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  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013, ALLAOUI HALIDI A CEDE LA RESPONSABILITE DE VOTRE BLOG A MADAME MARIAMA HALIDI.

 

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 13:43

Source : alwatwan.net / 27 novembre 2008
Interview du mois. ‘‘La France a, partout en Afrique, respecté le principe de l’intangibilité des frontières de ses anciennes colonies’’

ambassadeur-de-france2 M. l’Ambassadeur, une vedette Japawa a encore chaviré près des côtes mahoraises faisant plus de douze morts. Ce drame humain ne vous convainc-t-il pas de l’absurdité du visa Balladur imposé aux Comoriens des 3 îles souhaitant se rendre à Mayotte?

Je regrette profondément ce nouveau drame, qui a coûté la vie à une quinzaine de personnes et je compatis au deuil qui frappe ainsi plusieurs familles. Je suis en même temps choqué, quand j’entends certains affirmer que la France serait responsable de ces morts. Plus de 170 “kwassas-kwassas” ont été interceptés en 2007 et ce chiffre sera dépassé en 2008. Cela signifie que près d’un kwassa-kwassa – sans compter ceux qui ont réussi à atteindre les côtes mahoraises sans être interceptés – effectue la traversée tous les deux jours, avec à chaque fois hommes, femmes, enfants, vieillards quelquefois et même récemment un comateux sous perfusion depuis 15 jours à Anjouan, qui risquent leur vie et se font dépouiller par des passeurs en espérant trouver des conditions de vie ou de soins meilleurs à Mayotte.
Je ne peux croire que les autorités comoriennes, et particulièrement celles d’Anjouan, si promptes à dénoncer les soi-disant traitements inhumains que subiraient les Comoriens en situation illégale qui sont reconduits à Anjouan, ignorent les conditions dans lesquelles est organisé ce qu’il faut bien appeler un trafic d’êtres humains, ni comprendre que cette exploitation financière se poursuive au vu et au su de tout le monde sans qu’aucune mesure ne soit prise pour y mettre fin.
Il faut rappeler que plus d’un tiers de la population de Mayotte est constituée de Comoriens en situation irrégulière, soit près de 80.000 personnes. Pense-t-on vraiment que la France, que Mayotte, peuvent en accueillir davantage sans risquer de créer des déséquilibres internes tels qu’ils deviendraient insupportables?
Loin d’être responsable de ces morts dramatiques, la France souhaite au contraire favoriser et faciliter la circulation légale des personnes entre les îles. C’est un des volets essentiels des discussions en cours au sein du Gthn. C’est aussi la raison pour laquelle l’Ambassade de France va rouvrir très prochainement une antenne consulaire à Anjouan, de façon à faciliter l’obtention de visas pour les habitants de cette île.
D’ores et déjà, un guichet spécifique dédié à la délivrance des visas pour Mayotte a été ouvert ce mois-ci au Consulat de France à Moroni. Le taux de refus de visas pour Mayotte est inférieur à 5%. On ne peut donc pas affirmer que l’exigence d’un visa soit à l’origine de ces drames humains. Un visa pour Mayotte coûte 4.425 francs comoriens pour un court séjour, 48.700 francs pour un long séjour, quand un passage en kwassa-kwassa coûte jusqu’à 250.000 francs.
Mais pour que cette circulation légale inter-îles puisse se poursuivre et s’améliorer, il faut en parallèle lutter contre l’immigration clandestine, à l’arrivée certes mais aussi et surtout au départ. C’est ainsi que l’on évitera ces trop nombreux drames. Cela passe par la poursuite et la répression des trafiquants et passeurs, de tous ceux qui s’enrichissent sur le dos des pauvres gens. Cela passe également par le développement des Comores et notamment d’Anjouan. La France appuie les efforts de développement des Comores. Elle est prête à accentuer cet appui, particulièrement à Anjouan. Encore faudrait-il que les autorités de l’île veuillent bien y consacrer autant d’énergie qu’au contrôle nominatif des Comoriens en situation irrégulière ramenés de Mayotte à Anjouan.

