envie de dire mais prostré à l’idée de heurter, Mourir d’envie d’écrire mais
rester interdit par la peur et l’angoisse de choquer
 
 
  Roucoulement .Nassuf  Djailani.

 

« Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l'humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d'exemple et qui mobilisent» prodigua Che Guevara, par le passé , ce conseil dans la vieille oreille très précieuse du vent  . A qui ? Peut-être, je ne suis pas sûr, à des rêveurs de mon espèce. C’est quoi un rêveur ? C’est quelqu’un qui croit que ce qu’il pense est vrai. Que ses rêves méritent d’être concrétisés. « Le rêve est suicidaire », me conseilla un ami poète, Saindoune Ben Ali,  le jour où je lui ai dit que parfois il faut vivre avec des rêves.

 

Suicidaire ou pas, d’ailleurs pour moi, je ne sais pas pour les autres, la mort est une délivrance. Même si parfois j’ai peur de mourir. Pourquoi ? Parce que si j’arrive à sortir de mes cauchemars toutes les nuits, quand ces mêmes cauchemars me lacèrent le cœur, me rongent l’âme, c’est parce que j’ai une vie. Je suis vivant.  J’ai en ma possession les forces d’un vivant. Autrement dit, quand je n’aurais plus de vie, je n’aurais plus les forces de me libérer de mon tortionnaire : monsieur Cauchemar. 

 

En fait, chaque nuit, je fais le cauchemar que chaque jour mon pays meurt à petit feu. Et c’est vrai. Mon pays meurt. Et il ne meurt pas innocemment. Il meurt parce qu’on provoque sa mort. Des gens tuent mon pays. En effet, tuer un homme et tuer un pays, c’est différent. Pour tuer un homme, il suffit de lui tirer une balle entre les deux yeux. Ou dans n’importe quelle partie de son corps. Le cœur surtout. Par contre, pour tuer un pays, c’est compliqué et complexe. Il faut vider le pays de sa population ou, du moins, faire renoncer à cette population sa terre. Et qu’il faut partir vers cet ailleurs coûte que coûte, fuir cette terre dont ne nous supportons plus la charge. Pour être franc et sincère, je vis dans le cauchemar de cette mort programmée nuit et jour. Jour et nuit.  Pour être franc et sincère, beaucoup de marchands d’illusions, comme le Consul de France à Anjouan, monsieur Frederick de Souza, font croire à mes concitoyens que pour atteindre la félicité il faut aller ailleurs. Et ce même consul et ses acolytes escroquent au vu et au su de tous le monde toute une population. Ou bien pour être plus précis, j’extrais  ses propres termes d’une interview qu’il a accordé au quotidien comorien La Gazette des Comores « Depuis plusieurs mois des malfaisants profitent de l’ignorance et de la crédulité  des gens pour voler toutes leurs économies en déclarant être mon ami et qu’ils vont pourvoir faciliter la délivrance du visa moyennant 200, 400,1000 euros. » Je vais y revenir.  

 

Suicidaire ou pas, mon rêve à moi, c’est de toujours avoir les pieds sur terre et vivre une vie de tambour. Un tambour quand on le tape, il fait un bruit. Et quand on l’épargne, il se tait. Pourquoi se taire, quand le silence est un crime ? En effet, depuis que j’ai appris que « si tu  ne meurs pas pour ton pays, le pays meurt pour toi », je me suis administré trois gifles pour me rassurer que je suis bien éveillé avant de me promettre, au grand dam de mon entourage, que je vais me suicider par amour pour mon pays. Ce qui fait que le 1er janvier 2008, des militaires du colonel Mohamed Bacar m’ont passé à tabac à Patsy, sur l’île d’Anjouan, parce que je n’arrêtais pas de dire « que ce pays sera uni à tout jamais et personne ne pourra le diviser bien longtemps. »

 

