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  • : HALIDI-BLOG-COMORES, Blog des COMORES
  • : BLOG DES COMORES GERE DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013 PAR MARIAMA HALIDI
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A SAVOIR

QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?

Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga

 

 
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
 
 
 Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

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Halidi Mariama (HALIDI-BLOG-COMORES)

 

 

 

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DEPUIS LE 01 DECEMBRE 2013, ALLAOUI HALIDI A CEDE LA RESPONSABILITE DE VOTRE BLOG A MADAME MARIAMA HALIDI.

 

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CI-DESSOUS LES NEWS  RECENTES  DES COMORES

 

 

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A PROPOS DE OUANI

Ouani et ses grands hommes
 
 
L’être humain est insignifiant puisque le corbeau et beaucoup d’autres espèces d’arbres vivent plus longtemps que lui. De ce court séjour dans ce bas monde à la différence d’autres êtres vivants, l’homme peut marquer de son empreinte l’histoire.
A OUANI, ce genre d’homme malgré sa rareté, a existé et continu à exister jusqu’à nos jours. En ouvrant ce nouveau chapitre, quelques dignitaires en collaboration avec le comité de pilotage de la ville ont tenu à rendre hommage beaucoup d’hommes et de femmes qui ont fait du bien à cette ville.
En dehors de tout jugement, ils ont fait de leur mieux pour que Ouani devienne l’une des grandes villes les plus rayonnantes des Comores et Ouani l’est grâce à eux. Elle doit continuer à l’être pour nous et les générations à venir.
A titre posthume, nous tirons la révérence devant Saïd Toiha (Baco Moegné), Saïd Abdou Bacar Nomane, Saïd Abdou Sidi et Saïd Andria Zafi.
 
Le premier pour avoir créé la première école privée de la ville dans l’objectif de ne plus avoir un enfant de six à sept ans non scolarisé, le second qui a été le premier à être ministre et dont les louanges dépassent les frontières de la ville, le troisième a accompagné plusieurs années la jeunesse et le dernier a beaucoup contribué au niveau de l’enseignement primaire par son dévouement et son engagement à instruire ceux qui l’ont fait pour nous. Cette liste vient de s’ouvrir et n’est pas prête de se fermer ; beaucoup d’autres personnes disparues ou vivant tels que les enseignants apparaîtront à la prochaine édition.
Ansaly Soiffa Abdourrahamane
 
Article paru en 2003 dans le n° 0 de Jouwa, bulletin d’information de OUANI
 
 
 
 
LES ENFANTS DE LA VILLE DE OUANI
ET L’HISTOIRE   DES COMORES
 
 Beaucoup d’enfants de la ville de OUANI ont marqué et marqueront toujours l’histoire de leur pays : les îles Comores.
 
 En voici quelques uns dans différents domaines.
 La liste n’est pas exhaustive
 
 I) LITTERATURE
 
LITTERATURE ORALE
 
ABDEREMANE ABDALLAH dit BAHA PALA
 
Grand connaisseur du passé comorien décédé brusquement en 1988.
Actuellement, un projet de publication de sa biographie est en étude.
On trouve beaucoup de ses témoignages sur l’histoire des Comores dans le tome 2 de l’excellente thèse de SIDI Ainouddine sur la crise foncière à Anjouan soutenue à l’INALCO en 1994 
 
LITTERATURE ECRITE
 
Mohamed Ahmed-CHAMANGA
 
Grand linguiste des Comores
 
 Né à Ouani (Anjouan) en 1952, Mohamed Ahmed-Chamanga, diplômé de swahili et d'arabe, a fait des recherches linguistiques sur sa langue maternelle. Il enseigne la langue et la littérature comorienne à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est l'auteur d'une thèse, de plusieurs articles, ainsi que d'un recueil de contes de l'île d'Anjouan : Roi, femmes et djinns (CLIF, 1998). Président de l'Association Fraternité Anjouanaise, Mohamed Ahmed-Chamanga a fondé, en 1997, le journal Masiwa.
 Il enseigne actuellement la langue et la littérature comoriennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris (INALCO).
 
AINOUDINE SIDI
 
 Historien & grand spécialiste de l’histoire foncière des Comores 
 
 Né à OUANI, en 1956. Il a fait des études d’histoire à l’université de DAKAR (SENEGAL) et a préparé un doctorat d’études africaines à l’INALCO (PARIS)  Il est actuellement chercheur et Directeur du CNDRS (Centre National de Documentation et de Recherches Scientifiques) à MORONI.
 