La dernière réunion du Gthn (Groupe technique de haut niveau) a été reportée pour on ne sait quelle raison. On se rend aussi compte qu’après la Commission mixte franco-comorienne qui avait la même mission, le Gthn ne produit pas non plus de résultats probants. Pourquoi d’abord ce report et comment sortir de cette impasse?
Contrairement à ce que vous affirmez, le Gthn produit des résultats très concrets. Ainsi, à l’occasion de la prochaine réunion prévue en décembre, il est prévu la remise du Cap aux élèves de l’Entp d’Anjouan, dont la mise en place a été permise par une coopération et une collaboration étroites entre l’Entp, le ministère de l’Education de l’Union des Comores et le vice-rectorat de Mayotte. Les élèves ainsi formés bénéficieront d’un double diplôme, comorien et français, qui leur permettra de s’insérer plus facilement sur le marché du travail. Dans le même esprit, devrait être organisée la cérémonie de pose de la première pierre de la construction d’un internat devant permettre à l’Entp d’Anjouan d’accueillir dans de meilleures conditions des élèves en provenance des autres îles. Une partie substantielle du coût de cette construction sera financée par le Fonds de coopération régionale géré par la préfecture de Mayotte. Il est aussi prévu la signature entre les directeurs d’hôpitaux de Mayotte, d’Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore de conventions permettant les évacuations sanitaires vers Mayotte, la prise en charge des grands brûlés, l’organisation de formations et l’accueil de stagiaires dans les hôpitaux, notamment à Mayotte, la fourniture de médicaments au profit des hôpitaux de Hombo, Fomboni et Moroni à partir du Chm et la réouverture de l’antenne consulaire de l’ambassade de France à Anjouan, dont j’ai parlé plus haut.
Sans attendre la réunion du Gthn, dès le 26 novembre devrait être organisée une expédition par voie maritime de pommes de terre, tomates et oignons en provenance de Grande Comore et d’Anjouan et destinés à être vendus sur le marché mahorais.
Toutes ces actions témoignent du caractère positif et concret des travaux menés au sein du Gthn, auxquels d’ailleurs les opérateurs économiques sont appelés à participer activement.
On ne peut donc sûrement pas parler d’impasse, d’autant moins quand on sait que le Gthn a mandat de préparer un accord bilatéral franco-comorien devant permettre d’organiser et de développer la coopération et les échanges inter-îles, qui devrait pouvoir être signé en 2009 par les présidents Sambi et Sarkozy, conformément à l’objectif qu’ils se sont fixé lors de leur rencontre à Paris le 28 septembre 2007.
Quant au report du Gthn, il est lié aux difficultés que j’ai déjà évoquées sur les conditions de retour à Anjouan des Comoriens en situation irrégulière à Mayotte, dont j’espère qu’elles sont résolues ou en voie de l’être, sur la base d’accords et d’engagements pris de part et d’autre afin d’encadrer ces conditions de retour.

La France a toujours montré son attachement aux résolutions de l’Organisation des Nations unies (Onu), notamment lors de la guerre en Irak. Pourquoi, sur le cas de Mayotte, continuez-vous à faire fi des mêmes résolutions qui reconnaissent clairement l’appartenance de l’île de Mayotte à l’ensemble comorien?