Bien évidemment, je n’ai pas la langue dans la poche. Mais ne serait-il pas parce que je crois dur comme fer au fameux vers du congolais Tchicaya U Tam’Si : « Si tu choisis la vie je te prête ma langue ». Et oui, moi j’ai choisi la vie. Et pas n’importe quelle vie. J’ai choisi de vivre comme le tambour. De crier lorsqu’on me tape. Et de me taire lorsqu’ on m’épargne. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle j’ai commis, il y a deux semaines, l’article « Anjouan : entre naufrage de kwassa et trafic de visas français », publié dans la Gazette des Comores. En fait, cet article, ou une partie de cet article, a choqué le consul de France à Anjouan à tel point qu’il a annulé un visa qui allait me permettre de partir à Mayotte organiser des activités socioculturelles. Entre autre, pérenniser la coopération régionale. Je tiens à souligner qu’en mars et avril dernier avec le concours de l’association Eldorado3, la direction culturelle de la préfecture de Mayotte et le vice-rectorat, j’ai animé des ateliers d’écriture  dans différentes institutions scolaires, pénitentiaires et bibliothèques. Au milieu du mois de  juillet, j’ai animé un atelier de théâtre avec le concours de l’association Utamaduni. Et dans la deuxième quinzaine du mois de juillet, j’ai animé des ateliers d’écriture avec le concours de la Direction de l’Ingénierie Culturelle du Conseil Général. Et ce n’est pas la peine de m’éterniser sur cette action socioculturelle qui a vocation de transcender le discours creux des politiques. L’important c’est de mentionner le crime de lèse-majesté que j’ai commis. Lisez, ci-dessous, une partie de l’article que j’ai publié dans la Gazette des Comores :

 

Traficotage de visas français : ça a une odeur de pas du tout clair

 

Toujours en ce 1er jour de septembre. A Hombo. Une flopée de demandeurs de visas attend derrière le portail du consulat de France. Entre la peur et le pessimisme : le taux d’obtention de visas s’élève à 30% contrairement au début de l’année où il était à 99%. A l’ombre d’un arbre, à l’autre bout de la route, un monsieur examine des dossiers de demandes de visas, efface au correcteur un  passage et rajoute des choses. Et fait payer à chaque demandeur 1000 fc. En plus des 75 francs qu’il prend en échange d’un imprimé qui était censé être gratuit.  « Je rends seulement service à ces pauvres gens » dit-il dans un sourire. Encore dehors, un certain O, ancien secrétaire général du gouvernement de l’île, crie sur les gens, prend leur dossier, les soutire de l’argent, rentre au consulat et revient leur promettre monts et merveilles. « O est « un ami du consul ». Pour que votre dossier soit accepté, il faut aller chez lui à Bambao Mtsanga. Moi je lui ai graissé la patte et donné mon dossier. Et j’ai eu le visa. » nous confie un jeune homme. Et il n’est pas le seul à nous mettre dans la confidence. D’ailleurs, depuis peu O est surnommé le Deuxième-consul-de-France.

 

X, quinquagénaire, vit à Mayotte depuis 10 ans. Quand il a entendu que le consulat d’Anjouan a été rouvert, il est rentré au bercail demander un visa. Après maints refus,  il a été obligé de donner 300 euros à une personne qui connaît un monsieur de Mutsamudu qui est « un ami du consul ». Le dossier a été cette fois-ci accepté et le demandeur qui est en ce moment à  Mayotte a bénéficié d’un visa de 1 mois. L’intermédiaire qui vient de la région de Bambao M’truni refuse de donner le nom de son chef. Mais ce qui est sûr cet « ami du consul »est un businessman.

 

R. quant à lui est un jeune qui a un bel avenir. En plus des boites privées qu’il a montées, il collabore à de nombreuses presses écrites nord-américaines et radio du moyen orient. Lui aussi est un « ami du consul », dans les villages, il se fait passer pour un barbouze, sans même qu’il ait la nationalité française et récolte de l’argent et des dossiers de demandes de visas au nom du consul. Le consul dément tout implication dans ces histoires de trafic. (Voir interview). En tout cas , comme cette histoire d’école franco-comorienne Victor Hugo qui vient d’ouvrir à Mutsamudu et que les responsables disent qu’elle est administrée par le Consulat de France et que le consul dément et dit que c’est une école privée comme les autres et que lui en tant que Frederick de Souza mais pas comme consul embrasse l’initiative . Ce qui est sûr rien n’est clair. Mais « Il faut imaginer Sisyphe heureux » comme le demande Camus. » Signé A. Halidi.