 II) MUSIQUES & CHANTS
 
DHOIFFIR ABDEREMANE
 
Un des fondateurs de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Avec ses chansons axées sur la contestation sociale. Il fait partie des premiers artistes qui ont introduit aux années 60 une nouvelle forme de musique aux COMORES.
 
C’est un homme très discret mais plein de talents. On se souviendra toujours de ses productions à la salle AL CAMAR de MORONI.
 
FOUDHOYLA CHAFFI
 
 Une des premières femmes comoriennes à avoir fait partie d’un orchestre musical.
 Il s’agit là d’un engagement incontestable de la part d’une femme comorienne.
 Elle a commencé à jouer un rôle important dans la chanson à partir de 1975 comme chanteuse principale de l’orchestre JOUJOU des Comores.
Sa voix d’or résonne toujours dans le cœur de tous ceux qui ont vécu dans notre pays de 1975 à 1978. On ne passait pas en effet, une seule journée sans entendre une de ses chansons sur l’égalité des sexes, l’unité des Comores, le changement des mentalités… à la radio nationale.
 
 III) POLITIQUE
 
Le sultan ABDALLAH III
 
 De mère ouanienne, il est l’un des grands sultans qui ont régné dans l’archipel des Comores au 18eme siècle et plus précisément sur l’île d’Anjouan.
 
SITTOU RAGHADAT MOHAMED
 
La première femme ministre et élue député des COMORES
 
Né le 06 juillet 1952 à OUANI. Elle a enseigné pendant plusieurs années le français et l’histoire géographie dans différents collèges du pays avant d’être nommée secrétaire d’Etat à la condition féminine et à la population en 1991.
De 1991 à 1996 elle a assumé de hautes responsabilités politiques : Haut commissaire à la condition féminine, Ministres des affaires sociales, conseiller spécial du président de la république, secrétaire général adjoint du gouvernement, élue députée ….
Actuellement, elle est enseignante à l’IFERE et Présidente du FAWECOM.
 
Article publié sur le site de l'AOFFRAC (www.aoffrac.com)
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 09:15

Ci-dessous un message intéressant du FD Fédération de Mayotte et du GRDC en date du 31 mai 2008 destiné au Président de l'Union des Comores.

Bonne lecture !

Excellence, ici l’île comorienne de Mayotte !

 

- Le 25 mars dernier, Mayotte a résonné des fêtes organisées par les originaires des îles voisines pour célébrer la fin du régime Bacar à Anjouan. Perspective  de  vie meilleure et pays à  reconstruire, les projets étaient sur toutes les lèvres et vous étiez, Excellence, le garant de cet espoir nouveau.

- Le 27 mars dernier, la colère s’est emparée de tous ceux qui se sont vu privés du droit de juger et de statuer sur leur Histoire. L’espoir d’une Justice, d’une parole sur les exactions, le séparatisme, les origines de ces maux, s’est envolé avec M. Bacar à la Réunion.  Ceux qui n’avaient jamais été  agressifs ou rancuniers à l’égard des « wazungu » se sont laissés aller à voir en eux les représentants de la politique honnie d’un pays qui, depuis 32 ans, empêche la construction de l’Etat comorien. Certains ont cédé à une violence répréhensible. Tous sont devenus les méchants à chasser du paysage prétendument si généreux de « Mayotte française » et le harcèlement savamment orchestré a fondu sur les innocents. Les marchés ont été « nettoyés », les habitants de « vilaines maisons » tous taxés d’occupants en situation irrégulière et sommés de déguerpir par le nouveau maire de Mamoudzou entre autres.

- Le 2 avril, l’annonce de l’interdiction des reconduites aux frontières a redonné la dignité à tous les hommes et les femmes qui vivaient dans les brimades quotidiennes et la quête aux papiers introuvables, à tous ceux qui ne sortaient plus de leur quartier depuis parfois plusieurs années pour ne pas subir l’humiliation d’une rafle, à tous  ceux qui s’étaient réfugié dans la brousse par crainte des représailles policières et du harcèlement de ceux qui se clament à tort ou à raison mahorais. Avec cette mesure, tous ont retrouvé le réconfort de se sentir exister, reconnus enfin, alors qu’ils avaient oeuvré à votre élection à la Présidence ; tous ont eu le sentiment de recouvrer leur dignité bafouée, de pouvoir espérer et de compter enfin aux yeux du pays et aux vôtres, Excellence.

