QU'EST CE QUE LA LANGUE COMORIENNE ?
Pour répondre à cette question pertinente, nous vous proposons ci- dessous l'interview du grand linguiste et spécialiste de la langue comorienne, Mohamed-Ahmed Chamanga
INTERVIEW DE CHAMANGA PAR RFO EN 2004
Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?
M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.
Qu'appelle t-on une langue bantu ?
M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.
Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?
M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc. Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.
Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.
Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie : « Combien d'hommes ? » : Abantu bangahe ? Nous avons en comorien les équivalences suivantes :Wantru wangapvi ?Watru wangapvi ?Wandru wanga(pvi) ? et en swahili :watu wangapi ?
Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?
M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.
Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?
M.A.C: Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.
Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?
M.A.C:On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.
Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?
M.A.C: Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.
Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).
Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...
Y a t-il une ou des langues comoriennes ?
M.A.C:Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.
Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?
M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.
Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.
Un mot sur la langue mahoraise.
M.A.C:Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.
Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?
M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.
On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».
Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?
M.A.C: La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.
Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?
Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.
LETTRE AUX ANJOUANAIS
Depuis l'avevènement du séparatisme, notre île de Ndzouwani n'a jamais connu ni la paix, ni la prospérité. De l'obscurantisme véhiculé par le Foundi ABDALLAH IBRAHIM, en passant par les méthodes expéditives du colonel ABEID et pour finir avec le pouvoir corrompu et brutal du dictateur BACAR, les anjouanais ont eu droit à leur lot de misères et de brimades. L'opération «Démocratie aux Comores» nous avait tous, redonné l'espoir qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir et que les conditions de vie et d'existence des habitants allaient s'améliorer. Nous avions surtout l'espoir que le pouvoir central avait tiré les leçons du passé et que pour enterrer définitivement ce mal qui gangrène notre société et qui s'appelle le séparatisme, nous allions partir sur de nouvelles bases, saines et plus respéctueuses de la démocratie et du droit. Malheureusement, l'initiative doublement condamnable du Président SAMBI de s'engager aux côtés du candidat Moussa TOIYIBOU est vite venue nous rappeler que nous n'étions pas au bout de nos peines.
En adoptant cette position, le Président SAMBI commet une faute politique éminement grave et impardonable. Par ailleurs, il prend surtout le risque de démontrer qu'il n'est pas le président d'un pays mais d'une faction. Enfin, par cette action, il démontre son incapacité chronique à se placer au-delà des enjeux et des contingences. Il devient par conséquent, un simple homme de parti qui s'expose ainsi, à toutes les critiques. Dans les circonstances actuelles et devant les nombreux chantiers qui s'ouvrent, son vrai rôle eut été de donner l'impulsion pour rattraper l'énorme retard enregistré dans l'évolution de son projet économique qui ne verra malheureusement, jamais le jour. En tout cas, cette attitude malhabile et partiale qui manque d'équité et de hauteur, n'honore ni sa fonction, ni sa personne. Nous étions en droit d'attendre un peu plus d'une personne de son rang.
En effet, un autre danger guètte notre Président. Les anjouanais savent tous que le candidat soutenu par SAMBI n'a pas de parti structuré qui dispose par ailleurs, des moyens financiers nécessaires pour sponsoriser une campagne éléctorale. En résumé et comme cela est de coutume dans notre pays, tous les moyens de l'Etat sont d'ores et déjà mis à sa disposition : Véhicules administratifs, billets d'avion, fonds publics. Le financement occulte de la campagne du candidat TOIYIBOU ne fait aucun doute. SAMBI commet une faute car, lui qui se proclame tous les jours contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, il ne pourra pas nous garantir qu'aucun centime appartenant à l'Etat ne servira pas à cette campagne.
Plus grave encore, et comme nous le craignions tous, pour assurer l'élection de leur poulain, SAMBI et ses amis ont sorti l'artillerie lourde. Des méthodes directement empruntées de feu Ahmed ABDALLAH et des autres présidents: Manoeuvrautes d'intimidation, chantage, licenciements, mutations abusives. Cela est inacceptable et indigne d'un pays qui aspire à la démocratie. Quand on s'aperçoit que SAMBI lui-même avait vigoureusement critiqué le soutien accordé par AZALI au candidat Ibrahim HALIDI, on peut se demander si, certains n'ont pas perdu la mémoire.