Je crois qu’il faut revenir un peu en arrière pour mieux comprendre la problématique qui entoure le contentieux territorial sur Mayotte. Lors du référendum organisé le 22 décembre 1974, Mayotte a voté à 65,30% contre l’indépendance, tandis que les trois autres îles de l’archipel votaient massivement en faveur de celle-ci. Le 3 juillet 1975, le parlement français a adopté une loi fixant les conditions de l’indépendance – notamment l’adoption d’une nouvelle constitution démocratique par référendum. Le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah, chef du gouvernement du territoire, décide de proclamer unilatéralement l’indépendance des Comores, en l’absence des députés de Mayotte, et demande leur admission aux Nations-Unies.
Depuis lors, les Mahorais ont toujours rejeté l’idée que Mayotte intègre les Comores indépendantes.
Deux principes s’affrontent : celui de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, sur la base duquel les Comores ont effectivement obtenu que l’assemblée générale des Nu vote plusieurs résolutions demandant le rattachement de Mayotte aux Comores, dont la dernière date de 1994. L’autre principe est celui du droit des peuples à l’autodermination, sur la base duquel les Mahorais ont, à plusieurs reprises, exprimé leur souhait de rester français.
La France se doit de respecter ce choix. Elle a, partout en Afrique, respecté le principe de l’intangibilité des frontières de ses anciennes colonies, même si ce principe a connu ailleurs, depuis les débuts de la décolonisation, bien des exceptions. Néanmoins, le cas des Comores et de Mayotte est spécifique : il s’agit d’un archipel. Et jamais historiquement cet archipel n’a connu d’unité politique avant la colonisation. Mais surtout, la France, si elle a le souci de ne pas garder de force au sein de la République des populations qui ne le souhaitent pas, ne peut pas non plus “bouter” hors de la République des populations qui désirent y rester.
Dès lors, devant ce contentieux a priori irréconciliable, que faire ? La France préconise une approche globale et pragmatique, visant à développer les relations et les liens entre Mayotte et les autres îles, à définir un cadre et une politique d’insertion de Mayotte dans son environnement régional et à impulser une dynamique de développement commun et partagé entre les îles. C’est cette approche qui s’exprime à travers les travaux du Gthn, qui ont pour objectif d’encadrer et de promouvoir, de façon consensuelle, apaisée et constructive, les relations de voisinage et de développement commun entre Mayotte et l’Union des Comores.
Le Gthn se veut ainsi une alternative au débat stérile qui oppose la France et les Comores depuis trente ans, en favorisant la circulation légale des personnes et des biens, promouvant le développement conjoint, assurant une gestion partagée des intérêts communs en encourageant et développant une coopération régionale couvrant un maximum de domaines et en créant une organisation originale susceptible d’entretenir une telle dynamique et de préserver l’avenir.
C’est cette approche qui a été convenue entre les deux présidents lors de leur rencontre à Paris en septembre 2007 et, comme je l’ai déjà indiqué, les choses avancent positivement, alors que le Gthn n’a que cinq mois d’existence.
Il serait paradoxal de remettre en cause ce dialogue bilatéral au moment même où l’on s’approche d’une solution peut-être historique pour dépasser un contentieux qui a perturbé les relations franco-comoriennes depuis plus de 30 ans.

Vous n’ignorez pas non plus que les Nations-Unies ont dénoncé la consultation des Mahorais sur leur destin et déclaré que toutes les consultations organisées dans l’île sont nulles et non avenues. Pourquoi continuer à faire la sourde oreille sur les décisions de l’Onu?

S’agissant de la consultation des Mahorais prévue en 2009 sur une éventuelle départementalisation de Mayotte, je pense qu’il y a une erreur d’interprétation de l’objet et de la portée de cette consultation électorale : il ne s’agit absolument pas d’un nouveau référendum d’autodétermination; les Mahorais sont déjà français. Ils ne le seront pas davantage avec la départementalisation. L’appartenance de Mayotte à la République française est déjà juridiquement consacrée par la Constitution depuis la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République. Il s’agit seulement de déterminer quel doit être le statut administratif de l’île au sein de la République, ce qui relève du droit interne français. Une éventuelle départementalisation de Mayotte n’affecte en rien le contentieux territorial entre la France et les Comores : le débat sur la départementalisation n’est pas un débat sur la souveraineté, mais un débat d’organisation administrative interne, qui ne concerne ni n’affecte les relations extérieures.
Le gouvernement français ne comprend donc pas pourquoi cette consultation électorale, qui est nécessaire pour tout changement de statut, de par la Constitution, devrait être dénoncée au plan international. Au contraire, de notre point de vue, les deux processus: Gthn et départementalisation sont indépendants, tout en pouvant se compléter, car ils visent tous deux l’amélioration de la situation économique et le développement des îles de l’archipel.