 

 

Excellence, ici l’île comorienne de Mayotte !

 

- Le 1er mai dernier, l’annonce de la reprise des reconduites et partant de votre reddition a fait l’effet d’une véritable douche froide et d’un abandon pur et simple plus grave que l’indifférence antérieure. L’embellie si courte et l’absence de toute forme d’explication au plus haut niveau ont permis au doute et aux rumeurs les plus folles de s’insinuer dans les esprits soudain refermés. La politique a repris ses droits. Les mécanismes implacables qui écrasent les petits au nom d’obscures raisons ont été remis à l’ordre du jour et les Comores, un instant redevenues dignes, clairement renvoyées à leur rôle d’îles soumises. C’était trop et on a renoué ave la défiance à l’égard de la politique et des dirigeants de ce pays tant rêvé.

 

Excellence, ici l’île comorienne de Mayotte !

 

- Depuis le 1er mai, soit depuis près d’un mois, ce sont 5 à 7 vols par jour y compris week-end et jours fériés, plus de cent personnes à chaque voyage du Tratinga, pour un ballet incessant des reconduites à une frontière illégale, ballet  orchestré par la puissance occupante et désormais  autorisé par  l’Etat Comorien, le vôtre, Excellence !

- Depuis le 1er mai, ce sont des élèves dûment scolarisés, au collège, au lycée et même en 6e qui sont raflés, renvoyés et qui trois jours plus tard, reviennent en kwasa au risque de leur vie pour retrouver, comme si de rien n’était,  leur place en classe avec leurs camarades.

- Depuis le 1er mai ce sont à nouveau les rafles à la sortie des mosquées, tandis que l’imam s’insurge contre les policiers qui ne respectent même plus la religion.

- Depuis le 1er mai ce sont les camions bleus qui partent au petit matin en quête de leur lot de reconduits menottés, ce sont les courses poursuites à travers les rues, les domiciles privés visités, les fuites dans la brousse avoisinante.

-Depuis le 1er mai la terreur a repris et toutes les voix sont unanimes pour crier :

            « Pourquoi avoir renoncé ? » et « Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? »

 

Excellence,

 

Notre peuple doit-il comprendre que vous avez été obligé de céder à un chantage irrésistible et que l’indépendance de ce pays n’est qu’une fiction douce à l’oreille de ceux qui se contentent des mots ?

Notre peuple doit-il comprendre que vous  croyez vraiment à une nouvelle donne de la politique française qui, tandis qu’elle chante la libre circulation des personnes, s’applique à rattraper le retard sur ses quotas et à rafler les gens simples qui vivent chez eux au regard du droit international ?

Notre peuple doit-il comprendre que votre politique est sans projet et sans cohésion, sans perspective à long terme, fondée sur le pari, les initiatives ponctuelles et la mendicité ?

 

En l’absence de toute explication officielle claire et assumée, toutes les interprétations sont possibles, aucune n’est constructive.

Excellence, le temps est compté et quelle que soit l’explication de ce reniement elle doit être donnée et assumée.

Le Peuple et l’opinion internationale attendent  les termes du chantage qui a pu vous être fait.

Le Peuple attend un état clair des soutiens dont dispose réellement l’Union des Comores sur la question de l’île comorienne de Mayotte.

Le Peuple attend de connaître l’espoir réel que vous fondez sur des négociations de haut niveau dont la perspective n’a eu, à cette heure, pour seul effet que de relancer les reconduites aux « frontières » et de les légitimer.

Les originaires des autres îles vivant à Mayotte veulent savoir très clairement quel intérêt vous portez au sort qui leur est fait sur leur terre et quel projet vous fondez à terme sur la question de cette île.

Excellence, la communication s’impose ; il n’est pas trop tard mais le temps presse.

 

 

Excellence,

 

            S’il s’agit pour vous d’adhérer à la perspective d’une relation apaisée avec la France, il importe que vous compreniez qu’aucune politique de soutien français au développement des trois sœurs indépendantes n’empêchera leurs habitants de souhaiter, à un moment ou à un autre de leur vie, pour une durée plus ou moins longue, venir s’installer dans l’autre île soeur qu’ils ont vocation à habiter comme il en a toujours été et qui restera quoi qu’on imagine une fiction de développement attractive. De quel apaisement sera-t-il question quand le prix à payer en restera les rafles quotidiennes des vôtres ?