En vérité, avec tout le respect que je dois à M. TOIYIBOU, j'affirme sans haine ni passion qu'il n'est pas du tout l'homme de la situation. L'interéssé n'a jamais exercé un mandat électif et ne dispose d'aucune expérience politique. Le Président SAMBI et sa cour souhaitent installer à ANJOUAN une marionette à leur solde, un beni oui-oui. Ce parachutage ne serait donc pas une bonne chose pour les habitants de l'île. Naturellement, la condidature de M. DJANFFARI fait peur à SAMBI qui, pour l'avoir affronté lors des dernières échéances présidentielles, connait ses convictions et ses capacités d'homme d'Etat. L'élection de DJAnFFARI pourrait à certains égards, contrarier les ambitions personnelles d'un président en perdition qui souhaite régner sans partage comme un monarque absolu.
POURQUOI NOUS DEVONS SOUTENIR LA CANDIDATURE DE DJANFARI ?
1° - Au-délà des considérations liées aux origines géographiques du candidat DJANFARI, il y a lieu de noter qu'il a acquis depuis des annéees, la stature d'un homme d'Etat. Les suffrages qu'il a obtenus lors des élections présidentielles de l'Union aussi bien à Ngazidja, Mwali et Ndzouwani, sont là pour le confirmer.
2 - Contrairement à son adversaire, M. DJAFFARI connait la chose politique pour avoir défendu des années durant et sans complaisance, les intérêts du pays et ceux de son île à l'assemblée nationale.
3 - Pendant la dictature BACAR, M. DJANFFARI n'a pas fui ses responsabilités et n'a jamais abdiqué. Seul homme politique d'envergure resté sur l'île, il a malgré les risques graves qu'il encourait, osé dénoncer sans ménagement et publiquement les dérives de la barbarie BACAR. Cet acte de courage et d'abnégation mérite d'être connu et salué. Pendant ce temps, M. TOIYIBOU que SAMBI désire nous imposer aujoud'hui, se terrait comme un lapin dans sa région.
4 – Malgré l'essor pris par le mouvement séparatiste à ANJOUAN, M. DJANFFARI a toujours affirmé son attachement indéfectible à l'unité nationale du pays et à son intégrité territoriale. En outre, il a constamment manifesté son respect pour les institutions et les lois de notre République ce qui lui a d'ailleurs, valu les éloges du Président SAMBI lors de son premier déplacement à Ndzouwani.
5 - M. DJAFFARI est un homme intègre et digne. Son ambition d'accéder à la tête de l'île tient uniquement à sa volonté de servir son peuple et non à s'enrichir. De plus, son patrimoine personnel le met à l'abri de telles dérives. Nul doute que la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption feront partie de ses priorités.
6 – Le candidat DJANFFARI qui sollicite vos suffrages, n'est pas un homme de parti. Il s'est solonnellement engagé à être le Président de tous les anjouanais et le défenseur de leurs droits même au-delà des frontières. Tous les talents et les enérgies, d'où qu'ils viennent, seront associés pour le renouveau et le dévelopement de l'île d'Anjouan. Nul ne sera exclu.
7 – A une époque où pratiquement tous les hommes politiques de notre pays rêvent de s'offrir des villas en France, le candidat DJANFFARI lui, a décidé depuis des années de mettre ses moyens personnels au service de la nation. A ce titre, il convient de souligner que la compagnie maritime qu'il a créée (VILLE DE SIMA) permet de pallier aux insuffisances de l'Etat dans le domaine des transports. Il s'agit là, d'un bel exemple de nationalisme et d'amour pour son pays. D'ailleurs, les comoriens de la diaspora devraient profondément, s'en inspirer.
Mes chers compatriotes de Ndzouwani, les éhéances qui se profilent au mois de Juin revêtent une importance capitale. Après des années de souffrance et de brimades, l'occasion s'offre enfin à nous de nous unir et de mettre en chantier, les structures d'une communauté prospère et solidaire. Il nous faut un homme à la hauteur des enjeux et des défis qui sont devant nous. Le candidat DJAFFARI sera votre meilleur défenseur.
Ne vous laissez pas corrompre par SAMBI et sa clique !
Accordez votre confiance au candidat DJANFFARI qui est un homme d'expérience et de consensus. Vous ne serez pas deçus !
KASSIM MOHAMED ALI - Marseille, le 4 Mai 2008