 

Ça put vraiment la Françafrique

 

Savez-vous que quand j’ai demandé des explications à Monsieur Frederick de Souza par rapport à l’annulation de mon visa, il m’a juste dit devant une foule de personnes « Vous m’avez trahi. Je ne veux plus parler avec vous ». Pourtant, je ne me souviens pas du tout le moment où j’ai trahi monsieur le consul. Si trahir signifie  dénoncer des magouilles ; je l’admets : j’ai trahi monsieur De Souza. Mais si trahir veut dire échanger sa probité et son honnêteté contre un visa, monsieur le consul, désolé, je n’allais pas me taire pendant que l’enquête que j’ai menée prouve que des petites gens sont rackettés pour un visa. Au delà de cette extorsion, ces pratiques s’inscrivent bien dans la mort programmée de ce pays car avec toutes ces ressources que des ailleurs inconnus vont blanchir,  cet argent aurait pu être injecté dans des activités de production paysanne et  récanaliser ainsi  ces iles à vau-l’eau. D’ailleurs, si j’ai trahi quelqu’un, je crois que c’est moi même. Puisqu’il y a des choses que j’ai tues. A titre d’exemple, par le truchement d’un haut responsable du gouvernement de l’Union des Comores à Anjouan, des Comoriens de la Grande-comore ont séjourné dans le village de Tsembehou durant quelques semaines et ont déboursé des sommes astronomiques pour des visas longs séjours pour la France. Je ne suis pas le seul à en parler. Le site internet holambecomores en a aussi parlé : « Le consul de France à Anjouan est "rappelé" par son administration. Il devrait partir demain lundi 7 septembre après avoir été moins d'un an en poste.

Depuis des mois, le bruit court qu'il vend des visas. Ces derniers mois, les aspirants au visa Schengen de la Grande-Comore et Mohéli, ayant un dossier "faible", partent le demander à Anjouan. Le pourcentage de visas accordés est étonnamment important comparé à la Grande-Comore. Les parents des heureux bénéficiaires parlent de sommes oscillant entre 4000 et 6000 euros. »

Quoi encore ? Que monsieur De Souza était à toutes les réunions qui ont annoncées l’ouverture de la pseudo-école française Victor Hugo !  Et que c’est lui même qui disait, pour convaincre les parents d’élèves d’inscrire leurs enfants, que cette école a eu l’agrément du consulat de France et de l’Education Nationale Française. Pour finalement le dénier dans les colonnes de la Gazette des Comores.

 

Peu m’en chaut finalement de l’interprétation que les uns et les autres donneront de cette audace de restaurer la vérité devant des puissances dit-on comme le consul et ses acolytes. Car assurément les gens de cet acabit sont en train de ternir l’image de nos deux pays : la France et les Comores. Et pousser certains à la francophobie sinon à la francopathie. Eh oui ! En agissant ainsi crois-je marcher peut-être dans le sillage de feu monsieur François-Xavier Verschave  qui a cru jusqu’à la fin de ses jours à ses idées. Et a suivi au pied de la lettre le précieux vers de Césaire : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir ». Enfin, ce pays sera ma tombe. Parce que une tombe est loin d’être ce vide que chacun de nous est appelé à habiter un jour. Mais une partie de notre foi qu’on trimbale partout où le vent nous mène.