            S’il s’agit pour vous de croire en un développement possible des Comores indépendantes, il importe que vous compreniez qu’à l’heure où l’imagination s’impose pour un projet à la mesure de ce pays, de ses hommes et de sa culture,  les réponses à concevoir risquent fort d’être invalidées ou contaminées par l’image de ce que Mayotte semble proposer.

            S’il s’agit pour vous de croire en la coexistence possible d’un département français peuplé de Comoriens dont certains sont stigmatisés par leurs frères et d’un Etat indépendant peuplé de Comoriens vivant au gré des prises en charges d’ organismes internationaux où la France tient une place prépondérante, il importe que vous vous rappeliez, Excellence, que Mayotte s’est construite sur le déni de l’autre et constitue une formidable machine à fabriquer de l’exclusion, exclusion dont les Mahorais eux-mêmes seront les victimes à terme.

            S’il s’agit pour vous de croire à la sincérité d’un Etat français qui jusqu’alors n’a jamais ménagé ses coups contre l’intégrité et la stabilité du pays, il importe de ne pas oublier, vous venez d’en faire l’expérience, que la loi du plus fort ne s’embarrasse pas de ce qui gêne et que la politique de la France n’a jamais su s’afficher clairement dans cet Archipel y compris pour ceux là même qui n’ont cessé de brandir leur volonté d’être « français pour être libres ». L’actuel gouvernement français et son chef d’Etat sont enclins à annoncer aux Français des réformes percutantes et de nouvelles donnes : ceux qui vivent le quotidien de la France font actuellement l’amère expérience de la désillusion. On peut donc se demander pourquoi il en irait autrement avec les Comores.

 

            Excellence,

 

            quoi qu’il en soit, vous avez accepté le principe du groupe de haut niveau, qui vous conduira à traiter non pas d’Etat à Etat dans le cadre du droit international mais de gouvernement à conseillers généraux et parlementaires sous l’égide de la puissance occupante et au gré de sa volonté. On peut se demander de quelle arme disposera l’Union des Comores pour faire valoir ses droits et ceux de ses citoyens.

            Excellence, si vous considérez qu’il n’est plus possible de revenir sur votre engagement  que nous tenons pour une erreur historique, nous vous demandons instamment toutefois de veiller à ce que les Comores ne se conforment pas à l’approche franco-mahoraise de la réflexion sur la question de Mayotte :

-          les originaires des îles indépendantes ne sont pas des clandestins à Mayotte, quel que soit le moyen par lequel ils sont arrivés

-          les originaires des îles indépendantes ne sont pas les fauteurs de trouble au sein d’une société qui s’imaginerait pouvoir aller mieux sans eux

-          les Comoriens ne peuvent renoncer à l’intégrité de leur territoire et à leur dignité en échange de pseudo mesures de développement ; intégrité et dignité ne peuvent faire l’objet d’aucun marchandage

-          les Comoriens ne se satisferont pas de mesures de facilitation de visa qui ne profiteront qu’aux plus habiles, encourageront les pratiques frauduleuses et viendront entériner un fonctionnement anti-constitutionnel du point de vue comorien.

 

            S’il s’avère réellement qu’au sein de cette structure toutes les questions pourront être abordées, il est indispensable d’exiger que la France inscrive son action dans une politique de reconstitution à terme de l’unité de l’Archipel :

 

-          rééquilibrage économique dans la perspective d’une réunification même lointaine

-          arrêt de la réécriture de l’Histoire et lutte active contre tous les discours ostracistes  incitant à la haine et à l’exclusion

-          vigilance réelle à l’égard de tous les dysfonctionnements au regard de la loi française tant qu’elle aura à s’appliquer à Mayotte.

-          vigilance totale de l’Etat français à l’égard des manœuvres des réseaux cherchant à s’ingérer dans les affaires comoriennes et trouvant leur base à Mayotte.

-          fin des mesures destinées à priver, à terme, les Mahorais de leur identité et protection de leur patrimoine foncier

-          politique volontariste en matière de défense de la culture traditionnelle et de la langue

-          vigilance quant aux équilibres communautaires au sein de Mayotte (métropolitains, réunionnais, malgaches, originaires de l’Est de l’Afrique…)

-          réflexion sur un développement mesuré de Mayotte en harmonie avec son environnement régional.

 

Telles sont les attentes que pourrait exprimer l’Etat comorien et la liste n’est sans doute pas close. Mais la plus forte des exigences, condition sine qua none du sens et de la pertinence de toutes les négociations à venir, est la reconnaissance  par la France,  en mots d’abord, en actes ensuite, que Mayotte est comorienne de fait, même si elle reste actuellement administrée par la France compte tenu de la situation héritée de l’erreur historique de 1975.