Depuis 1975, les gouvernements comoriens ont accepté de retirer la question aux Nations-Unies, dans l’espoir de l’ouverture des négociations entre les deux pays. Trente trois ans après, on se rend compte que la marche vers la départementalisation est irréversible?

La volonté française de trouver une solution satisfaisante au contentieux franco-comorien est réelle, comme en témoignent les travaux du Gthn, qui intègrent un volet institutionnel destiné à trouver et mettre en place un cadre juridique qui permette de favoriser le développement des liens entre Mayotte et les autres îles de l’archipel.
A ce titre, il nous semble difficilement compréhensible qu’au moment même où des négociations sont enfin engagées, les Comores veuillent saisir à nouveau l’Assemblée générale des Nations unies de la question de Mayotte, après 13 ans (et non 28) pendant lesquels ce point a, d’accord parties, fait l’objet d’un report systématique lors des sessions annuelles. Cela ne peut que constituer un recul susceptible de remettre en cause la poursuite harmonieuse des discussions en cours.
Les présidents Sambi et Sarkozy avaient convenu en septembre 2007 de maintenir cette question dans un cadre bilatéral. Pourquoi vouloir la ramener aujourd’hui dans un cadre multilatéral alors même que les deux parties progressent vers un accord? Je souhaite également souligner que ce n’est pas en cherchant à faire condamner le choix des Mahorais que l’on peut espérer engager un véritable renforcement des liens avec Mayotte.

Le ministre comorien des Télécommunications a demandé lors de la dernière assemblée générale de l’Union Internationale des Télécommunications, de revenir au code 269 pour l'Ile de Mayotte. Allez-vous accéder à sa demande?

Là encore et de la même façon, la question de la numérotation téléphonique à Mayotte et aux Comores nous paraît relever de discussions bilatérales, pour lesquelles le Gthn est le cadre le plus approprié.
Nous devons d’ailleurs discuter, au-delà de la numérotation – qui est une question marginale – de l’ensemble de la problématique du désenclavement numérique de Mayotte et des Comores, qui ont un intérêt commun dans ce domaine aussi.

Les Comores figurent parmi les priorités fortes de la France en matière d’aide au développement. Que signifie exactement ce choix parmi une liste de pays en guerre comme l’Afghanistan, Haïti et la Palestine?

Il est assez paradoxal, alors même que la France classe les Comores parmi les pays prioritaires en 2009 pour l’affectation des crédits d’Apd via l’Afd, que cela paraisse ou puisse vexer les Comoriens de par le fait que les autres pays prioritaires seraient en crise ou en guerre. C’est bien au contraire le signe que la France considère comme prioritaire le développement des Comores et le partenariat bilatéral, et souhaite ainsi “sanctuariser” les crédits qui y sont consacrés, au même titre que ceux consacrés aux pays en guerre ou en sortie de crise. La priorité accordée aux Comores témoigne de la sincérité et du sérieux de notre engagement à vos côtés.
Je rappelle par ailleurs que les Comores sont en négociation – soutenue par la France – d’un programme de “sortie de crise” avec le Fmi.
Si, Dieu merci, il n’y a pas eu d’affrontements armés mortels au moment de la libération d’Anjouan – là encore avec le soutien de la France –, il faut néanmoins relever que cette crise séparatiste, qui au final a duré dix ans, a aussi pénalisé le développement des Comores. La décision française d’inscrire l’Union des Comores parmi la liste des pays prioritaires pour son aide bilatérale correspond à la prise en compte de cet état de fait. Nous souhaitons aider les Comores à surmonter les effets négatifs de cette crise.

La France a contribué à hauteur de 60% lors de la conférence des bailleurs de fonds de 2005. Comment évoluent les décaissements et sur quels secteurs intervenez-vous?