 

Adjmaël Halidi

Journaliste et écrivain-poète

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Mariama HALIDI HALIDI - dans CULTURE
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commentaires

Abdou Djohar 12/01/2010 12:34



                                                                              
Paris, le 12 janvier 2010


« Quelque soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes
libres de le briser »


J. P Sartre


A  Halidi


Que les choses importantes soient passées sous silence n'est pas convenable.
Jeter un cri pour l'harmonie de son pays n'est pas, pour moi, un péché mais un acte de foi sincère, une enseigne de bravoure manifestés toujours par une personne fière et
moralement responsable de son pays.
Mais je voudrais vous rappeler que la France politique n'est pas cependant gentille avec les écrivains qui manient leurs plumes pour l'épanouissent de la langue française. C'est
difficile de pouvoir définir l’attitude de cette France. En clair, les diplomates et coopérants dont vous avez parlé sont les enfants de cette France où l'auteur de "le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme" est "brûlé vif" par ce qu'il a osé croire être défenseur de son peuple "gavé de mensonge et de pestilence", où
Marie N'diaye, lauréate du prix Goncourt 2009, se sentit actuellement victime de son propos (France monstrueuse de Sarkozy) mal compris et déformé par le ministre de la culture. Elle se dit
libre en le tenant malgré la polémique qui a failli entacher de son rôle d'écrivain. On se souvient que La France de Louis14 est l'une de source de l'écriture d'exil dont
l'apport littéraire a fait couler d’encre. Je ne m'étonne point donc si certains écrivains comoriens subissent un mauvais penchant exploité aux mêmes fins que cette peine par
certains diplomates français. Contrairement à ce que certains pourraient penser: Cette peine favorise l'éclosion de la pensée de l'auteur dont l'écriture lui destine et
au monde autour duquel il vit.
Nous sommes tous en France, nous voyons comment la France politique traite les écrits des écrivains. Je commence à croire qu'il suffit d'être partisan de "Napoléon le petit" pour
qu'elle vous prive de votre droit!

 A  Adjmael

La lecture de l'article de Halidi m'a appris à comprendre que vous êtes victimes d'un de vos articles dénonçant sévèrement les grosses bêtises commises par certains soi-disant
responsables comoriens et français sur le sol comorien, où les comoriens et comoriennes réclament jour après jour qu'on les respecte. 
Par conséquent votre demande de visa culturel auprès du consul de France sur le territoire d'Anjouan a donné lieu à la notification d'un refus.
Je me félicite cependant de cette décision injuste prise par ce consul, fervent défenseur de la langue française, rebelle des écrivains francophones ! Oui je me
félicite de cette décision qui donne à penser que votre écriture naissante est loin d'être immature. C'est un combat décisif qu'il faut être amoureux de la patrie pour apprécier à sa
juste valeur.
Effectivement votre article est hostile aux auteurs de la corruption qui veulent s'enrichir au détriment de nos frères et soeurs animés par le désir de regagner l'Eldorado. Mais nos frères et
soeurs devront aussi comprendre, malgré l'avortement de leurs voyages pourtant  illicites à cause, semble-t-il, de la publication de votre article, qu'il n'est pas
pensable de laisser impuni une bêtise de ce genre. 

Nous avons grandi dans l'idée que "HOHANDUZAMHARA KAHENDETRANGA".Ancrer cet adage dans la mémoire, on ne mourrait pas, je
crois, en martyr! On  risquerait en plus de salir l’image du journaliste censé  s'exprimer librement.
Le moins que l’on puisse dire est que s’attacher à l’écriture est un combat qui s'insère dans un chemin semé d'embûches! Il faut la confiance en soi et l'audace de croire à ses idées pour la
réussite de ce combat engagé.



Moi-même, j'étais victime d'un de mes poèmes titré " ô gué! Obama est élu!
Mais cela m'offre une nouvelle force car "le désespoir est un attentat de l'homme contre lui-même" disait Jean Paul Sartre.


A Monsieur le Consul


Permettez-moi de vous préciser que tant que nous existons nous conservons la ressource d’orienter notre avenir et par là, nous
transfigurons et sauvons notre histoire et  notre monde longtemps troublés par la tempête coloniale. Il ne faut pas que les magouilles
permanentes continuent à hanter un pays qui n’est pas en proie aux vivants.


Au plaisir de vous récrire peut-être un jour



Abdou Djohar 




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