Sans cette clarté et cette perspective, il ne pourra être question que de marchandages, lesquels ne se feront qu’au prix de la dignité et de l’intégrité des Comoriens.

 

 

On imagine déjà les réactions :

-          utopie, les Mahorais ne se laisseront pas faire, la France n’acceptera jamais !

Sans doute, mais si ceci doit être évidence, alors il n’en est pas moins certain que le rééquilibrage entre trois îles déstructurées et pauvres et une prétendante à une départementalisation, forcément synonyme de développement artificiel et de mainmise de la métropole, est une autre utopie. Or, cette dernière utopie porte  avec elle son cortège de violences, de morts en mer, de rejets de tous ordres, la garantie de désordres toujours plus grands.

 

L’heure est au pari ! Que les visionnaires s’expriment !

Pari sur l’intelligence, la générosité de la France, sur son courage aussi ou pari sur la détermination, le bon droit et l’inventivité comorienne ?

Le paysage est ouvert mais il faut trancher et le dire !

 

Excellence,

 

Si la France impose sa conception de l’ordre des choses, ses lois et la suprématie des lois particulières sur le droit international, si la France fait du chantage, si la France ne veut discuter que de ce qui pourrait convenir à son souci de gérer les migrations dans la zone, alors que les Comores disent NON !

 

Car si les Comores sont pauvres et dépendantes elles sont cependant fortes d’une seule arme et non des moindres : celle de  l’interdiction des reconduites justement.

 

La France menace : grand bien lui fasse !

Que l’assemblée de l’Union soit prise à témoin, invitée à s’exprimer sur l’orientation politique à choisir, partie prenante de la construction du projet politique. Que l’information soit faite ! Que le peuple s’exprime à travers ses représentants et que les Comores prennent en main leur réelle indépendance ! Que les Comores imposent leur volonté !

-     Menace de blocage général de la France sur les financements des Comores au sein de toutes les institutions internationales : qu’elle le fasse ! Sauf à penser que l’ensemble de la communauté internationale soit inféodé à la France, il est plus que probable que d’autres alliances seront possibles ! Que les dossiers soient bloqués pendant trop longtemps constituera sans doute un handicap mais pour qui ? Sûrement pas pour la plus grande partie de la population.

-     Menace d’éviction des Comores de la zone euro : qu’elle le fasse ! Il y a fort à penser que la France elle-même n’a pas grand intérêt à cette mesure qu’elle ne saurait décider seule de toute façon !

Car les faits sont là : c‘est sans doute la France qui a le plus à perdre dans une dégradation accrue de la situation économique comorienne. La gestion de Mayotte et des flux migratoires ne saurait permettre un total désordre, la géostratégie française ne saurait accepter de voir une autre puissance étrangère prendre pied dans les trois îles. Si les Comores sont en difficulté dans cet imbroglio, la France elle-même est prise au piège !

-     Menace de déstabilisation, de coup d’Etat, orchestré par les forces de l’ombre ? Il n’est pas certain que la France ait la volonté ou les moyens de renouer avec sa trop célèbre tradition.

-     Menace d’atteinte à votre vie ? Un pays ne se gouverne pas sous l’empire de la peur et votre popularité est votre meilleur rempart.

 

Excellence,

 

il importe aujourd’hui que vous définissiez clairement votre projet pour l’île comorienne de Mayotte, que vous le rendiez publique et que les politiques, les institutions et le pays tout entier en soient informés et s’en emparent.

 

En acceptant le principe des accords du Rocher, lesquels d’ailleurs ont été et restent à ce jour totalement bafoués par la France, en interdisant puis en autorisant les reconduites, en acceptant le principe de la création du groupe de haut niveau, vous avez pris de lourdes responsabilités et engagé le pays dans un processus sans précédent.

L’avenir des quatre îles Comores en dépend et avec lui le sort de près d’un million d’habitants.

 

Nous voulons savoir !

 

 

Mayotte. 31/05/08. Front Démocratique Fédération de Mayotte. Groupe de Réflexion sur le Devenir des Comores (GRDC)

 

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commentaires

Z
que de choses bien dites! Mais dommage qu'elles se fassent dans l'obsequiosité!!! A quoi riment tous ces "excellence" s'adressant à une personne dénuée de parole, d'honneur, et du sens de sa mission!Des "Monsieur le Président" auraient amplement suffi!
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