Les principaux secteurs d’intervention de la coopération française sont ceux prévus d’un commun accord dans le Dcp signé en novembre 2006 : le développement et la diversification du secteur rural, la santé, l’eau et l’environnement et le développement du secteur productif
La France s’est engagée à apporter sur 5 ans (2006/2010) plus de 80 millions d’euros (soit plus de 40 milliards de Kmf) au titre de l’aide bilatérale. Ceci implique que nous puissions augmenter le rythme de nos décaissements, ce que n’a pas permis jusqu’à mars dernier la crise anjouanaise, car Anjouan était censé recevoir 60% de cette aide. Nous espérons que les nouvelles conditions politiques et la mobilisation de l’administration comorienne permettront de combler le retard pris dans les deux prochaines années. Cela étant, sur les trois dernières années, l’aide publique française au développement des Comores a été de 13 millions d’euros en 2005 soit 6,4 milliards de Kmf ; 15,5 millions d’euros en 2006 soit 7,6 milliards de Kmf et 13,35 millions d’euros en 2007 soit 6,5 milliards de Kmf. Ce qui n’est quand même pas négligeable.

La coopération entre la France et les Comores, suspendue depuis de longues années, a repris après l’élection présidentielle de 2002. Comment se présente-t-elle et peut-on dire qu’elle atteint sa vitesse de croisière?

La coopération avec les Comores n’a jamais été complètement suspendue. Elle a subi les contrecoups des crises politiques et séparatistes qu’a connues l’Union des Comores. Depuis la conférence des bailleurs de fonds de 2005 à Maurice et la signature du Dcp en 2006, nous avons maintenant un cadre qui permet d’espérer une accélération des décaissements.

Entre la France et les Comores, les transferts financiers de la diaspora constituent un apport important à l’économie des ménages. Comment faire pour sécuriser ces transferts et surtout les bancariser pour servir efficacement l’économie comorienne?

La France souhaite contribuer à la mobilisation, au profit du développement des Comores, des importants transferts financiers effectués par la diaspora comorienne à l’étranger, et notamment en France. Pour cela, deux pistes ont été explorées : d’une part, permettre, par des accords entre banques françaises et comoriennes, de diminuer les coûts et de sécuriser les transferts financiers, en proposant en parallèle de les affecter à des projets de développement, tout en rentabilisant l’épargne ainsi investie. D’autre part, contribuer directement à des projets de développement qui mobilisent, au profit de communautés ou associations de base aux Comores, des financements de la diaspora. C’est l’objet du programme de co-développement, doté de 2 millions d’euros (1 milliards de KMF) et qui finance d’ores et déjà une quarantaine de projets de ce type.

La France continue à assurer la parité fixe du franc comorien qui constitue aux yeux du Fmi, la principale source de stabilité de l’économie comorienne. La crise financière qui a touché de plein fouet les économies fragiles va-t-elle faire évoluer les relations entre les deux banques (Banque de France et Bcc) surtout en matière de taux d’intérêt?

Les accords monétaires passés entre la France et les Comores assurent non seulement la parité fixe du franc comorien à l’égard de l’Euro – ce qui contribue à stabiliser la monnaie – mais aussi la convertibilité du franc comorien. Il s’agit là d’un élément essentiel pour permettre aux Comores et au franc comorien de conserver une capacité intacte à commercer avec l’extérieur et être une monnaie d’échange.
La France est très attentive, dans les circonstances que nous connaissons actuellement de crise financière mondiale, à ce que la voix des pays en développement soit entendue et leurs intérêts pris en compte.
Elle continuera, comme elle l’a déjà fait, à plaider pour eux, et particulièrement pour ceux à qui elle est le plus liée, au sein des différents fora et enceintes internationaux.
S’agissant des taux d’intérêt, comme vous le savez, c’est la Banque centrale européenne qui décide de leur niveau et de leur évolution. Comme toutes les banques centrales, la Bce a dû, face à la crise financière, revoir à la baisse ses taux directeurs. Cela impacte effectivement les taux de rémunération des dépôts du compte d’opération, et la Banque centrale des Comores va elle aussi, vraisemblablement, devoir réviser à la baisse ses propres taux de rémunération.

Propos recueillis par Mohamed Inoussa

 

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Mariama HALIDI Alwatwan - dans INTERVIEWS
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